Don’t Open Till Christmas

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Si la période de Noël est propice aux enfants de chœurs qui viennent gazouiller devant les portes (du moins aux States, jamais vu ça à l’entrée de la crypte toxique), aux bêtisiers foireux sur TF1 et aux jeux de lumières qui vous refilent la crise d’épilepsie de votre vie, elle est visiblement aussi très généreuse en tueurs en série en tous genres. La preuve en est encore faite avec ce Don’t Open Till Christmas qui vous fera patienter jusqu’aux fêtes de fin d’année…

 

 

C’est connu, les maniaques qui trimbalent leur armement dans les slasher détestent les fêtes, qu’ils ne peuvent s’empêcher d’aller ruiner. Halloween, Saint Valentin, Mardi Gras, bal de fin d’année… Toutes les festivités sont passées à la moulinette du sanglant et même le jour de la naissance du petit Jésus n’échappe pas aux coups de couteaux de ces allumés, SURTOUT pas le jour de la naissance du petit Jésus. On ne compte en effet plus les slasher venant planquer des cadavres dans la cheminée ou allant pisser sur le sapin, les Black Christmas, Douce Nuit, Sanglante Nuit, Christmas Evil, Very Bad Santa et compagnie étant suffisamment nombreux pour que l’envie de les recenser s’évapore rapidement. Pas le plus connu de la troupe, Don’t Open Till Christmas, édité chez nous par les goreux de chez Uncut Movies, est pourtant digne d’intérêt et ce à plusieurs niveaux. De par la genèse du projet, par exemple, particulièrement agitée puisque de nombreux réalisateurs joueront au jeu de la chaise musicale derrière la caméra. Le premier n’est autre que l’acteur britannique Edmund Purdom, que les bisseux connaissent bien pour sa filmographie tâchée de sang noir : Emilie, l’enfant des ténèbres, Horrible, L’Avion de l’Apocalypse, Le Sadique à la Tronçonneuse (alias Pieces) ou 2019 après la chute de New York sont quelques-uns des titres de gloire (du moins pour des bissophiles dans notre genre) du monsieur, qui se vit donc proposer le premier rôle de Don’t Open Till Christmas par les producteurs Dick Randall et Stephen Minasian, que les slasherophiles connaissent bien puisqu’on leur doit Slaughter High et Pieces. Purdom accepte de jouer dans le film à une seule condition : qu’il soit également le metteur en scène de ce carnage d’hiver. Si la requête sera acceptée, elle ne mènera pas le projet bien loin puisque le gus finira par lâcher le boulot, restant tout de même le personnage principal de l’œuvre. Don’t Open Till Christmas mettra dès lors deux années à se compléter, certaines scènes étant visiblement si mal foutues qu’elles seront tournées à trois reprises, par parfois trois acteurs différents ! Passeront ainsi derrière Purdom : Derek Ford (qui a réalisé des bandes érotiques et qui aurait tenu la caméra sur le slasher suédois Blood Tracks, même s’il n’est pas crédité à ce poste) qui sera viré après deux jours (!!!), et Ray Selfe (Emannuelle in Soho, pour lequel il n’est pas crédité non plus, décidément…), qui va donc retourner quasiment tout le film. Le tout sous la houlette d’Alan Birkinshaw (réalisateur du The House of Usher avec Oliver Reed et Donal Pleasance), engagé pour réécrire plusieurs séquences et en rajouter d’autres. Un beau foutoir qui donnera du retard à cette œuvre, qui ne déboulera qu’en 1984, alors que les slashers commencent doucement mais sûrement à perdre de leur influence…

 

