Insidious: Chapitre 3

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Esprit, es-tu là ? Bien sûr qu’ils sont là, les ectoplasmes, ils sont même là depuis le début de la décennie et la sortie d’Insidious premier du nom, gros succès appelant forcément quelques avatars et pelloches du même cru et, bien évidemment, des suites. Mais est-ce qu’une fois arrivé au troisième épisode, tout n’a pas déjà été dit ?

 

Attention, ça spoile légèrement dans cette chro.

 

Les trilogies ont toujours eu la cote dans le petit monde du cinoche. Rendez-vous compte, depuis les trois premiers Star Wars, puis un peu après les Retour vers le Futur, le procédé permet de laisser entendre au public que l’histoire qui va lui être contée est le fruit d’une mûre réflexion et que le scénario a été pensé en amont. Pas d’improvisation ici, les gars, c’est de l’étudié, du fixé, du planifié avec une carte de guerre et tout le bordel. Ca fait bien, quoi, ça laisse penser qu’on a pas avancé à l’aveuglette en tirant dans tous les sens en espérant qu’on finisse par toucher un truc, au hasard, quand bien même la plupart des trilogies n’étaient à la base pas prévues. C’est le cas d’Insidious, actuellement une trilogie, ou plutôt une suite de films, succès oblige. Rappel des faits pour les retardataires : le premier opus, emballé par James The Conjuring Wan était un très bon film de fantômes qui perdait de sa force au fil des visions, son intérêt étant surtout concentré dans la surprise qu’il promettait à l’époque et la petite bouffée d’air frais qu’il apportait après des années placées sous le signe du torture-porn. Une paire d’années plus tard, c’est le deuxième qui déboule, sobrement nommé Insidious Chapitre 2 (vous collez le terme « chapitre » et ça fait tout de suite plus sérieux), toujours réalisé par Wan. La recette était globalement la même : une petite famille a des emmerdes avec des spectres, Poltergeist style, et des chasseurs de fantômes ou médiums plus ou moins amateurs viennent les aider tandis que les héros doivent partir vers « le lointain », soit le monde des morts, pour y retrouver l’un des leurs. Mal reçue pour cause de script vraiment mal branlé, cette séquelle avait cependant pour elle un joli rythme et constitue un ride en train fantôme bien plus efficace que le premier opus, Wan y allant à fond dans les sursauts et le glauque avec cette sombre histoire d’homme se déguisant en vieille femme pour tuer de jolies jeunes filles… Homme bien évidemment décédé et revenant hanter la gentille petite famille, le personnage étant peu à peu devenu la mascotte de la série puisqu’il était déjà dans le premier volet, son rôle y étant cependant moindre que dans le second, le grand méchant étant à l’époque un machin ridicule, sorte de croisement entre Dark Maul (vous savez, le peinturluré de La Menace Fantôme) et un macaque. Pas flippant pour un sou, le gus ! Bref, la série ne se portait donc pas trop mal : succès public et commercial, et des critiques relativement acceptables (très bonnes pour le premier, moins pour le second, ça équilibre)…

 

