Godzilla

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Sacré Godzilla ! Alors qu’à plus de soixante ans il pourrait profiter d’une retraite méritée auprès de quelques autres monstres fatigués, le gros lézard continue d’atterrir sur nos écrans, grands comme petits. Après un décevant reboot ricain et avant le retour sur les terres nippones, prévu pour 2016, toujours télécommandé par la Tōhō, revenons sur le tout premier opus sorti en 1954, revenu en haute-définition grâce à HK Video…

 

 

Oh no, they say he’s got to go, go, go Godzilla ! Oh noooo, there goes Tokyo, go, go Godzilla ! Eh ouais, difficile de ne pas chanter cette chanson culte de Blue Oyster Cult, par ailleurs rendue encore meilleure via la reprise de l’excellent groupe Fu Manchu, lorsque l’on s’apprête à enfourner le Blu-Ray de la magnifique édition sortie chez HK Video du Godzilla créé par Ishirō Honda. Car l’éditeur n’a pas fait les choses à moitié pour donner un bel écrin aux premiers méfaits du roi des monstres, balançant dans le petit coffret un livret avec filmographie d’Inoshiro Honda, interviews de l’acteur dans la peau du monstre, du compositeur et du directeur des effets spéciaux et présentation de la saga. Et pour en rajouter une grosse couche atomique, en bonus, le deuxième film : Le Retour de Godzilla, dont on recausera un jour dans la crypte toxique si on a assez de place pour accueillir le Godzi et son piquant ennemi Anguirus. On bougera les meubles et les vierges de fer enfermant quelques hipsters égarés… Mais pour l’heure, concentrons-nous sur la naissance de celui qu’on juge souvent, à tort, comme étant le premier monstre géant japonais, oubliant un peu vite que King Kong fut également adapté au Japon avant cela. Mais les aventures asiatiques du grand singe étant perdues de chez perdues, on comprend fort bien cet oubli… Inutile en tout cas de présenter l’ami Gojira, tous les bisseux et les fantasticophiles de la planète savent fort bien de quoi il en retourne, tout comme ils savent qu’une version amerloque avec Raymond Burr (Perry Mason en personne !) déboula sur les toiles de l’Oncle Sam en 1956, soit deux ans après les ravages commis par la bête au Japon. Ravages aux répercussions incroyables, d’ailleurs, puisqu’en plus de lancer une série approchant dangereusement des trente films (si l’on ne compte pas les deux remakes américains), le bon Godzi fut bien sûr suivi par une horde de kaijū, dont un certain Gamera qui deviendra bien vite le rival du saurien radioactif… On ne compte dès lors plus les Rodan, Baran, le monstre géant, Frankenstein vs Baragon et autres La Guerre des Monstres, autant de descendants d’un seul et même reptile qui aura décidément changé la face du fantastique…

 

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L’histoire, elle est simple et, à priori, vous la connaissez déjà sans même avoir vu le film : en pleine mer japonaise, de nombreux bateaux se mettent à disparaître, un phénomène inquiétant bien évidemment les autorités, bien décidées à résoudre ce mystère. Et une fois sur place, elles découvrent que leurs essais nucléaires ont réveillé un gigantesque dinosaure pionçant dans les fonds marins depuis des millions d’années et qu’il a tout simplement décidé de tout démolir sur son passage. Faut dire que la bestiole est bien évidemment du genre maousse et qu’un pet de sa part vous créerait un terrifiant ouragan ! Si les militaires tentent d’abord d’abattre la créature à l’aide des canons de leurs tanks et des missiles de leurs avions, ils doivent se rendre à l’évidence : Godzilla, comme l’appellent les habitants d’un petit village de pêcheurs persuadés que le monstre est une divinité dragonique, ne craint tout simplement pas leurs obus. Il va donc falloir trouver autre-chose pour le renvoyer ronfler au milieux des coquillages et des hippocampes… Le script, écrit à plusieurs mains, dont celles d’Honda en personne, se veut plutôt simple et cela se comprend d’ailleurs aisément, le but du réalisateur étant de critiquer la race humaine plutôt que de se pencher durant dix ans sur Godzilla, finalement une simple excuse pour renvoyer au monde ses plus noirs aspects. Ici, le monstre ce n’est pas ce gros dragon réveillé du pied gauche et déterminé à cracher sa mauvaise haleine atomique sur un pauvre peuple qui n’a rien demandé à personne. Non, les monstres, ce sont les hommes qui passent leur temps à concevoir de nouvelles armes pour faire fondre leur prochain, Godzilla n’étant finalement que le résultat de leurs expériences et, si l’on va plus loin, un retour de bâton. Pessimiste, Honda semble d’ailleurs avoir à cœur de dépeindre un Japon constitué de deux classes sociales bien distinctes : les politiques et autres décisionnaires d’un côté et les pauvres de l’autre. Les premiers n’ont qu’une seule volonté : masquer les raisons du réveil de Godzilla, de peur que les essais nucléaires auxquels ils se sont adonné ne compliquent leurs relations diplomatiques. Les deuxièmes, à l’inverse, désirent bien évidemment que la vérité éclate et que le problème soit réglé au plus vite. Car c’est leurs maisons que Gojira ravage, ses passages rendant même l’eau contaminée et détruisant bien évidemment leur bétail. Ce dont n’ont rien à faire les scientifiques, qui se refusent plutôt à éliminer Godzilla, un spécimen qu’ils désirent fortement étudier…

