The Murder Secret

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Vous connaissez votre Lucio Fulci sur le bout des doigts crochus et ne savez plus comment élargir votre amour pour le maître ? Et bien c’est qu’il est temps de se pencher sur les « Lucio Fulci presents », comme The Murder Secret, même s’il n’est pas garanti que vous en reveniez avec le sourire…

Attention, ça va spoiler sévère !

 

C’est dans la logique des choses pour tout réalisateur un minimum populaire : à un moment ou un autre, il se doit de parrainer des petits jeunes, de coller son blase sur une affiche pour aider à la commercialisation d’une pelloche et de produire une Série B pour les copains. Dario Argento l’a fait avec les Demons de Bava Jr. ou le Zombie de Romero, Joe d’Amato aussi avec Bloody Bird et quelques autres, et de nos jours il n’est pas rare de voir quelques noms du cinoche de genre devenir les garants de nouveaux méfaits, quand bien même ils n’y sont parfois associé de que loin. Alors pourquoi Lucio Fulci n’aurait-il pas droit aux mêmes honneurs à son tour ? Malheureusement pour lui, c’est la compagnie de production Alpha Cinematografica qui se chargea de sortir une série de petits films destinés à la télévision en utilisant le nom de l’auteur de L’Enfer des Zombies comme caution artistique. Sortirent donc de cette alliance quelques Séries B, voire Z, ritales comme Bloody Psycho ou Massacre, et donc The Murder Secret, largement méconnues chez nous mais disponibles en DVD en import chez quelques éditeurs n’ayant pas froid aux yeux comme EC Entertainments. Enfin, une alliance visiblement peu appréciée du Lucio, puisque dans Toutes les Couleurs du Bis numéro 6, Stéphane Erbisti nous apprend que le réalisateur n’avait rien à voir avec ces pelloches fauchées et que son nom y était associé dans le seul but de vendre plus facilement les bouzins. Toujours selon le fanzine, qui est je le rappelle un joli guide du routard sur le réalisateur, Fulci serait entré en conflit avec la société Alpha et se mit d’accord avec eux en utilisant les scènes gore des films en question dans son A Cat in the Brain, film mélangeant plusieurs sources filmiques. Et l’on retrouve justement quelques « footages », comme on dit, du The Murder Secret réalisé par Mario Bianchi, faiseur aux 88 films, dont du bis (Satan’s Baby Doll) mais aussi pas mal de cul !

 

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Il rédige en tout cas lui-même le script de son film, dont le titre original est Non Aver paura della zia Marta, traduisible par « N’ayez pas peur de la tante Marta », à laquelle va rendre visite Richard Hamilton (incarné par ce baroudeur du bis qu’est Gabriele Tinti, que vous avez vu dans Le Gladiateur du Futur, Emmanuelle et les Derniers Cannibales ou Révolte au pénitencier des filles), son brave neveu. Qui n’a d’ailleurs plus vu sa tatie depuis une paye, tata Marta ayant été placée dans un asile de fous puisque son horloge interne tournait visiblement en sens inverse. Puisque le pauvre homme n’a plus sa mère, qui s’est suicidée en se défenestrant alors que le pauvre Richard n’était encore qu’un bambin bouffeur de Prince Lu, il est forcément assez heureux de revoir sa tante, sortie de chez les cinglés depuis quelques temps et propriétaire d’une petite maison en campagne. Accompagné de sa femme, de sa fille aux gros seins (on ne peut pas ne pas les remarquer, c’est d’ailleurs ceux de Jessica Moore, revue dans Les Fantômes de Sodom de mister Fulci) et de ses deux fils, dont un seulement âgé de huit piges, notre père de famille débarque donc dans la petite baraque de province et découvre… que sa tante n’est pas là ! Heureusement, le concierge et homme de confiance de la vieille est présent pour leur assurer que la maîtresse des lieux ne tardera pas et arrivera le lendemain. De toute façon, la petite famille peut profiter des lieux à son aise, leur étant seulement refusée la cave, dont la porte doit toujours rester fermée selon le concierge. Si Richard s’y tient plus ou moins, l’entrouvrant néanmoins pendant la nuit, cela n’empêche en rien plusieurs meurtres de survenir, les branches de l’arbre généalogique Hamilton se brisant les unes après les autres…

 

murdersecret3Cette peluche me passionne.