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Avec une gestation aussi anarchique, on pouvait imaginer que le résultat tiendrait du bordel intégral. Il faut d’ailleurs bien admettre que l’on remarque assez facilement les scènes ajoutées dans le script et celles qui eurent droit à un nouveau tournage puisqu’elles semblent assez gratuites. En effet, tout le long du film nous découvrons des personnages qui se font tuer dès qu’ils apparaissent, ce qui laisse à penser que nous tenons ici des séquences imaginées rapidement pour donner du rythme à une bande qui en manquait sans doute auparavant. Cela permet également de rajouter quelques passages gores, le producteur Dick Randall n’ayant jamais caché que selon lui il ne faut jamais hésiter à en faire trop en la matière, jugeant que le public de ces œuvres charnues n’est jamais contre le fait d’avaler des hectolitres de gros rouge. Et il n’avait pas tout à fait tort… Ces rajouts sont donc assez visibles, comme cette longue séquence lors de laquelle un pauvre gars est poursuivi par le tueur dans le London Dungeon (oui, l’attraction londonienne !) ou encore cette scène montrant le tueur poursuivre une victime masculine jusqu’à un concert, mais nous ne nous plaindrons pas de leur présence puisqu’ils amènent un peu plus d’action et, surtout, d’effets saigneux dans la pelloche. D’ailleurs, il faut bien reconnaître que ces compléments ne se mélangent pas trop mal à l’intrigue « de base », qui voit Scotland Yard enquêter sur un assassin qui ne s’en prend qu’aux personnes déguisées en Santa Claus. Les pères Noël tombent donc comme des vieilles mouches, les uns après les autres, y compris le père d’une pauvre demoiselle, qui va enquêter elle aussi. Avec un script pareil, il n’est pas bien difficile de rajouter des meurtres un peu partout, il suffit en effet de déguiser les victimes en de gros bonhommes tout de rouge vêtus et le tour est joué ! C’est que les slasher, ça s’accommode plutôt bien aux changements de dernière minute, surtout lorsqu’ils partagent leur genre avec celui des psychokillers. On me répondra que slasher et psychokiller, c’est la même tambouille, mais je ne suis pas d’accord là-dessus, le slasher se référant à des codes très précis et une structure qui ne l’est pas moins alors que les psychokiller, à la Maniac par exemple, sont beaucoup plus libres, principalement parce qu’ils s’attachent à suivre au plus près la psyché de l’assassin et que celle-ci est souvent très informe. Don’t Open Till Christmas est donc un peu à la croisée des chemins, contenant d’un côté tout l’aspect très vendeur du slasher (meurtres originaux et peu réalistes, nudité fréquente) et de l’autre une certaine liberté et une enquête policière que nous retrouverons sans doute plus facilement chez les psychokiller movies. Cela apporte déjà une petite originalité au titre en comparaison des classiques du genre, tel Vendredi 13 et ses avatars.

 

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Le film se distingue également de la masse par l’âge de ses protagonistes, bien plus vieux que la moyenne. Nous sommes loin des éternels ados qui se font une petite fiesta à la maison et se trouvent dérangés par un maboule masqué, ici les héros sont des adultes dont la jeunesse n’est parfois qu’un lointain souvenir. Les Pères Noëls ne sont souvent pas loin de la soixantaine, quand ils n’y sont pas déjà, ce qui nous change bien évidemment des slasher habituels qui ne s’attaquent que rarement aux plus de vingt ans. Autre élément qui différencie le film de Purdom (et des autres réalisateurs…) de la masse : sa localisation dans les froides rues de Londres. Nous sommes en effet tous habitués à voir les meurtriers agir dans des petites bourgades calmes ou des lieux uniques (hôpital, école, vieilles bicoques,…) mais rarement dans des villes et encore moins dans une anglaise. Là encore, on a l’impression que le film était prévu comme un psychokiller et devait marcher sur les traces de Maniac avant de muter progressivement en un slasher, que l’enquête policière était au centre de l’intrigue (c’est un pur whodunit, pas très efficace cela dit puisque l’on devine immédiatement qui est le fou qui décime du barbu) avant d’être coupée par des nombreuses scènes plus ou moins gores. Le film navigue entre deux eaux, entre deux types, et on sent que les divers créateurs passés sur le projet n’avaient pas tous la même idée en tête. Purdom voulait sans doute livrer un film plus sérieux, très british d’une certaine manière, alors que ses successeurs se sont sans doute vus demander par le duo de producteurs d’en rajouter dans le dégueulasse. Le tout ne fonctionne pas mal pour autant puisque l’on ne s’emmerde jamais durant cette petite Série B, qui saute donc de l’avancée de l’enquête (qui piétine pas mal, pourtant) à des massacres, qui tombent de manière métronomique.

 