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Seulement voilà, de l’avis général si la franchise tenait bon, c’était surtout grâce au savoir-faire de Wan, qui ne signait pas là ses meilleures bandes (ce n’est ni Dead Silence, ni Death Sentence) mais prouvait une fois de plus qu’il est particulièrement doué pour refiler une petite pétoche à son audience. Et le problème, c’est que pour le troisième film, le Wan il n’est plus là, le réalisateur du premier Saw étant parti jouer aux petites voitures avec ces chochottes de Vin Diesel, The Rock et Jason Statham. Qui pour le remplacer ? Leigh Whannell bien sûr, scénariste officiel de la saga et grand copain de Wan (il a écrit plusieurs de ses films), désireux de passer derrière la caméra à son tour, lui qui se retrouvait souvent devant. Dans Cooties, par exemple, dans le premier Saw également mais aussi dans… les Insidious ! Et ouais, le zig’ incarne en effet l’un des deux chasseurs de fantômes, ressorts comiques de la saga, faisant de lui un mec aux multiples casquettes puisqu’étant derrière la machine à écrire (enfin, il utilise sans doute un Mac), devant la caméra pour faire des pitreries et derrière pour emballer le tout. Un homme occupé… Et habitué aux méthodes de la maison Blumhouse, Insidious 3 étant comme ses grands frères un film produit par Jason Blum, personnalité influente du milieu et également mal-aimée de bon nombre de fans du cinéma d’horreur qui voient en lui un livreur de pelloches aseptisées et se ressemblant toutes. A moitié vrai… N’empêche qu’en étant coupé entre trois postes, le Whannell ne se facilite pas la tâche et l’on pourrait croire qu’il n’a pas intérêt à se louper. En vérité, les risques de se planter son minimes pour lui, du moins au niveau du box-office, les Insidious étant si bien implantés dans le paysage audiovisuel moderne qu’il y a peu de chances que ses financiers ne rentrent pas dans leurs frais. Artistiquement, bien sûr, c’est autre-chose… Le Leigh décide en tout cas de faire de sa suite une préquelle se déroulant avant les évènements d’Insidious 1, s’attardant sur le cas d’une jeune fille dont la mère fut emportée par un cancer du sein quelques mois auparavant. Peinée et se retrouvant seule avec un frère épuisant et un père débordé par les évènements, la gosse, nommée Quinn, décide de parler à sa mère durant la nuit, espérant quelques réponses. Elle va en avoir, mais pas de la personne espérée, un fantôme séjournant dans son immeuble, et notamment dans les conduits d’aération (ouais, ça m’a fait marrer aussi), décidant de s’accrocher à elle et de prendre possession de son corps. Et dans ce cas-là, qui c’est qu’on appelle ? Nan, pas le bon Peter Venkman, mais bien Elise Rainier, toujours incarnée par Lin Shaye (qui semble un peu fatiguée du rôle, en passant) et « star » des autres volets. L’ennui c’est que la pauvre femme n’a plus franchement envie de se frotter aux ectoplasmes, la faute à une femme décédée promettant de la tuer si d’aventure elle revenait batifoler dans le monde des crevés. Ca n’invite effectivement pas à se lancer dans une séance de spiritisme… Mais devant la détresse de la petite Quinn et son père (Dermot Mulroney de Zodiac ou Le Territoire des Loups, d’ordinaire très bon acteur… mais pas ici, il semble se demander ce qu’il branle dans le coin), Elise décide de reprendre les choses en main et botter des culs translucides !

 

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Pas besoin d’avoir Bac +6 en cinéma d’épouvante pour se rendre compte que le Whannell ne s’est pas trop foulé sur le scénario, Insidious 3 étant le film de fantôme le plus classique qui soit. Une pauvre gamine toute mignonne, un revenant qui vient tourner autour de son plumard, une vieille femme black qui semble folle mais en sait bien plus qu’on ne le croit sur ce qu’il se trame dans son immeuble, un père totalement perdu depuis que sa femme est morte,… Rien de neuf dans la bicoque hantée, on tient même là un vrai petit manuel du cinéma fantomatique pour les nuls ! Cela dit, vu le délire spatio-temporel ridicule dans lequel s’était lancé Whannell dans le deuxième film, on aime autant qu’il joue la sobriété pour ce coup-ci, les retours dans le passé n’étant pas le point fort d’Insidious 2… Reste que si la bande était particulièrement golmon, elle avait l’énorme avantage de n’être jamais chiante malgré son ton bizarre, une qualité qui fait cruellement défaut au troisième opus. Est-ce parce que Wan n’est plus aux commandes ? Improbable, la mise en scène de Whannell, sans être aussi précise et bien torchée que celle de son pote, s’en rapproche pas mal et l’on oublie même que ce n’est pas le même gus derrière le moniteur. Non, le problème c’est qu’on a tout simplement trop vu de bandes du style ces cinq dernières années et que les ficelles du genre sont devenues des câbles bien trop visibles. Car tout dans Insidious 3 est prévisible, si ce n’est peut-être quelques idées à la con sur lesquelles je reviendrai plus tard. On voit arriver les jump scares trente secondes avant leur apparition, les petits twists du scénario sont si odorants qu’on les renifle à des kilomètres et l’on ne se sent de toute façon jamais concerné par tout le bordel puisqu’on ne stresse jamais un instant. Ben ouais, on sait très bien que les personnages récurrents ne craignent rien vu qu’ils sont toujours en vie dans Indisious 1 et 2, situés après, et le film est trop grand public pour sacrifier la gamine et son pauvre daron. Pour ne rien arranger, le fantôme en chef manque clairement d’intérêt : on ne sait pas grand-chose sur lui (alors que les scènes les plus efficaces des films précédents étaient clairement les flashbacks racontant comment ces êtres étaient mauvais de leur vivant) et il ressemble à l’un des monstres de The Descent sur lequel on aurait collé un masque respiratoire. Pas bien flippant, c’est rien de le dire, surtout qu’il se traine sérieusement la patte… Il a tout de même la bonne idée d’être accompagné d’une fille sans visage et à qui il manque une main et un pied, pas très éloignée des saletés croisées dans les Silent Hill

 

