Stuck – Instinct de Survie

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« Stuck » ou « collé » en français, dans le sens « coincé » du terme, un adjectif qui ne convient visiblement pas à un Stuart Gordon parvenu à s’évader du petit monde du cinéma d’horreur pour partir nous torcher un thriller à l’humour noir qui n’en est pas moins fort horrible…

 

 

Pour un réalisateur tapant dans le cinoche d’exploitation et plus généralement d’horreur, se faire une frayeur équivaut à se frotter à un genre pour lequel on n’est pas vraiment reconnu. Un peu à la manière de Wes Craven avec La Musique de mon Cœur, Stuart Gordon a donc entrepris de s’éloigner un brin du style ayant fait son succès, laissant les Re-Animator, From Beyond ou Castle Freak à leur place sans se sentir obligé de leur pondre de nouveaux petits frères monstrueux. Cela a débuté doucement avec un King of Ants violent mais pas forcément classifiable comme étant un film d’horreur pur jus, ça a continué avec un Edmond mélangeant drame noir et thriller, et cela s’est confirmé avec Stuck, sorti en 2007. Pourtant, ce dernier long-métrage en date du réalisateur de Dagon avait tout pour être un véritable film d’épouvante puisque sortant des fourneaux de la fraichement ressuscitée Amicus. Oui oui, la firme anglaise, rivale de la Hammer, à qui l’on doit pas mal de films gothiques à sketchs comme Le Train des Epouvantes, Histoires d’Outre-Tombe ou Le Club des Monstres était revenue aux affaires lugubres au milieu des années 2000, sans réel succès cependant puisque seuls deux films naquirent suite à ce retour. A savoir It’s Alive, remake du film de Larry Cohen, et donc Stuck, joli succès s’étant attiré la sympathie de la plupart des spectateurs mais aussi des critiques, ce qui rassure… sans vraiment rassurer ! Bah oui, que voulez-vous, lorsque l’on se surprend à aimer très sincèrement certaines pelloches démolies par les trois-quarts des journalistes ou rédacteurs spécialisés dans le bis, on en vient à se méfier de leurs coups de cœur. Heureusement, pour une fois, la masse ne s’est pas trompée, Stuck étant effectivement bien bon !

 

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S’il ne torche pas un film d’horreur à proprement parler, le père Gordon s’inspire néanmoins d’un récit horrible pour sa dernière proposition en date, le réalisateur de Dolls n’ayant plus fait de films depuis, ce qui est par ailleurs étonnant car il était permis de penser que le succès de Stuck favoriserait la naissance d’autres projets. Or, depuis 2007, Gordon a surtout participé à des séries décevantes (Fear Itself) et mis sur pied des pièces de théâtres ou des musicals, notamment de son chef d’œuvre Re-Animator. Allez comprendre ! Mais revenons-en à ce que je disais avant de me couper la parole à moi-même : le bon Stuart est donc parti chercher l’inspiration dans un fait-divers macabre, une demoiselle sous l’emprise de l’alcool et de la drogue renversant un sans-abri alors qu’elle était au volant de sa bagnole, le pauvre homme s’encastrant dans le pare-brise de la voiture. Plutôt que de l’amener aux urgences, la coupable a préféré laisser l’homme périr dans son garage, ne finissant par être arrêtée par la police que suite au mouchardage d’une connaissance à qui elle s’était confiée. Résultat : 50 années de prison pour la demoiselle, désormais coincée à son tour mais derrière des barreaux. Bien entendu, Gordon va un peu rajouter du gras autour de cet os et notamment changer la fin du récit, qu’il rend plus impressionnante, plus cinématographique. C’est que le but est d’envoyer un peu de suspense, tout de même… Stuck s’attarde donc sur deux destins voués à se croiser, celui de Brandi Boski (Mena Suvari) d’un côté et celui de Thomas Bardo (Stephen Rea) de l’autre. La première commence à tout gagner, obtenant une promotion et un petit-ami alors qu’elle est encore en pleine jeunesse tandis que le second, cinquantenaire, a déjà tout perdu, de sa famille à son job, se retrouvant dès lors forcé de vivre dans la rue. Tout semble les séparer, donc, mais cela ne va pas durer puisqu’après une soirée arrosée et placée sous le signe de l’ecstasy, généreusement offerte par son boyfriend, Brandi encastre le pauvre Thomas dans son pare-brise et, comme vous le savez déjà, préfère l’amener dans son garage en espérant qu’il périra de ses blessures, si possible en silence. C’est que la jeune fille ne veut pas d’un casier judiciaire alors qu’elle s’apprête à devenir chef de service dans la maison de repos dans laquelle elle trime… En prime, avec tout l’alcool ingurgité et les pilules qu’elle a avalées, les flics ne risquent pas d’être de son côté… Mais il y a un problème : Thomas n’est pas décidé à mourir et compte bien se sortir de cette étroite situation…

 

