Madhouse

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Avant d’aller se disputer et échanger quelques morsures avec James Cameron sur le set de Piranha 2 : les tueurs volants, Ovidio G. Assonitis était déjà un réalisateur digne d’intérêt. C’est en tout cas ce que semble avoir pensé l’éditeur Uncut Movies, qui propose comme dernière livraison Madhouse, un Assonitis jusque-là inédit chez nous…

 

Attention, ça spoile un brin dans le coin!

 

Jamais en panne d’inspiration lorsqu’il s’agit de balancer dans nos mange-disques de nouvelles tueries nées dans les saintes eighties, les gars d’Uncut Movies ! Et encore moins lorsqu’il est question d’offrir des sorties en bonnes et dues formes à quelques slasher devenus plus ou moins cultes au fil des décennies. Enfin, de slasher il n’est pas totalement question ici, le Madhouse (rien à voir avec le film du même nom avec Vincent Price et Peter Cushing) d’Assonitis lorgnant également du côté giallesque de la force non sans se refuser quelques composantes venues du cinoche de psychokillers. Certains me diront que tous ces sous-genres, c’est plus ou moins la même tambouille et qu’on y croise toujours des désaxés en roue libre venus limer leurs couteaux de cuisine sur les os de malheureuses victimes. C’est très vrai mais la représentation de ces maniaques diffère sensiblement d’un genre à l’autre. Le slasher se veut aussi brutal que possible tout en prenant le point de vue de la victime, le psychokiller movie à l’inverse aura plutôt tendance à coller aux basques de l’agité du bulbe et coller à sa psychologie défaillante tandis que le giallo joue la carte de l’esthétisme et s’amuse à rendre magnifiques les pires horreurs là ou les deux autres misaient plutôt sur des visuels rustres. Ben avec son Madhouse, aka There was a little girl, Assonitis fait le lien entre tous ces sous-genres, offrant à son récit plusieurs aspects, plusieurs points de vue. Une bonne chose en 1981 compte tenu du fait que le giallo était un genre mourant duquel on avait déjà tiré trop de sève tandis que le slasher et le psychokiller, alors en pleine gloire, souffraient d’un trop grand nombre de participants au titre de digne descendant de Michael Myers ou Norman Bates. Alors prendre un peu de chaque épice et malaxer le tout pour offrir au public un nouveau shocker faisant office de compilation a tout de la bonne affaire ! D’autant que le producteur/réalisateur/scénariste (un maniaque du contrôle, le Ovidio) n’oublie jamais de donner une personnalité propre à sa petite bande tranchante, qui se fera par ailleurs bien remarquer chez les Anglais puisque faisant partie de la liste des Video Nasties. Jadis infamante, aujourd’hui prestigieuse, cette liste regroupait, comme vous le savez sans doute déjà, toutes les bandes d’exploitation vouées à disparaître des vidéoclubs britanniques pour cause de violence insoutenable. C’est que les autorités anglaises pensaient que la jeunesse allait péter le câble qu’il ne faut pas en visionnant de belles pelloches comme Anthropophagous, L’Enfer des Zombies, Inferno ou La Baie Sanglante. Et ça, ça foutait les chocottes à nos buveurs de thé, plus effrayés à cette idée que ne l’étaient les mouflets plantés devant une bonne bisserie ritale ! Madhouse peut donc se vanter d’appartenir à la même famille de vilains petits canards que les œuvres d’Argento, Fulci ou D’Amato et nous allons voir ensemble si ce statut est mérité !

