Cooties

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Après s’être fritté avec un énorme extraterrestre, avoir cogné des hooligans et s’être frotté aux orques et autres abominations envoyées à ses trousses par ce rigolo de Sauron, le hobbit Elijah Wood a sans doute pensé qu’il serait temps pour lui de combattre des monstres à sa taille : des enfants !

 

 

Les gosses et le cinéma d’horreur, ça a toujours fait bon ménage, le médium que nous chérissons tant prenant toujours un malin plaisir à pervertir l’innocence des petits n’enfants. Ca commence parfois dès le berceau avec le culte Le Monstre est Vivant de Larry Cohen et ça vire parfois vers le satanisme comme avec le classique Damien, La Malédiction, mais dans la majorité des cas ça ne plaisante pas des masses. A croire en effet que le cinoche de genre se penchant sur le cas de chiards chieurs se doit d’afficher un sérieux plombant, car voyez-vous ma bonne dame il n’y a rien de drôle à voir des mouflets prendre les armes pour disséquer leurs parents. Peu de chances en tout cas d’aller se taper le fou rire du siècle devant Goodnight Mommy ou The Children, ce dernier étant par ailleurs un mystère pour votre serviteur, qui ne voit en lui qu’un film d’horreur indépendant comme un autre, un peu fadasse même, alors qu’un grand nombre de bisseux le perçoivent comme l’une des meilleures bandes de ces dernières années. Reste que le genre du gamin en roue libre est souvent l’occasion de nous balancer une œuvre psycho-chiante permettant aux journalistes de nous sortir les grands mots, comme l’obligatoire et désormais assez drôle « Explosion de la cellule familiale », terme sorti si souvent qu’il en est devenu un véritable running gag qui s’ignore. Est-ce que le brave Elijah Wood a pensé la même chose que moi lorsqu’il a lancé le projet Cooties, récit mi-horrifique mi-comique montrant des enfants zombifiés délaisser les plats de la cantine pour aller becter les guiboles de leurs professeurs ? Pas du tout, le Frodon partant à l’origine pour produire via sa boîte de prod SpectreVision, spécialisée dans le cinoche de genre, une œuvre tout ce qu’il y a de sérieuse ! Ce n’est en fait que lorsqu’il présenta son idée au scénariste/acteur Leigh Whannell (Saw, Insidious) que l’humour se fraya un chemin jusqu’à Cooties, le créateur de Jigsaw faisant remarquer que pareil titre (« Cooties » signifiant les poux et autres petites saletés que les gamins se refilent dans la cour de récré) ne colle pas vraiment avec l’idée qu’il se fait d’une pellicule teintée de gravité. Changement de route pour le projet, qui sera réalisé par deux inconnus dont c’est le premier essai (Jonathan Milott et Cary Murnion, pour ne pas les citer) et qui s’engouffre donc sur le sentier de la plaisanterie. Autre modification : Elijah Wood tiendra le premier rôle alors qu’il s’y refusait au départ, préférant séparer ses activités de producteur et d’acteur… Mais vu que le reste de l’équipe a énormément insisté, l’ancien petit ange du cinéma des nineties (remember Flipper ?) a accepté d’aller donner des coups de pelle dans la tronche des gnomes. Grand bien lui en a pris…

 

