La Fraîcheur des Cafards tome 3

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Tiens, ça faisait un bout de temps que ça n’avait pas causé fanzine dans la crypte, n’est-ce pas ? C’est que votre serviteur atomique était revenu du Bloody Week-End 2015 avec une sacrée pile de magazines amateurs et a ressenti le besoin de faire une petite pause en la matière après s’en être calé une bonne dizaine dans les mirettes. Et une fois que le manque s’est fait ressentir, j’ai bien vite rejoint la petite fête organisée par quelques cafards de Besançon…

 

 

Ah Besançon… Sa citadelle, ses églises, chapelles et cathédrale, ses arènes,… Pour sûr, un réalisateur branché bis old-school, tendance Templiers zombies et compagnie, aurait de quoi filmer une bonne vieille pelloche suintante avec de pareils décors dans le cadre. Et le zouave qui s’attèlerait à cette noble tâche n’aurait sans doute aucun mal à trouver ses acteurs principaux, Besançon jouissant d’une sacrée bande de bisseux, pour ne pas dire de fanzineux. C’est que ça bouge dans le coin, un véritable microcosme du fanzinat français s’y étant développé, une sorte petite scène avec son identité, ses thèmes de prédilection, ses valeurs. On pourrait presque faire le lien avec certaines scènes musicales underground, aux développements et esprits similaires, d’autant que certains des membres de la Besançon Connection sont également impliqués dans le perçage de tympans, tel Nasty Samy du zine Everyday is Like Sunday, également zicos au sein de The Black Zombie Procession, Demon Vendetta ou encore Second Rate. La Suède a la scène swedish death (la meilleure !), l’Angleterre a joui au rythme du punk et du grindcore de Napalm Death et compagnie, la Norvège n’en finit plus de compter ses chevelus déguisés en pandas, Besançon a pour sa part quelques fantasticophiles très impliqués dans le Do It Yourself. Ce qui permet aux bisseux de nager dans une belle mer de revues façonnées par des mimines passionnées. Des titres comme Everyday is Like Sunday, donc, Cathodic Overdose ou justement ce La Fraîcheur des Cafards sur lequel on va s’étendre aujourd’hui. Des publications dans lesquelles on retrouve généralement la même mentalité et des tons et styles similaires, histoire de traiter du cinéma qui envoie la sauce via une plume sincère et radicale. Les films traités dans leurs pages ne sont pas toujours très bis, on y trouve régulièrement des œuvres tous publics (Sam Guillerand ne s’est jamais privé d’un bon papelard sur un teen-movie culte ou un classique des eighties) ainsi que des bandes-dessinées ou des chroniques musicales, une extension bienvenue à tout ce pan de la culture ne faisant souvent qu’un avec le genre horrifique, extension que se refusent la plupart des autres fanzines. Il y a un « style Besançon », une simplicité qui ne sert jamais d’excuse pour bâcler, un état d’esprit libre, une insouciance quant au choix des sujets traités dans les pages des revues. Ces mecs veulent chroniquer un truc sur lequel 27 autres zines se sont déjà penché ? Rien à secouer, ils le feront quand même ! Et ils ont bien raison puisque leur vision du genre, si elle est globalement partagée par les divers membres de ce comité qui se croisent généralement dans les publications (Cathodic Overdose en réunit plusieurs), est aussi très différente de celles des autres fanzines. Nos Bisontins s’intéressent moins au bis européen, par exemple, et sont globalement plus portés sur la culture ricaine que leurs confrères, généralement plus décidés à patauger dans la bolognaise avariée ou mettre les pieds dans le plat de paella pourri. Notons d’ailleurs que cette mentalité se retrouve également chez quelques Français ne vivant pourtant pas dans le même coin, Mister Jérémie Grima (Zone 52) étant un Parisien que l’on jurerait être un Bisontin tant il partage les mêmes goûts (tout en aimant les ritaleries, tout de même) et traîne avec ces fiers gaillards (il bosse d’ailleurs avec Nasty Samy sur un livre que j’attends de pied ferme, le bracelet à clous au bras). Bref, un vrai petit monde à part, que je vous invite à découvrir tant on y est bien installé… Mais pour l’heure et puisque le décor est planté, place aux cafards !

