V/H/S

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Les DVD et Blu-Ray c’est sympa mais il faut bien avouer que ça n’a pas le charme d’une bonne vieille VHS des familles. Les goreux du site Bloody Disgusting ont probablement pensé la même chose au vu de leur première livraison…

 

Vous aimez les sketchs? Je ne vous parle pas de ceux de Danny Boon ou Patrick Bosso, mais de ceux qui ne font pas rire. Bon, ok, Boon et Bosso ne font pas rire non plus, vous marquez un point. Non je parle des films à sketchs horrifiques, genre Creepshow, La Maison qui tue ou Terror Tract. Pas un genre très représenté mais qui a toujours son lot d’aficionados prêts à sauter sur le premier qui sort, une fois tous les cinq ans. Le recueil d’histoires était fort populaire dans les années 70, en grande partie grâce à la Amicus, firme anglais rivale de la légendaire Hammer et qui en délivrait par paquet de douze, le plus souvent avec Peter Cushing au casting. Citons Le train des épouvantes, Asylum ou encore Monster Club, avec Vincent Price, John Carradine (le papa de David) et Donald Pleasance. Les années 80 et 90 virent naître d’autres représentants du style, comme bien sûr le légendaire Creepshow et sa sympathique suite, le terriblement inégal Twilight Zone (pour un sketch très sympa de Joe Dante, on subit l’ennui intégral avec celui de Spielberg) et autres Darkdide, les contes de la nuit noire ou Necronomicon, géré par Brian Yuzna. Mais le format court vécu par la suite une décennie plus difficile qui ne lui laissa que peu de place au milieu du torrent de remakes qui la caractérise. Pas grand-chose de notable dans les années 2000 si ce n’est la série Masters of Horror, qui pourrait être vue comme un prolongement logique du style. Heureusement que l’Asie est là pour nous refourguer quelques anthologies comme Trois histoires de l’au-delà et Trois extrêmes, successeur du grand Kwaidan, film à sketchs japonais sorti en 1964. Mais depuis quelques temps, deux ou trois ans, les films à sketchs commencent à revenir dans nos bacs DVD, comme une invasion bien préparée et menée par Chillerama, The Theatre Bizarre, The ABC’s of Death ou encore Scream Show. Des films aux histoires très inégales mais qui ont le mérite de fonctionner du tonnerre en festival. De quoi donner des idées à Brad Miska…

 

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Mais qui est Brad Miska, me demandez-vous? Si vous étiez américains, vous le sauriez probablement puisqu’il est l’un des fondateurs de Bloody Disgusting, l’uns des sites les plus en vue lorsqu’il s’agit de causer viscères et sang coagulé. Avec plusieurs réalisateurs dans son entourage, rameutés via le site, le jeune producteur dispose d’un vivier de jeunes auteurs qui pourront mettre en scène les sketchs de son V/H/S, ode aux bonnes vieilles cassettes vidéo qui nous ont tant fait cauchemarder. Mais ne disposant pas d’un budget bien grand, il va falloir ruser pour que le film puisse se faire à moindre coup. Pourquoi ne pas surfer sur la vague du found-footage, dans ce cas? En pleine gloire grâce à (ou plutôt « à cause de ») Paranormal Activity, ce procédé permet de justifier une prise de vue avec lumière et son naturel, et donc de diminuer drastiquement les coûts de production. L’affaire du siècle. L’histoire de V/H/S sera donc celle de jeunes délinquants qui entrent par effraction dans une maison pour y voler des VHS, qu’ils visionneront les unes après les autres. Excitant? Oui et non car si la venue d’une nouvelle anthologie rend joyeux, la réalisation en mode found-footage a tendance à donner un mal de crâne pas possible… Au mieux sympa une fois comme Rec, les films « trouvés » sont souvent une source d’ennui inépuisable, comme Le projet Blair Witch ou le fameux Paranormal Activity, longs comme des journées devant le Tour de France. Espérons que V/H/S sera un peu plus mouvementé que deux draps qui tombent au sol et trois branchent soufflées par le vent… Composé de cinq sketchs, le film nous oblige à y aller au cas par cas…

 

