The Dunwich Horror

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Après avoir retourné Edgar Allan Poe dans tous les sens avec la complicité d’un Vincent Price habité, Roger Corman et le reste de la firme American International Pictures se sont forcément lancés dans la bibliographie d’un autre ténor du fantastique romancé, Mister Lovecraft himself. Si La Malédiction d’Arkham et Die, Monster Die ! s’en sortaient avec les honneurs, en est-il de même pour The Dunwich Horror ?

 

 

Trainer autour de Roger Corman, Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson, ça finit par payer ! Car après de nombreuses années à se charger de la direction artistique de séries B comme The Wasp Woman, La Petite Boutique des Horreurs, The Terror ou La Chambre des Tortures, Daniel Haller put enfin accéder à la réalisation via Die, Monster Die ! (aka Le Messager du Diable, titre moins répandu chez nous), adaptation très libre de La Couleur tombée du ciel de Lovecraft. Une œuvre imparfaite (et déjà chroniquée dans ces pages), certes, et ne suivant pas scrupuleusement les écrits du maître, mais une Série B généreuse, gorgée de monstres, de décors gothiques et de cris dans la nuit ! Que demande le peuple ? Une nouvelle tentative dans le domaine, pardi ! Et il l’aura, Haller revenant se frotter aux Grands Ancients, non sans avoir pris une petite pause pour jouer les mécanos via Les Anges de l’Enfer et The Wild Racers, bandes d’exploitation branchées Vroum Vroum. Ce n’est que cinq ans après Die, Monster Die, sorti pour sa part en 1965, que débarque The Dunwich Horror (1970, donc), bien évidemment basé sur la nouvelle du même nom. Accessoirement, le quatrième film d’Haller est également l’un des derniers de la firme à miser sur une horreur littéraire, ancestrale ou gothique, les seventies amenant progressivement sur les écrans des frayeurs plus tangibles, plus modernes et, surtout, plus graphiques. Coincé entre deux époques, The Dunwich Horror peine d’ailleurs à convaincre, les professionnels de la critique tout comme les spectateurs à la recherche d’un frisson bon marché s’accordant sur le fait que si Haller n’est jamais en retard (je vous la facture pas, celle-là !), il ne parvient pas à rendre un hommage valable au fier papa de Cthulhu. Comme dans la crypte toxique on aime bien vérifier par nous-même, il est grand temps de louer une chambre à Dunwich et s’assurer que la sinistre réputation du film est méritée…

 

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Sans trop de surprise, on découvre que le scénar’ prend quelques libertés avec la nouvelle d’origine, comme l’a toujours fait AIP avec ses adaptations d’ailleurs. Pas de quoi jouer les outrés, tous les lecteurs de Lovecraft savent fort bien qu’une adaptation fidèle est difficilement faisable, le rythme étrange, la narration si particulière et l’horreur indescriptible croisés dans les publications du vieux Howard Phillips ne s’acoquinant pas forcément avec joie avec le médium cinématographique. Ce qui n’empêche pas le scénariste Curtis Hanson (futur auteur du script de L.A. Confidential, donc pas un manche à priori) de tenter l’aventure, reprenant les thèmes de la nouvelle, ses éléments les plus importants, pour en tirer quelque-chose d’exploitable durant 90 minutes. On retrouve donc les personnages imaginés par Lovecraft, à savoir un Wilbur Whateley, ici soucieux de récupérer le best-seller que personne n’a jamais pu lire, j’ai nommé le Necronomicon. Mais tout comme on ne colle pas une main au cul d’un rhinocéros sans se retrouver avec une corne dans la mâchoire, on ne s’approche pas du Necronomicon sans avoir des comptes à rendre au docteur Henry Armitage, souriant mais méfiant lorsqu’il s’agit du fameux livre des morts. Puisqu’il ne peut pas repartir avec le bouquin, ce séducteur doté d’une moustache et d’une coiffure qui ne dépareilleraient pas dans un bon vieux porno des familles décide d’embarquer l’assistante du doc’, Nancy, qu’il drogue et ramène dans sa vieille demeure située à Dunwich (tant qu’à faire !). D’ailleurs, on ne peut pas dire que le Wilbur soit le mec le plus populaire de la région, les Dunwichiens se méfiant de sa famille comme je me méfie d’un fan de Muse, c’est vous dire si le mec est pris pour un galeux. Il faut dire que l’arbre généalogique des Whateley n’invite pas à la confiance puisque l’on croise sur une branche ce bon vieux Yog-Sothoth, divinité maléfique venue d’une autre dimension, qui engrossa la mère de Wilbur, lui offrant deux jumeaux. Si Wilbur tient physiquement de sa daronne, par ailleurs devenue une grosse wacko débitant des âneries dans un asile, son frérot tient pour sa part du père et est enfermé dans une pièce de laquelle il ne doit pas sortir souvent… Of course, Wilbur a pour but de laisser son beau papa féconder la pauvre Nancy, histoire de créer une famille recomposée, parce que vous savez comme c’est dur pour les enfants de divorcés… Armitage parviendra-t-il à stopper ces sinistres plans ? Nancy va-t-elle apprécier le gourdin de Yog-Sothoth ? La fête au boudin blanc de Dunwich sera-t-elle compromise ? Que de questions qui resteront, pour certaines, sans réponses…

