Piégés – Red Machine

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Petit, petit ours brun, c’est un gentil galopin ! Coquin, câlin, câlin, coquin, petit ours brun ! Ouais ben Henri Dès, mon pote, on voit que t’as pas rencontré celui de Piégés – Red Machine, car si le grizzly qu’on y croisee est en effet très câlin, ses free hugs sont du genre à te laisser avec la gueule en biais…

 

 

Piégés. Derrière ce titre passe-partout, déjà utilisé des dizaines de fois et faisant par ailleurs peu penser que l’on tient là un survival animalier, se cache en fait Red Machine. Egalement connu sous le nom Into the Grizzly Maze. Et derrière le blase Grizzly, aussi. Et Endangered, tant que j’y suis. Que d’appellations pour un seul et même film, même si certaines en sont restées au stade du working title, nous rappelant même la douce époque du bis rital et ses bandes aux multiples intitulés. A l’origine, ce Red Machine (on va adopter cette qualification, un peu plus cool que les autres) était un projet porté à bout de bras par Adrien Brody (le King Kong de Peter Jackson, le Giallo d’Argento), le mecton désirant pendant un temps produire l’affaire tout en y tenant le rôle principal, proposant même à Gérard 300 Butler de faire partie de l’aventure. Il n’en sera au final rien et les deux hommes partiront sur d’autres projets, tout comme Paul Walker, Hayden Christensen ou de cette tête à claque de Chad Michael Murray, ce qui est un soulagement. Les premiers rôles reviendront finalement à Michael Marsden (le Cyclops des films X-Men), Thomas Jane (The Mist, le naze The Punisher avec Travolta, Deep Blue Sea), Piper Perabo (Looper), Scott Glenn (une tronche à la Lance Henriksen croisée dans Training Day, Le Silence des Agneaux ou la saga des Jason Bourne), la bien jolie Michaela McManus (la série Vampire Diaries) et même cette bonne vieille gueule de Billy Bob Thornton (Bad Santa, quoi !). Pas un casting de crevettes, donc, pour une grosse série B, ou une petite série A selon comment on voit les choses, budgétée à dix millions de dollars, sans doute partis dans les fouilles de Thomas Jane et Billy Bob Thornton. Et aussi dans la fourrure de l’ours Bart (ou plutôt de son dresseur), animal bien connu des plateaux hollywoodiens puisqu’il participa à de nombreuses productions (Into the Wild, Zookeeper, ce genre de trucs). Enfin, je devrais plutôt dire Barth The Bear 2 puisque ce grand gaillard est en fait la relève de Barth The Bear premier, décédé en 2000 et qui était, jusque-là, la star des oursons (et qui joua pour sa part dans L’Ours, A Couteaux Tirés ou Légendes d’Automne). On a donc du beau monde, côté homme comme animal, histoire de compenser la présence d’un réalisateur sur lequel on ne miserait pas un slibard sale : David Hackl, auteur de Saw V. Pas de quoi sauter au plafond, il faut bien le dire… Mais comme quoi, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de lui avoir troué le cul, la pelloche n’étant pas si mal que cela…

 

