Tarantula !

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Vous avez peur des petites bébêtes à huit pattes ? Peu de chances que vous appréciez plus franchement une grosse ! Et par grosse, je veux dire GROSSE ! Eh ouais, après avoir barboté avec une créature se complaisant dans son lac noir, le bon Jack Arnold se lance dans la collection d’arachnides via Tarantula !

 

 

Les araignées, Jack Arnold, fier réalisateur du classique L’Etrange Créature du Lac Noir, il les connait bien et prend un malin plaisir à les mettre face à des hommes rendus minuscules face à leurs longues pattes poilues. Que ce soit en miniaturisant le malheureux humain (L’Homme qui rétrécit) ou en agrandissant l’insecte comme dans ce Tarantula, œuvre culte dans la catégorie très prisée des petites bestioles devenues maousses ! Inutile de vous rappeler que les années 50 en ont vu d’autres et pas forcément des plus souriantes que cette costaude tarentule… Des mantes religieuses qui vous aident à faire vos prières (The Deadly Mantis), des crabes du genre à en pincer pour la chair humaine (L’Attaque des Crabes Géants), des fourmis bien décidées à faire la guerre à l’homme (Des Monstres attaquent la ville) ou encore des sauterelles se servant des grandes villes comme terrain de jeu (Beginning of the End), voilà les abominations que l’on pouvait croiser sur tous les bons écrans de drive-in de la grande époque. Hier nous les écrasions, aujourd’hui ils nous aplatissent, ainsi va le cycle de la vie dans le monde coloré de la Série B. Enfin coloré, sur les affiches surtout, car toutes ces joyeusetés étaient bien évidemment tournées en noir et blanc, une obligation pour tous les petits budgets à laquelle n’échappe pas notre tarentule. Pas de quoi l’empêcher de devenir une véritable icône dans son genre, même si elle n’est pas vraiment reconnue comme un Universal Monster alors que c’est bel et bien le studio aux gloumoutes qui l’aida à se glisser dans les foyers… Ainsi, alors que ces producteurs/distributeurs sortaient dans les années 90 une série de VHS aux jaquettes splendides, ce qui leur permettait de ressortir tout leur bestiaire, comprenant donc tous les films de vampires, momies, Frankenstein et autres hommes invisibles (la totale quoi !), Tarantula n’était pas sur la liste, se contentant d’une cassette plus banale. Il faut croire que dans l’esprit de la Universal, et par extension des bisseux, les Universal Monsters ne peuvent être gigantesques et doivent rester des humanoïdes… Que le bestion géant se rassure, on l’aime bien quand même…

 

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Sortie en 1955, la bande que l’on va arpenter aujourd’hui prend place dans la poussière de l’Arizona, un homme au corps totalement déformé y étant retrouvé mort. Selon le docteur Matt Hastings (John Agar, grand copain des monstres puisqu’il en croisera plein dans The Mole People, Revenge of the Creature ou The Brain from Planet Arous), la cause de la mort serait liée à l’acromégalie, soit un problème hormonal occasionnant un fort grandissement des mains, des pieds et du visage. Et comme tout augmente, la mort arrive prématurément, même si elle prend son temps puisque le processus est extrêmement lent. Problème : la victime a encore été aperçue un mois avant qu’on ne la retrouve décédée et elle n’avait à l’époque aucune marque d’acromégalie. Curieux, Hastings décide de performer une autopsie sur le malheureux, histoire d’en avoir le cœur net, ce que refuse étrangement le professeur Deemer (Leo G. Carrol, La Tour de Londres version 39). Et pour cause, les travaux du scientifique ne se résument pas à la colorisation des pets, l’homme tentant au contraire d’agrandir des animaux dans le but de régler le problème de la faim dans le monde. Imaginez un peu tous les Big Mac que vous pourriez manger avec une vache de quinze mètres et revenez me dire que c’est une mauvaise idée ! L’ennui, c’est que deux assistants du professeur se sont injectés le fameux sérum permettant l’accroissement, sans doute dans une volonté de s’élargir le pénis, et qu’ils se sont retrouvés avec des culs de babouins en guise de tronches. Et l’un des deux idiots est même devenu un peu fébrile et s’est mis en tête de foutre une raclée au pauvre Deemer, occasionnant de gros dégâts dans le laboratoire et détruisant les animaux agrandis par ce savant pas si fou que cela. Comme une souris de la taille d’un gros chien et un hamster encore plus maousse ! Et bien évidemment une tarentule, qui n’a pas fini sa croissance… Il faudrait d’ailleurs rappeler au brave laborantin que les souris, les hamsters et les tarentules ne font pas franchement partie des viandes qui viennent immédiatement à l’esprit lorsqu’il s’agit de se nourrir mais bon… On mettra ces choix sur le compte du manque de place (car s’il fait grandir un bœuf, le pauvre n’a plus de maison !) et des habituels tests sur des rongeurs et autres nuisibles. Reste que l’araignée part en vadrouille et ne cesse de gonfler, devenant assez imposante pour avaler quelques fermiers et leur bétail… Heureusement, Haskins, désormais aidé d’une assistante de Deemer, la jolie Stephanie Clayton, qui préfère qu’on l’appelle Steve (un peu comme mon ami Jérôme Ballay qui préfère qu’on l’appelle Aristide, allez savoir pourquoi…), demoiselle par ailleurs incarnée par la playmate Mara Corday, une grande habituée des giant monsters puisqu’elle croisera le fer avec nos amis The Giant Claw et The Black Scorpion.

