Turkish Star Wars

Category: Films Comments: 2 comments

turkswteaser

Puisque tous les fantasticophiles, geeks et même mortels lambdas ont le regard tourné vers les étoiles dans l’espoir d’entrapercevoir un X-Wing passer au-dessus de leur cheminée, il est temps pour Toxic Crypt de revenir sur le meilleur épisode de la saga, l’épisode 0.5621, le bien nommé L’Homme qui Sauva le monde : Turkish Star Wars !

 

 

Il y a bien longtemps, dans un pays lointain, très lointain… Des Turcs s’éclataient en reprenant les gros succès Hollywoodiens de l’époque, soit ceux de la fin des 70’s et des débuts des 80’s, dans le but de les balancer à un peuple peu habitué aux joies de la découverte des originaux. D’où l’intérêt pour ce peuple coincé entre l’Asie et l’Europe de visionner des copies au rabais, réalisées par quelques hommes aussi courageux que fauchés, qui compensaient leur manque de flouze par une volonté de fer. C’est ainsi que l’on se retrouva avec des Turkish Rambo ou Turkish Mad Max ou des parodies involontaires de E.T., Superman ou L’Exorciste, d’incroyables ratages voués à faire se gausser tous les spectateurs habitués aux œuvres de Miller, Spielberg, Friedkin ou Donner. Reste que le public turc de l’époque ne se moquait pas, lui, et était bien heureux qu’on lui propose un divertissement bien de chez lui et qu’on le fasse rêver un peu, quand bien même les bandes qu’on lui faisait avaler tenaient plus du cauchemar que d’autre-chose… Elles avaient souvent un acteur en commun, un certain Cüneyt Arkin, l’Alain Delon local, de nos jours raillé pour son jeu d’acteur outrancier et sa manière assez ridicule de se bastonner, mais vu comme une véritable star dans la Turquie des années 80, de celles qui ramènent les petits et les grands devant leurs téléviseurs. Difficile à imaginer pour notre pauvre peuple, élevé aux Brad Pitt et Tom Cruise, mais oui, le bon Arkin faisait bouger les foules à son époque ! Surtout lorsqu’il se retrouvait tête d’affiche sur un plagiat, que dis-je, un vol pur et simple, de l’œuvre culte de George Lucas (même si votre serviteur n’est pas turc et n’a jamais été un fan de Star Wars et préfère largement Howard le Canard, que le barbu n’a certes pas réalisé, mais c’était juste pour dire…) ! Evidemment, le réalisateur Çetin Inanç, un sacré travailleur aux 86 films, dont Turkish Rambo (un as de la contrefaçon, le mec !), ne bénéficie pas des mêmes moyens que le gros George lorsqu’il se lance dans Dünyayi Kurtaran Adam (L’Homme qui sauva le monde en français) en 1982. Oubliez les batailles galactiques, les étoiles de la mort qui sautent, les gros monstres au top de la technologie et les concours d’escrime au sabre laser, vous n’aurez pas tout cela dans Turkish Star Wars. Enfin, pas totalement…

 

turksw1

 

Car après un générique d’ouverture déjà très prometteur (les noms des acteurs écrits en rouge sur du tissu ou du papier noir qui défilent, à vitesse variable), on se retrouve pile dans Star Wars. Le vrai, je veux dire, celui de Lucas ! Car pas gênés, les Turcs sont allés piquer des plans dans la manne à Dark Vador, sans doute parce que ça va plus vite de jouer du ciseau et récupérer les images filmées par le George plutôt que de construire des putains de vaisseaux spatiaux avec les trois berlingots dont devait disposer l’équipe technique de Dünyayi Kurtaran Adam (et paf, CTRL+C !). Rassurez-vous, cependant, Inanç ne se contente pas de ressortir la bataille finale d’Un Nouvel Espoir sans lui apporter de saines modifications ! Tout d’abord, de par la qualité technique de l’ensemble, il lui donne une nouvelle couleur, plutôt jaune pisse d’ailleurs, et occasionne quelques sauts d’images, comme si la pellicule faisait du trampoline (vous verrez plus loin que le trampoline avait la cote dans la Turquie en 82). Ensuite parce que le montage est retravaillé (mais je ne dirais pas « amélioré » tout de même), de sorte que Cüneyt Arkin et son meilleur pote dans le film puissent être implantés dans la bande par la magie du cinéma. On voit ainsi nos deux winners dans des cockpits, comme s’ils pilotaient les X-Wing, mais Z sans le sou oblige, le rendu laisse à désirer. En fait, leurs cabines de pilotage sont vides de chez vide et, pour faire illusion, un écran est placé derrière eux alors qu’y sont diffusés des extraits du premier Star Wars. Extraits choisi en dépit du bon sens, d’ailleurs, puisque l’on a l’impression que nos héros changent de direction toutes les deux secondes. En fait, on dirait même, et surtout, que le brave Arkin joue à un jeu-vidéo auquel il tournerait le dos ! Cette introduction qui démarre sur les chapeaux de roue en reproduisant des petits bouts du climax du plus gros succès de l’époque est également l’occasion de planter le décor et l’intrigue. Même si pour être honnête, il faut être sacrément accroché pour y entraver quoique ce soit, les dialogues étant si mal construits que même les Turcs trouvent l’ensemble incompréhensible ! Mais en résumé, les êtres humains ont tellement bien évolué que leurs cerveaux sont devenus la plus puissante arme de l’univers, visiblement capable de créer des boucliers d’énergie, ce qui fait bien chier le Dark Vador de kermesse faisant office de grand vilain de l’affaire. C’est qu’avec un peu de cervelle humaine, notre homme obtiendrait un pouvoir absolu (visiblement, il en a déjà pas mal, le genre qui permet de tirer la chasse d’eau sans avoir à se retourner) et il entreprend donc de récupérer quelques beaux ciboulots. Notre ami Cüneyt s’est pour sa part crashé sur une planète (visiblement la Terre mais pour un Terrien, Arkin ne semble pas trop reconnaître son chez lui…) avec son pote et tous deux tentent de survivre aux hordes de monstres qui s’abattent sur eux. Et comme de juste, ils vont devoir sauver le monde et empêcher le grand méchant (qui ne semble pas avoir de nom) de mettre la main sur un cerveau doré (eh ouais !) et une épée de même coloris mais visiblement en carton.