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Fraichement sorti de zonzon, Rowan (Marsden) reçoit une demande d’aide de la part d’un pote, devenu braconnier et visiblement dans une situation très délicate puisqu’en bisbille avec ses employeurs, des bandits des forêts. N’étant pas du genre à lâcher ses amis, Rowan décide de rentrer dans sa ville forestière d’origine et d’aller sauver son pote, se mettant dès lors à dos son frangin Beckett (Jane), plutôt sceptique quant aux amitiés de son frérot. Surtout depuis que ce policier a rangé sa pétoire pour séduire une écolo sourde et muette (Perabo), écolo à mort et grande copine des ours. Mais alors que tout ce beau monde se retrouve dans les bois, un grizzly particulièrement énervé se met en marche et décide purement et simplement d’éradiquer les quelques hommes venus sur son territoire, nommé le labyrinthe des ours. Histoire d’en faire un joli tapis de chalet, le genre qu’on colle devant la cheminée, le sheriff du coin (Scott Glenn) fait appel à Douglass (Billy Bob Thornton), le plus doué des chasseurs du coin et accessoirement un taré notoire, ancien ami du père de Rowan et Beckett. La chasse est ouverte, sans trop que l’on sache qui chasse qui… Sur le papier, on a là un script on ne peut plus simple, à base de grand vilain Winnie parti croquer les miches d’innocents, poussant les protagonistes principaux à prendre les armes pour lui plomber la gueule. Le scénario, écrit par le débutant J.R. Reher et Guy Moshe (scénariste du Bunraku avec Josh Hartnett et Ron Perlman), se base en fait sur les récits de Thimothy Treadwell, spécialiste des grizzlys, qui raconta un jour sur un plateau de télévision sa pire peur, à savoir un bestiau énorme et furibard qu’il nomma Red Machine. Cinq minutes chez David Letterman et paf, on te fait un film sur le truc ! Et pas un mauvais, contre toute attente. Bon, je vais pas vous la faire à l’envers non plus, Red Machine est une bande animalière tout ce qu’il y a de classique et non dénuée de défauts, à commencer par un script plutôt médiocre. La faute à une exposition un peu longuette et assez inefficace, voire même embarrassante tant sont vains les efforts faits pour donner un peu d’épaisseur aux personnages. Le duo de scénaristes fait en effet tout son possible pour nous intéresser au quatuor de héros, coincés entre une affaire de braconnage dont tout le monde se fout puisqu’elle est réglée dès la scène d’ouverture et les habituelles blessures du passé, obligatoires lorsqu’un personnage revient dans sa ville natale après plusieurs années. Les mecs donnent jamais de nouvelles à leur proches, laissent toujours une nana derrière eux, et forcément quand ils reviennent ils sont surpris qu’on leur fasse la gueule ! C’est encore le même coup ici, avec amour perdu en pleine renaissance à la clé et fraternité cassée qui se recolle peu à peu. Qui a envie de voir ça ? Personne. Attention, je ne prétends pas qu’il aurait été préférable que Red Machine se contente des classiques campeurs bourrés et baiseurs attaqués par un tank poilus (car faut voir la carrure du gros Bart, c’est un porte-avion le mec) et tenter de mélanger le drame humain à la furie animale est bien louable. Mais c’est ici beaucoup trop envahissant dans la première partie, en plus d’être cliché et inintéressant au possible…

 

redmachine1Allez quoi, juste un bisou!

 

Fort heureusement, la deuxième partie passe la seconde et notre ours mal léché se réveille un peu plus, même s’il avait déjà bouffé quelques gus au petit-déjeuner avant cela. Le rythme s’accélère en tout cas lorsque les héros se mettent en route pour sauver les leurs et ramener la tête du grizzly sur un plateau d’argent. Si Hackl n’est clairement pas le nouveau John Carpenter, il s’acquitte assez honorablement de sa tâche et sait mettre en valeur la magnifique nature mise à sa disposition. Si vous êtes du genre à avoir les yeux qui fondent devant la beauté des montagnes canadiennes, vous allez nous jouir une cuve de colle devant Red Machine, dont la photographie parfaite met en avant des décors de calendrier. Pour sûr que ça nous change des bosquets sans saveur des séries Z slasheresques et de leurs trois buissons et quatre sapins fatigués ! Nan ici c’est les jupes de Dame Nature dans ce qu’elles ont de plus soyeuses et s’il n’y avait pas un gros tas de poil qui sème des restes humains derrière lui, on tiendrait un petit paradis. Visuellement, c’est donc de la grosse artillerie, ce qui compense aisément le fait que la mise en scène en elle-même n’ait rien de bien particulier. Les scènes d’attaques sont néanmoins très correctes, voire carrément efficaces lorsque Hackl décide de filmer dans le même plan les comédiens et ce bon vieux Bart qui court dans leur direction. Inutile de préciser que la présence du gaillard aux grosses papattes sur le plateau renforce sacrément le réalisme de l’ensemble, en tout cas nettement plus que lorsque sa doublure numérique prend le relais. Heureusement, elle sait se faire discrète et la majorité des plans font place au véritable Bart, star de la pellicule. Non pas que ses partenaires soient mauvais : Marsden, pourtant quarantenaire, est toujours très à l’aise dans le rôle d’un jeune homme (cette tronche d’éternel lycéen aide bien), Thomas Jane est plutôt à son aise aussi, les nanas sont jolies et Thornton est, comme à son habitude, hypnotique. C’est dingue mais ce mec, à 7h du mat’, avec ses pantoufles Bob l’Eponge et son café à peine avalé, est certainement plus charismatique que 90% des comédiens du monde entier après trois heures de maquillage. Le Billy Bob respire la classe, c’est tout, et encore plus lorsqu’il incarne un pourri ou un déglingo. C’est le cas ici, le chasseur dans la peau duquel il se retrouve étant un mec un peu givré, arrogant, moqueur, au sourire hypocrite mais également le seul perso à pouvoir rivaliser avec ce foutu ours. Thornton se paye même une scène méchamment badass lorsqu’il apparait au fond d’un plan, avec une gueule rappelant le grand Schwarzy, pour tenter de dézinguer l’animal. La meilleure scène de la pelloche !

