Zombi 3

Category: Films Comments: 6 comments

zombi3teaser

Ah, Zombi 3 ! Fausse suite du classique L’Enfer des Zombies, cette réalisation conviant, tour à tour, Lucio Fulci, Bruno Mattei et Claudio Fragasso est perçue, selon les cas et les humeurs de ses juges, comme une sinistre daube, un affreux nanar ou une série B fun et sans prétention. Dans tous les cas, c’est un sacré jeu de chaise musicale !

 

 

La genèse de Zombi 3 est de celles que les bissophages ne connaissent que trop bien… sans jamais être réellement sûrs d’en avoir tous les éléments en main. En effet, si nous connaissons tous les grandes lignes de l’histoire agitée du projet, proposé par la Flora Films (un grand nombre de Mattei comme Robowar et Strike Commando mais aussi Zombie Holocaust et Emmanuelle et les Derniers Cannibales, par exemple) à un Lucio Fulci en perte de vitesse, nous savons également que les divers témoignages se rapportant aux coulisses du film sont bien loin d’être raccords. Ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que Zombi 3 était, au départ, une chance pour un Fulci alors en disgrâce de revenir sur le devant de la scène. C’est que ses Aenigma, Conquest ou autres Murderock n’ont pas franchement fait sensation, ou alors dans le mauvais sens du terme, en dépit parfois du capital sympathie de certaines de ces bandes (Conquest est bien plus sympa que ce que l’on veut nous faire croire !) et la carrière du maestro commençait sérieusement à piquer du nez… C’est ce moment que choisit Franco Gaudenzi de la Flora pour proposer une nouvelle histoire zombiesque au papa de L’Au-delà, une idée pas plus mauvaise qu’une autre puisque permettant au Lucio de revenir dans le giron du succès qui lança sa carrière, L’enfer des Zombies. Mais voilà, le metteur en scène est à l’époque en fort mauvaise santé et le tournage se déroule, comme souvent avec la Flora, aux Philippines, pays pas franchement adapté aux petites santés… Dès lors, Fulci se met à retirer du scénario (écrit par Claudio « Troll 2 » Fragasso) certaines pages qu’il juge comme trop difficiles à mettre en boîte, quand il ne les trouve pas tout simplement mauvaises. Le réalisateur bâcle donc un peu le travail et tente d’en finir aussi vite que possible, histoire de retrouver au plus vite son lit douillet en Italie. Problème : son Zombi 3 ne dure que 70 minutes et manque sérieusement de rythme. Difficilement sortable en l’état, même pour une firme habituée aux folies de Bruno Mattei… C’est d’ailleurs ce dernier qui, muni de sa cape de super-héros de la réalisation, viendra sauver les miches de l’entreprise. Alors aux Philippines pour enchainer les tournages comme un cannibale de la pellicule, le bon Bruno accepte volontiers de remplacer Fulci, sans trop que l’on sache si ce dernier est vraiment parti de lui-même car trop mal en point ou s’il fut tout simplement viré par la production, peu admirative de son boulot vendu comme extrêmement mou. Un défaut plutôt gênant, d’ailleurs, compte tenu du fait que le film se voulait être un actioner horrifique…

 

zombi33

 