 

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La Fraîcheur des Cafards, c’est le bébé mutant de Valentin Sannier, plus connu sous le blase Val le Blond, un activiste du fanzinat à qui l’on devait déjà une première publication nommée Torture Occulaire (20 numéros entre 2008 et 2011, qui dit mieux ?). Pour le premier numéro de La Fraîcheur des Cafards, débarqué en juillet 2014, avec au menu toute la filmo de David Lynch, un dossier sur la série Tales from the Crypt, des chroniques de films et de BD. Pour le numéro 2, qui sort deux mois à peine après le premier, même refrain : série X-Files, dossier sur les pelloches de Quentin Dupieux (Rubber), report du Bloody Week-End 2014 et autres chros en tous genres. Cette deuxième salve fut également l’occasion d’accueillir Davy Krueger dans les rans du zine, le gaillard venant avec sa plume et un état d’esprit proche de celui de Val, pour ne pas dire identique. A noter que, malgré la proximité des blases, Davy n’est pas le fameux DAV’S s’occupant des dessins qui, vous le verrez, égayent bien les pages cafardeuses. On saute le tome 3, tout simplement parce que j’y reviens en détail par la suite, pour nous intéresser au dernier numéro en date, le quatrième, dont le sommaire promet un retour sur Les Simpsons, une rétrospective branchée Alexandre Aja, un article sur Mad Max : Fury Road ou encore quelques coups de langues bien placés sur les cuisses de Buffy. Si l’un ou l’autre de ces numéros vous intéresse, il vous suffit d’envoyer un petit mail et des bisous à Val à cette adresse : lafraicheurdescafards@gmail.com. Pour sûr qu’il vous balancera quelques blattes juteuses dans la boîte aux lettres dans les plus brefs délais et selon les disponibilités de chaque numéro. Hésitez donc pas à contacter ce Beetlejuice du fanzinat, il saura vous informer de ce qu’il a en stock ! Et si c’est le troisième numéro qui vous intrigue, ne vous en faites pas, j’y viens dans les lignes qui suivent. Alors accroche ta culotte, c’est moi qui pilote !

 

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Bon, ce que l’on remarque d’emblée lorsque l’on se chope un numéro conçu avec amour par les pattes d’insectes de Val et Davy, c’est que les couvertures sont pour le moins différentes de ce que l’on trouve ailleurs. Dessins (par ailleurs super cools) mettant en scène personnages lugubres aux formes volontairement grotesques, collages improbables permettant de réunir chat joueur de hockey et hommes condor à cravate dans un décor mêlant tanks, asiatiques, plaines désertiques et troupeaux de moutons. Tout un programme, quoi ! Pour le troisième volet, celui en ma possession, c’est les étranges larmes de ce visage féminin au crâne cassé et doté de deux bouches que vous pourrez admirer. Pour sûr, c’est zarbi et c’est pas le genre de lecture que vous allez offrir à vos beaux-parents, la descente d’organes étant garantie dès la vision de la cover (et c’est rien face à celles de Torture Occulaire, l’une d’elles montre un espèce de gnome branler son énorme bite), mais cela montre aussi que nos deux cancrelats ont un univers bien à eux. On s’en rend également compte en découvrant les bandes-dessinées offertes ci et là, quelques fois des collages permettant des petits gags, d’autres fois des dessins composant de petites histoires étranges. On n’est pas très éloignés de l’esprit du défunt mag’ Metaluna, qui proposait le même genre de délires, de petites récréations entre deux articles ou dossiers. Une bonne idée, en tout cas, qui renforce encore un peu plus la personnalité de l’affaire. De personnalité, certains diront que La Fraîcheur des Cafards en manque en s’attaquant dans ce troisième volet à John Carpenter, dont la carrière est décortiquée par Val le Blond, grand fan du monsieur. Et c’est vrai que dit ainsi, on n’a pas forcément la sensation qu’on va s’avaler quelque-chose de très intéressant, tout bisseux qui se respecte ayant déjà fricoté à de nombreuses occasions avec les bandes du moustachu, et souvent plus que de raison ! Alors s’entendre dire à nouveau que Halloween est le meilleur des slashers, que The Thing est un remake dépassant l’original et que Snake Plissken a la classe dans le falzar, ça ne motive guère. Oui mais voilà, il se trouve que Val le blond ne prend pas de grands airs pour causer des kilomètres de pellicules torchée par Papy Carpy. Le crédo de notre chroniqueur/rédacteur en chef, c’est de balancer son avis sans faire de détour, de nous l’envoyer dans la gueule comme s’il crachait un bon gros glaviot à la pistache. En tout simplicité, en toute sincérité. Et mine de rien, ça fait la différence en donnant la sensation que l’on se retrouve face à notre interlocuteur et que l’on débat avec lui, une dynamique tangible s’installant entre le rédacteur et le chroniqueur. On n’est pas forcément obligés d’être d’accord avec lui, d’ailleurs (pour ma part, je préfère nettement Le Village des Damnés à Los Angeles 2013, contrairement à notre ami blondinet), et le gaillard s’en branle totalement, sa subjectivité étant assumée et revendiquée. Il n’est donc pas désagréable de survoler une nouvelle fois le pays de Michael Myers, Jack Burton, John Nada et compagnie, ces nouveaux avis très frais et ces analyses données sans détours mais avec une certaine recherche (c’est loin d’être con ce qu’il raconte, le mec). Bref, ça se lit d’une traite !