 

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Le moins que l’on puisse dire c’est que dans le domaine de l’exploitation à l’italienne, l’ami Ovidio, réputé pour avoir une assez bonne estime de lui-même, n’aura pas compté ses heures. Que ce soit en tant que producteur (Cannibalis, au pays de l’exorcisme, Evil Train, La Malédiction Céleste), scénariste (Choke Cannyon, The Visitor) ou réalisateur (Le Démon aux Tripes, Tentacules), l’Assonitis est présent et pas décidé à quitter les lieux, l’homme aux mille talents se permettant même de les combiner à l’occasion. Comme sur Madhouse, sur lequel il porte les trois casquettes sous le nom d’Oliver Hellman, notre rital étant comme beaucoup de ses confrères du genre à dissimuler ses origines européennes pour permettre à sa pelloche de se vendre sur tous les territoires. Si certains bâcleraient un ou deux postes pour mieux se concentrer sur le troisième, ce n’est pas le cas d’Ovidio, qui commence par nous proposer un scénario nettement plus élaboré que la moyenne des slasher/giallo/psychokiller (barrez la mention inutile !). Dans Madhouse, on fait la connaissance de Julia (Trish Everly, dont c’est le seul film, ce qui est bien dommage car elle s’en sort avec les honneurs), brave jeune femme allant sur ses 25 ans et aidant les enfants malentendants à dépasser leur surdité. Si tout semble aller pour le mieux dans la vie de notre héroïne, entourée d’un oncle, d’un petit-ami et de copines aimants, son destin bascule soudainement lorsqu’elle est invitée à aller rendre visite à sa sœur jumelle, Mary, qu’elle n’a plus vue depuis plusieurs années. Gravement malade et atteinte d’un virus modifiant les formes de son visage, la belle Mary est clouée dans un lit d’hôpital depuis un petit moment et ne reçut en effet aucune visite de la part de sa frangine, effrayée à l’idée de retrouver sa moitié. Il faut dire que Mary n’a jamais été une grande tendre, surtout envers Julia, la première se servant d’un affreux chien pour torturer la seconde quand elle ne lui plantait pas des aiguilles dans l’épiderme ou la brulait avec des allumettes. L’entente familiale n’est donc pas au beau fixe et empire encore lorsque les deux demoiselles se retrouvent à la clinique, Mary promettant à Julia qu’elle va recommencer ses sévices pour fêter leur anniversaire à toutes les deux. De quoi terrifier notre pauvre premier rôle, la belle étant encore moins rassurée lorsqu’elle apprend que sa sœur s’est enfuie de l’hôpital… Pour ne rien arranger, un clébard de mauvais poil se met à traîner non loin de l’immeuble dans lequel vit Julia…

 

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Alors qu’il venait de réaliser un pur film d’horreur animalier avec Tentacules et son poulpe mangeur d’hommes, Assonitis opte avec There was a little girl pour le thriller pur et dur. Surtout dur, d’ailleurs, puisque l’Italien n’hésite jamais à verser dans le malsain, voire le politiquement incorrect, se débarrassant notamment d’un enfant et pendant un chat au plafond ! Ah ça, ça nous change des chats pianistes sur lesquels on tombe dès qu’on va glander sur Youtube, c’est sûr… De toute évidence le réalisateur n’a pas l’intention de trahir les attentes des férus du bis transalpin et que les grands buveurs d’hémoglobine et de viande découpée se rassurent, il y a du hachis Parmentier au menu. Le fameux clebs se jette à la gorge de plusieurs victimes désignées par sa sinistre maîtresse, les coups de couteau pleuvent sur les torses et l’on a même droit à de très violents coups de hache venant réduire en lambeau le dos d’un zigoto. Et lorsque l’ami Assonitis filme la scène, ce n’est pas en détournant le regard, sa caméra étant braqué sur la chair réduite en bouillie, dégringolant de l’échine tandis que des jets sanguinaires s’échappent et traversent la pièce. N’oublions pas non plus la séquence ayant sans doute permis à Madhouse de se frayer un chemin jusqu’à la prohibition : le meurtre du molosse, finissant le crâne perforé par une perceuse ! Si en 2015 l’effet est réduit par une tête de chien qui ne fait pas illusion un quart de seconde, on imagine fort bien que ces quelques plans montrant un peu de cervelle s’échapper du sommet du crâne du toutou n’ont pas fait rire ces culs serrés de censeurs. Mais si ces quelques séquences permettent à l’œuvre d’Assonitis de ne pas paraître comme trop sage face à quelques autres ténors du gore trouvables parmi les Nasties, il serait bien malheureux de réduire la bande à ces aspects sauvages. D’ailleurs, Madhouse est un peu à part dans cette liste des atrocités, surtout peuplée de séries B et Z fauchées, dont le « Trash Level » crève souvent le plafond. Des films comme Toxic Zombies ou Don’t Go in the Woods, ou éventuellement les films de Bruno Mattei ou certaines pelloches blindées de cannibales forment en effet le gros des VHS qui furent à l’époque saisies pour atteinte au bon goût et ces bandes avaient en commun une réalisation souvent médiocre (qui tombait même parfois dans l’amateur le plus évident), des acteurs à côté de la plaque et des histoires particulièrement simplistes, style « Un tueur en liberté sème la mort dans les bois ». Le film que nous propose aujourd’hui Uncut Movies est indéniablement d’un autre niveau, même s’il va sans dire que, dans la crypte toxique, on aime aussi énormément le gros Z qui tâche, inutile de le rappeler.

