Une Messe pour Dracula

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Qui aime aller à la messe, à part le curé et quelques vieilles trouvant là un bon moyen d’occuper leurs humides matinées ? Pas les enfants de cœur ressortant de l’église avec un remake du trou de la couche d’ozone en guise de trou de balle, en tout cas ! Mais lorsque la messe fait honneur au tout puissant Dracula, la donne change forcément et le bisseux ne lâche plus son missel et se voit même prêt à écarter les fesses à son tour…

 

 

S’il n’est pas nécessairement le Dracula le plus souvent cité comme faisant partie des meilleures bobines aux longues quenottes, Dracula et ses Femmes fut pourtant l’un des plus beaux succès de la Hammer, l’un des plus profitables. Et sans surprise, cela donna bien envie au studio britannique, à l’époque en contrat avec la Warner pour une distribution à plus grande échelle, de sortir le fameux comte du cercueil pour de nouvelles galipettes dans les vieux cimetières et les manoirs poussiéreux. L’ennui, c’est que le brave Christopher Lee commence à en avoir ras-le-cul de jouer les vampires, ce fan de la première heure du roman de Bram Stoker n’appréciant guère que la Hammer se permette trop de libertés avec l’histoire d’origine, que le studio dévie trop fortement de son esprit. Pour lui, Dracula c’est terminé pour de bon, le pieu étant enfoncé trop profondément dans son cœur pour qu’il accepte d’y revenir. Plutôt que d’abandonner le projet Une Messe pour Dracula, nommé Taste the Blood of Dracula chez les Anglais, la Hammer commence à penser qu’il serait peut-être temps de créer une nouvelle icône du genre, Dracula ayant finalement bien tenu jusque-là et puisque Sir Lee ne veut plus porter la cape, autant le laisser dormir dans sa crypte… Sachant qu’elle n’arrivera plus à convaincre leur star, déjà réfractaire à l’époque du précédent opus, la firme décide de créer le personnage du Lord Courtley, un sataniste aux attributs vampiriques donnant des messes noires dans de vieilles églises. L’occasion d’injecter un peu de sang neuf dans le studio en proposant au public un nouveau boogeyman mais aussi un nouvel acteur en la personne de Ralph Bates, futur habitué de la Hammer puisque présent dans Les Horreurs de Frankenstein dans lequel il remplace Peter Cushing, Lust for a Vampire ou encore Dr Jekyll et Sister Hyde. Mais si la Hammer a confiance en cette plutôt bonne idée et rédige même un script faisant de Courtley le grand méchant, il n’en est pas de même pour la Warner qui ne voit pas d’un bon œil l’absence de Dracula et de son indissociable interprète. C’est bien simple : si Lee ne revient pas dans la peau du comte, les Ricains ne distribuent pas le film. Panique chez les rosbifs, bien obligés de modifier le script à la va-vite et de supplier un Christopher Lee finissant par accepter pour ne pas mettre ses amis dans la mouise…

 