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Certains s’avèrent d’ailleurs assez marquants, comme lorsqu’un pauvre gaillard est en train de se cuir des merguez sur un barbecue et est soudain attaqué par derrière par le tueur, qui lui plaque la tronche dans les braises. Et tant qu’on est dans les saucisses, signalons aussi cette scène qui poussera tous les spectateurs masculins à croiser les jambes puisque l’on y voit un Père Noël obèse parti se soulager dans un urinoir avant que le maniaque ne débarque et lui tranche le zgeg avec un rasoir. Il y a d’ailleurs un léger aspect giallesque à quelques reprises, l’utilisation du fameux rasoir n’y étant pas étrangère tout comme cette scène de course-poursuite dans les longs escaliers d’une vieille bâtisse, ce dont les ritals raffolaient… Le sang est d’ailleurs très rouge, comme dans une bonne bisserie made in Italy, et gicle assez régulièrement à l’écran, le malotru qui s’attaque aux livreurs de cadeaux n’hésitant pas à planter des lances dans la nuque des uns ou enfoncer des machettes entre les deux yeux des autres. Avec une quinzaine de morts à l’horizon, autant dire que le slasherophile aura un joli bodycount à se glisser sous les paupières. Il pourra même patienter avec de jolies filles, qui se dessapent même assez souvent, passage de toute façon obligé du genre, qui se complait à mélanger le sexe et le sang comme au bon vieux temps des dépucelages. Bien entendu, quelques moments un peu cons viennent encore enjoliver le tout, comme lorsque le petit ami de l’héroïne (un sacré connard, en passant) propose à cette dernière de faire une séance photo dénudée alors que son père, je le rappelle déguisé en Père Noël, s’est fait trucider quelques jours avant cela. Et quel costume elle devrait porter, la fifille ? Un costume de Père Noël, bien sûr ! Très fâchée (ça se comprend), elle décide de claquer la porte, laissant son boyfriend avec un mannequin à poil. Et plutôt que de courir après sa dulcinée qui en a vu des dures cette semaine, l’enflure préfère aller batifoler dans la nuit gelée avec sa nouvelle conquête… avant de l’abandonner dans les ruelles sombres, la laissant à la merci du tueur ! Le genre de petits traits très cheesy d’un scénario qui en a d’autres, comme cette scène montrant le tueur affronter un policier, dévoilant une lame cachée sous sa semelle, comme s’il était un vrai méchant de film d’espionnage !

 

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Curiosité également que la scène du clip, lors de laquelle une demoiselle chante et danse aux rythmes d’une chanson pop plus sucrée qu’un éclair au chocolat, tandis que le tueur s’en prend à un vieux Père Noël. Pourquoi la scène est-elle si marquante ? Tout simplement parce que la chanteuse n’est autre que Caroline Munro, qui s’est donc vue offrir un caméo pour le moins étonnant ! Don’t Open Till Christmas tire donc dans toutes les cheminées et ne sait à quelle dinde de Noël se référer, se faisant tout à coup aussi sérieux et policier d’un bon Derrick pour ensuite tomber dans des délires très Z dans l’esprit (il faut voir ces punks très caricaturaux poursuivre un Santa Claus aviné et à vélo, qui leur fait par ailleurs un doigt d’honneur et cherche donc un peu la merde). De même, on a parfois des aspects très « épouvante british », donc plus nobles que la moyenne, comme cette belle séquence dans le London Dungeon, et d’autres qui sont nettement plus portés sur l’exploitation la plus basse, avec nibards qui sautent à l’écran et coups de couteaux propulsant du sang sur les murs. Don’t Open Till Christmas est un film qui se cherchait et ne s’est jamais vraiment trouvé, aussi schizophrénique que le tueur qu’il met en scène. Mais qu’importe puisque le fun est indéniablement au rendez-vous ! On ne se fait en effet jamais chier, on ne pense jamais à faire une pause pour aller rajouter des boules à ce satané sapin et le tout est suffisamment décalé et généreux pour que l’on ressente l’envie d’y revenir un jour ou l’autre. En prime, le DVD de chez Uncut Movies propose un making of d’époque, qui permet de voir quelques séquences qui finiront par être shootées à nouveau, et ne sont donc pas visibles dans le film. Un document instructif et agréable à s’envoyer, qui finit de faire de cette galette un objet à posséder pour les slasherophiles, quand bien même le film s’est étrangement fait démonter sur plusieurs sites… Mais ne boudez pas votre plaisir, d’autant que ce n’est pas dans toutes les bisseries que l’on peut voir une jolie fille poursuivie dans les toujours très belles rues de Londres, non ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Edmund Purdom, Ray Selfe, Derek Ford
  • Scénarisation: Derek Ford
  • Production: Dick Randall, Steve Minasian
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Edmund Purdom, Belinda Mayne, Mark Jones, Gerry Sundquist
  • Année: 1984

2 comments to Don’t Open Till Christmas

  • Roggy  says:

    C’est avec quelques jours de retard que je viens fêter Noël dans la crypte toxique avec ce slasher que je ne pense pas avoir jamais vu. Apparemment, il a tout à fait la place dans ta cheminée bisseuse. Alors, encore joyeux noël l’ami 🙂

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