Zombie 4: After Death

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Vous pensiez avoir tout vu avec ces folies que sont Virus Cannibale ou Zombi 3, amoureusement concoctées par le duo de rêve Bruno Mattei/Claudio Fragasso ? Attendez donc de voir ce que le Claudio vaut lorsqu’il se la joue solo ! C’est bien simple, le vaudou ne s’en est jamais remis, et nous non plus d’ailleurs…

 

 

Si Zombi 3 est devenu, à sa manière, un petit succès auprès de quelques bissophages toujours volontaires lorsqu’il s’agit de louer son charme suranné et le fun que la bande à Fulci, Mattei et Fragasso délivrait, le producteur Franco Gaudenzi n’était pour autant pas franchement ressorti heureux de l’affaire. C’est que cette fausse-suite au culte L’Enfer des Zombies n’a pas rapporté autant qu’espéré et pouvait même être considérée comme un échec. Pas le genre à dégoûter la Flora Films des zombies, cependant, puisque le producteur propose à Fragasso de retourner aux Philippines pour y emballer une nouvelle ballade dans une jungle infestées de cadavres agités. Le genre de proposition qui ne se refuse pas ! Le bon Claudio met donc sur le coup sa compagne Rossella Drudi, scénariste à ses heures et coupable des scripts de bon nombre des pelloches emballées par son mari ou son poto Bruno, par ailleurs producteur exécutif de la chose. La fine équipe, celle qui fait rêver et colle l’écume acide aux lèvres de tout bisseux normalement constitué ! Le projet, à la base nommé After Death (Oltre la Morte en VO) puis renommé Zombie 4 : After Death pour d’évidentes raisons commerciales, restera globalement moins connu que son aîné alors qu’il fonctionna beaucoup mieux que Zombi 3, permettant même à Gaudenzi de récupérer l’argent perdu sur le film débuté par Fulci. Une bonne affaire pour tout le monde ? Plutôt, même si Claudio Fragasso avouera lors d’une interview que son œuvre a été charcutée au montage pour faire sauter quelques passages gore, sans trop que l’on sache si l’on peut faire confiance au réalisateur à ce propos, le gaillard étant un sacré mythomane… Mais même si les coulisses de ces bandes sont toujours un délicieux bordel dans lequel il est difficile de distinguer le vrai du faux, l’important reste le film, que l’on espère fou, gras et drôle, comme tout bon Fragasso qui se respecte… Rassurez-vous, avec Zombie 4, l’homme atteint quasiment le niveau très élevé de son Troll 2. C’est dire !

 

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On commence d’ailleurs sur les chapeaux de roue avec ce qui est sans doute le plus beau démarrage de récit du cinéma bis. Tout débute via un petit monologue d’une voix grave et sérieuse (en VO, c’est Fragasso lui-même qui s’en charge) nous expliquant que certains scientifiques sont partis sur une île pour tenter de percer les mystères de la vie et de la mort, et par extension de la résurrection (c’est souvent là que ça coince…). Et ces belles explications sont bien évidemment très sobres, vous imaginez bien, blindées de phrases du genre « Ces chimistes ont consacré leurs études à l’ésotérisme, aux sciences occultes et aux principes impénétrables qui gouvernent l’équilibre sacré de notre univers ». Déjà, ça part fort et on n’est pas à dix secondes de métrage ! Et c’est pas fini puisque, alors que se déroule le générique de début, une musique hard FM/pop aussi ringarde que du Patrick Sébastien déboule avec ses grands airs, genre chanson utilisées pour les montages des films sportifs, quand le héros mange des œufs au p’tit dej’ et passe sa putain de journée à monter et dévaler les escaliers de la bibliothèque municipale. Et pour un film que l’on sait de zomblards en pétard, ça colle pas franchement ! Mais c’est du coup très drôle aussi… Décidément, ce Zombie 4 s’annonce bien… Et plus encore, ce dont on se rend très vite compte dès la première scène filmée, tout simplement pharaonique ! On y trouve un prêtre vaudou planqué dans sa grotte décorée avec quelques bougies, accompagné de sa femme visiblement prise de convulsions puisqu’elle ne cesse de bouger comme si on lui avait vidé un sac de poil à gratter dans le string. A moins qu’elle ne tente de danser… En passant, lui est incarné par James Sampson (le vigil noir dans Bloody Bird, aussi vu dans Terminator 2… de Mattei évidemment !) et elle par Geretta Geretta (la démone black de Demons), histoire de bien vous rappeler que l’on est tombé dans les tréfonds du bis rital. Rassurez-vous, on y est bien, d’autant plus que nos deux amis donnent le maximum niveau cabotinage et jeu à côté de la plaque ! Ainsi, le prêtre se met à réciter une ou deux incantations, occasionnant l’apparition d’une aura rosâtre et vaporeuse, venue se loger dans le gosier de la dame. Et ni une ni deux, celle-ci se retrouve aspirée dans le sol, un trou menant directement aux enfers apparaissant sous ses pieds tandis que son époux observe le drame, sans trop que l’on sache si ses mimiques cachent de la peine, du sadisme ou une forte constipation. C’est à ce moment qu’arrive une bande de glandus, en fait les fameux chimistes passionnés par l’occulte et les mystères de la mort dont le narrateur nous parlait il y a de cela quelques secondes encore. Et ils ne sont pas contents, les troufions, puisqu’ils menacent le chef vaudou de leurs grosses pétoires en le blâmant d’avoir fait sortir les morts de terre. Lui n’est pas de bonne humeur non plus et les accuse plus ou moins (car c’est pas clair à ce stade, plus tard non plus d’ailleurs) d’être responsables de la mort de sa fille à cause de leurs vaccins. Excédé, l’un de ces scientifiques de bas étage (vous avez déjà vu des laborantins fricoter avec le vaudou, vous ?) décide de vider son chargeur dans les burnes du curé diabolique, soit dans l’espoir d’en finir avec cette malédiction, soit pour ne plus avoir à subir son jeu outrancier.

