Douce Nuit, Sanglante Nuit

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Les fêtes arrivent et vous savez ce que cela veut dire : en plus de monter le sapin, de manger un peu mieux que d’ordinaire (dans la crypte ça sera un tapir fumé sur son lit de cafards à la mayonnaise) et de regarder vos mouflets ouvrir leurs cadeaux, il est l’heure de s’envoyer quelques bisseries de Noël ! Après Don’t Open till Christmas, c’est avec Silent Night, Deadly Night que l’on continue d’avilir Noël, oh oh oh !

 

 

On en pensera ce qu’on veut mais Douce Nuit, Sanglante Nuit a plutôt eu de la chance. Oh, je sais ce que vous vous dites… « Il a trop fumé de shit radioactif, le vieux Mordo, y’a pas un slasher qui a été autant emmerdé que Silent Night, Deadly Night dans les années 80 ! ». Et c’est vrai que cette pelloche a été bien secouée à sa sortie en 1984, créant même un vent de folie autour de cette série B que l’on imaginerait pourtant assez banale, d’autant que des slashers, l’Amérique en avait vu d’autres depuis quelques années déjà. Mais voilà, on ne peut pas toucher au Père Noël, ici présenté comme un assassin, sans énerver quelques mères de familles, qui ont pour le coup chié quelques guirlandes. Chants de Noël devant les odieux cinémas osant diffuser le film, intimidations, manifestations et tout le toutim étaient au rendez-vous, certains animateurs télévisuels allant jusqu’à établir un listing des personnes ayant participé au tournage pour mieux citer leurs noms en lançant des « shame on you » dans tous les sens. Le sapin a les boules, quoi, et les cathos aussi. Du coup, devant tout ce bordel, le film fut déprogrammé un peu partout, tout juste le temps de rapporter 2 millions et demi alors qu’il n’avait coûté que 750 000 dollars. Une bonne affaire relative, cependant, puisque ce chiffre n’est pas aussi impressionnant que ceux de ses rivaux, même les moins prestigieux (j’entends par là tous ceux qui ne sont ni un Halloween, ni un Vendredi 13). A titre d’exemple, Le Bal de l’Horreur a rapporté 14 millions, The House on Sorority House et Happy Birthday to Me 10 millions et Silent Scream 15 millions, pour des mises de départ à peu près équivalentes à celle de Silent Night… Vous avouerez que notre Papa Noël fait un peu petite bite à côté de ces résultats et l’on peut se demander si son retrait des salles n’est pas également dû à ces scores décevants. En prime, Les Griffes de la Nuit était sorti au même moment et cassait la baraque, renvoyant le slasher hivernal dans sa cheminée à grands coups de griffes. Alors oui, compte tenu de tout cela, on peut estimer que Douce Nuit, Sanglante Nuit est un gros B chanceux car devenu culte en dépit de son succès limité, d’autant que peu de slashers sortis en 84 et les années suivantes ont réellement marqué les esprits, le public étant à l’époque déjà trop habitué au genre. En prime, les slashers de Noël, ce n’est pas nouveau comme en attestent Black Christmas et Chritsmas Evil. On peut même sans trop s’avancer imaginer que la polémique entourant la pelloche a fortement joué en sa faveur, au point même que de nombreuses suites sont apparues (la saga d’origine compte cinq films, quand même !) et qu’est arrivé un remake en 2012, déjà chroniqué en ces pages et loin d’être terrible…

 