Si l’horreur est bien là, l’action semble laisser à désirer et ce n’est pas pour rien que Gaudenzi a fait appel à un Mattei déjà rompu à l’exercice pour avoir emballé du sous-Rambo cheapos. Selon le réalisateur de Virus Cannibale, Zombi 3 reste malgré tout en grande partie une œuvre de Fulci, dont il resterait une bonne cinquantaine de minutes dans le résultat final. C’est de toute façon assez invérifiable pour une raison tout simple : à l’époque, Fulci avait perdu son mojo et ne filmait plus vraiment comme à la grande époque, son équipe de fidèles s’étant en prime désintégrée, et le filmage qui était le sien en 1988, année de sortie de Zombi 3, est assez proche de celui de Mattei. Au point qu’il est quasiment impossible de distinguer les styles de l’un et de l’autre sur le strict plan technique, une véritable cohérence visuelle unissant l’ensemble, poussant le bisseux attentif à se raccrocher à des détails, parfois un peu trompeurs… On a par exemple tôt fait de penser que ces quelques plans montrant des zombies dans la brume viennent de Fulci. C’est à peu près certain, en effet. Mais on a aussi vite fait de crier sur tous les toits que la séquence totalement délirante de cette tête coupée trouvée dans un frigidaire qui s’envole et va mordre un pauvre type vient forcément de Mattei. Et pourtant, dans une interview, le Lucio a clairement indiqué que cette scène était de lui, ajoutant même qu’elle est la seule qu’il apprécie dans ce joyeux bordel qu’est Zombi 3. Notez que Claudio Fragasso prétend pour sa part que cette fameuse scène fut empaquetée par Mattei et lui-même, puisque co-co-réalisateur également (et qui s’occupera aussi de Zombi 4 : After Death la fausse-suite de cette fausse-suite d’une fausse-suite (L’Enfer des Zombies, alias Zombi 2), ça va vous suivez ?). On peut tout de même douter de ses dires, d’une part parce que le gaillard n’est pas le dernier à vomir un paquet de mensonges, d’une autre parce que Fulci avait une très faible estime de Mattei et Fragasso et que l’on peut sérieusement douter qu’il irait jusqu’à se prétendre à l’initiative d’une de leurs séquences. Surtout une aussi dingue ! Il y a donc toutes les chances pour que ce crâne flottant et affamé soit bien de lui… Bon, même s’il est bien évidemment amusant d’essayer de deviner qui a fait quoi, au point que cela pourrait devenir un jeu télévisé co-présenté par Nagui et David Didelot (un duo de fou, j’vous l’dit !), cela ne change finalement pas grand-chose comme déjà dit plus haut puisqu’un Fulci en perte de vitesse et un Mattei en grande forme, c’est peu ou prou la même chose. Comprendre généreux, fou, maladroit et volontaire lorsqu’il s’agit de livrer aux shootés à l’épouvante un petit spectacle de rue particulièrement vivifiant.

 

zombi31

 

Bien entendu, en bon film de zombie à la bolo qui se respecte, le scénario de Zombi 3 ne va pas chercher l’inspiration trop loin et pique à Romero quelques idées depuis devenues de véritables tables de la loi du genre tout entier. A savoir un acte final pessimiste, un petit discours écolo et des scientifiques plus à l’aise lorsqu’il s’agit de vous refiler des hémorroïdes nucléaires que pour vous soigner la rubéole. Sans oublier, bien évidemment, de vilains militaires bien décidés à ne pas faire dans le détail en mitraillant tout le monde, morts-vivants comme vivants tout court ! Le tout débute d’ailleurs comme du pur Mattei/Fragasso, avec une introduction située dans un laboratoire, Virus Cannibale style, les laborantins testant un sérum nommé Death One (ça sent déjà pas le shampoing aux abricots, cette histoire), censé réanimer les morts et leur donner une seconde jeunesse et en faire des armes de guerre. Ca ne marche qu’à moitié, visiblement, puisque le chauve sur lequel ils testent cette belle invention se met soudainement à pourrir et hurler comme un dératé, avec en prime un effet secondaire le faisant jouer très mal. La mixture n’est donc pas totalement au point et mieux vaut garder la fiole contenant le produit dans une valise bien cachée. Si bien planquée qu’un terroriste, dont on ne connaîtra jamais les projets, s’en empare et parvient à se foutre du Death One sur la main. L’effet ne se fait pas attendre et la mimine du zigoto est parfaitement épilée, si bien qu’il n’a même plus de chair, d’ailleurs ! Devenu fou, il décide de s’en prendre à une pauvre femme de chambre avant d’être abattu par les autorités locales, qui décident de l’incinérer. Mais la fumée émanant de sa combustion finit par toucher quelques oiseaux volant non loin de l’endroit où le gus est incinéré, rendant les animaux fous… Notons d’ailleurs que l’idée du zombie cramé faisant encore plus de tort que s’il avait simplement été enterré est bien évidemment reprise du Retour des Morts-Vivants de Dan O’Bannon, sorti trois ans plus tôt, Fragasso se permettant donc ce petit emprunt (et ce ne sera pas le seul de sa carrière). Reste que vous devinez la suite : les oiseaux attaquent quelques vacanciers, transformés en zombies, qui feront de nouveaux zombies à leur tour,… Le cycle de la vie de toute bisserie ritale.