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Clint (Elijah Wood) est ce que l’on pourrait appeler un adulescent, un vrai geek vivant encore chez sa reum et dont la piaule est remplie de posters de films d’horreur et de figurines de Godzilla et de super héros. Le rêve du mecton ? Ecrire un vrai roman d’épouvante, dont il a d’ailleurs déjà un manuscrit de prêt, un récit traitant d’un bateau hanté. Mais en attendant, pour payer ses factures, le jeune homme joue les remplaçants scolaires et est justement embauché dans son ancienne école primaire. Une bonne occasion de renouer le contact avec Lucy (Alison Pill, rockeuse dans Scott Pilgrim), amour de jeunesse désormais en couple avec Wade (l’excellent Rainn Wilson, que vous connaissez tous pour son rôle très émouvant dans Super), un prof d’EPS plutôt rustre. La journée commence donc plutôt mal et ne va pas aller en s’améliorant puisque les bambins dont doit s’occuper Clint changent soudainement de comportement : déjà un peu chiants à l’origine, ils deviennent de vrais infectés dotés de pustules qui s’attaquent aux enseignants, la mousse aux lèvres. Et tout cela à cause de quoi ? De nuggets pas franchement recommandés pour la santé, qui ne refilent qu’une saine chiasse aux adultes mais transforment tous les êtres n’ayant pas encore embrassé la puberté en de petits monstres cannibales. Désormais flanqués d’autres profs tout aussi tarés qu’eux, Clint, Wade et Lucy vont devoir se démerder pour sortir de l’école en un seul morceau, ce qui ne sera bien évidemment pas une mince affaire… Sur le papier, rien ne distingue donc vraiment Cooties d’une zomcom classique à la Shaun of the Dead… et à l’écran non plus, d’ailleurs ! Tenez-le vous pour dit, le film du duo Murnion/Milott n’a pas été démoulé dans le but de modifier le cours du temps et de réinventer le genre, le but de cette production SpectreVision, leur plus commerciale de leur aveu même, étant tout simplement de faire passer un agréable moment aux zigotos qui auront la bonne idée de tenter l’aventure. Car si elle n’a rien d’unique, l’expérience est définitivement appréciable !

 

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Et si Cooties est sympa comme un jour férié, c’est principalement grâce à ses personnages, tous un peu foldingues sur les bords et du coup plus engageants que les Monsieur et Madame Parfait que l’on croise dans les trois-quarts des survival actuels. Pas un n’est épargné par cette douce folie, du héros Clint complètement obsédé par son manuscrit raté à sa bien-aimée Lucy, qui se force à positiver alors qu’elle est, au fond, une hargneuse ne supportant pas ses collègues. Le reste des troupes ? Un Wade bourrin et fin comme un mammouth mais au cœur d’or, un prof gay nommé Tracy qui semble sorti d’une émission de MTV, une autre très portée sur les armes à feu et un pseudo-scientifique un peu pervers sur les bords (incarné par Leigh Whannell, par ailleurs). Une belle équipe à laquelle s’ajoutent quelques seconds rôles marquants comme un gardien porté sur le pétard (Jorge Garcia, le gros barbu de la série Lost), un homme d’entretien asiatique aux talents de ninja et un vice-principal malsain. Oh, ce n’est pas de la grande caractérisation, c’est certain, mais cela fonctionne fort bien, les différences de caractères apportant une belle dynamique aux échanges entre les uns et les autres, généralement volontaires lorsqu’il s’agit de se disputer sur la marche à suivre pour esquiver les petites têtes blondes devenues de furieux cannibales. Cooties se positionne d’ailleurs clairement comme un film choral, porté par des acteurs volontaires et visiblement très heureux de faire partie du projet, la bonne humeur étant perceptible à chaque minute du métrage. Pour vous dire, même Leigh Whannell, d’ordinaire assez antipathique à mes yeux, s’en tire avec les honneurs ! Et sans aller jusqu’à dire qu’on éclate de rire, car l’ensemble n’est pas non plus hilarant, il y a suffisamment de gags réussis et de punchlines bien placées pour que le spectateur ne soit pas tenté de zapper sur une émission à la con façon Cyril Hanouna. Du moins dans la première moitié du métrage, la seconde étant nettement moins réjouissante… La faute à ce choix discutable de plonger le film dans le noir, les mouflets coupant l’électricité dans l’école, laissant à l’abandon le côté solaire que Cooties arborait jusque-là et aussi un peu de sa bonne humeur. Attention, le tout n’en devient pas larmoyant pour autant mais on ressent clairement une envie de miser plus fortement sur les attributs horrifiques, comme si l’équipe remarquait soudainement qu’aucune tension n’émanait de la bande jusque-là. Ce qui nous allait très bien, à vrai dire…

 