 

Dire que The Murder Secret est lent tient de l’euphémisme. Le film de Bianchi est au-delà de lent, il est trainant, voire paresseux. C’est bien simple : cinquante minutes après le début des hostilités, il ne s’est toujours rien passé, si ce n’est les déambulations des uns et des autres dans la fameuse bicoque, plus calme qu’une salle de spectacle louée par Patrick Bosso. Le gamin fait un peu de vélo dans le salon, la grande se reluque les nibards dans le miroir (je ferais pareil si j’avais les mêmes), la daronne va faire quelques courses tandis que le père commence à s’inquiéter de l’absence de sa tante. Les rares moments où ça bouge un minimum ne sont là que pour apporter quelques fake scares, comme lorsque le fils ainé rentre dans la chambre de ses parents avec une carabine, foutant la pétoche à son vieux, ou lorsque ce dernier se relève en pleine nuit parce qu’il entend une porte claquer. Dans le genre flemmard, ça se pose-là, et dire que l’on finit par être endormi est encore en-dessous de la vérité, car on ronfle carrément ! Ne pas fermer les yeux durant The Murder Secret pourrait être l’un des douze travaux d’Hercules et même le chiard de Zeus n’y arriverait pas sans s’être sacrément musclé les paupières. Pourtant, le bisseux ayant du métier parviendra tout de même à s’accrocher à quelques menus détails qui lui permettront tout de même de garder un œil ouvert. Comme par exemple le fait que les acteurs sont très mauvais et perdent encore un peu plus de talent via le doublage anglais, tout simplement abominable et indigne du plus merdique des pornos tchécoslovaques. C’est bien simple : imaginez des doubleurs habitués à faire les petites familles à la con des publicités, genre papa revient du travail avec une grosse boîte de poulets KFC et la marmaille accourt en criant sa joie, et placez-les par-dessus des acteurs tenant parfois du mollusque (il n’y a guère que Gabrielle Tinti qui se donne un peu dans la pelloche !) et vous aurez une bonne idée de la catastrophe. Peut-être que la version italienne est meilleure, cela ne semble de toute façon guère compliqué de faire mieux, mais pour entraver un minimum le récit, certes pas bien compliqué, il m’a bien fallu passer par la langue de Shakespeare, d’autant que le DVD d’EC Entertainment ne dispose pas de sous-titres contrairement à ce qui est annoncé au dos du boîtier. Cela dit, rosbif ou ritale, les deux versions doivent certainement souffrir des mêmes dialogues à la con, rédigés à la va-vite sans la moindre envie de caractériser un minimum la petite famille…

 

murdersecret1Je vais vous les réveiller, moi, ces bisseux!

 

Ainsi, la fille enlace son papa en lui disant qu’elle l’aime sans que cela soit particulièrement justifié (non pas qu’il soit nécessaire d’attendre des moments propices pour dire aux gens qu’on les aime, hein, mais là il conduisait et ne disait rien qui lui était destiné), le petit frère fait des blagues à sa frangine et l’ainé semble être dénué du moindre sentiment. Vous voyez Robert Patrick dans Terminator 2 ? C’est un être sensible à côté de l’aîné des Hamilton. Bref, The Murder Secret est particulièrement mal interprété… et en devient dès lors assez plaisant ! Ben oui, le petit côté cheesy apporté par cette grosse carence permet de se concentrer sur le jeu des acteurs, et donc sur quelque-chose, empêchant par la même occasion le goreux de se pieuter. De même, la réalisation n’est pas franchement des plus charmantes : la photographie semble inexistante, il ne doit pas y avoir plus de trois plans mémorables en tout et pour tout et les décors sentent la villa de producteur à plein nez. Vous savez, ce genre bâtisse sans âme, comme on en croise régulièrement dans les Séries Z ou les pornos, qui finissent de retirer toute originalité à des bandes qui n’en débordent déjà pas. Ne serait-ce qu’au niveau du scénario, d’ailleurs, puisque nous tenons ici un giallo/slasher basique (qui se réveille tardivement, certes) se frottant légèrement à La Maison près du Cimetière du modèle Fulci puisque l’on retrouve le mystère entourant une cave et quelques meurtres au final guère éloignés de ce que Lucio proposait déjà depuis de nombreuses années, The Murder Secret arrivant en 1988, lorsque le bis rital agonisait sérieusement. Bref, dit ainsi, ce n’est quand même pas glorieux, c’est même le moins qu’on puisse dire, mais il n’empêche que si l’on a l’envie de voir un film pas trop réussi (ce genre d’envie peut survenir, si si !), nous ramenant à l’époque des VHS, un truc fauché et mal branlé en somme, la première heure servie par Bianchi peut se suivre. Certes, cela demande beaucoup de conditions, et notamment de savoir percevoir la médiocrité avec une certaine tendresse, et ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir l’esprit nécessaire pour placer ses exigences au niveau de ce que l’on regarde, mais c’est ici la condition sine qua non pour ne pas trop se tourner les pouces… Mais certains, et j’en fais partie, apprécient ce genre petits délires désargentés, loupés dans les grandes largeurs mais qui auront malgré tout essayé…

 