 

zombi35

 

Un script tout ce qu’il y a de plus classique, au fond, et c’est d’ailleurs bien normal et le spectateur venu vers Zombi 3 en espérant y trouver du Shakespeare s’est clairement trompé de crémerie ! Non, ce qui doit importer concernant cette bande, c’est de savoir si elle délivre suffisamment de gore d’une part et de moments tarés de l’autre. Pour le gore, disons que c’est moyen. On a certes une très salissante scène de tranchage de main en putréfaction et un accouchement comme seul le duo Mattei/Fragasso pouvait les imaginer mais c’est bien tout, le gros de Zombi 3 étant constitué de free hugs administrés par nos infectés et il est bien rare que cela vire à la foire aux tripes. On a même plus de chances d’être écœurés par les modifications corporelles de quelques demoiselles touchées par le Death One, soudainement prises d’une varicelle purulente ! Sans aller jusqu’à dire que ce Zombie Flesh Eeater 2 (titre UK balancé histoire de souligner le lien de parenté avec l’œuvre fulcienne) est sobre, force est de reconnaître que l’on imaginait le tout un peu plus corsé et volontaire lorsqu’il s’agit de dérouler des kilomètres d’intestins… Par contre, niveau moments tarés, là on est royal au bar ! Bon, ce n’est pas non plus ce que Mattei a torché de plus secoué et on ne croise pas de tutu vert et la séquence la plus débile est définitivement celle de la tronche flottante citée plus haut et dont la paternité reviendrait donc à Lucio. Néanmoins, on pourra difficilement ne pas remarquer que les effets du Death One ne sont pas clairement établis puisque différant largement d’un zombie à l’autre. Alors que certains sont dans la grande tradition du genre, c’est-à-dire plus lents qu’un film de Jim Jarmusch, d’autres nous piquent carrément des sprints ou se mettent à boxer comme des élèves de Mike Tyson, parvenant même à foutre de sacrées raclées aux survivants. On a même quelques yamakasis dans le lot, partis se planquer au-dessus de gros pilonnes en pierre pour sauter sur les dos des militaires passant sous eux. Et il ne faut pas oublier ces vicieux planqués dans de la paille, attendant patiemment qu’un imprudent soit à leur portée pour révéler leur présence, genre « Tadaaaaaaaa ! ». Mais les plus polémiques, ce sont bien évidemment ceux qui causent. Car ouais, on croise ici du zombie blablateur, et pas le genre à nous sortir des conneries comme « Cerveaaaauuuux » ou que sais-je encore, non, ceux de Zombi 3 savent tenir de véritables discours, à l’image de ce présentateur radio décédé, perso culte de chez culte !

 

zombi34

 

Cela dit, le plus beau, c’est clairement les dialogues, ici aux petits oignons. Les mecs qui prétendent que c’est chez l’ennuyeux Tarantino que l’on trouve les joutes verbales les plus puissantes ne doivent jamais avoir tendu l’oreille à l’art, car c’est un art Mesdames et Messieurs, de Claudio Fragasso. Comment ne pas résister à ce bel échange de bidasses dans une jeep, en train de chantonner, genre « Eh tchac, bim bam boum badam badam badam badam », avant de s’apercevoir qu’il y a de la jolie pépée dans le bus roulant devant eux. Et c’est parti pour une intense séance de drague (prenez-en de la graine, puceaux de geeks !), tombant pile poil pour nos gaillards qui se souviennent de leurs dernières conquêtes (« Oh je me rappelle plus de son nom, Cindy, Lindy ou un truc comme ça. Mais ce dont je me souviens, ce sont ses nénééééééééés ! Wahouu ! »). Heureusement, les nanas du bus sont elles aussi de sacrées chaudasses et crient après cette septième compagnie, qui ne refusent bien évidemment pas l’invitation (« Héééé regardez ça c’est de la nanaaaa ! Ohéééé, saluuuuuuut ! »). Et c’est parti pour un petit show, l’une des gonzesses se lançant dans un déhanché se voulant sexy, histoire d’exciter le calibre de nos militaires, mais surtout ridicules de par les « Ouh ! Ah ! » qu’elle balance à chaque geste, un comportement qui serait refusé dans le plus pourri des pornos ! N’oublions pas non plus la splendide séquence de la jeune fille infectée, qui a des framboises pourries qui lui poussent sur la gueule (ça partira pas avec un peu de Biactole, cette affaire-là) et pousse donc un militaire et l’une de ses amies à partir à la recherche d’un médecin. Et, en chemin, la nana dit à son nouveau pote « J’espère qu’on ne gâche pas trop votre week-end ! ». Oh bah non, on doit juste faire face à une épidémie particulièrement contagieuse et votre amie dotée d’un véritable verger sur la joue nous ralentit à mort, mais sinon tout va pour le mieux, on avait rien de prévu d’tfaçons ! De l’or en barre, surtout en version française, vous l’imaginez bien ! Car comme d’hab’, on a trois doubleurs pour une trentaine d’acteurs (dont l’habitué de Mattei, Mike Monty, et Deran Sarafian, futur réalisateur de Coups pour Coups avec JCVD et d’épisodes de Dr House ! Mattei mène à tout !), histoire de rajouter une bonne dose de ringardise à l’ensemble !