 

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Mais c’est à cet instant que revient la femme du défunt, désormais changée en monstre zombiesque. Ca se voit parce qu’elle se tape désormais une dentition de babouin, une peau plus brulée que le zgeg à Freddy Krueger et qu’elle ne peut ouvrir la bouche (faut dire qu’avec les chicots qu’elle se paye, elle doit pas pouvoir la fermer non plus) sans laisser s’échapper un filet de bave verdâtre. Et son petit séjour en enfer l’a visiblement bien revigorée puisqu’elle se jette sur les assassins de son mari et décide de leur arracher le visage. On notera d’ailleurs le manque de réaction du reste de la bande, ceux qui ont la chance de ne pas être attaqués restant plantés comme des cons à regarder la scène, genre « Oh putain y’a Jean-Mi qui se fait élargir les narines, dis donc ! », alors qu’ils ont dans les mains des putains de mitraillettes. Ouais, Zombie 4 est ce genre de film, et le coup du « je n’interviens pas alors qu’un mètre plus loin mon meilleur ami se fait limer la gueule » va se répéter à plusieurs reprises. Parallèlement à cette petite rixe dans la crypte poussiéreuse, nous découvrons une petite famille (un homme, une femme, une fillette, pile comme les opposants au mariage pour tous les aiment !) en fuite dans la jungle, des zomblards aux trousses. Bien sûr, le daron finit par entendre un craquement de branche et s’éloigne (environs trois mètres) de sa femme et de sa gosse pour aller voir. Of course, il ne fait pas cinq pas avant d’être attaqué par un zombie pressé de lui faire un gros suçon baveux dans le cou. Là encore, alors que la mère pourrait aller sauver son époux, elle décide plutôt de refiler un pendentif à sa blondinette en lui demandant de se tirer le plus vite possible en esquivant les morts-vivants. Ce n’est qu’après cette petite pause familiale qui pouvait attendre une ou deux minutes que cette bien mauvaise épouse décide d’aller taper sur les zombies attaquant son mari avec une grosse branche en bois. Trop tard, évidemment, et trop tard aussi pour échapper à la salve suivante de macchabées… Du coup, la gamine, qui doit avoir quatre ans à tout péter, se retrouve seule, dans une jungle hostile (parce que vu la végétation, je suis sûr qu’on ne croise pas que des caniches et des ratons laveurs dans le coin), infestées de revenants et, pour ne rien arranger, elle court à peu près aussi vite qu’un vioque lorsqu’il se rend compte que il a fait un pet foireux et se retrouve à devoir serrer les fesses jusqu’aux toilettes. Bref, ses chances de survie sont clairement limitées et on ne donne pas cher de sa peau…

 