 

turksw5

 

Un scénario (écrit par Arkin, d’ailleurs) réduit à sa plus simple expression et l’on peut d’ailleurs se demander si tout Turkish Star Wars n’est pas le fruit d’une immense improvisation, reste que tout simple soit l’affaire, elle est aussi extrêmement incompréhensible ! On sent d’ailleurs que les créateurs n’en avaient pas grand-chose à foutre et se sont contenté de reprendre la trame de La Guerre des Etoiles, ou du moins une simplification de cette trame, pour en ressortir surtout de l’action, encore et toujours. Car « Pif, paf, pouf dans tes couilles » devait être la seule inscription trouvable dans le script, qui aligne les bastons comme dans une pelloche de kung-fu à la Bruce Le ou Bruce Li, sous-genre avec lequel Dünyayi Kurtaran Adam (et pif, CTRL + V) a plus à voir que la SF pure et dure. On passe en effet peu de temps dans l’espace (et quand c’est le cas, c’est via du stockshot de Star Wars, alors…) et le gros du film se déroule dans des carrières ou des plaines sablonneuses, là où l’ami Cüneyt pourra distribuer des coups de genoux dans les boules de gaillards grimés comme à un spectacle de gosses sans gêner qui que ce soit. D’ailleurs, on pense franchement aux Sentaï lors de ces scènes, les décors plutôt vides et les déguisements des « cascadeurs » (le terme est fort, je sais) rappelant plus Bioman que le duel Vador/Skywalker… Tout comme les costumes, d’ailleurs, cependant mille coudées en-dessous de ceux vus au Japon puisqu’ils ont clairement été achetés dans un magasin de farce et attrapes avant le tournage. Et il y a du beau monde, le bestiaire se montrant débordant et varié : squelettes aux os en mousse, momies faites de papier cul, gardes en or bons à aller faire les danseurs dans un clip de George Michael, sous-Stormtroopers (ils sont pas trop mal foutus ceux-là, en passant), gros robot plagiant Robbie de Planète Interdite, zigotos portant de simples masques de diables ou d’Asiatique (ça coute moins cher que d’en embaucher un vrai !) et, les plus marquants, des Bisounours roses. Car ouais, notre héros devra tabasser des gros ours couleur bonbon (y’en a aussi des noirs, cela dit), des bestioles si ridicules que l’on peine à croire qu’elles puissent se montrer dangereuses. Elles ne sont en tout cas pas bien solides puisque le grand Arkin leur arrache jambes et bras avec une facilité déconcertante, parfois pour leur planter leurs propres griffes (en mousse) dans le torse. Violent !

 

turksw2

turksw3

turksw6

 

