X-Ray (Hospital Massacre)

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A priori, cela ne devrait surprendre personne d’apprendre que ces nababs déjantés que sont Menahem Golan et Yoran Globus, grands patrons de la Cannon, se sont un jour penché sur le cas des slashers. Et comme nous pouvions nous y attendre, le résultat, nommé X-Ray ou Hospital Massacre selon les territoires, est à la hauteur des espérances : totalement ringard et pas fin pour un sou !

 

 

L’après-Cannon n’a pas été facile pour tout le monde, c’est un fait, et bien des artistes ou artisans passés dans les rangs de Golan et Globus sont ressortis de ces collaborations avec une image si déplaisante qu’il leur est devenu bien vite difficile de retrouver du travail ailleurs. C’est que pour tous les gros studios du monde, la Cannon était une grande pourvoyeuse de navets infâmes, tout juste bon à se rétamer au box-office et faire ricaner quelques spectateurs, stupéfaits par le manque de finesse qui caractérise la plupart des bandes imaginées par les Israéliens. Manque de finesse qui, par ailleurs, donne désormais à ces pelloches tout leur sel, tout leur intérêt, leur naïveté et leur franchise faisant office de bol d’air frais à notre époque. Les quelques élus parvenant à s’extirper de l’image que leur a façonné la Cannon ne sont donc pas nombreux et, parmi ceux-là, Boaz Davison est sans doute celui qui s’en est sorti le mieux puisqu’il a quitté les Golan et Globus, alors sévèrement brouillés, pour ses successeurs directs, soit les gugusses de Nu Image et Millennium Films, sociétés pilotées par Avi Lerner… un ancien de la Cannon ! Rien de plus logique ! Logique également de retrouver le Davison à la production de pelloches que l’on aurait pu trouver dans le catalogue de la Cannon, tel les Ninja avec Scott Adkins (qu’il scénarise également) ou les Expendables, preuves que le gaillard compte désormais sur l’échiquier de la série B explosive. Tant et si bien que l’on en vient à oublier sa carrière passée, celle de réalisateur. A vrai dire, lorsque l’on se penche sur son CV dans le domaine, on comprend aisément que cette partie de ses activités ne reste guère dans les mémoires. Si l’on a bien quelques B Movies purs et durs comme American Cyborg : Steel Warrior (avec Joe Lara) ou Solar Force (avec Michael Paré) dans le lot, le reste de la filmo est plutôt constituée d’œuvres Israélienne, de ringardises comme Salsa (tout est dans le titre) ou The Last American Virgin, mais aussi et surtout de nanars improbables comme Going Bananas et son chimpanzé qui parle. Forcément, pour le bisseux moyen, c’est surtout X-Ray, alias Hospital Massacre, qui retient l’intérêt…

 

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Du moins l’intérêt du slasherophile averti, celui qui sait fort bien dans quelles eaux il part se baigner, dans celles d’une exploitation pure et dure dont le but avoué est de suivre les traces d’Halloween. Sorti en 1982, soit quatre ans après le classique de Carpenter et donc en pleine vague de psychokiller, X-Ray ne tente d’ailleurs pas de réinventer un genre qui en était alors à ses premiers pas et va plutôt picorer à gauche et à droite pour trouver un peu d’inspiration. Le tout débute ainsi alors que notre assassin est encore un garçonnet d’environ 10 ans épris d’une jolie jeunette du même âge et, la Saint Valentin arrivant, notre p’tit gars, nommé Harold, décide d’écrire une lettre d’amour à sa dulcinée. Qui l’ouvre en présence de son frère (ou de son petit copain, c’est pas clair), les deux se moquant de la prose et du prénom du pauvre Harold, qui observe la scène planqué derrière la fenêtre. Désormais très en pétard, le marmot rentre dans la baraque et pend son rival de blondinet à un porte-manteau tandis que son amoureuse, Susan, découvre la scène avec horreur. Là, le scénariste Marc Behm peut déjà biffer « le passé meurtrier à la Michael Myers » et le principe du maboul sévissant un jour de fête (la Saint Valentin, en l’occurrence). Halloween et Meurtres à la Saint Valentin ? Connais pas ! Reste qu’une vingtaine d’années passe et que Susan est devenue une belle jeune femme, mère d’une gamine en bas âge, divorcée mais remise en couple avec un autre zigoto. Tout va presque bien dans un monde normal, en somme, si ce n’est que la demoiselle est appelée à l’hôpital pour faire un simple check-up de routine. Pas de quoi s’inquiéter, elle est en pleine forme ! Oui mais c’est sans compter sur le retour d’Harold, déguisé en chirurgien et bien décidé à foutre le dawa dans le bilan de santé de Susan, qu’il n’a toujours pas pardonné pour l’affront fait deux décennies plus tôt. Il y en a qui ont la rancœur tenace ! Reste que là encore, ça permet d’effacer de la liste le principe cher au slasher du lieu unique, ici une clinique. Visiting Hours ? Kézako ? Comme vous pouvez le voir, le script de cet Hospital Massacre ne déborde pas d’idées novatrices, Boaz Davison ne partant visiblement pas au front pour gagner la bataille mais juste ramener un peu de blé dans les poches de son vieux copain Menahem. On notera tout de même une bonne idée, celle voyant le chirurgien fou modifier peu à peu le dossier de Susan, celle-ci étant du coup vue par les docteurs comme une grande malade qui s’ignore et qui devra subir une opération. Un principe plutôt flippant jouant habilement avec l’incertitude rencontrée par les patients en milieu médical, l’incompréhension face à ce qui nous arrive. Malheureusement, cette belle ampoule qui s’est allumée dans l’esprit du scénariste a vite pété également et ce point de départ n’est pas aussi bien utilisé que l’on pouvait l’espérer, ne servant finalement que d’outil pour garder Susan à l’intérieur de l’établissement… Mais de là à dire que nous tenons là un slasher classique, il n’y a qu’un pas qu’il ne faut surtout pas franchir !