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Pourtant, on la retrouve quelques années plus tard, devenue une grande jeune fille, de retour sur les lieux du massacre avec quelques amis. Le premier problème à ce stade du film, c’est que la transition entre le passé et le présent est loin, mais trèèèèès loin d’être évidente. Pas un petit « 15 ans plus tard » ou même un simple fondu au noir, non on te bazarde le saut dans le temps comme ça, par la fenêtre et attrape si tu peux ! Tant et si bien que votre serviteur a d’abord pensé qu’il découvrait de nouveaux protagonistes, dont l’aventure serait parallèle à celle de la gamine. Je n’ai capté mon erreur que lorsque la blondasse explique à un de ses potos qu’elle détient un pendentif, le même que celui vu précédemment bien sûr, et que c’est la clé permettant de fermer les enfers. Notons en passant qu’elle vous annonce ça le plus simplement du monde et que ce truc ou un briquet à l’effigie de la bite de DSK, c’est la même chose, m’enfin… Reste que pour le coup, mon bon Claudio, tu t’es pas foulé pour nous faire comprendre que de l’eau non-potable avait coulé sous les ponts… On se demandera aussi pourquoi cette connasse revient sur les lieux du meurtre de ses deux parents et aucune explication ne sera donnée, si ce n’est qu’elle ne semble pas vraiment se souvenir des évènements, les raccrochant à un mauvais rêve. D’ailleurs, comment elle a fait, quinze ans plus tôt (environ hein) pour se sortir de ce merdier alors qu’elle n’était qu’une petite chieuse incapable de sprinter, de piloter un avion ou naviguer seule ? Mystère et couille de gomme ! Tout ce que l’on peut imaginer, c’est qu’elle et une amie ont croisé la route de mercenaires en vacances (mais tout de même équipé de tout leur arsenal) et que ceux-ci les ont ramenées, par le plus grand des hasards, dans une région envahie par les zombies. D’autres ne sont pas là par hasard, cependant, comme trois apprentis aventuriers venus découvrir pourquoi les scientifiques du début ont mystérieusement disparu. Bien évidemment, ces trois cons (dont l’acteur de porno gay Jeff Stryker, ici caché sous le nom Chuck Peyton) trouvent un livre crasseux, Necronomicon-style, et en lisent quelques lignes. L’effet est immédiat : les zombies sont de retour !

 

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Autant le dire tout de suite (enfin, après quatre paragraphes quand même, c’est vrai), After Death a bien de la peine à rester au niveau du génial chaos trouvable dans la première partie. Une fois le saut dans le temps effectué, le tout devient peut-être un peu plus routinier et se contente finalement de ressortir les grandes lignes du cinéma cadavérique : morts plantés dans la brume (coucou Lucio !), valeureux soldat sacrifiant sa vie pour permettre à ses copains de continuer leur épopée, pauvre type mordu et se transformant donc en zombie au fur et à mesure du récit,… Tout est là  et bien à sa place! Et, vu de haut, Zombie 4 devient un simple film d’aventure gore, enchaînant les séquences de fusillades sur les crevés sans qu’un réel scénario ne soit mis en place, car plus simple que ce Fragasso cuvée 88/89, t’as pas ! Mais cela n’est pas un réel problème, tout d’abord parce que comme son grand frère Zombi 3, le film est bien gonflé à la testostérone et se montre même plus généreux en action que bien des actioners pur jus ! Ca mitraille constamment, quand ça n’envoie pas des coups de poing dans la gueule des crevards. On pense même, toute proportion gardée, à Indiana Jones lors d’une scène montrant quelques courageux en train d’échanger des mandales avec les zombies dans un temple ancestral. Définitivement, on ne se fait pas chier, d’autant que Claudio et sa femme nous ont bien évidemment réservé quelques surprises de derrière les fagots. Leurs zombies tout d’abord, pas franchement classiques. Car comme dans Zombi 3, ces saligauds courent, parlent, font du trampoline (faut voir les sauts de sauterelles qu’ils font constamment), se bastonnent comme des piliers de bar à la sortie du café le samedi soir et sont même capables de tirer à la mitraillette ! En somme, à part l’odeur et une voix un peu plus rauque qu’auparavant, rien ne les distingue vraiment des vivants. Ah si, il y a la tenue vestimentaire tout de même, puisqu’ils sont tous fringués comme des clochards, avec même des morceaux de tissus crasseux (genre un éléphant s’est torché le cul trois fois avec) devant la tronche. La raison est très simple : comme il n’y avait pas une thune lors du tournage, les maquillages en étaient réduits à leur plus simple expression, donc à un peu de fond de teint sur les joues. Histoire que ça ne soit pas trop voyant, des guenilles ont donc été posées sur ces figurants d’outre-tombe… Mais ça se remarque quand même, vous en faites pas.