 

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On a tendance à se dire qu’un film, même pourrave de chez pourrave, mettant en scène l’univers Lovecraftien ne peut pas être réellement mauvais. Ouais ben ne le dite pas trop vite parce que de tout évidence The Dunwich Horror n’est clairement pas la torpille bis que l’on pouvait espérer et l’on comprend aisément les réserves émises par les quelques journaleux et fans s’étant penché sur la question. Osons-le dire, hormis quelques jolis décors, dont un lieu de rituel en bordure de falaise et un hall de manoir classique mais efficace, il n’y a pas vraiment de qualité à extirper du travail d’Haller, nettement moins inspiré que lorsqu’il filmait Boris Karloff en train de vagabonder dans Die, Monster Die !. On le sent même quasiment endormi derrière sa caméra lors des scènes de dialogues, il est vrai particulièrement chiantes et dénuées de naturel, notre bonhomme emballant ça comme une série télé vieillotte. Il n’est pas interdit de se sentir devant un feuilleton allemand lorsque l’on se fade les tunnels de blablatage (ça ne fait que jacter durant la première moitié du métrage, d’ailleurs), sentiment encore renforcé lorsque l’on s’envoie la galette, inédite chez nous mais disponible en Allemagne, en version française, les doubleurs réquisitionnés pour venir causer fruits de mer cosmiques étant de ceux que l’on croisait régulièrement dans les sitcoms européens. C’est donc mou comme du Derrick et Haller passe une bonne cinquantaine de minutes à fixer son objectif sur les petites causeries de Wilbur et Nancy ou sur l’enquête soporifique du vieux Armitage, qui n’avance pas des masses. Pas très mouvementé tout cela, ce qui passerait sans problème si l’ambiance était soignée, si un climat oppressant ou de malaise se faisait sentir. Malheureusement, tout a été mis en œuvre pour ne laisser aucune chance à The Dunwich Horror

 

dunwich1Pour la qualité d’image, c’est pas ma faute, Haller a visiblement tenté un truc niveau visuel.

Me demandez pas quoi…

 

Premièrement, les comédiens ne croient pas un seul instant à toutes ces affaires Lovecraftiennes et cela se sent. Dean Stockwell (bon acteur à d’autres occasions, qui retrouvera d’ailleurs Dunwich dans un téléfilm, cette fois dans le rôle d’Armitage), qui se retrouve dans les frusques de Wilbur, a d’ailleurs le malheur de devoir porter une bonne partie du film sur ses épaules puisqu’il est présent dans 80% de la bobine. Un premier problème puisqu’il ne semble jamais à l’aise dans le rôle, celui d’un homme présenté comme mystérieux et inquiétant mais surtout dépeint comme profondément ennuyeux et un peu golmon sur les bords. A moitié shooté ou encore dans son lit lorsqu’il nous la joue grand insensible qui en sait long mais ne veut rien dire, totalement ridicule quand il est forcé de faire des gestes à la con pour les rituels ou se lance dans des jeux de regards hypnotisants (c’est pas Lugosi, je peux vous l’assurer), le pauvre ne s’en tire pas sans dommages… Et n’espérez pas que Sandra Dee, dans la peau de Nancy, relève le niveau très longtemps : si elle est naturelle aux débuts, elle passe le restant de la bande à jouer les droguées, son nouveau boyfriend lui versant des somnifères dans ses boissons pour qu’elle se tienne à carreau. Quant aux vétérans Sam Jaffe (qui joue le grand-père Whateley) et Ed Begley (qui joue Armitage et dont c’est le dernier film), ils font leur possible mais le premier n’est définitivement par Boris Karloff et le second, s’il semble bien s’amuser, répand une bonne humeur qui ne colle pas avec un script appellant plutôt à la gravité. Car le mec à une banane du tonnerre durant tout le film ou presque, y compris lorsqu’il cause avec Wilbur qu’il soupçonne pourtant de ne pas être un enfant de chœur ! Faut dire que le comédien n’est pas nécessairement le seul à être un peu à côté de la plaque et que le pompon revient à la bande-originale, en total décalage avec le reste. Vous avez déjà vu des bisseries italienne et vous savez donc que les ritals ont souvent eu tendance à coller des ziks toute guillerettes lors des moments de bonheur de leurs protagonistes, des trucs qui semblent sortis de feuilletons à l’eau de rose. Mais ces petites chansons, quand elles ne sont pas utilisées de manière ironique pour souligner la violence des images, s’effacent progressivement pour laisser la place à des thèmes plus horrifiques et donc plus adéquats. Et bien dans The Dunwich Horror, les airs joyeux se font entendre durant tout le film, sans se soucier d’une quelconque cohésion entre l’image et le son, donnant une idée de ce que pourrait donner un crossover entre L’appel de Cthulhu et La Petite Maison dans la prairie. Pas franchement le genre de détail qui aident à vous faire piquer une tête dans une ambiance de paranoïa comme Lovecraft se plaisait à le faire lorsqu’il prenait la plume… Et pour ne rien arranger, l’ensemble est cheap au possible et il suffit, pour s’en convaincre, de voir la fausse moustache grisonnante que se ramasse l’habitué des séries télé Lloyd Bochner, à peu près aussi ridiculisé que Christopher Lee dans La Gorgone. Ca vous donne une idée ! Et dans le genre fou rire, notons les beaux tatouages que se ramasse Wilbur sur le torse, dont une espèce d’hélice de bateau! N’oublions pas non plus l’embarrassant duel d’incantations auquel se livrent Wilbur et Armitage, chacun balançant des mots à tour de rôle, quelques fois avec un éclair ou du vent venus donner un peu de piment à l’ensemble, d’autres sans même le moindre effet. Les jeux de plateau que vous faisiez avec vos camarades de classe à quinze ans, quand vous vous déguisiez en Gandalf ou en Conan et que vous vous imaginiez aller offrir un nouveau trou du cul au maître des trolls avec vos dès en poche, avaient plus de gueule que ça…