 

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Bien sûr, toutes les règles du genre sont présentes : le bodycount est conséquent, les meurtres sont à l’arme blanche et relativement variés (tête plongée dans de l’acide, étranglement au stéthoscope, décapitation à la scie chirurgicale,…) et il y a bien évidemment de la nudité dans le coin. On remerciera d’ailleurs le bon Boaz de s’attarder aussi longuement sur les courbes de la belle Barbi Benton, ici vue sous tous les angles lorsqu’elle joue au docteur ! Le Davison a donc bien buché son petit guide illustré du slasher, c’est un fait, mais le côté décalé des œuvres de la Cannon ne pouvait bien évidemment pas se tenir et se devait de venir rendre l’ensemble complètement déjanté. Car X-Ray, c’est un véritable monde parallèle, une quatrième dimension dans laquelle tous les seconds rôles sont présentés comme d’ignobles pourris ! C’est bien simple, tous les protagonistes ou presque se comportent au mieux comme des enculés de première (la médecine est particulièrement mal présentée, ici), au pire comme des maniaques en puissance. Prenons, pour vous en convaincre, l’ex-mari de la pauvre Susan, un personnage extrêmement secondaire dont le temps de présence à l’écran ne doit pas dépasser deux minutes. Eh bien, sans raison apparente, cet homme plus froid que les burnes d’un ours polaire se met à transpercer un pamplemousse avec son gros canif, tout en fixant le téléphone qui sonne et laissant le jus du fruit se répandre sur lui. Un vrai comportement d’homme sain d’esprit, le même que celui des patients de la cliniques : homme se déplaçant avec une tribune dévisageant de longues secondes l’héroïne, alcoolo penché sur le harcèlement sexuel (et que les infirmières laissent se balader avec sa bouteille de bibine en main dans les couloirs !), infirmières dénuées de toute compassion, vieilles dames inquiétantes, docteur se comportant comme un trou du cul durant tout le film, concierge suivant Susan d’un regard qui en dit long sur ses intentions,… Eh ouais, on est bien tombé dans la clinique des salopards et autres enfoirés de première, Davison créant un univers dans lequel la gentillesse semble totalement absente.

 

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Le but de l’opération est bien sûr évident : donner la sensation au spectateur qu’à peu près tous les protagonistes pourraient se cacher derrière le masque de chirurgien du maniaque. Malheureusement, Davison et son scénariste commettent une énorme bourde, le genre qui ne pardonne pas : ils créent un personnage masculin sympathique. Et qui a déjà vu un slasher devine aisément que si tous les autres sont présentés comme des pourritures, c’est pour tenter de détourner l’attention de ce brave gars, nommé Harry. Sans surprise, c’est l’effet inverse qui se produit et l’on devine dès sa première apparition qu’Harry est en fait Harold (la similitude dans les prénoms ne trompait pas grand-monde non plus, d’ailleurs…). Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tout tenté pour tromper le bouffeur de Série B puisqu’à un moment, particulièrement ridicule lorsque l’on y repense après la séance, Susan et Harry sont interrompus par le tueur, venu ouvrir la porte avant de la refermer. Sauf que le tueur, c’est Harry, comme vous le savez déjà ! Deux possibilités peuvent être mises en avant : soit c’est un autre chirurgien, lambda dirons-nous, qui vient faire un petit coucou sans raison apparente, soit l’équipe du film est constituée de sacrés cons qui n’ont pas pensé à corriger cette erreur. On peut fort logiquement pencher pour la seconde option… D’ailleurs, notre assassin, qui respire comme un phoque en pleine asphyxie durant les 90 minutes que dure Hospital Massacre, a bien des talents et semble pratiquer les arts ninjas comme le prouve sa téléportation d’un placard à un autre. Placards qui n’ont pas vraiment l’air d’être reliés, cela va sans dire. Et puisqu’on en parle, le Harold est tout de même un drôle de zouave, dont les méthodes meurtrières laissent parfois pantois. Il faut par exemple voir cette tactique toute personnelle pour se débarrasser d’une infirmière, le zig’ prenant une grande couverture, qu’il déplie totalement et tient à bout de bras… et marche lentement dans tout le couloir en espérant pouvoir y empaqueter la malheureuse. Spécial… Mais guère surprenant venant d’une production Cannon, la maison n’étant pas connue pour sa faculté à créer des univers tangibles, des moments crédibles ou une quelconque réalité. Preuve en est d’ailleurs cette scène hallucinante montrant le boyfriend actuel de Susan se balader dans les corridors de la clinique, soudainement plus enfumés que la chambre de Snoop Dogg et donc plongés dans une atmosphère onirique qui tranche carrément avec le reste du métrage ! C’est un peu comme si l’un des films de L’Inspecteur Harry se payait, soudainement, une scène de rêve typée Les Griffes de la Nuit ! Sauf qu’ici ce n’est même pas un songe et que la réalité bascule effectivement le temps d’un instant, avant de reprendre son cours une minute plus tard ! Ce changement de style, aussi incompréhensible qu’injustifié, prouve une bonne chose : Davison ne savait clairement pas où il allait dans cette affaire.

