The Toolbox Murders

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Les slashers vous rendent complètement marteau ? Les psychokiller movies vous scient les jambes ? Bonne nouvelle, avec The Toolbox Murders, vous aurez un peu des deux ! Rencontre avec un bricoleur du dimanche doté d’une sacrée réputation !

 

Attention, spoilers !

 

Le cinéma bis ou d’exploitation est définitivement une histoire de cycle, pour ne pas dire de serpent qui se mord la queue, Ouroboros style. Ainsi, lorsque Massacre à la Tronçonneuse reçut les honneurs d’une nouvelle sortie dans les années 70, son second succès donna des idées au producteur Tony DiDio. Si un petit budget comme le film de Tobe Hooper pouvait casser la baraque à plusieurs reprises, pourquoi une bande d’exploitation produite par ses soins ne parviendrait-elle pas à réaliser le même hold-up sur le box-office ? Il réunit alors un peu moins de 200 000 dollars et lance le projet The Toolbox Murders, tourné en 1977 et sorti en 1978, quelques temps avant que John Carpenter ne lance la grande course aux tueurs masqués avec son Halloween. En avance sur son temps, cette série B réalisée par Dennis Donnelly, un gaillard venu de la télévision ? Peut-être un peu, de quelques mois du moins, et on peut estimer que La Foreuse Sanglante (titre utilisé pour la sortie vidéo par chez nous) aurait rapporté un peu plus de fonte s’il avait suivi les traces de Michael Myers plutôt que de marcher devant lui avec Black Christmas et quelques autres proto-slashers. Mais la destinée de la pelloche de Donnelly n’est pas si mauvaise pour autant et l’œuvre a obtenu au fil du temps une petite aura culte, acquise en partie grâce à la présence de la VHS dans la liste des Video Nasties. Et si un film d’horreur se retrouve prohibé, c’est qu’il y a bien une raison, non ? C’est en tout cas que ce que finit par se dire une grande partie des petits loups garous passant leurs soirées devant quelques bandes grasses et poussiéreuses, forcément attirés par un pitch promettant un massacre réalisé à l’aide de simples outils. La réputation de The Toolbox Murders, plus que l’œuvre en elle-même, permet en tout cas au film d’obtenir un remake en 2004, toujours produit par un Tony DiDio qui reprenait du service après avoir disparu de la circulation durant les années 80 et 90 (on lui doit notamment la sortie du Z Killer Instinct avec Corbin Bernsen et Dee Wallace Stone). Et qui c’est qu’il appelle, le bon Tony, pour mettre en boîte sa relecture de sa première production ? Tobe Hooper, bien sûr, à l’époque dans le caniveau du genre et forcé de rebooter une resucée de son plus gros succès. Quand je vous disais que le crotale finirait par se bouffer lui-même dans cette histoire…

 

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Mais revenons sur l’original, même si l’adjectif colle relativement peu à ce The Toolbox Murders qui ne cesse de reluquer sur les copies de ses petits voisins pour reproduire leurs bonnes réponses. A la famille Leatherface, on pique bien évidemment l’idée de l’ustensile du quotidien détourné à des fins meurtrières, au giallo on emprunte le tueur cagoulé et portant des gants ne s’attaquant qu’à de jolies femmes et aux bandes grindhouse de l’époque on subtilise la tendance à mixer violence et nudité. D’ailleurs, la toute première partie du film rappelle fortement le classique Blood Feast de G.G. Lewis, notre tueur malsain enchaînant les meurtres de jeunes femmes à la manière du bon vieux Fuad Ramses, reprenant même certaines de ses idées, telle celle de la victime prenant un bon bain lorsque surgit son assassin. Même si la conclusion est totalement différente, difficile de ne pas songer à la ressemblance entre les deux œuvres, qui partagent quelques autres points communs au niveau de l’esprit, totalement branché exploitation. D’ailleurs, le script se veut particulièrement simple et Toolbox se résume, à ses débuts, à un simple défilé de meurtres. On s’étonnera d’ailleurs de retrouver pas moins de trois scénaristes derrière la machine à écrire, six mains ayant été nécessaires pour torcher ce script pourtant on ne peut plus banal. Des mimines visiblement habituées à bosser de concert pour certaines puisque deux des trois scénaristes retravailleront ensembles à plusieurs reprises, Robert Easter (aujourd’hui décédé) et Neva Freidenn se retrouvant sur Sworn Justice avec Cynthia Rothrock et quelques Don « The Dragon » Wilson (Black Belt, Red Sun Rising). Quant à la troisième roue du carrosse, Ann Kindberg, Toolbox Murders est son seul crédit au poste de scénariste, la dame s’étant depuis lancée dans la production de séries (Grey’s Anatomy, The Shield,…), qu’elle réalise à l’occasion (Private Practice). Comme quoi, la série B mène à tout… Reste que ce petit trio ne se foule pas des masses concernant l’écriture de leur slasher avant l’heure, qu’ils doivent rendre aussi réaliste que possible pour que leur boss puisse coller sur l’affiche « based on true events ». Car à l’instar de Texas Chainsaw Massacre, The Toolbox Murders tente de rameuter le public en lui promettant des horreurs ayant défrayé la chronique. Lesquelles au juste ? Mieux vaut ne pas le demander à l’équipe du film puisque ce prétendu lien avec la réalité n’est qu’un tissu de conneries, un simple gimmick utilisé pour pousser la promotion de la bande vers de nouvelles sphères. Peut-être que tout ce beau monde s’est plus ou moins inspiré des meurtres de Peter Sutcliff, maniaque tuant des prostituées au milieu des seventies avec un marteau et assurant que Dieu lui demandait de nettoyer les ruelles sombres de ces filles de joie. Un peu comme le maboule du film de Donnelly, qui revient de chez Conforama avec l’envie de punir les jeunettes écartant un peu trop les lèvres du bas à son goût…