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D’ailleurs, Bianchi se sort les doigts du cul vers la fin, se réveillant lorsqu’il se rend compte qu’il ne reste plus qu’une vingtaine de minutes à sa bande et qu’il ne s’est toujours rien passé, si ce n’est la découverte du cadavre de l’ainé, pendu par les pieds et le visage en sang. Il enclenche ainsi la seconde et débute le grand massacre, perpétré par un mystérieux personnage aux mains gantés, giallo style. Par contre, les meurtres étant assez brutaux, on les rapprochera peut-être plus volontiers du côté du slasher, le réalisateur y allant franco en la matière. Passe encore le meurtre sous la douche piquant l’idée au Psychose de vous-savez-qui, surtout une bonne occasion de revoir les formes de la Moore, passe encore également celui de la mère, décapitée lorsqu’un coffre se referme sur sa nuque. Difficile par contre de jouer les blasés devant le décès du gamin, car à l’instar d’un autre Bianchi, Andrea, qui tuait aussi un chiard dans son génial Le Manoir de la Terreur, le Mario ne se gêne pas pour faucher de jeunes vies. Et de quelle manière ! En effet, alors qu’il se ballade et s’apprête à passer une porte, le mouflet voit soudainement arriver vers lui une tronçonneuse venue lui raboter la tronche. Et ça ne loupe pas, bien sûr, le petit étant décapité d’une traite, sa caboche rebondissant au sol. Même si les effets spéciaux sont particulièrement loupés, l’idée est si saisissante que Fulci reprendra la scène dans son Nightmare Concert. On le comprend car, rien que pour ce court passage, ces quelques secondes divines, The Murder Secret vaut le détour ! Le reste devient par contre plus confus et l’on se demande si Bianchi savait où il allait… Et attention, je vais spoiler la fin du film, donc sauter au paragraphe suivant si vous voulez garder la surprise… Ainsi, le pauvre Hamilton découvre que tous ses enfants et sa femme ont clamsé, moment que choisi sa fameuse tante pour arriver et lui faire comprendre qu’elle s’est vengée de lui parce qu’il ne l’a jamais sortie de l’asile dans lequel elle était enfermée. Vengeance hardcore, dis donc ! Mais on se rend compte que, selon toute vraisemblance, le pauvre Richard imagine tout cela, sa tante reposant en fait dans la cave, décédée et avec des asticots qui lui ravagent le visage (occasionnant quelques plans particulièrement dégueulasses). On apprend alors que c’était le concierge qui tuait, visiblement parce que la fameuse tante aurait aimé qu’il le fasse, l’homme étant tellement à sa botte qu’il l’embrasse alors qu’elle a des vers partout sur le visage (je ne sais pas combien l’acteur était payé mais c’était sûrement pas assez !) ! Et après une bagarre avec l’assassin, Hamilton se réveille, se retrouvant dans sa voiture, avec sa famille autour de lui, tuée par un accident de la route… Et oui, tout cela n’était que le subconscient d’un homme qui vient de tout perdre… A moins que ? En effet, lors du générique de fin, on peut entendre la tante Marta nous expliquer qu’elle a fait tout ça pour que son neveu souffre, encore et encore. Mais fais quoi ? Ce n’est de toute évidence pas elle qui conduisait le camion ! Vous l’aurez compris, c’est incompréhensible et on ne sait plus trop à quel saint se vouer… Alors on se raccroche aux seins de Jessica Moore, tiens !

 

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Aussi abracadabrantesque soit le final, au moins on ne s’emmerde plus trop et on finit même par se dire que cela valait le coup de rester éveillé jusqu’à la fin. Alors c’est certain, on tient là le fond du fond du bis rital, une œuvre à réserver aux bisseux hardcore, à ceux qui tiennent absolument à voir tout ce que l’Italie a pu sortir de sordide. Et même ceux-là ne seront pas tant récompensés que cela, mais au moins auront-ils vu quelques scènes valant le détour (et des beaux seins, ne surtout pas oublier les beaux seins), sans oublier le petit bonheur de voir cet éternel second rôle qu’est Tinti devenir enfin une tête d’affiche. Bon, ce n’est pas sur le meilleur film du genre, c’est même plutôt sur l’un des pires, mais c’est déjà ça, non ? Vous l’aurez compris, The Murder Secret est aussi nul qu’on puisse l’être mais reste malgré tout assez appréciable de par son ambiance assez spéciale, sa très chouette partition musicale mais aussi grâce à la fameuse décapitation. Et aussi grâce à quelques conneries du scénario, il faut bien le dire, et il est bien dur de ne pas se marrer lorsque l’on se rend compte que la jeune fille trouve un mystérieux message sur un miroir et ne va en parler à son père qu’après lui avoir causé de ses vêtements ! Le sens des priorités selon Jessica Moore ! Les amoureux de cinoche cheesy apprécieront, à n’en point douter. Quant aux autres…

Rigs Mordo

Merci à David pour ses infos !

 

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  • Réalisation: Mario Bianchi
  • Scénarisation: Mario Bianchi
  • Production: Antonio Lucidi, Luigi Nannerini
  • Titre original: Non Aver paura della zia Marta
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Gabriele Tinti, Jessica Moore, Adriana Russo, Maurice Poli
  • Année: 1988

2 comments to The Murder Secret

  • Roggy  says:

    Un film inconnu au bataillon mais visiblement pas mémorable. Enfin, hormis quelques détails et photos que les bisseux apprécieront 🙂

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