D’ailleurs, il faut bien reconnaître que Turkish Star Wars sait se différencier de son modèle par une brutalité plus poussée : ici les innocents se font lacérer la gueule à coups de griffes, un robot tente de broyer le crâne d’un gamin, des pauvres gens réfugiés dans une grotte se font attaquer par un monstre bien décidé à ne laisser aucun survivant,… Même la dernière scène se finit de manière gore (attention spoiler, s’il y a quelque-chose à spoiler ici…), le grand méchant se retrouvant coupé en deux, à la verticale ! Bien sûr, ne disposant pas d’un Tom Savini ou d’un Rob Bottin dans le coin, les Turcs ont fait comme d’hab’, avec les moyens du bord. Du coup, malins, ils filment le visage du tué en deux fois, d’abord en noircissant le côté gauche de l’image, ensuite en noircissant le droit, pour donner l’illusion de la séparation du corps. Du génie ! Tout comme ces rares rayons lasers, en fait du produit foutu à même sur la pellicule, ou cette épée dorée en carton, bien éloignée des sabres utilisés par ces cons de Jedi… D’ailleurs, se rendant compte qu’elle est ridicule avec ses faux airs d’éclair (belle rime hein, prend ça dans ta gueule Maître Gim’s), Cüneyt Arkin la fait fondre dans une marmite pour s’en faire des gants en or. Idéal pour gifler du monstre et un empereur du mal ! D’ailleurs, coquet, il en profite pour se refaire de nouvelles pompes en or aussi ! Ce qui occasionne quelques faux raccords puisque les gants disparaissent d’un plan à l’autre, sans crier gare, mais à ce stade nous sommes habitués à ce genre de faux pas. Il faut d’ailleurs signaler que le film étant long (1h30 quand même, pour un tel spectacle c’est pas rien, z’ont visé haut les mecs) on finit par développer une certaine accoutumance à ce gros délire. On se marre au tout début, puis on finit presque par s’habituer à ces défauts, à cette image si dégueulasse qu’on se demande si la pellicule n’a pas été entreposée dans un urinoir, à ces micros qui apparaissent, à ces acteurs tantôt mous du zboub tantôt surexcités. Même ces combats montés en dépit du bon sens, parfois accélérés et toujours ridicules (faut voir les coups que fout Arkin, et surtout son « matraquage dans le dos », qu’il fait très souvent et n’est guère noble, ou ces incessants sauts en trampoline), finissent presque par se voir d’un œil fatigué. J’ose d’ailleurs le dire : Turkish Star Wars a beau être l’un des plus gros nanars jamais torché, il est bien difficile de se l’envoyer d’une traite et je vous recommande de couper la poire en trois avant de l’avaler. D’autant que vers la fin du parcours, on commence à nous seriner avec la religion musulmane, un vieux sage nous expliquant, grosso modo, que le monde a commencé à partir en vrille dès que les gens n’ont plus lu le Coran. Un peu de propagande ne fait jamais de bien et c’était malheureusement commun dans les bandes turques de l’époque…

 

turksw4

 

N’allez pas croire que je suis blasé, cependant, et il y a de quoi se marrer à chaque plan du film. Les plus beaux ? Peut-être ceux de l’entrainement de notre héros, parti se muscler la teub avant d’aller au front, permettant de les voir, lui et son bon copain, en train de malaxer le sable (ça rend plus balèze en quoi ?), s’attacher des gros cailloux aux chevilles ou shooter dans des rochers… qui partent exploser sur des parois rocailleuses ! Et quand je dis exploser, c’est exploser comme des grenades ! Notons d’ailleurs que Cüneyt arrache également la tête d’un ennemi et l’envoie sur un autre, ce qui a, là aussi, pour effet de tout faire péter. Les lois de la physique en Turquie, c’est pas pareil, j’vous le dit… Il y a donc toujours un petit quelque-chose à noter, comme le déguisement de l’empereur du mal, qui semble porter une ceinture à clou géante sur le crâne ou cette scène reprenant celle de la Cantina mais avec des figurants portant masques risibles et perruques de clowns ! Bref, il y a de quoi rire, même si pour être honnête, votre serviteur a toujours quelques regrets lorsqu’il se moque d’une œuvre, toute risible soit-elle, qui fit le bonheur d’un peuple modeste et pas toujours habitué à s’amuser. Certes, Turkish Star Wars est un incroyable ratage, mais il est aussi un film assez noble dans sa volonté d’offrir à certains « leur » guerre galactique. Ce n’est peut-être pas celle de Lucas, ni celles des Star Trek, mais c’est tout aussi respectable. Et tout longuet soit le film, je le préfère largement à la saga d’Han Solo ou aux délires de Spock. Mais pas à un bon Starcrash, faut pas déconner non plus !

Rigs Mordo

 

turksw

 

  • Réalisation: Çetin Inanç
  • Scénarisation: Cüneyt Arkin
  • Production: Mehmet Karahafiz
  • Titre Original:Dünyayi Kurtaran Adam
  • Pays: Turquie
  • Acteurs: Cüneyt Arkin, Aytekin Akkaya, Füsun Uçar
  • Année: 1982

2 comments to Turkish Star Wars

  • Roggy  says:

    Pas encore vu cette version turque de « Star Wars ». En revanche, je te conseille celle de « L’exorciste » et sa partie de tennis au son de la musique bien connu :). Et même, si tu peux voir le film documentaire de Cem Kaja « Remake, remix, rip-off », c’est encore mieux, car tu découvriras toute l’histoire de cette industrie turque hors du commun.
    P.S. : « Cons de jedis » (Nolan’s rules) 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>