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Tape 56

Tape 56 est l’ouverture, le « monsieur loyal » du film servant de carrefour à toutes les autres histoires. On suit quelques arsouilles vaquer à leurs occupations quotidiennes, comme détruire une maison abandonnée ou agresser une gonzesse pour filmer ses seins. Des types adorables, donc. Pour gagner du flouze, ils acceptent une mission à priori sans danger, consistant à aller récupérer une cassette vidéo dans une baraque. Rien de bien compliqué pour des jeunes rompus à l’exercice de l’effraction. Les choses deviennent tout de même plus étranges lorsqu’ils découvrent un vioque mort devant plusieurs télévisions, reliées à un magnétoscope. Si sur le papier ce point de départ semble séduisant et prometteur, il n’en est rien une fois porté à l’écran. Réalisé lui aussi en found-footage par Adam Wingard (You’re Next), ce sketch qui sert de lien aux autres ne dépasse jamais son statut et se contente de montrer les déambulations de ses lascars dans la maison, à la recherche des précieuses VHS. Cela pourrait être sympathique avec une réalisation classique mais en vue subjective avec caméra dégueulasse, c’est juste un coup à choper la migraine. On se contrefout des personnages, qu’on serait bien incapable de différencier ou nommer, et comme l’on ne saura pas de quoi retourne le sketch au juste (rien n’est expliqué), on se fera une joie de l’oublier. Ennuyeux et pas bien rassurant pour la suite…

 

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Amateur Night

Le vrai départ, le début des hostilités. Ce premier sketch sous la direction de David Bruckner (The Signal) nous place derrière les lunettes-caméra d’un jeune homme qui part faire la fête avec deux potes. Ils se retrouvent dans un bar à draguer deux jeunes filles, qu’ils finissent par ramener dans une chambre d’hôtel. Mais ce qui commence comme un film de boules se transforme en catastrophe lorsqu’une des deux filles dévoile son état de succube. Une première histoire assez inégale, car si l’attaque de la démone est réussie, il faut reconnaître que la première partie est assez emmerdante. On passe plus de temps à voir ces trois guignols se préparer et draguer qu’autre-chose, ce qui pourrait passer si le film nous les rendait attachants, ce qui n’est jamais le cas… Heureusement que la monstrueuse jeune femme est là, bien flippante et tout en paradoxe (ses « tu me plais » prennent une drôle de tournure). Le procédé du found-footage est ici mieux utilisé, notamment lors d’un final assez marquant et très réussi. Bon, on va garder cette dernière image en tête et garder espoir pour la suite…

 

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Second Honeymoon

Ce deuxième sketch est très probablement celui qui aura été le plus attendu de tous, et je m’inclus dans le lot. La faute à son réalisateur, Ti West, qui avait réjoui les amateurs d’horreur old-school avec son réussi House of the Devil. Alors le savoir dans la barque V/H/S avait tendance à rassurer. Problème, c’est lui qui nous pond le plus mauvais segment. Son Second Honeymoon nous présente deux jeunes tourtereaux qui partent en voyage, filmant leurs « aventures » (ils se filment en train de marcher, quoi) au caméscope. Mais la nuit, quelqu’un s’empare de la caméra et commence à les filmer pendant qu’ils dorment. Le petit plaisantin va même mettre la brosse à dent du mec dans les chiottes, histoire qu’il se brosse les dents à la merde le lendemain matin. Pas cool. L’une des histoires les plus longues alors qu’elle ne raconte rien. Suivre ce couple en train de visiter le Texas n’est pas des plus passionnants et notre énervement ne fait qu’empirer lorsque l’on se rend compte que l’on s’est tapé tout ça pour pas grand-chose. Difficile d’en parler sans tout dévoiler, le sketch tenant sur son seul twist, par ailleurs guère novateur et tentant vainement d’être choquant. On espérait mieux de Ti West, qui déçoit fameusement ici en sortant le plus mauvais sketch du film. Et vous allez voir que le niveau n’est pas bien haut…

 

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Tuesday the 17th

Derrière ce titre parodiant les Vendredi 13 (comme un million d’autres films) se cache un slasher forestier tourné par Glenn McQuaid (I Sell the Dead). Vous connaissez déjà l’histoire: une bande de jeunes glands vont se baigner dans un lac qui fut le théâtre de meurtres atroces quelques années auparavant. C’est classique et l’on sent que le réalisateur se repose un peu sur son twist, qui ne mérite pourtant pas qu’on colle tout le sketch sur ses frêles épaules. Un peu comme pour le segment de Ti West, on sent une certaine volonté de choquer, là encore un peu vaine car bien trop gratuite. Au moins on ne s’emmerde pas autant que dans les précédents grâce à des décors un peu plus agréables à reluquer. Les scènes gores sont aussi plus régulières et assez bien foutues, même s’il faut bien dire qu’on ne comprend pas tout. En effet, lorsqu’il apparaît, le tueur est brouillé, sans que l’on sache pourquoi. C’est probablement un simple gimmick pour annoncer son apparition mais bon, nous ne sommes de toute façon plus à ça près. Moins chiant que les précédents mais ça ne vole pas bien haut pour autant, donc…