 

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De toute évidence, avec Tarantula l’horror addict friand de bidules minuscules soudainement transformés en titans sera dans son élément tant l’œuvre d’Arnold représente à la perfection le genre. Certes, l’araignée n’a cette fois pas bouffé des croquettes radioactives favorisant le redoublement de taille comme il est de coutume dans le style, même si en faire une expérience ratée et devenue dangereuse n’est pas non plus d’une originalité folle. Mais au moins, un effort est fait pour créer un background à cette horreur à huit pattes et une petite enquête permet de faire patienter jusqu’à ce qu’elle se mette à tout ravager sur son passage. Pas inintéressant, d’ailleurs, ce petit suspense autour des expériences de Deemer et du pourquoi du comment de ces cadavres aux visages montés à l’envers, même si bien évidemment Jack Arnold ne fait pas trop patienter son public avant de lui envoyer son animal à la face. Conscient des attentes de son assemblée, le papa du Gill-man tente de montrer au maximum son monstre tout en ne délaissant pas trop son couple de héros, il faut bien le dire assez peu intéressant tant ses deux membres ressemblent à tous les protagonistes principaux croisés dans les pelloches de SF des 50’s. Lui est beau, intelligent, courageux, volontaire et n’a pas peur d’essayer d’arracher les pattes velue de la tarentule, aidant autant que possible les flics du coin. Il est celui qui SAIT, qui ne se trompe pas, et a donc une psychologie aussi intéressante à étudier que celle de mon radiateur. Quant à elle, elle est bien gentille et jolie mais elle ne laissera de toute évidence pas une trace indélébile dans l’histoire du genre et l’on peut dire que Mara Corday ou ma voisine, c’est à peu près pareil. On sera néanmoins moins sévère avec le vieux Deemer, les chercheurs un peu dingos attirant toujours plus de sympathie que les jeunes premiers et leurs donzelles trop proprettes. Jean-Pierre Marielle serait dans la crypte toxique, il vous dirait que nos héros ne sentent pas assez la pisse !

 

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De toute façon, la star c’est bien évidemment la bête et mis à part le combat entre le scientifique et son collègue devenu monstrueux, ce sont ses scènes à elles dont vous risquer de vous souvenir. Malheureusement, la tarentule semble se péter une patte en chemin et ne propose pas autant de bons moments que prévu. Certes, on a une très belle séquence la montrant en train de jouer les voyeuses, reluquant à travers une fenêtre l’héroïne avant de s’amuser à démolir la baraque. De même, les aracnophobes seront sans doute parcouru d’un petit frisson en découvrant cette saleté chaussant du 150 en train de descendre d’une colline pour aller becter quelques chevaux et leur éleveur. Mais pour le reste, on doit malheureusement se contenter de la voir se balader dans le désert, mollement qui plus est, tandis que les autorités tentent de la faire exploser, en vain, grâce à un peu de dynamite. Ce n’est pas désagréable à s’envoyer dans les iris, même si l’araignée a un peu vieilli avec les années et que l’on voit les trucages comme l’érection au milieu du pantalon de DSK, mais c’est un peu mollasson… Dans le même registre, on montrera une pointe de déception en découvrant que le démon grimpant meurt un peu trop facilement, les avions de l’armée (pilotés par un Clint Eastwood débutant !) déboulant pour offrir à leur cible quelques suppositoires explosifs qui suffisent bien à la faire cramer. Si l’ensemble éclate bien comme il faut et qu’on a même droit à un joli plan (l’insecte en train de cramer à l’arrière-plan), avouons que c’est une mort un peu simple… On aurait également aimé voir le monstre utiliser sa toile et on regrette bien de ne pas voir les minuscules hommes se retrouver dans une barbe à papa géante… Tarantula laisse donc le bisseux sceptique : de toute évidence, tout cela n’est pas chiant et Jack Arnold a bien empaqueté l’ensemble, mais difficile de ne pas sortir du film en songeant à tout ce qu’aurait pu donner pareil postulat de base, finalement peu exploité. C’est un peu sobre pour remporter totalement l’adhésion, en somme, même si l’on ne sort certainement pas mécontent de l’expérience.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jack Arnold
  • Scénarisation: Robert M. Fresco et Martin Berkeley
  • Production: Universal
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Agar, Mara Corday, Leo G. Carroll, Ross Elliott
  • Année: 1955

2 comments to Tarantula !

  • Roggy  says:

    Très bonne chro pour ce petit classique des années 50. J’aime bien ce film à l’instar de tous ceux qui traitent de monstres géants. Par ailleurs, Mara Corday est-elle une cousine de Charlotte ? 🙂

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