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Même si les mères de famille sont toujours un peu casse-couilles lorsqu’il est question de causer horreur, on peut tout de même comprendre pourquoi elles furent si énervées par Douce Nuit, Sanglante Nuit lorsque l’on se penche sur le script. Car de toute évidence, les scénaristes Paul Caimi et Michael Hickey, qui n’ont pour ainsi dire fait que ça, avaient à cœur de montrer que le jour de la naissance du petit Jésus n’était pas un jour de fête pour tout le monde, et sûrement pas pour le pauvre Billy. Rendez-vous compte, au début des années 70, le gamin, ses parents et son frère fraichement né partent voir le peu causant grand-père de la p’tite famille, le vétéran étant mutique depuis un bon moment déjà, au point que sa santé mentale inquiète. Mais lorsqu’il se retrouve seul avec Billy, le vieux se montre tout de suite plus loquace et, surtout, très malfaisant puisqu’il prend un malin plaisir à foutre la pétoche au mouflet. Il lui promet en effet que s’il n’a pas été sage durant l’année écoulée, le gros barbu de rouge vêtu ne viendra pas lui amener de cadeaux mais plutôt une bonne grosse correction. Bien entendu, Billy ne veut plus du tout que Santa Claus débarque dans sa chambre, terrifié à l’idée de croiser sa route (qu’il ne se plaigne pas, nous en Belgique on chiait tous dans nos frocs de peur que le Père Fouettard vienne agiter son nerfs de bœuf sur nos petits culs…). Ce qui ne loupe bien évidemment pas, la voiture familiale s’arrêtant auprès d’un père noël visiblement en panne, en fait un braqueur ayant déjà vidé son chargeur dans le nombril d’un épicier quelques minutes auparavant. Et pas décidé à se calmer, l’ordure envoie du plomb dans le front du père de famille avant de tenter de violer la mère de Billy, qui assiste à la scène caché dans les buissons. Joyeux Noël, Billy ! Comme de juste, le pauvre bambin ne sort pas de l’expérience avec le sourire aux lèvres et se voit forcé d’aller passer le restant de sa jeunesse dans un orphelinat tenu par des bonnes sœurs. Mais depuis qu’il a assisté au meurtre de son daron et au viol de sa reum, notre héros est pour le moins tourmenté et se met à faire des dessins gore et à mater les jeunes qui baisent par les trous de serrure. Pas le genre de passe-temps faits pour séduire la mère supérieure (Lilyan Chauvin, Predator 2, Universal Soldiers et Pumpkinhead 2), qui sermonne méchamment le garnement et va même jusqu’à l’attacher à son lit. De quoi rendre le petit troll encore plus givré qu’il ne l’est déjà… Mais il parvient néanmoins à se tenir comme il faut, du moins jusqu’à ses dix-huit ans, lorsqu’il quitte l’orphelinat pour travailler dans un magasin de jouets et tombe amoureux d’une nana qui préfère aller fricoter avec un collègue arrogant et déplaisant. Pour ne rien arranger, la période de Noël rend notre antihéros particulièrement tendu… Et les choses empirent encore lorsque son patron l’oblige plus ou moins à porter le costume du gros monsieur rouge pour amuser les gosses qui passent par le magasin. Soudainement habité d’une folie punitive, Billy devient un Santa Claus vengeur, bien décidé à éradiquer tous les petits et grands enfants qui n’ont pas été sages…

 

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Pour sûr qu’on tient là un pitch particulièrement doué lorsqu’il s’agit de mettre la gomme dans l’offensant ! Car tout y est : un papy sadique qui malmène son petit-fils avec une joie faisant froid dans le dos, des catholiques présentées comme des intolérantes de première incapables de comprendre les tourments d’un gamin malheureux, meurtre et viol de parents devant le fiston, le fameux détournement de la figure positive du Père Noël, ici devenu un maniaque adepte des coups de hache dans la tronche, du sexe dans tous les sens (Douce Nuit, Sanglante Nuit est particulièrement généreux en la matière, c’est même l’un des slashers avec le plus grand nombre de plans nichons) et, bien sûr, des meurtres plutôt graphiques. Si les règles du genre sont bien respectées (nudité, meurtres, tueur/monstre), on constatera tout de même ici un ton un brin diffèrent des autres bandes sorties à la même époque car beaucoup plus dramatique, et donc moins orienté « fun goresque dans les bois ». Il n’y a en effet pas de quoi rire lorsque l’on voit le pauvre Billy en prendre plein la gueule, que ce soit dans son enfance ou une fois adulte. C’est d’ailleurs l’un des rares cas de slasher où l’on sait automatiquement qui sera le tueur puisque toute la première partie est construite de manière à amener vers cet inéluctable massacre. Pas de whodunit, pas plus que d’un meurtrier à peine visible, Douce Nuit, Sanglante Nuit pouvant même être vu comme un drame horrifique, voire une étude sur ce qui peut pousser un être bon à griller un fusible et se mettre à se branler dans son caca (bon ça, ya pas dans le film hein). Malgré quelques aspects un peu cheesy qui diminuent la portée offensante de l’ensemble (le gamin qui lit clairement son texte dans la bagnole, quelques acteurs qui en font des caisses), il n’y a donc pas de quoi se taper le cul au sol, si ce n’est lorsque Billy se met à gueuler « châtimeeeent » ou « méchaaaanteeee » lorsqu’il attaque ses proies, l’ambiance se voulant lourde et finalement assez proche de ce que l’on peut imaginer de faits divers. Avec, néanmoins, une bonne petite dose de gruesome, hein !