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Nous voilà donc dans un pur thriller, finalement proche de ce qu’aurait pu proposer Hitchcock s’il était encore parmi nous, la lutte qu’entament les deux protagonistes pouvant également rappeler Misery d’une certaine manière, puisque l’on retrouve un homme paralysé face à une femme en apparence d’une grande bonté mais en fait franchement machiavélique. Bien sûr, Gordon oblige, on retrouve quelques éléments limite gore, comme un gros plan sur un essuie-glace profondément enfoncé dans le bide du pauvre Thomas ou un stylo planté dans l’œil d’un malheureux. C’est que l’auteur de Castle Freak reste le même et n’oublie pas que taper quelques plans sanguinaires dans une pelloche ne peut que l’épicer, quand bien même le principe même de Stuck ne repose certainement pas sur le gore. Mais voilà, lorsque l’on traite d’un pauvre SDF malmené dans un garage (dans un sens, le Torture-porn n’est pas très loin), on ne peut pas le faire proprement et il faut montrer les séquelles physiques découlant de l’accident, tel un visage éraflé de toutes parts et un tibia traversant la peau et le pantalon. Et comme si cela ne suffisait pas encore, la Brandi si douce en apparence vient encore donner de gros coups de planche en bois ou des coups de marteaux sur la caboche du malheureux, décidément bien mal traité… Gordon ne filme cependant pas tout cela à la sauce splatter et fait tout son possible pour rester à hauteur humaine, proposant une réalisation sans chichi, sans doute dans le but de faire oublier au spectateur qu’il est devant un film. Gordon cherche une certaine véracité et parvient d’ailleurs à la trouver, l’ensemble sonnant fort juste à l’exception peut-être de quelques éléments humoristiques qui ne dérangent pourtant jamais. Car comme il l’a souvent fait dans ses œuvres passées, le Stuart balance quelques éléments plutôt amusants, sortant surtout du personnage du dealer/petit copain de Brandi, une petite frappe jouant les durs à cuire mais que l’on devine plus proche du gang des jus de fruit que de la bande à Al Capone. La maladresse du gaillard, son manque d’honnêteté, la peur qui ressort clairement de sa personne lorsqu’il découvre la situation, apportent donc un second degré bien accueilli et il arrive fréquemment que l’acteur, Russel Hornsby, fasse marrer l’assistance.

 

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Il n’y a pourtant pas de quoi rire lorsque l’on analyse le drame dans son ensemble, en oubliant que l’on vient d’assister à une très sympathique Série B à suspense. Car Gordon dresse ici un portrait sombre de la société, le pauvre Thomas étant mal accueilli partout où il passe : son propriétaire le fout à la porte en lui refusant d’emporter ses affaires, les services sociaux ont mal encodé sa fiche dans leurs ordinateurs et il est bon pour attendre encore un long moment avant de se voir proposer un job et les flics le délogent du banc sur lequel il espérait passer tranquillement la nuit. En outre, il ne peut bien évidemment pas compter sur autrui pour se sortir de la terrible situation dans laquelle il est bloqué, les voisins de Brandi, des immigrés, ne désirant pas se faire remarquer des autorités en lui portant secours… Et comble de l’ironie, la Brandi qui finit par le percuter et qui va le laisser crever à petit feu est, au travail, une infirmière particulièrement appréciée des vieillards, qui ne demandent qu’elle. Alors qu’elle est prête à aller mettre la main dans la merde couleur épinard des petits vieux, preuve à l’appui puisque Gordon débute son film par cette scène bien scato, elle se refuse totalement à venir en aide à celui qu’elle vient pourtant de faucher. Gentille confidente des séniors le jour, party animal la nuit, la brave Brandi se change même peu à peu en monstre, devenant plus violente au fil du récit, s’en prenant même physiquement à la pauvre demoiselle qu’elle retrouve dans le lit de son copain, bien sûr infidèle. Et à cette violence, Thomas ne peut répondre que par la violence à son tour, lors d’une joute finale à la conclusion plutôt satisfaisante. On regrettera par contre que la teneur psychologique du combat opposant les deux êtres ne soit pas plus poussée, l’homme et la fille n’échangeant finalement que peu de paroles, aucune réelle discussion n’étant enclenchée. Cela rend sans doute l’ensemble plus crédible mais diminue peut-être un peu la portée du climax, sans doute moins prenant que si les deux ennemis s’étaient lancés dans une vraie relation d’inimitié. Pas de quoi balancer son Blu-Ray par la fenêtre, cependant, le tout se suivant très bien, en grande partie parce que Gordon ne fait pas trainer les choses et n’étire pas son histoire plus que de raison, l’affaire étant réglée en 80 minutes. Juste ce qu’il faut !

 

stuck4Ca c’est pour les lectrices de Toxic Crypt!

 

Porté par de bons comédiens (Rea est très bon et Suvari est crédible et tombe la chemise, histoire de faire plaisir à ses fans nostalgiques du très bon American Beauty) et un réalisateur capable de s’effacer lorsque son histoire le demande, Stuck a tout du bon film et l’on comprend aisément qu’il ait pu créer la surprise lors de sa sortie. Alors le vieux Rigs ne va pas vous mentir non plus, il aurait préféré un nouveau Re-Animator, ou un truc du calibre de Dagon, de l’horreur pure et dure avec des trucs gluants et de la morve à l’écran, en somme ! Mais je ne boude pas mon plaisir pour autant : Stuck est un petit thriller sympathique, ironique, noir et un peu misanthrope sur les bords, n’hésitant jamais à rappeler que l’être humain a un énorme talent pour ne jamais se mettre à la place des autres. Et puis, on a un peu de sang et on voit même du caca, donc c’est déjà deux bons points, non ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Stuart Gordon
  • Scénarisation: John Stryzik
  • Production: Amicus Entertainment
  • Pays: USA, Canada, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Stephen Rea, Mena Suvari, Russel Hornsby, Rukiya Bernard
  • Année: 2007

4 comments to Stuck – Instinct de Survie

  • Roggy  says:

    Très bonne chro pour cette petite série B fort sympathique et somme toute originale dans son traitement. Retrouver Stephen Rea dans cette production de Gordon fait plaisir surtout qu’elle est quand même sanglante (pour le caca, je te laisse seul juge. Chacun ses goûts 🙂 ).

  • Dirty Max  says:

    Parmi les récents Stuart Gordon, Stuck est le seul que je n’ai toujours pas vu. Faut dire que son Edmond m’avait un peu déçu, contrairement au transgressif King of the ants. Mais je jetterai sans faute un coup d’oeil à ce Stuck (Stuart Gordon oblige !).

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