 

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Le métrage se résume d’ailleurs à cela au départ, débutant comme un psychokiller/slasher tout ce qu’il y a de plus classique. On commence par une petite virée en voiture, en vue subjective, laissant sous-entendre que notre tueur arpente la jungle urbaine à la recherche de futures victimes isolées, son esprit, avec lequel le spectateur ne fait qu’un via le principe du Point of View, étant traversé de flashs montrant une jeune fille morte suite à un accident de voiture. On apprendra plus tard que c’est la gamine du tueur, devenu cinglé depuis que sa fifille favorite est partie pioncer dans la tombe. Pour noyer sa peine, notre cagoulé décide d’arpenter un complexe d’appartements à la recherche de donzelles à présenter à sa boîte à outils. Il s’attaque tout d’abord à une alcoolique, dont il soigne le foie à l’aide d’une perceuse, avant de liquider deux demoiselles, à coup de marteau dans le crâne pour la première, d’un plantage de tournevis dans le torse pour la seconde. Une petite expédition punitive qui finit bien évidemment par se remarquer, la police venant sur les lieux pour enquêter (on notera que l’inspecteur est incarné par le frère du réalisateur) sur toute cette sauvagerie… qui se reproduit le lendemain ! Et ouais, pas effrayé pour un sou et du genre téméraire, le bricoleur revient sur les lieux et décide de s’attaquer à une top-modèle posant nue (un sacré péché pour notre catholique dément !), justement en train de prendre du bon temps dans son bain. Après un petit jeu du chat et de la souris, le fou furieux parvient à calmer les ardeurs de sa proie en lui clouant le bec à l’aide d’un fusil à clous. Efficace ! Et histoire de finir la journée sur une note positive (pour lui, bien sûr), il kidnappe une étudiante (nommée Laurie, à croire que les serial-killers adorent ce prénom), qu’il ramène chez lui comme si de rien n’était… On tient ici ce que l’on pourrait nommer « le premier chapitre de Toolbox Murders », celui purement slasheresque et se résumant à une succession de meurtres, sans réelle mise en place ou exposition. Donnelly et ses scénaristes sautent en effet les présentations de la jeunesse vouée à croiser l’arsenal de l’aliéné de service pour coller aux basques de ce dernier.

 

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On s’étonnera d’ailleurs un peu de cette décision de suivre directement le maniaque sans avoir présenté ses victimes auparavant. Certes, la plupart des slashers débutent par une scène de meurtre dont le but évident est de nous montrer que le tueur ne plaisante pas mais leurs scripts se redirigent presque systématiquement sur le petit groupe d’adolescents qui devront faire face au givré dans la suite du film. Pas de cela ici, Donnelly enchaine les meurtres, à un rythme presque routinier, une impression encore renforcée par le comportement du cinglé à la cagoule, qui prend son temps et sifflote lorsqu’il s’approche de ses cibles. La réalisation se veut d’ailleurs assez sobre et aucun suspense n’est créé, que ce soit via le choix des plans, basiques au possible et se refusant à toute esthétisation, que par une musique sortant des radios des victimes, ces séquences ne disposant pas de plages sonores en elles-mêmes. Les attaques ne bénéficient donc pas de bruitages stridents pour faire sursauter et ne sont donc pas spécialement mises en valeur, pas même par un filmage peu disposé à s’attarder sur les plans trop sanglants. Si le tout est violent, c’est surtout dans le principe ou via un certain réalisme, The Toolbox Murders n’étant certainement pas une œuvre gore. Pour sûr, si l’on se base sur les tables de la loi érigées par Halloween et Vendredi 13, le travail de Donnelly n’a pas de quoi donner la gaule : c’est un peu mollasson, les donzelles tentent à peine de prendre la fuite, c’est quasiment misogyne (malgré la présence de deux femmes à l’écriture, je le rappelle) et ce n’est donc pas mieux réalisé que cela malgré un ou deux plans rappelant la méthode italienne. Et pourtant, ces trente minutes d’introduction fonctionnent plutôt bien et proposent même une expérience quasiment inédite à l’époque, préfigurant de peu les agissements de Frank Zito dans Maniac en donnant un avant-goût de ce qu’est le quotidien d’un assassin. Car le gaillard ne stresse pas des masses, fredonnant tranquillement et tuant sans se presser, tel un plombier habitué à pareille tuyauterie et guère impressionné par les évènements (ce qui n’est pas particulièrement réaliste puisque nous apprendrons plus tard que c’était visiblement ses premiers méfaits). Tout cela apporte un étrange sentiment de relaxation, celle du tordu devenant finalement la nôtre, et une distanciation se forme vis-à-vis des meurtres, jamais choquants malgré leur agressivité. Et si ce n’est pas forcément ce que le public cherche dans pareille bande, au moins pourra-t-il, pour l’instant, visionner un spectacle le changeant de ses habitudes, plus proche de ce qu’aurait donné un slasher s’il avait été réalisé à l’époque très libre du cinoche d’exploitation période 42nd Street que des séries B toutes sorties du même moule croisées dans les années 80. On a même une sacrée dose d’érotisme, deux des demoiselles nous dévoilant longuement leurs courbes, l’une d’elle s’octroyant même une petite branlette dans son bain. Si ça c’est pas seventies, je ne sais pas ce que c’est !