 

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On reste dans de l’horreur assez connue avec un dossier sur les Masters of Horror, d’ailleurs, célèbre série réunissant les Tobe Hooper, Dario Argento, Stuart Gordon, John Carpenter (encore lui !) et autres Joe Dante ou Larry Cohen autour de 13 épisodes d’épouvante. C’est le bon Davy qui s’y colle en revenant sur chacun des segments, là encore en toute sincérité, sans tourner autour du pot, soulignant fort bien les meilleurs comme les moins bons (l’infâme Dance of the Dead de Tobe Hooper), avant de s’attaquer à la deuxième saison, nettement moins réussie comme le rappelle Davy. Et puisqu’on est dans les séries de Mick Garris, Val revient pour sa part sur Fear Itself, qui parvient à être encore moins bon que la fin des MoH ! Dire que cette série est un ratage est un euphémisme, même si le blatte y a tout de même trouvé son compte au détour d’un ou deux épisodes, comme ceux de Stuart Gordon ou John Landis, que j’ai personnellement trouvés aussi moisis que le reste de la série… Mais là encore, passer en revue les différents épisodes est un plaisir, tout comme c’est un plaisir de lire le dossier sur la saga MilleniuM avec Lance Henriksen. N’ayant vu qu’un épisode du feuilleton, j’ai donc accueilli avec bonheur cet article qui me donna un beau tour d’horizon de l’ensemble et m’a, je dois dire, donné envie de tenter l’affaire… Le fanzine se termine ensuite tout doucement, avec un peu de musique (quelques chroniques plutôt rock : Marilyn Manson, Amen, Samhain et compagnie) et quelques saines lectures (du Stephen King et du Graham Masterton), avant de clôturer le tout via un coup de gueule bien placé par rapport aux attentats de janvier 2015. Et c’est repus que nous refermons ce très bon fanzine, en somme, d’autant qu’il est agréable à l’œil. Le papier est de bonne qualité et la maquette se veut claire et précise sans tomber dans le vide interstellaire. La Fraîcheur des Cafards, c’est écrit noir sur blanc (ou parfois blanc sur noir) tout en s’autorisant de nombreuses photos, quelques effets (papier froissé, fiches de calepin) et des petites taches de sang ici et là, histoire de rappeler où l’on est. A vrai dire, il n’y a pas de réel défaut à pointer d’un doigt inquisiteur si ce n’est de nombreuses fautes d’orthographe, en réalité pas bien gênantes tant on sent que l’ensemble est de toute façon fait sans prétention. Si Val et Davy tentaient de nous faire avaler des thèses et des antithèses, cela pourrait poser problème et diminuer la portée de leurs études, mais dans le cadre d’opinions torpillées dans vos p’tits culs, ça passe. Mais je le signale tout de même, je sais que ça peut gêner. En résumé, La Fraîcheur des Cafards prouve que le sujet traité importe souvent moins que celui qui le traite et son angle d’approche et le ton qu’il adopte. Sur le papier, rien ne promettait vraiment que l’on passe un bon moment dans la poubelle des insectes alors qu’on y fait finalement une sacrée fiesta (en plus les deux gars sont super sympas, et j’avoue les apprécier beaucoup, ce qui ne gâche rien). On en revient même un peu aux fondamentaux du fanzinat : écrire pour soi, dans le simple but de le faire, pour créer un petit mag’ qui nous ressemble, sans perdre un temps dingue à analyser les sommaires des publications de ces trente dernières années pour être certain de ne jamais faire doublon. J’ai eu la sensation de mieux connaître les deux zigs derrière cette soixantaine de pages en refermant le zine, ce qui prouve que leur fanzine est personnel et donc réussi. Il ne plaira sans doute pas à tous et à toutes, mais si pour vous la culture qui gicle ne se résume pas qu’au cinéma, je vous recommande d’y jeter un œil !

Rigs Mordo

2 comments to La Fraîcheur des Cafards tome 3

  • VAL le cafard  says:

    Merci, monsieur Mordo, pour cette chouette chronique qui fait bien plaisir. Concernant la « Besançon connexion », un autre zine très cool est Slime zine, du batteur (des Irradiates et Hawaii Samurai) Mr Buanax. Encore une fois, un mélange de cinoch et de zik, un brin suranné dans son cas. Très cool aussi, si tu as l’occas’ de le choper.

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