 

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La vision qu’a Fragasso de ses zombies est donc déjà très étonnante et risque fortement de tordre la gorge à quelques fans ultimes de la méthode Romero ou Fulci, quand bien même depuis 2000 ou 2001 tous les zombies galopent comme Oscar Pistorius (et font les mêmes ravages, aussi !). En avance sur leur temps, les Bruno et Claudio… Zombie 4 surprend donc régulièrement par le manque de règles dont fait preuve l’univers ici dépeint, tout étant permis à nos zomblards. Bien sûr, on se ramasse quelques passages vus mille fois, et on sait d’avance que lorsqu’un protagoniste passe à côté d’une fenêtre, une main à moitié décomposée va la traverser pour venir lui tirer la barbichette. Et pas besoin de rire pour recevoir une tapette ! Mais à côté, on a aussi des passages bien WTF, comme lorsque ce mercenaire (celui qui joue le plus mal et ressemble un peu à Thom Matthews du Retour des Morts-Vivants) décide de poursuivre un zombie, sans savoir que c’en est un, et le roue de coups, sans raison apparente ! Heureusement, un bon coup de morsure et le défunt qui gigote est vengé ! Notons également quelques séquences vraiment sympas sans que le dixième degré ne soit nécessaire, comme ce duel dans une vieille église entre un mercenaire et l’un de ses compagnons fraichement revenu d’entre les morts. Belle idée, pas forcément bien utilisée, mais le principe est louable. Ou encore ce final extrêmement gore, montrant un zombie traverser un torse avec sa grosse palluche et une demoiselle, qui ressemble un peu à Linda Hamilton période premier Terminator, en train de perdre son visage petit bout par petit bout. Bien cracra, tout ça, et donc bien sympa !

 

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Bien sûr, comme souvent le principal attrait se trouve dans les acteurs, jamais les derniers à en faire un peu trop, et on se retrouve ici avec un casting de gueules bien connues, des zigs souvent croisés dans le bis rital, surtout celui de Mattei. On retrouve ainsi Candice Daly (Cop Game de l’ami Bruno), Jim Gaines (LE black du bis philippin, vu dans Robowar et Strike Commando, toujours de Bruno), Massimo Vanni (qui ressemble pas mal à l’épicier de mon village natal mais ça vous parlera plus si je vous dis qu’il a joué dans Les Rats de Manhattan et Zombie 3 de vous-savez-qui) et j’en passe ! Sauf ce bon vieux Nick Nicholson (SFX Retaliator, Slash le découpeur,…), véritable tronche du cinoche philippin (et un gars franc du collier qui n’hésite pas à dire que certains de ses confrères étaient des pédophiles, noms à l’appui !). Un côté de la bouche totalement édenté, des petits yeux perçants, une barbe qui sent la soupe à l’oignon, des cheveux mal coiffés, une moustache en fil barbelé, la bedaine poilue mise en avant, ce mec est la vedette de la pelloche ! On ne voit que lui, y compris quand il est zombifié, et si Jim Gaines semble être le « meilleur » acteur (dans le sens où j’ai la sensation qu’il est le seul à croire un minimum à ce bordel), Nicholson est sans doute le plus charismatique. Imaginez Astérix après dix années passées sous les ponts et vous aurez une idée du gars, certainement bien brave et au perso attachant. Je ne sais d’ailleurs pas ce qui est le plus fun, le voir dégommer du zomblard ou tenter d’avoir une love story… Comme vous l’aurez sans doute compris après cette (un peu trop longue, sans doute) chronique, Zombie 4, c’est que du fun ! Certes, l’ensemble à un peu de mal à se remettre d’une introduction divine, trop belle pour être vraie, mais cela n’empêche pas cette série B tanguant vers le Z de rebondir, à l’image de ses sautillants zombies. Si vous ne savez comment occuper vos quelques potes samedi prochain alors qu’ils vous rendront visite avec quelques canettes de bière et des pizzas aux poivrons, laisser donc sa chance au métrage du vieux Fragasso, pour sûr que vous allez passer une agréable soirée ! Vous n’aurez même pas besoin de picoler pour perdre la tête…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Claudio Fragasso
  • Scénarisation: Rossela Drudi
  • Production: Bruno Mattei, Franco Gaudenzi
  • Titres: Oltre la Morte (Italie)
  • Pays: USA, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Candice Daly, Nick Nicholson, Jim Gaines, Jeff Stryker
  • Année: 1989

4 comments to Zombie 4: After Death

  • ingloriuscritik/ Peter Hooper  says:

    Le genre de chroniquage qui nous permet (au moins) de bien nous agiter les zygomatiques voire même de nous titiller la glande de la curiosité !
    Bien fendard en tout cas !

  • Roggy  says:

    Comme Peter, je trouve ta chronique excellente avec un humour ravageur qui me fait dire que le film devrait avoir sa chance aux Oscars du bis. En plus, tu t’es surpassé l’ami sur les comparaisons culinaires et stomacales dont tu as le secret. Un vrai Chef ce Rigs 🙂

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