 

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On se demande d’ailleurs quelquefois si le but de l’entreprise n’était pas de faire une parodie avant l’heure du slasher tant il est difficile de prendre certains passages au sérieux. Comme toujours avec les productions Golan et Globus, la plupart des éléments du genre sur lequel ils se penchent sont accentués au point d’en devenir risible, tel ces coups de couteaux administrés par Harold dans une doctoresse qui ne balancent pas un peu de sang mais des giclées épaisses et irréalistes, rappellant les fausses séries B visible dans Evil Ed ! Ou cette scène tout simplement incroyable, annonciatrice des Scary Movie et compagnie avec quinze ans d’avance : Susan rentre dans l’ascenseur et remarque, soudainement, qu’un liquide rouge coule sur ses blanches chaussures à talons. Bien évidemment, elle relève la tête et découvre qu’un homme est debout à côté d’elle, le même liquide autour de la bouche… Un mort, vous dites-vous fort légitimement. Faux ! Un gros porc en train de manger un hamburger et qui s’est endormi en plein repas, dans un ascenseur, alors qu’il était debout ! Si ça ce n’est pas du pastiche, je ne sais pas ce que c’est. Mais un pastiche qui s’ignore, ma bonne dame, Davison emballant X-Ray avec beaucoup de sérieux comme le rappellent certaines séquences et une musique très pompeuse, avec chœurs en latin et tout le bordel, par ailleurs très drôle dans le décalage que sa gravité crée avec la bêtise de la pelloche ! Non, de toute évidence, ces scènes totalement folles ne résultent pas d’une envie de varier les tons au sein d’un seul et même film mais plutôt de cette vision si particulière qu’à la Cannon sur les comportements humains, rarement retranscrits de manière crédible dans leurs livraisons. Mais ne jouons pas les faux culs et avouons qu’on s’y attendait un peu, voire même qu’on espérait ces délicieuses anomalies et ce refus à la plus infime des finesses (il faut voir la première apparition du tueur, filmé en plan poitrine, au travers d’une fenêtre, en train de serrer rageusement une tenture !). C’est ce qui permet d’ailleurs de passer outre quelques baisses de rythme handicapantes, la bonne odeur de film cheesy et cette impression que tout peut arriver, surtout le pire et le plus drôle, laissant les yeux des bisseux grands ouverts. Ce n’est d’ailleurs pas une torture puisque le tout est réalisé de manière professionnelle (mais jamais géniale, même si un ou deux plans peuvent éventuellement faire effet) et qu’en tant que slasher il tient encore assez bien la route. Bref, celui qui sait le prendre dans le bon sens devrait avoir une bonne dose de fun, à plus forte raison s’il a quelques copains un peu avinés pour profiter de la salle de consultation avec lui. Si vous voulez tenter l’aventure, il faudra en tout cas passer par l’import puisque X-Ray n’est jamais sorti chez nous. Heureusement, il existe une édition chez Scream Factory et une très belle en Allemagne, en digibook avec DVD et Blu-ray, ce qui n’est guère étonnant vu que les Schleus ont absolument tout et n’importe quoi dans des éditions de folie. Pour sûr qu’un jour on tombera sur les vacances à la Grande Motte du Fanzinophile en quadruple laserdiscs !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Boaz Davidson
  • Scénarisation: Marc Behm
  • Production: Cannon Film
  • Pays: USA
  • Acteurs: Barbi Benton, Charles Lucia, Jon Van Ness, Den Surles
  • Année: 1982

 

 

4 comments to X-Ray (Hospital Massacre)

  • Laurent  says:

    Puisque tu parles de Laserdisc il existe aussi une édition, en vo uniquement: X-Ray-Der erste Mord geschah am Valentinstag!
    Pour ce qui est de mes vacances à la Grande Motte, même les allemands n’ont pas osé sortir ce chef-d’œuvre craignant la censure, pourtant plutôt compréhensive dans ce joli pays, dont je sais que tu apprécies beaucoup les paysages!

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas ce film mais tu l’as tellement bien vendu que j’ai bien envie de prendre un rendez-vous dans cet hôpital du massacre. Du slasher, de la poitrine, des infirmières accortes, de faux raccords, que demande le bisseux 🙂

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