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Résulte forcément de cette modification faite dans la précipitation une œuvre un peu bâtarde, réalisée par Peter Sasdy (Countess Dracula, La Fille de Jack l’Eventreur), passant néanmoins plutôt bien sur le papier grâce à Anthony Hinds, toujours caché derrière le pseudo de John Elder. Comme précédemment, il décide de reprendre les bonnes affaires du grand Drac’ là où il les avait laissées, soit à la mort de Mister Tepes, empalé sur un grand crucifix doré, scène bien évidemment reprise de la fin de Dracula et les Femmes. Ce que le public ignorait à l’époque, c’est qu’un marchand de breloques fut témoin de la scène, voyant le comte se décomposer et ne devenir qu’une flaque de sang, vite transformé en sable rouge. Mais ne perdant pas le nord et, surtout, le sens des affaires malgré pareil spectacle, notre homme récupére un peu du sang dans un flacon et toutes les affaires du prince des ténèbres (bague, cape, slibard ? Allez savoir !), pensant qu’il trouvera bien un jour quelques déglingos prêts à payer cher pour pouvoir encadrer le calbute de Dracula au-dessus de leur cheminée. Le film se désintéresse ensuite du gaillard pour nous permettre de faire connaissance avec nos héros, Paul (pas le même Paul que dans le précédent film, c’est juste qu’ils ne se sont pas foulé niveau patronyme à la Hammer, d’ailleurs dans le film suivant, Les Cicatrices de Dracula, le héros s’appelle encore Paul !) et Alice, deux jeunes amoureux ne pouvant malheureusement pas se lier corporellement depuis que le père de la gamine, William Hargood, enferme sa fille à l’intérieur et refuse toute visite à Paul. Mais si le vieux Hargood refuse à sa famille de s’amuser, sa pauvre femme semblant elle-même extrêmement terne, lui n’est pas du genre à cracher sur les plaisirs de la nuit. Ainsi, avec deux amis, Samuel Paxton (le père de Paul !) et Jonathan Secker, ils forment un petit club de nobles faisant semblant d’aller apporter quelques sous à des œuvres caritatives pour mieux aller s’étendre dans les sofas de velours d’un bordel où ils peuvent tâter les fruits féminins. Y’en a qui se font pas chier ! Ou plutôt si, justement, ces trois vieilles barriques commençant sérieusement à avoir fait le tour de la question, ne sachant plus comment se divertir à nouveau. C’est justement à cet instant qu’entre en scène Lord Courtley, venu piquer les gonzesses de nos trois aristocrates par les seuls pouvoirs de son charisme et de sa grosse bite. De quoi intriguer les trois vieux, qui décident de demander à Courtley s’il ne saurait pas comment les amuser, leur trouver de nouvelles occupations. Ca tombe bien, Courtley des idées, il en a !

 

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Notre nouvel ami, que l’on apprend sataniste via deux lignes de dialogue, propose en effet aux trois hommes d’obtenir de grands pouvoirs en menant une messe noire en l’honneur de Dracula. Mais pour ce faire, il leur faut acheter les reliques récupérées par le marchand, visiblement assez heureux de se débarrasser de ces breloques maudites. Sans attendre, Courtley et ses nouveaux copains s’en vont dans une église abandonnée pour y débuter un rituel lors duquel nos aristos doivent boire les globules rouges du vampire. Pas le genre de grenadine au goût des gaillards, qui préfèrent refuser l’invitation et proposent à Courtley de le boire, le fameux sang, s’il y tient tant. Pas apeuré, l’homme s’exécute et est soudainement pris de convulsion commençant à le tuer à petit feu. Effrayés, ses compères décident de le rouer de coups avec leurs cannes (allez savoir pourquoi…) et mettent fin à l’agonie du malheureux… Mais quelques instants plus tard, Dracula semble sortir du corps de Courtley, avec pour seul but de venger son serviteur. Et pour ce faire, le roi des chiroptères décide de manipuler les enfants des trois hommes pour les forcer à les tuer… Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on sent que le script a été modifié dans l’urgence pour pouvoir y balancer Dracula, et l’on devine bien qu’à l’origine c’était Courtley qui revenait d’entre les morts pour exercer sa punition sur les trois hommes qui l’ont tabassé. Cela aurait été logique, en tout cas nettement plus que de voir Dracula, qui n’en a jamais rien eu à foutre de personne, désirer soudainement venger un homme qu’il n’a même pas connu de son vivant. Ca coince un peu, tout comme le fait qu’il parte finalement corriger trois personnes ayant largement participé à sa résurrection ! Il devrait plutôt leur envoyer des chocolats, non ? Ou leur faire des bisous ! Ca ne colle guère, donc, et l’on finit par penser que l’ajout de Dracula dans le récit n’a que pour avantage d’avoir Lee, bien sûr très bien, au casting. On comprend néanmoins que l’acteur puisse avoir été fatigué d’incarner le comte vu que dans Une Messe pour Dracula il se contente quasiment de se tenir droit comme la queue de Ron Jeremy pour réciter de courtes phrases d’une manière robotique…

 