 

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Mais en bon métrage d’exploitation, The Toolbox Murders ne se refuse aucune rupture de ton et délaisse dans ses deuxième et troisième tiers ses velléités de psychokiller pour tomber dans le thriller dramatique pur et dur ! En effet, on découvre assez rapidement qui est l’assassin, incarné par Cameron Mitchell (Six femmes pour l’assassin), plongeant dans sa psyché, qu’il présente à la demoiselle qu’il a enlevée plus tôt et qu’il prend pour sa fille décédée. C’est d’ailleurs parti pour un long monologue de la part de l’acteur, et quand je dis long c’est loooooong, mais qui passe pourtant fort bien grâce au talent du comédien, à la fois inquiétant et touchant dans sa folie teintée de tristesse. En parallèle de la relation entre le meurtrier et sa prisonnière, on suit l’enquête menée par le frère de cette dernière et le neveu de Cameron Mitchell, des passages par ailleurs mous au-delà du raisonnable et inintéressants au possible, en plus d’être particulièrement télévisuels, comme toute cette seconde partie. Guère étonnant d’ailleurs de constater que Donnelly sera retourné aux séries (il a quasiment emballé un épisode de chaque feuilleton des seventies !) tant sa mise en scène est plate et n’est plus sauvée par les agissements sanglants de son personnage principal. Désormais, les dialogues se résument à de paresseux champ/contre-champs et le suspense est on ne peut plus statique puisque les affrontements entre les bourreaux (car oui, un deuxième assassin fait son apparition en cours de métrage, histoire de faire rebondir un peu le script, mais tout cela est très artificiel…) et la gamine retenue captive se déroulent… sur un lit ! Et n’allez pas croire que Donnelly préfère miser sur des joutes psychologiques ou verbales, la pauvre est bâillonnée durant une large partie du film et ne peut donc piper mot… Pas franchement de quoi passionner les foules, et votre serviteur toxique a même piqué du nez à une ou deux reprises, appesanti que j’étais par ces palabres menant à une issue tombant par ailleurs très brusquement…

 

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The Toolbox Murders n’est donc pas du tout le film que sa réputation laisse imaginer et il est indéniable qu’il décevra tous les slasherophiles attendant de lui un spectacle digne de ceux présentés par Jason Voorhees. La bande de Donnelly ressemble d’ailleurs plus aux séries policières ringardes sur lesquelles vous pouvez tomber sur TF1 à 3 heures du mat’, lors de vos longues insomnies. Parfois trop chiant et éloigné de ses promesses initiales (vous n’aurez plus aucun meurtre à l’arme blanche une fois les trente premières minutes passées !), l’ensemble reste malgré tout regardable pour son ton étrange et ses ruptures de style, tout comme pour quelques éléments cheesy assez risibles, comme le fait que les appartements ne semblent être peuplés que de jolies jeunes filles prenant des poses lascives devant leurs fenêtres. Définitivement à réserver aux plus curieux et aux bisseux conciliants, les autres risquant de s’ennuyer ferme devant ce petit film plus culte pour la censure qu’il subit que pour ses réelles qualités…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Dennis Donnelly
  • Scénarisation: Neva Friedenn, Robert Easter, Ann Kindberg
  • Production: Tony DiDio
  • Titre français VHS: La Foreuse Sanglante
  • Pays: USA
  • Acteurs: Cameron Mitchell, Wesley Eure, Pamelyn Ferdin, Nicolas Beauvy
  • Année: 1978

2 comments to The Toolbox Murders

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas cet original (à l’inverse de la version de Tober Hooper) malgré la présence de quelques noms connus au casting. Même si le film a l’air un peu lent, tu m’as donné envie de le voir néanmoins (à moins que ce soit les photos…).

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