 

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Premièrement, et l’on s’en rend immédiatement compte, la mise en scène est impeccable et surprend même sacrément pour un film aux origines modestes. Après tout, on ne croise aucune star, même du bis, le film ne fut pas distribué massivement et en prime, il est resté fort méconnu. Voilà qui donne plutôt l’impression qu’on va se retrouver avec un morceau de charbon crasseux en main… Et pourtant, c’est un petit rubis que l’éditeur le plus gore de France nous calle dans les dents ! On s’en rend compte dès les premières secondes, qui prennent un malin plaisir à plonger le spectateur dans le noir pour montrer deux sœurs jumelles, dont une est assise dans une chaise à bascule et semble paralysée tandis que la seconde la frappe encore et encore au visage jusqu’à la défigurer complètement. Le ton est donné : Madhouse sera aussi dur visuellement que psychologiquement, cette introduction servant bien évidemment à traduire les sentiments de haine unissant les deux jumelles. Une relation familiale difficile qui sera bien évidemment placée au centre du suspense, Assonitis prenant d’ailleurs son temps pour faire monter la pression, au point que l’on peut légitimement se demander si Julia n’exagère pas un peu les faits. Son imagination ne lui jouerait-elle pas des tours, la poussant à se déguiser en Mary pour commettre des actes meurtriers ? Ce ne serait pas improbable, d’autant que l’on sait que l’anniversaire des deux filles a pour effet de rendre notre protagoniste principale particulièrement nerveuse… Le script brouille en tout cas les pistes, jouant autant sur la fragilité d’une héroïne pourtant jamais agaçante, voire même vaillante, que sur les paroles rassurantes de seconds rôles persuadés que Julia nous pique un stress pour un rien. Qui croire ? Les paris sont en tout cas ouverts ! Reste que la révélation finale est loin de décevoir, d’autant qu’elle parvient même à surprendre un peu, There was a little girl changeant même de direction dans sa dernière bobine, laissant le spectateur dans l’incertitude. Ce qui représente déjà un bel effort, une volonté d’étonner une assemblée ayant déjà vu d’autres pelloches du même ordre…

 