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Ironiquement, on peut donc conclure que Dracula est quasiment le plus gros défaut d’un film dont il est pourtant le principal argument commercial ! Si l’on aurait effectivement préféré voir ce qu’avait dans le froc l’intéressant et totalement frappadingue Lord Courtley, il faut cependant reconnaître que le père Dracula garde son aura intacte, et paraît même plus intéressant que dans Dracula et les Femmes, dans lequel il avait plus ou moins le statut d’une bête à visage humain. Ici, même s’il ne fait pas grand-chose, il pousse un peu plus loin ses talents de séducteur, se faisant suave, voire tendre, lorsque vient le moment d’attirer une demoiselle dans son filet. Et bien évidemment, en bon mac des catacombes qu’il est, il les envoie valdinguer et les tue d’une morsure bien placée lorsqu’il n’a plus besoin d’elles ! Un vrai pimp, le mec ! Malheureusement, cela ne suffit pas à rendre les scènes dans lesquelles il apparait passionnantes. Nous sommes certes toujours contents de le retrouver mais force est de constater que le plus passionnant d’Une Messe pour Dracula se trouve plutôt dans la première moitié, alors que notre petite société de blasés de la vie profite d’une vie nocturne et s’enfonce peu à peu dans un piège dont ils ne soupçonnent pas la dangerosité. L’ambiance se fait ainsi plus lourde et accompagner le voyage morbide de ces hommes, très éloignés des figures que le genre nous impose habituellement, change clairement des précédents films. Certes, le brave Paul prendra la relève plus tard pour sauver les miches de la belle Alice, bien évidemment tombée amoureuse du gourdin du monstre (je lis entre les lignes, là), mais en attendant ce sont bien ces trois pervers qui font figure de protagonistes principaux. Nous sommes bien loin des prêtres, moines et autres Van Helsing débordant de bonnes valeurs, les Hargood, Paxton et Secker passant visiblement plus de temps dans les bras de quelques prostituées pratiquant la danse du ventre en compagnie de serpents que dans ceux de la vierge Marie. Ce qui ne les empêche pas de se montrer sévères avec leur marmaille lorsqu’elle se montre un peu trop libre, le vieux Hargood refusant à son adolescente d’aller s’amuser, le saligaud lui promettant même quelques coups de fouets si d’avance elle se montrait désobéissante… Ah ils sont beau nos personnages principaux, Dracula lui-même passant pour un ange, certes déchu, face à eux…

 

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Mais balancer des pourris en haut de l’affiche a pour effet de faire de ce Dracula l’un des plus glauques de la série, si ce n’est LE plus glauque. La saga mettant en scène le plus connu des vampires a toujours été un peu à part parmi les films de la Hammer, tout simplement parce qu’elle est la plus maléfique. Contrairement à un Docteur Frankenstein faisant le mal sans le souhaiter réellement, à un loup-garou souffrant de sa pilosité ou aux momies forcées de faire leurs devoirs en réalisant des malédictions, Dracula est un salaud et en est bien content. Il y a toujours, dans les films de la série, cette sensation que le moindre lieu, le moindre recoin, est un temple du malfaisant. C’est encore accentué dans Taste the Blood of Dracula, heureux d’accueillir une magnifique séquence, peut-être la plus réussie et la plus flippante de toute la saga. A savoir le rituel permettant à Dracula de revenir, voyant les trois nobles avancer lentement vers une église abandonnée, monter des marches attaquées par la nature et enfin rentrer dans ce lieu saint, aux vieilles tombes en pierre… Et lorsqu’ils découvrent Courtley, ce dernier leur propose un breuvage auquel ils ne s’attendaient pas. Une merveilleuse mise-en-place, et il n’est pas fou de considérer que la première partie d’Une Messe pour Dracula est ce que l’on a vu de mieux dans toute la franchise. Malheureusement, la suite se fait beaucoup plus routinière, avec le brave jeune homme retournant ciel et terre pour sauver sa bien-aimée et un Dracula envoyant, encore et encore, ses goules éliminer leurs vieux darons. Un peu répétitive, voire longuette, la seconde moitié du film se suit, bien évidemment, car Sasdy est un réalisateur capable et même doué lorsqu’il s’agit de montrer quelques beaux décors gothiques, mais peine à passionner. Certes, nos pères de famille se font éliminer de manières variées (coup de pelle dans la tronche, poignard dans le bide, pieu dans le cœur, le slasher n’est pas très loin…) et les voir se faire dessouder par leurs enfants est particulièrement cruel, et donc très efficace et marquant. Mais rien n’y fait, l’impression de voir la routine réapparaître, ce classique jeu du chat et de la chauve-souris, réduit les vaillants efforts de Sasdy…

