Une Nuit en Enfer (Hell Night)

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Calmez-vous, fans de Tarantino, il n’est pas ici question du bien sympathique Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez mais du slasher de 1981 voyant Linda Blair aux prises avec un dingo déformé vivant dans un manoir gothique. Vous en faites pas, vous n’y perdez pas au change…

 

 

Lorsqu’un producteur s’en est mis plein les fouilles grâce à un succès ravageur, il aime généralement reproduire le miracle, faire tomber la foudre deux fois au même endroit, histoire d’alourdir un peu plus son larfeuille. Irwin Yablans nous le prouvait en 1981, celui qui s’enrichit considérablement sur le dos de Michael Myers tentant à l’époque de renouveler les fantastiques résultats connus par Halloween avec Hell Night, alias Une Nuit en Enfer chez nous. Un slasher dans la grande tradition du genre, un peu oublié chez nous, sans doute à cause de son statut d’inédit en DVD forçant les slasherophiles à se rabattre sur la VHS d’époque ou sur la galette flamande, dénuée langue ou sous-titres français. Notez malgré tout que pour une bande du genre, Hell Night ne s’en tire pas encore trop mal, surtout en comparaison avec les The Mutilator, The Slayer et autres Splatter University puisque certains fanzines se sont penché sur son cas. Comme Vidéotopsie (le numéro 14) et Toutes les couleurs du bis (le numéro 5), tous deux à l’occasion d’une rétrospective sur Linda Blair, héroïne de la pelloche. Et une Série B avec la gamine de L’Exorciste a forcément plus de chance de marquer les esprits et d’intéresser les bisseux qu’une zéderie avec cinq comédiens amateurs découpés en rondelle par un clown dans les bois, à la Camp Blood. C’est scientifiquement prouvé ! D’ailleurs, il n’y a pas que les plus beaux nichons de la profession au casting d’Hell Night, qui mit le pied à l’étrier à quelques personnalités marquantes du genre, tel Chuck Russel, futur réalisateur du troisième Freddy et du remake du Blob, ici producteur exécutif. Ou encore Frank Darabont, quelques années plus tard réalisateur attitré de Stephen King (Les Evadés, La Ligne Verte, The Mist), ici assistant de production. N’oublions pas non plus le réalisateur Tom DeSimone, auparavant filmeur de bandes érotiques gays et par la suite réalisateur spécialisé dans les séries télévisées, dont Les Cauchemars de Freddy. Une équipe intéressante délivrant un film intéressant ? Plutôt, ouais !

 

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Pas forcément au niveau du synopsis, cependant, le script rédigé par Randy Feldman (qui se spécialisera dans l’action par la suite : Tango et Cash, Cavale sans Issue, Le Flic de San Francisco,…) étant on ne peut plus classique. On y retrouve ainsi une fraternité, genre Omega Sigma Caca, en train de faire une énorme fiesta visant à bizuter quatre nouveaux arrivants. Et le défi ultime de la « Hell Night » comme ils l’appellent eux-mêmes, c’est d’aller passer la nuit dans le manoir des Garth, lieu réputé maudit depuis qu’un bon père de famille a liquidé toute sa famille avant de se pendre, le tout devant le regard de l’un de ses fils, depuis porté disparu… La rumeur prétend que le marmot, qui aurait bien sûr bien grandi, serait toujours en train de rôder dans la vieille bicoque… Idéal pour foutre la pétoche aux nouvelles recrues, en somme, dont la bien gentille Marti (Linda Blair). D’ailleurs, les plans des organisateurs vont fonctionner à la perfection puisque les héros vont véritablement se faire dessus : le fils Garth est bel et bien dans les parages et, devenu maboule, décide de faire des nouilles à la viande d’ados avec les garnements venus fricoter dans sa demeure… Rien de neuf sous le soleil du slasher, donc, mais vous connaissez la rengaine : le genre n’est pas forcément fait pour changer le goût du cacao, surtout à l’époque. D’autant que nous sommes en 1981 lorsque déboule Hell Night, soit pile dans l’âge d’or du style, pas encore tombé dans l’auto-parodie ni la surenchère. Le film de DeSimone ne mise d’ailleurs jamais sur un bodycount élevé comme le fera plus tard la saga Vendredi 13, pas plus que sur tout l’attirail gore faisant les beaux jours du cinéma de genre européen, Juan Piquer Simon et Joe D’Amato sortant la même année leurs Pieces et Horrible. En comparaison, Une Nuit en Enfer ne peut paraître que sobre avec ses sept ou huit morts (en comptant le décès de l’assassin !), jamais trop trash (une tête coupée est ici le summum de la violence) et qui se déroulent parfois en hors-champs. Pour vous dire, le cul y est particulièrement soft également, aucun téton ne passant faire de clin d’oeil. Vous pouvez donc ranger vos sacs à vomi (et vos bites), ils vous serviront pour une énième vision d’Anthropophagous, le slasher vu par DeSimone étant plus sage, voire noble d’une certaine manière.