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D’ailleurs, sans trop que l’on sache si c’est la faiblesse de son nouveau fantôme qui l’y pousse ou l’obligation de ramener les figures cultes de la saga, Whannell décide de ramener dans la danse la fameuse mamie flippante. Ce qui apporte un bon et un mauvais côté… Le bon, c’est que le perso fait toujours assez peur (mais moins qu’avant, faut dire qu’on s’y est habitué), le mauvais c’est qu’il n’est pas très présent et souligne encore plus la déception que constitue le gus aux problèmes respiratoires… En prime, la présence du travelo tueur pose un problème de continuité avec le reste de la série. On nous explique en effet qu’Elise, partie dans « Le lointain » à la recherche de son époux décédé est tombée sur le fantôme, qui lui a promis de la tuer de ses propres mains. Donc Elise la connait fort bien avant Insidious 1, ce qui ne se voit clairement pas dans le premier film, dans lequel le spectre semble bien plus concentré sur le héros joué par Patrick Wilson. Bon, vu que le tout était un peu vague à l’époque, on peut encore y croire… Mais Whannell commet une bourde bien plus grosse dans les dernières secondes du film en nous ramenant Dark Maul, gratuitement, juste pour un dernier sursaut ridicule ! Le gars n’a clairement rien à faire là et de toute évidence il vient passer le bonjour pour faire plaisir à ses fans, qui devraient avoir honte d’eux si pareille idiotie les contente… Cela dit, ça passe presque bien face à quelques conneries totalement WTF, tel Lin Shaye qui file un coup de boule à un fantôme avant de prendre une pose de combat et dire un « Com’on, bitch » totalement inadéquat. Et puis il y a ce final nous montrant combien la force de l’amitié et de l’amour peut être utile pour vaincre le mal, un climax si sucré qu’il en refilerait la chiasse à Mickey et ferait dégueuler un Bisounours. Dire que l’on tente de nous arracher une larme avec un pied de biche est un euphémisme…

 

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N’en jetez plus, la coupe est pleine et Insidious 3 loupe le coche en beauté. On ne s’attendait pourtant pas à une tuerie même si je dois dire que j’étais persuadé que le premier effort de Whannell serait classique mais sans doute un minimum efficace, comme les précédents. Ce n’est jamais le cas, malheureusement, et l’on sent d’ailleurs que quelque-chose cloche lorsque l’on se rend compte que l’on finit par rire des scènes censées nous terrifier… L’épisode de trop ? Oui, clairement, d’autant que les Sinister, Dame en Noir, Conjuring et compagnie jouent dans la même catégorie et n’aident pas à faire passer la lassitude… Et dire qu’ils songent à produire un quatrième… N’allez cependant pas croire que c’est le pire que vous puissiez croiser, ce n’est pas non plus une nullité absolue comme Annabelle, et les 90 minutes passent tout seules. Mais elles ne passionnent jamais et ne font jamais que proposer une soupe que l’on a déjà trop bue…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Leigh Whannell
  • Scénarisation: Leigh Whannell
  • Production: Blumhouse
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lin Shaye, Dermot Mulroney, Stefanie Scott, Leigh Whannell, Angus Sampson
  • Année: 2015

 

A lire aussi, la chro de l’ami Roggy!

8 comments to Insidious: Chapitre 3

  • Nazku Nazku  says:

    J’ai trouvé que ça se laissait regarder, mais oui c’est définitivement le moins bon de la trilogie. C’est un peu du n’importe quoi et il ne fait pas vraiment peur. J’ai quand même aimé voir comment Elise et les deux mecs se sont rencontrés. Mais le reste de l’histoire était trop ordinaire. Mais c’était mieux qu’Annabelle, ça c’est sûr. xD

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Comme je le disais chez Roggy, je sais toujours pas faire la différence entre un Conjuring, un Insidious, un Unninvited ou une autre merde paranormal, et à vous lire tout les deux j’en suis bien content ! J’appréhende le jour où je devrais faire des retrospectives sur chacun de ces titres en utilisant Wikipédia pour pas me tromper…

    (rien que sur ta 1ère capture d’écran, avec le gars la tête en bas, on dirait Dr. Satan mais version con. Ça fait envie)

  • Roggy  says:

    Tu sais ce que je pense du film (merci pour le lien) et, j’avoue qu’à la lecture de ta chro, tu as fait ressortir les inexactitudes de ce film somme toute bien lambda que je n’avais même pas remarquées. L’avantage est que le film n’est pas trop chiant et que j’ai pu lire ta formidable prose à son sujet à l’image de « qu’il en refilerait la chiasse à Mickey et ferait dégueuler un Bisounours »… Perso, j’adore 🙂

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