 

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D’ailleurs, toujours au niveau des déceptions, on remarquera une mort assez naze pour le pauvre Dracula, enfermé dans une église pleine de crucifix. Soudainement pris de vertiges suite à cet excès de bondieuserie (ça m’a fait pareil), le pauvre chute sur une table et se change en vieux squelette. Un peu simple ? Carrément simple, oui, d’autant qu’auparavant les croix ne faisaient que le gêner, lui faire grincer des dents. Pourquoi, soudainement, parce qu’on lui en colle trois ou quatre sous le pif il se met à parler allemand en faisant un vol plané ? Tout simplement parce que le script a été retravaillé en vitesse et que la Hammer n’avait sans doute plus le temps d’aller chercher des idées novatrices et a donc retenu la nature satanique de Courtley pour la coller à Mister Cula, voilà pourquoi ! En somme, Une Messe pour Dracula a clairement souffert de sa production chaotique et plus ça va, ben moins ça va ! Non pas que les 30 dernières minutes soient honteuses, au contraire, mais elles ont ce vilain air de déjà-vu. Heureusement, tout le départ est doté d’une ambiance assez unique, teintée de luxure (on voit même quelques nibards !) et d’arts sombres, et permet à l’œuvre de Sasdy de se distinguer des autres films de la saga. Voire même, par moment, de dépasser les versions de Fisher (et ouais !), qui ne parvenaient pas à rendre le gothique aussi suffocant et sombre… Un must-have !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Peter Sasdy
  • Scénarisation: Anthony Hinds
  • Production: Hammer Films
  • Titre original: Taste the Blood of Dracula
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Christopher Lee, Ralph Bates, Geoffrey Keen, John Carson
  • Année: 1970

8 comments to Une Messe pour Dracula

  • Dirty Max  says:

    Excellent texte, Comte Mordocula ! Effectivement, on a ici l’impression de voir deux films en un. La structure est un peu foutraque, avec un Dracula relégué au second plan et rajouté in extremis dans le script d’origine. Mais j’aime beaucoup l’idée que le prince des ténèbres ne soit pas le seul méchant de l’histoire. Les notables – hypocrites et méprisants – sont bien pires ! Globalement, on a un tableau peu reluisant de la bonne société victorienne. Seule la jeunesse recèle encore un peu d’espoir et pourrait changer les choses (l’adorable Linda Hayden se révolte d’ailleurs contre son éducation bourgeoise, totalement sclérosée). À mon sens, ce sous-texte subversif – récurrent chez la Hammer – apporte un plus non négligeable à Taste the Blood of Dracula. Et malgré un climax pas très imaginatif (bien d’accord avec toi), l’ensemble reste d’un bon niveau, sans parler de la prestation de Ralph Bates, un acteur un peu sous-estimé dans la grande histoire de la firme au marteau.

  • princecranoir  says:

    mouaif. Quand Hinds prends opportunément le Magic bus de la révolution sexuelle des sixties, c’est Dracula qui devient has-been. Moi je préfère les films de Fisher, les plus belles reliques à reluquer de ce cher Comte.

  • Roggy  says:

    Alors que je reviens de la messe (de Dracula !), je me suis signé en lisant ton 1er paragraphe totalement impie mécréants 😉 Excellent billet l’ami.

  • Roggy  says:

    Je vois que tu es un spécialiste…

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