 

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Car il n’est pas question d’aligner ici quelques meurtres sobres comme ceux dont se contenteront les fans de Scream une décennie plus tard. C’est qu’il faut pouvoir rivaliser avec Jason, un inventif dans son genre, ce qui pousse Billy à étrangler un keum avec une guirlande électrique, à tirer à l’arc dans le dos d’une bonne femme, à pendre Linnea Quigley (alors à ses débuts) sur les bois d’un cerf empaillé ou à fendre un crâne avec un marteau. Et j’en passe, le bodycount dépassant la dizaine de meurtres, même s’ils sont à répartir entre plusieurs personnages puisque l’on doit également tenir compte du premier malfrat, tueur à ses heures. Notons d’ailleurs que toutes ces scènes de meurtres furent réalisées par Michael Spence, à la base un monteur ayant officié sur The Boogens, forcé de tenir la caméra parce que le réalisateur principal, Charles E. Sellier Jr. (la commande CTRL + C va chauffer, je le sens) n’était pas très à l’aise avec les séquences violentes. Ben alors mon p’tit chou ? On accepte de tourner un slasher mais on veut pas avoir à se salir les mains en filmant des meurtres ? On comprend plus ou moins pourquoi lorsque l’on voit la suite de la carrière du bonhomme, surtout placée sous le signe du documentaire, souvent biblique en plus ! N’empêche que les deux zouaves s’en tirent plutôt bien et si leur réalisation est sans esbroufe, elle parvient à sonner comme pensée tout en gardant un petit aspect « grindhouse » certainement pas déplaisant. Certaines scènes se trouvent même bien charpentées, tel le meurtre en luge (à vous en faire perdre la tête) ou le voyeurisme du jeune Billy dans l’orphelinat. Et pour ne rien gâcher, la bande sonore est bien foutue, en tout cas nettement plus travaillée que celles de la majorité des slashers, finalement rarement bien servis en la matière !

 

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En somme, ce petit film, à l’origine titré Slayride, s’en tire franchement bien et évite certains écueils du genre. En se concentrant entièrement sur son assassin, dont on suit la tragique destinée, la bande nous évite les classiques étudiants baiseurs et picoleurs, bien présents mais mis en retrait. Certes, tout cela n’est pas finaud pour un sou et l’on retrouve la plupart des carences du style comme des acteurs inégaux (mais la majorité s’en tire nettement mieux que leurs collègues d’ailleurs), mais le rythme est impeccable en même temps que l’ambiance, premier degré à fond et presque maudite, fait des ravages. Certes, le carnage perpétré par Billy arrive tardivement dans le métrage, mais en plus de varier les supplices avec bonheur, l’implication du spectateur est totale de par la connaissance qu’il a du protagoniste déjanté. Et globalement, la gravité de la situation et la pesanteur de l’atmosphère font que l’on y croit en dépit de quelques détails prêtant à sourire (j’insiste mais les cris de Billy quand il attaque les dévergondées, c’est priceless). Film généralement peu apprécié des amateurs, Douce Nuit, Sanglante Nuit est pourtant l’un des slashers les plus recommandable qui soit et certainement l’un des plus habités. Et mine de rien, ce n’est pas tous les jours qu’un énième avatar d’Halloween ou Black Christmas parvient à se trouver une identité qui lui est propre, sans doute guère éloignée de Christmas Evil, là aussi un psychokiller plutôt mélancolique et terre à terre mais bien moins efficace et doté d’un ventre mou, défauts qu’esquivent Douce Nuit… avec l’agilité d’un guépard. Bref, avant un bon ragondin fourré aux marrons et aux mygales, c’est impeccable !

Rigs Mordo, qui en profite pour vous souhaiter de joyeuses fêtes à tous, bande d’enfoirés!

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  • Réalisation: Charles E. Sellier Jr., Michael Spence
  • Scénarisation: Michael Hickey
  • Production: Ira Richard Barmak, Scott Schneid, Dennis Whitehead
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rober Brian Wilson, Lilyan Chauvin, Gilmer McCormick, Linnea Quigley
  • Année: 1984

2 comments to Douce Nuit, Sanglante Nuit

  • Roggy  says:

    Je me souviens de ce film vu lors de la séance du samedi soir. Surtout pour la séquence de l’empalement de la nana sur les bois de cerf. D’ailleurs, j’ai aussi vu les deux suites (peut-être d’autres depuis ?) qui se contentaient de repasser les mêmes séquences comme dans certaines suites de films d’horreur de l’époque.

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