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Son Madhouse, si Assonitis l’emballe comme une vraie Série B dotée de saigneux atouts, il le veut également comme plus littéraire que la moyenne, allant même chercher son inspiration dans un poème d’Henry Wadsworth Longfellow. Cela se ressent d’ailleurs dans certains dialogues, plus écrits que la moyenne, et certaines parties voyant les personnages les moins sains d’esprit réciter quelques chansonnettes ou poèmes dont ils pervertissent le propos. D’ailleurs, puisqu’on parle littérature, il n’est pas interdit de penser à Stephen King à la vision du métrage, notamment dans ce mélange des thèmes horrifiques. Le romancier a effectivement souvent mixé une menace tangible à une fébrilité mentale, ajoutant parfois quelques dangers ou frayeurs d’origines diverses pour étoffer son récit, il en va de même pour Assonitis qui ajoute donc l’horreur animalière dans l’équation. Une bonne occasion pour injecter un peu d’animosité, justement, dans des scènes de meurtres pour le reste très branchées giallo, avec vue subjective, montée progressive de la tension et assassins déments en totale opposition avec le calme légendaire des éventreurs trouvables dans les slasher, dont l’influence se sent plutôt lors de quelques plans gore et dans une réalisation très américaine. La photographie, les angles de vue choisis, voire même l’ambiance, évoquent plus une méthode ricaine qu’italienne dans le filmage, même si la sensibilité transalpine transpire via une manière de jouer avec des décors étonnants (l’appartement de la propriétaire de l’immeuble, aux toiles colorées et rempli de plantes), un jusqu’au boutisme réjouissant (meurtre d’enfants et d’animaux, chrétienté malmenée) et une bande-son quelquefois très libre, voire même audacieuse dans certaines sonorités, de Riz Ortolani. Le meilleur des deux mondes, en somme, un peu comme si Alice Sweet Alice fut réalisé par une équipe ritale, le tout avec un dose de flippe plus forte. Car on n’est pas forcément bien assis sur nos culs durant Madhouse, quelquefois carrément effrayant (le meurtre de l’Asiatique) et toujours assez dérangeant et oppressant.

 

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En résumé, la dernière livraison d’Uncut Movies devrait ravir tous les agités du couteau calmant leurs pulsions devant une belle pelloche. Ils y trouveront une stylisation des meurtres héritée du giallo, une violence slasheresque et un fond renvoyant aux psychokillers, le tout enrobé de fort belle manière. Bien sûr, tout n’est pas rose même si c’est la couleur dominante de la splendide jaquette du DVD, et certains pourront reprocher quelques acteurs portés sur le cabotinage (le prêtre est champion à ce niveau, une sorte de Robin Williams taré, mais ça passe vu le rôle) et quelques problèmes de logique. Alors qu’elles sont en danger, certaines victimes prennent les pires décisions possibles et certains motifs poussant le maniaque à s’attaquer aux proches de Julia sont assez nébuleux… Mais il n’y a certainement pas de quoi bouder son plaisir devant une telle bisserie, honteusement sous-estimée et/ou méconnue selon les cas, complète et réussie sur à peu près tous les plans. En prime, le DVD français ne manque pas de charmes puisque les goreux d’Orléan nous offrent une galerie d’images laissant se dérouler les jaquettes des VHS des Video Nasties ainsi que deux courts-métrages. Le premier, Doll, fait le pont entre le giallo et les débuts de The Conjuring avec la poupée Annabelle tandis que le deuxième, Wet Movie, mélange le splatter, les romans-pornos à la japonaise, un décor de vieux manoir qui aurait sa place dans une bisserie spaghetti et un montage et un second degré guère éloignés de ceux utilisés par Edgar Wright. Les deux étant réussis, ils forment une nouvelle bonne raison de posséder la galette de Madhouse, s’il en fallait encore une…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ovidio G. Assonitis
  • Scénarisation: Ovidio G. Assonitis, Stephen Blakely, Roberto Gandus, Peter Shepherd
  • Production: Ovidio G. Assonitis, Peter Shepherd
  • Titres: There was a Little Girl
  • Pays: Italie, USA
  • Acteurs: Trish Everly, Dennis Robertson, Michael MacRae, Morgan Most
  • Année: 1981

2 comments to Madhouse

  • dr frankNfurter  says:

    Ouah à te lire, ça nous change totalement de Tentacules ou de The Visitor (un jour faudra vraiment que je la chronique cette prod de l’ami italien et le fameux leitmotiv « i am a pretty bird », terrible)
    Bon allez hop, sur la pile !

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