 

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dunwich5L’arrivée (et le départ) furtive et psychédélique de Yog-Sothoth !

 

Et le monstre, frère jumeau de Wilbur enfermé dans son cagibi, ce n’est même pas la peine d’en parler puisqu’on ne le voit même pas, ses attaques (car bien sûr il finit par venir passer le bonjour, c’était obligé) étant toutes filmées en vue subjective. On peut, si on a l’œil aiguisé, voir une main tentaculaire agripper une demoiselle, mais c’est plus furtif qu’un prout au jus de ninja (ça ne laisse pas de trace). On a tout de même, et c’est un grand moment, Yog-Sothoth qui débarque, le Grand Ancient honorant The Dunwich Horror de sa présence. Mais en coup de vent hein, cette grosse tête de méduse rappelant les premiers jeux Castlevania (ou Didier Lefèvre, c’est au choix) sortant d’un fumigène rougeâtre pour venir râler au-dessus de la pauvre Nancy, allongée sur une table en pierre… avant de repartir comme il est venu ! C’est gentil d’être passé… Pas très étonnant, dès lors, que Daniel Haller ne s’investisse pas outre mesure dans sa mise en scène, la maigreur du budget qui lui est alloué ne permettant pas franchement de rendre hommage à l’écrivain qu’il aime sans doute autant que nous. Il se lance dès lors dans quelques expérimentations, plus ou moins réussies selon les cas. Le plus, c’est la première attaque du jumeau maléfique, qui s’amuse à dessaper la demoiselle qu’il agresse tandis que l’écran change de couleur tous les quarts de seconde dans un effet disco voué à masquer les imperfections des effets spéciaux. Mais ça ne fonctionne pas trop mal, on ne dira rien. Le moins, c’est ce rêve embrumé fait par Nancy, qui s’imagine être sur un matelas perdu en pleine campagne tandis que l’attaquent des hippies nudistes et au corps peinturluré. Pas flippant pour un sou ! Et histoire de finir d’achever le film, impossible de ne pas revenir sur son titre français, à mourir de rire : Horreur à volonté ! Qu’est-ce que c’est que ce nom ?! On se croirait à un buffet, genre « Tiens, je vais prendre un peu de Cthulhu avec mon Yog-Sothoth. Il reste du Dagon ? » ! En prime, on te laisse plus ou moins croire qu’ici il y a de l’horreur toutes les cinq minutes alors qu’à part une tronche serpentine en train de flotter dans une fumée à la cerise, j’ai pas vu grand-chose de bien atroce, si ce n’est certains jeux de regards de Wilbur… Pas la peine d’en rajouter encore et encore, vous aurez compris que mis à part l’univers de Lovecraft et un ou deux décors un peu hammeriens, voire même un générique de début assez spécial car animé, il n’y a rien ici qui mérite que vous perdiez 90 minutes de votre vie à Dunwich…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Daniel Haller
  • Scénarisation: Curtis Hanson, Henry Rosenbaum, Ronald Silkosky
  • Production: Roger Corman, Samuel Z. Arkoff, James H. Nicholson
  • Titres: Horreur à volonté (FR), Voodoo Child (DVD allemand)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dean Stockwell, Sandra Dee, Ed Begley, Sam Jaffe
  • Année: 1970

2 comments to The Dunwich Horror

  • princecranoir  says:

    Je serais donc le seul à avoir tenté une incursion dans la « Dunwich horror » ? Sans être aussi sarcastique, je ne trouve pas davantage que toi de motifs de satisfaction (si ce n’est ces effets psychés comme si Lovecraft avait pris du LSD). Pas de raison particulière de remettre les pieds à Dunwich (vu qu’en plus je n’aime pas le boudin blanc) depuis ma dernière vision. Ce film est donc aussi pourri qu’il en Haller (tu la mets sur ma note) ? Il semblerait. Tout ça me donne envie de réveiller Lovecraft pour lui crier :  » Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn  » ; mais il paraît qu’au buffet de « l’horreur à volonté » il faut pas parler la bouche pleine…

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