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Et malheureusement, nos deux réalisateurs débutants se montrent bien plus à l’aise lorsqu’il s’agit de donner du peps à des discussions décalées que lorsqu’il est question de rendre flippants les jeunes écoliers. Non pas que les parties se voulant flippantes soient ratées, loin s’en faut, mais elles n’ont en fait rien de particulier à offrir et sentent un peu le réchauffé. Du soin est apporté à certaines séquences, preuve en est ces quelques secondes de tension montrant une gamine sur sa bicyclette s’arrêter juste au-dessus d’un Elijah Wood planqué dans un conduit d’aération, et l’on sent bien que les gars sont de vrais amoureux du genre qui ont tenté de torcher quelques beaux plans. Cela fonctionne quelques fois, comme lorsque l’on aperçoit les mioches en train de jouer avec des restes humains dans la cour de récré, scènes très stylisées et dotées d’un humour noir bienvenu, ou encore lorsque l’épidémie se répand, la caméra s’amusant à coller aux basques d’un garnement, ensuite filmé au ralenti tandis qu’il pique un sprint pour griffer ses camarades. Mais cela loupe le coche lorsqu’il s’agit d’emballer de vraies séquences d’actions, ici confuses et peu inspirées, nos héros se contentant généralement de taper sur la tête des nains avec divers ustensiles guère létaux. On notera d’ailleurs une certaine autocensure, Cooties n’allant pas aussi loin qu’on pouvait l’espérer dans le démastiquage de gosses, les seules passages réellement trash du film envers les petits étant une dissection, la perte d’une natte et de la chaire posée sous elle et l’éclatement d’une tronche contre un arbre à l’aide d’une bagnole. Cela fait peu, d’autant que c’est parfois montré hors-champ… On en ressort donc avec la triste impression que les cinéastes n’ont pas assez osé, comme effrayés par de futures critiques des défenseurs des enfants. N’étant pas plus branché par les kids que cela, j’aurais pour ma part trouvé jubilatoire d’en voir certains être réduits en charpie par leurs enseignants, ceux qui les élèvent comme le dit fort justement Wade. Petite déception donc de ce côté, plutôt emmerdante lorsqu’on la replace aux côté de la petite baisse de rythme subie en deuxième partie…

 

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Pas de quoi bouder son plaisir, cela dit, la production d’Elijah Wood contenant suffisamment de bons moments (ah le génial dialogue avec le mioche nommé Patriot !) pour que l’on n’en veuille pas trop à Cooties de ne tenir ses promesses qu’à moitié. En outre, on tient là une belle défense des professeurs, présentés comme des guerriers obligés de partir au front pour affronter des emmerdeurs minuscules bien loin d’imaginer que les adultes qu’ils ont en face d’eux sont des amis et non des ennemis bien décidés à leur pourrir leurs après-midi à l’aide de devoirs de dix pages (bon, certains font chier quand même, hein !). Défense doublée d’une critique acerbe et évidente de l’industrie alimentaire, ici peu mise en valeur par un très beau, mais totalement répugnant, générique d’ouverture qui ne risque pas de vous donner envie d’aller vous empoisonner chez KFC… Pour sûr, cette zombedy ne deviendra sans doute pas culte comme celle d’Edgar Wright mais devrait malgré tout revenir régulièrement sur vos écrans puisqu’elle représente un beau concentré de joie apte à vous relaxer le trou du cul lors des soirées où ça ne va pas fort. Et ça, ça ne se refuse pas, surtout par les temps qui courent !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jonathan Milott, Cary Murnion
  • Scénarisation: Ian Brennan, Leigh Whannell, Josh C. Waller
  • Production: SpectreVision
  • Pays: USA
  • Acteurs: Elijah Wood, Rainn Wilson, Alisson Pill, Jack McBrayer
  • Année: 2014

La récré continue sur l’Imaginarium et La Séance à Roggy!

2 comments to Cooties

  • Roggy  says:

    Malgré tes réserves, j’ai personnellement beaucoup apprécié le film qui, pris au 1er degré, est somme tout très fendard (surtout en salle en festival). Et, ce petit côté 80’s de la fin m’a plutôt réjoui 🙂
    Et, merci pour le lien !

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