 

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The sick thing that happened to Emily when she was younger

Titre à rallonge pour la partie dirigée par Joe Swanberg (la comédie Drinking Buddies), qui va cette fois utiliser une webcam comme média. C’est en effet à une discussion à la Skype se déroulant sur plusieurs jours que nous assistons, une pauvre jeune fille expliquant à son copain absent qu’elle pense qu’un fantôme rôde dans son appart la nuit. Le procédé est plutôt bien utilisé, permettant à un film au scénario classique de rester intéressant à suivre. C’est pas la panacée mais on ne s’ennuie pas trop et l’ambiance est un peu plus légère. A noter quelques plans nichons qui devraient ravir les amateurs. Je sais, c’est maigre, mais que voulez-vous dire de plus d’un sketch où des gens causent tout le long? A se demander comment font les critiques pour pondre des papiers sur les films français, tiens.

 

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10/31/98

LA bonne surprise du film, celle qui mérite qu’on s’attarde sur le cas de V/H/S. Réalisée par un collectif de jeunes auteurs se présentant sous le nom de Radio Silence, ce 10/31/98 se passe, comme vous l’aurez peut-être compris, lors d’Halloween. Quatre amis se déguisent pour se rendre à une fête dans une maison qui, mystérieusement, semble vide. Vu qu’il n’y a personne pour les accueillir, ils décident d’évoluer à leur envie dans la baraque et finissent par découvrir une séance d’exorcisme. L’enfer débarque alors dans la maison, qui ne semble pas décidée à les laisser sortir. De loin le plus divertissant des sketchs, ce 10/31/98 n’est même pas emmerdant lorsqu’il ne se passe rien, c’est-à-dire pas souvent puisque l’on ne tarde pas à entrer dans le vif du sujet. Un peu plus court que les autres, le segment ne nous aurait pas énervés s’il avait croqué dans le temps des autres. Effets spéciaux réussis, situations simples mais amusantes, ce dernier sketch nous donne l’impression d’être entrés dans un train fantôme et permet à V/H/S de se finir sur une bonne note.

 

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A l’évidence, cette anthologie est très inégale (un défaut récurrent dans le genre, cela dit) et ne risque pas de faire de l’ombre au Creepshow de Romero. On peut même dire que sans le sketch de Radio Silence, V/H/S serait aussi vite vu qu’oublié. Enfin, vite vu… Fait rare pour votre serviteur, il s’est senti obligé de regarder le film en plusieurs fois… En quatre fois, pour être précis. Car si le procédé du found-footage est une excellente opportunité pour les producteurs et réalisateurs qui veulent faire un film alors qu’ils ne disposent pas d’une somme colossale à investir dedans, c’est nettement moins plaisant pour le spectateur. Car se farcir deux heures (j’exagère, le film dure 1h55) de caméra qui tremble et part dans tous les sens, c’est pas donné à tout le monde et il vaut mieux avoir les yeux bien accrochés. Surtout lorsque ce que l’on vous propose n’est guère passionnant et tente de choquer de manière tellement voyante que cela en perd tout son effet… Malgré la médiocrité du film, on n’a tout de même pas très envie de tirer sur l’ambulance. Parce que Brad Miska est de toute évidence un vrai passionné et que si la tentative est à moitié loupée, elle reste belle et à encourager. D’ailleurs, V/H/S a eu suffisamment de succès pour qu’une suite soit mise en chantier. Plus prometteuse, elle a dans ses rangs le talentueux Gareth Evans (le très bon The Raid) ou encore Jason Eisener (réalisateur du rigolo et bien gogol Hobo with a Shotgun). Dommage que Radio Silence ne rempile pas, je me serais bien refais un ride dans leur train fantôme…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ti West, Adam Wingard, David Bruckner, Glenn McQuaid, Joe Swanberg, Radio Silence
  • Scénarisation: les mêmes
  • Production: Bloody Disgusting
  • Pays: USA
  • Acteurs: Joe Swanberg, Hannah Fierman, Tommy Rogers
  • Année: 2012

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