 

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Car en remisant au placard les artifices les plus outrageux du genre, les plus sauvages, DeSimone et Yablans mettent forcément l’accent sur le suspense. Moins un choix artistique que stratégique, cependant, le producteur voyant fort bien le tour que prend la relation entre les slashers et la censure, bien plus sévère qu’auparavant depuis la sortie du premier Vendredi 13. Plutôt que de payer pour rien des effets spéciaux qui resteront sur le banc de montage, autant se calmer d’avance et rediriger son projet dans une direction posant moins de problèmes aux culs serrés décidant de ce que le public peut ou ne peut pas voir. Et puis après tout, La Nuit des Masques a cartonné à mort sans montrer d’anus arrachés et de boyaux pendus au plafond, il n’y a donc pas de raisons pour que les nouvelles aventures en décolleté de Linda Blair ne rapportent pas la mise à leur tour puisque le principe reste le même. Pas de bol, Hell Night ne sera qu’un succès mineur, rapportant certes le double de sa mise, mais restant fort en retrait par rapport aux ténors du genre, loin devant au box-office. DeSimone avait pourtant, en plus de la Blair et ses beaux poumons, un bel atout dans sa poche : un manoir gothique apte à modifier les habitudes des bouffeurs de slashers, trop habitués aux bosquets maléfiques et aux campus maudits. Ici, on oublie les salles de classes vides, les buissons masquant un cagoulé énervé et les appartements dévastés par une fête et bientôt par un carnage pour revenir au décorum cher à la Hammer. Vieille bicoque réputée louée par des fantômes, jardin aux formes de dédale (c’est le cas de le dire vu qu’il y a un putain de labyrinthe dedans !), chandeliers enflammés dans tous les coins, grotte secrète dans les sous-sols et tout le bordel ! Alors oui, le mélange entre paysages revenus des sixties et massacre moderne n’a rien de spécialement neuf et The Tower of Evil l’a fait auparavant et Girls School Screamers le refera ensuite, mais il est suffisamment rare pour donner à Une Nuit en Enfer un caractère particulier par rapport au reste de la production tranchante de son époque.

 

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Pour ne rien gâcher, les personnages principaux, ou le bétail si vous préférez, sont plutôt sympathiques et bien interprétés, un fait rare également dans le genre. Linda Blair incarne une femme mi-forte mi-effrayée crédible, naturelle, agréable et est selon moi supérieure à Jamie Lee Curtis dans le même exercice. Et c’est quelqu’un qui n’est pas spécialement fan de la Linda qui vous le dit (mais je ne suis pas plus fan de la Curtis, faut dite) ! Ses compagnons d’infortune font leur job fort efficacement également, Peter Barton (par la suite tué dans une douche par Jason dans Vendredi 13 Part.4, chapitre final) et Vincent Van Patten (un blondinet vu un peu partout, y compris dans Alerte à Malibu !) étant largement plus aimables que les crétins habituels. Certes, eux aussi aimeraient tremper leurs petits biscuits dans les tasses de café de ces dames, mais au moins ils ne semblent ni trop lourdauds ni trop parfaits et réagissent de manière censée face à la menace qui leur tombe dessus. Quand ils ne s’enferment pas dans leur chambre durant de longs moments en attente d’une aide extérieure, ils tentent d’avertir la police ou partent s’armer pour faire la guerre au fameux tueur, un être difforme à la force surhumaine plutôt creepy. Quelques plans le mettent même à son avantage et font leur effet, comme lorsqu’il apparait au bout d’une grotte et révèle sa présence lentement, caché qu’il était sous un tapis. Sans aller jusqu’à dire que l’on repeint notre falzar devant Hell Night, notons que c’est l’un des slashers les plus efficaces en la matière, son suspense étant fort bien tenu, au point que l’habituel jeu du chat et de la souris entre l’assassin et la final girl n’est même pas emmerdant. Car c’est bien souvent le point faible des psychokiller movies et compagnie : une fois la majorité du cast décimée, il ne reste plus aux derniers survivants qu’à courir dans tous les sens en se mettant sur la gueule avec le malotru lancé à leur poursuite. Un exercice rarement réussi mais ici passé avec brio, DeSimone offrant même à l’homme des cavernes une fin marquante et originale !

 

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Bien entendu, Hell Night n’est malgré tout qu’un slasher comme un autre, il a juste la chance d’être plus réussi dans à peu près tous les domaines, y compris musical puisque pour une fois on a droit des plages sonores très réussies et inquiétantes. Composée par Dan Wyman, qui a bossé sur celles d’Halloween et Fog et composé celle de Terreur Extraterrestre, la musique a visiblement été prise au sérieux et n’a pas été bâclée comme dans la majorité des séries B aux tueurs masqués, une preuve supplémentaire que Hell Night a été mieux bossé que la moyenne. De toute évidence, pour les cinéphages à la recherche de maniaques ne jurant que par l’arme blanche (meurtre à la faux inside !), le film de DeSimone est un must-have. Pour les autres, c’est une excellente Série B méritant un peu d’attention et remplissant largement sa part du contrat !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tom DeSimone
  • Scénarisation: Randy Feldman
  • Production: Irwin Yablans, Mark L. Rosen, Bruce Cohn Curtis
  • Titre original: Hell Night
  • Pays: USA
  • Acteurs: Linda Blair, Peter Barton, Vincent Van Patten, Jenny Neumann
  • Année: 1981

2 comments to Une Nuit en Enfer (Hell Night)

  • Roggy  says:

    Merci pour la découverte de ce petit slasher de 1981 (une année qui m’est chère comme tu sais) qui m’était inconnu. Une vision s’impose, ne serait-ce que pour retrouver Linda Blair dans une atmosphère semble-t-il gothique.

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