 

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Godzilla version 54 devient presque nihiliste et misanthropique lorsqu’il se penche sur le cas d’une espèce de savant fou, borgne, qui vient de concevoir une arme nommée l’Oxigen Destroyer. Et comme son nom l’indique, le bidule n’est pas un Kinder Surprise crachant des serpentins mais une Knacki Ball qui, une fois balancée dans la flotte et ouverte, élimine tout oxygène et dissout les êtres vivants barbotant dans le coin. Si l’engin permettrait bien évidemment de se débarrasser du gros croco cracheur de feu, le docteur refuse de l’utiliser, trop effrayé à l’idée que l’humanité découvre son invention. Et pour cause, il est persuadé que l’homme utiliserait l’Oxygen Destroyer pour faire des conneries. Une vision de l’humanité pas franchement chaleureuse mais diablement crédible, il faut bien le dire… Et les dégâts causés par Godzilla ne sont pas plus joyeux, par ailleurs, car contrairement aux films suivants, plus family friendly, l’ambiance se veut lourde lorsque le grand salopard débarque en ville. Peut-être est-ce à cause du noir et blanc de rigueur, qui assombrit encore la scène, la rend plus dramatique encore, n’empêche que ces attaques disposent d’une ambiance quasiment onirique. Et profondément triste, comme si la fin du monde était arrivée et était impossible à arrêter. Le Godzi ami des enfants est encore bien loin en 1954 et il est encore plus loin de faire des bonds de bonne humeur ou utiliser sa queue pour glisser et frapper ses adversaires… Pas de quoi se marrer donc, d’autant que l’on perçoit bien la détresse des Japonais, désormais face à une puissance supérieure dont ils étaient loin de soupçonner l’existence, une créature les réduisant au rang de vulgaires insectes que l’on écrase sans même s’en rendre compte… Godzilla se contente donc d’avancer, démolissant tout sur son passage sans raison apparente, son instinct animal le poussant à une certaine violence, injustifiée…

 

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Cependant, si on ne rigole pas trop de Godzilla, ici aussi sérieux que Jacques Attali, on pouffera tout de même de rire en voyant les militaires à bord de leurs coucous métalliques balancer une centaine de missiles vers le saurien… sans jamais le toucher ! On ne parle pourtant pas de balancer un macaroni dans un trou de balle à dix kilomètres de distance mais d’un monstre gigantesque, peut-être le plus grand de sa catégorie ! Et pourtant, les missiles, ou plutôt les feux d’artifices, passent tous à côté d’un Gojira qui continue sa ballade sans rien remarquer ! Je veux bien que les Asiats soient si bridés qu’ils ont toujours pas remarqué qu’ils prennent des baguettes pour des fourchettes et qu’ils lisent leurs mangas dans le mauvais sens, mais y’a des limites, les mecs ! A croire que les Japs sont allés nous chercher Stevie Wonder, Ray Charles, Gilbert Montagné et Andrea Bocelli pour diriger les opérations ! Une chance qu’ils aient pas atteri dans le fion du monstre… Assez rigolo, il faut bien l’admettre, tout comme on sourira par moment en se rendant compte que la bestiole, bien sûr toujours adorable, a tout de même un peu vieilli. Surtout lors des gros plans sur sa tête, lorsqu’elle ouvre la bouche, laissant imaginer le marionnettiste derrière avec la main dans la chaussette ! Pas le genre de rides qui enlaidissent une jolie jeune fille comme Godzie, rassurez-vous… D’ailleurs, ces petites imperfections le rendront toujours plus attachants que sa version « j’ai mangé trop d’hamburgers » (bien un Américain, ça !) du film de 2014, et on rougit un peu de plaisir en voyant le caoutchouc du costume faire des vagues lorsque le cascadeur se met en marche. Mais c’est ça, les Monster Movies des fifties : de l’artisanat humain, dans ses imperfections comme dans son âme… Honda peut en tout cas être fier de son travail, qui garde toute sa force malgré les décennies qui sont passées depuis. Les scènes de casse gardent tout leur impact grâce à des maquettes impeccables (et moins voyantes que pour les films suivant grâce à la décoloration), une réalisation parfaite (on ne se fait même pas chier lors des scènes de parlotte !) et une musique mythique. Pour dire, même le désuet thème musical utilisé lorsque les militaires s’en vont faire la guerre au monstre reste agréable, car s’il est particulièrement naïf, il est aussi diablement mémorable. Décidément, Godzi, tu ne vieillis pas tant que ça !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ishiro Honda
  • Scénarisation: Ishirō Honda et Takeo Murata
  • Production: Tôhô
  • Titre original: Gojira
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Akira Takarada, Momoko Kôchi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura
  • Année: 1954

4 comments to Godzilla

  • princecranoir  says:

    « Boom boom boom boom » chantait John Lee Hooker. Hommage au pas du zilla nippon ? pas sûr, mais y a bien une chose, c’est que l’animal a fait du bruit. Et quel beau bruit quand c’est Honda qui dit « moteur » ! Dire qu’on a failli avoir le même genre de grosse bête radioactive en guise de présidente de région. Rien que d’y penser, ça fait flipper. Excellent article en tous cas (as usual) !

  • Roggy  says:

    Bravo l’ami pour renouveler la chronique de « Godzilla » en y citant du Jacques Attali ou du Gilbert Montagné 🙂

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