 

zombi32

 

En somme, Zombi 3 est une vraie bisserie ritale avec tout ce que cela implique de vrais défauts (certaines parties nocturnes lors desquelles on ne perçoit vraiment rien), des carences sympathiques (les acteurs sont bien sûr mauvais, le doublage, les diverses folies du scénar, quelques faux raccords) mais aussi de vraies qualités. Comme un beau rythme, Zombi 3 n’étant que rarement chiant, en grande partie grâce à un Mattei appuyant encore un peu plus sur l’aspect actioner de la pelloche. Ca fusille constamment, ça balance des bourre-pifs dans la gueule des zomblards, ça chasse des oiseaux d’outre-tombe, ça fait sauter des pompes à essence (joli combat contre un mort-vivant équipé d’une machette, en passant) et ça échange des tirs avec des militaires portant des combinaisons empêchant l’intoxication. Que demander de plus ? Un peu plus de gore, oui, et peut-être un poil de nudité, non pas que le défilé de nibards soit réellement nécessaire mais cela fait toujours un peu bizarre quand on en a pas, comme c’est le cas ici. Il manque un petit quelque-chose, quoi… Mais c’est du chipotage, Zombi 3 étant particulièrement fun et qu’il soit réalisé par un Fulci peu motivé ou des Mattei et Fragasso volontaires, peu importe : on s’éclate bien et c’est tout ce qui compte ! Une vraie Série B quoi, qui tente de proposer le maximum avec le peu qu’elle a, qui trébuche à gauche ou à droite mais finit malgré tout par toucher nos petits cœurs de slime !

Rigs Mordo

Gros gros merci à David Didelot pour son inestimable aide lors de la rédaction de l’article !

 

zombi3poster

 

  • Réalisation: Lucio Fulci, Bruno Mattei, Claudio Fragasso
  • Scénarisation: Claudio Fragasso
  • Production: Franco Gaudenzi
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Deran Sarafian, Beatrice Ring, Mike Monty, Marina Loi
  • Année: 1988

6 comments to Zombi 3

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Alors attention quand même, l’intro avec le Death-1 ne faisait pas vraiment parti du film a semble n’avoir été tourné que pour le marché Japonais. Elle ne figure chez nous que depuis l’édition DVD et était absente des VHS. C’est un peu la même chose que l’intro de Killer Crocodile (trouvable en DVD, absente des diffusions M6 de l’époque) qui elle avait été faite pour le marché US.

    Sinon peu importe le soap-opera autour du film (on ne saura jamais la vérité de toute façon, et vu comment les italiens sont des arracheurs de dents et les Philipines un pays bien putride à l’époque, je reste persuadé que Fulci à filmé bien moins qu’on ne le dit – prétendre à l’inverse permet de foutre son nom au générique et d’en profiter. Zombi 3: Fulcixploitation, mec), cette série B reste joyeusement folle et délurée.

    De l’accouchement à la tête volante, en passant par les oiseaux, la fille dans l’eau qui se fait bouffer les jambes façon requin, les séquences atmosphériques (les mutants immobiles dans la brume, la longue séquence dans la station essence déserte avant que ça ne devienne de l’action pure), la fin pompée sur Platoon et ce putain de Blue Heart, tout est resté gravé dans ma mémoire. A vrai dire un de mes films de « chevet » quand j’étais plus jeune, puisque je le ressortais fréquemment pour des soirées vidéos avec de pauvres néophytes qui s’en amusait quand même bien.

    Zombi 3 est un véritable best-of du Bis philipino-italien, et c’est pour ça qu’on l’aime.

  • Peter Hooper/ Ingloriuscritik  says:

    Bon j’oublie ton passage « … Les mecs qui prétendent que c’est chez l’ennuyeux Tarantino que l’on trouve les joutes verbales les plus puissantes… » , ce qui fait partie des fameux 10% de « non accord » que tu soulignais a juste titre comme compatible avec des partages d’idées entre génreux « respectables »(au sens ou « on se respecte ») dernièrement sous un de mes papiers. La preuve je partage ton post , qui comme de coutume arrive a faire briller la plus terne des mièvres particules de ces Bis ritals, ce qui au final en font de bon produits de pure exploitation , sur lequel le temps apporte sa part de bonification .

  • Roggy  says:

    Beau boulot l’ami pour ce « beau bordel » comme tu l’écris si bien. Je n’ai pas la science de Plume sur le sujet mais j’aime bien le film dans son côté vrai Bis maladroit mais sympa.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>