 

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D’ailleurs, on n’a pas trop à se plaindre niveau horreur : certes, le tout ne fout jamais la pétoche et vous ne risquez pas de repeindre votre slibard couleur Nutella. Mais c’est efficace, parfois assez sanglant à défaut d’être vraiment gore (bras et pattes d’ours coupés), voire même légèrement inquiétant lorsque la sourde se retrouve dans un épais brouillard (qui la rend donc aveugle) alors que la bête rôde… Une sourde bien malchanceuse puisqu’elle se paye aussi une scène cradingue, la pauvre tombant dans un trou creusé par l’ours pour y laisser les carcasses des élans qu’il bouffe. Et c’est parti pour un bon bain de jus d’animal décomposé avec sa dose d’asticots dansants ! Même le climax est sympathique (alors qu’handicapé par un happy end clairement forcé et des flammes numériques dignes de celles du Beowulf avec Totophe Lambert), en grande partie parce qu’on a droit à un vrai mano a mano entre l’ours et les deux frangins, qui se relaient pour lui retailler le museau avec une hache ou des couteaux. Ca ne fera pas de Piégés – Red Machine un indispensable, à vrai dire il n’est même pas sûr que l’on s’en souvienne dans cinq ans (faut dire que la bande semble assez discrète et n’a pas bénéficié d’une grosse promo), mais cela suffit à en faire un petit film fréquentable, surtout si vous êtes du genre à vous caresser sur de beaux paysages et que l’horreur animalière vous branche bien. Je le trouve en tout cas supérieur au Grizzly des seventies, très moyen alors que cette version moderne, qui rend visiblement hommage à la vieille via un ou deux plans (c’est IMDB qui me le dit, moi j’ai rien remarqué), détend plutôt bien son homme. C’est déjà pas mal.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: David Hackl
  • Scénarisation: Guy Moshe, Jack Reher
  • Production: Tai Duncan, Hadeel Reda, Paul Schiff
  • Titres: Into the Grizzly Maze (USA)
  • Pays: USA, Canada
  • Acteurs: James Marsden, Thomas Jane, Billy Bob Thornton, Piper Perabo
  • Année: 2015

 

 

4 comments to Piégés – Red Machine

  • ingloriuscritik/ Peter Hooper  says:

    Bon comme on attrape pas des Ingloriuscritik ou autres ours mal léché avec du miel, j’avais zappé de B movie que j’ai en stock …mais comme je âse « chez toi » déjà pour me distraire avec ta toujours faconde et inspirée plume, mais aussi pour coucher sur ma liste  » a voir » des titres que je ne trouverai pas dans télé z , Télérama ou le pèlerin , je révise mes priorités pour l’année a venir . Merci pour ce nouveau pertinent conseil!

  • Roggy  says:

    J’avais déjà très envie de voir le film et tu as décuplé mon attente 🙂 Le film semble effectivement bien fun avec un Billy Bob Thorton défiguré et en pantoufles « Bob l’éponge » ! D’ailleurs, je me suis laissé dire qu’une suite était en préparation et titrée : « Henry Dès fighte le grizzly » (dans sa traduction française).

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