Autopsy

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Pour les death métalleux, Autopsy c’est le nom d’un excellent groupe de brutes épaisses, le genre qui vous dégueulent de la boue dans la bouche, vite devenu culte dans les milieux autorisés. Pour les lecteurs de fanzines, c’est également un terme utilisé par David Didelot pour créer son excellente revue Vidéotopsie. Est-ce que les autopsies réussiront aussi bien au petit monde du cinéma de genre qu’au metal et au fanzinat ? Réponse dans la chronique !

 

Les plus grands fans n’enfantent pas forcément les meilleurs films et Adam Gierasch en est la preuve. Clairement passionné par le cinoche d’horreur, ce gaillard encore assez peu connu chez nous (et je doute que sa courbe de popularité s’inverse un jour…) mais dont tout bisseux a vu au moins un film auquel il a été associé à un poste ou un autre n’en est pas moins un talent que l’on considérera comme limité. Mais toujours sincère, malgré tout, et l’on s’en rend compte lorsque l’on repère les personnalités avec lesquelles le brave Adam a bossé un jour, tel Tobe Hooper et Dario Argento. Pour le premier, il joue les acteurs et sert de scénariste sur Crocodile, Toolbox Murders et Mortuary et pour le second il ressuscite les Trois Mères via son script de The Mother of Tears. Même si ce véritable bisseux est parvenu à travailler avec deux de ses légendes préférées, on ne peut donc pas dire que ce soit via des bandes particulièrement glorieuses, au mieux moyennes et mineures, au pire totalement ratées… Egalement scénariste de Spiders, du Rats de Tibor Takács (les deux The Gate, Lectures Diaboliques et Spiders 3D) et de la Van-dammerie Point d’Impact, Gierasch finit par se lancer dans la réalisation en 2008 avec le Autopsy que nous allons humer aujourd’hui, poursuivant depuis sa route avec le remake de Night of the Demons, un nouveau film d’horreur nommé Fertile Ground, la Série B mêlant horreur et polar Fractured avec Vinnie Jones et enfin une participation au prometteur Tales of Halloween, film à sketchs conviant également, entre autres, Darren Lynn Bousman (les Saw 2 à 4, The Forest), Lucky McKee (le très bon May, le très mauvais The Woman), Neil Marshall (The Descent), Mike Mendez (Le Couvent) ou encore Paul Solet (le troublant mais quand même un peu chiant Grace). Bref, les affaires roulent plutôt bien pour Gierasch, que l’on peut fort légitimement percevoir comme l’une des personnalités de la Série B horrifique moderne, même si cela n’est pas nécessairement un gage de qualité au vu de la tronche qu’à l’industrie actuellement…

 

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D’ailleurs, l’Autopsy qui marqua les débuts en tant que réalisateur d’Adam Gierasch fut sélectionné à l’After Dark Horrorfest, également connu sous le nom 8 Films to Die For, un festival présentant huit bandes d’épouvante, qui sortaient par la suite en DVD dans la même collection. A partir de 2011, la fête a considérablement muté puisque dorénavant, plutôt que de présenter des pelloches venues d’un peu partout, le nouvellement nommé After Dark Originals ne diffusait que des productions maison. L’ennui c’est que le sceau After Dark est loin d’être un gage de qualité, car si quelques bonnes choses se sont retrouvées sur place, comme l’excellent Dread qui adaptait Clive Barker, on avait aussi et surtout des merdes comme The Hamiltons ou Borderland… Pas de quoi être rassuré lorsque l’on pose le DVD d’Autopsy comme un cachet sur la langue de notre lecteur, sans trop savoir si ça va le rendre malade ou lui donner des couleurs. On peut éventuellement se raccrocher à la réputation du titre, moins exécrable que pour la plupart des B Movies modernes, le film de Gierasch recevant même quelques fois de vraies bonnes critiques. L’enthousiasme retombe malheureusement dès le début du métrage, qui débute de la pire des manières. Imaginez un peu les Very Bad Trip filmés à la mode du found-footage et vous aurez une idée de la pénibilité du générique d’ouverture, qui présente à sa manière et avec en fond sonore du rock lambda et peu inspiré les cinq grands gagnants du jour. A savoir les habituels fêtards, venus s’éclater en Louisiane et si alcoolisés qu’ils renversent un échappé d’un hôpital. Bien entendu, une ambulance ne tarde pas à débouler et décide d’emmener les cinq jeunes avec le blessé, ne serait-ce que pour s’assurer que la jeunesse ne s’est pas arraché un ongle lors de l’accident. Mais une fois sur place, nos grands enfants (qui semblent quand même approcher de la trentaine pour certains, mais on est habitués avec le genre !) se rendent compte qu’ils ne sont clairement pas arrivés à l’hôpital central de Chicago, les lieux étant plus vides que le crâne de Kev’Adams, le personnel étant réduit à un docteur, une infirmière et deux ambulanciers. Quant aux malades, ils ressemblent carrément à des fantômes, livides et aux réactions étranges… La vérité ne tarde d’ailleurs pas à éclater : le médecin en chef a une épouse touchée par un cancer en phase terminale et, pour la maintenir en vie, s’amuse à prélever les organes des jeunes gens qui ont le malheur de passer devant son hosto pour les greffer à se bien-aimée… Et bien évidemment, nos garnements ne sont pas décidés à prêter un rein ou un foie…

 

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Sur le papier, cela promet plutôt, présenté ainsi. L’ennui c’est que l’intérêt du spectateur peine à monter, la faute à une forte lenteur dans la première partie du film, seulement constituée d’allers et venues dans les couloirs mal éclairés de la clinique. Cela pourrait éventuellement passer si l’on en avait quelque-chose à foutre de la petite troupe de party animals, mais ce n’est bien évidemment pas le cas, leur caractérisation étant réduite à peau de zob. C’est bien simple, ils n’ont aucune personnalité et c’est tout juste s’ils ont des prénoms, seulement donnés pour faciliter la lecture du film lorsqu’il en était encore à l’état de scénario. Et inutile de compter sur la présentation faite via le montage du début, reluquer des photos Facebook ou Twitter d’inconnus revenant strictement au même. On savait déjà que Gierasch n’était pas un scénariste en or massif mais tout de même, un tel je-m’en-foutisme dans l’écriture des personnages laisse pantois, la seule à avoir un chouïa de relief étant l’héroïne, qui tente de nous faire verser une larme parce qu’elle a dû arrêter ses études de médecine parce qu’elle était trop fêtarde. Pauvre choute, va ! Notons d’ailleurs qu’elle est incarnée par Jessica Lowndes, actrice plutôt capable mais habituée aux rôles de garces insupportables puisqu’elle est encore plus imbuvable dans le tout pourri Altitude, déjà chroniqué en ces pages toxiques. Difficile dès lors de stresser pour les gueules de ces nazebroques, et encore moins depuis que l’on a remarqué que l’un d’eux a des traits communs avec l’Américain le moins drôle du monde, à savoir Adam Sandler. Même genre de mâchoire en biais, comme si un cheval avait un chewing-gum coincé entre les quenottes… J’aime autant vous dire que niveau effroi, il n’y a pas grand-chose dans Autopsy, qui ne fera pas grimper votre budget calbar. Mais si Gierasch se plante lamentablement pour ce qui est de foutre les chocottes, il se débrouille nettement mieux lorsqu’il s’agit de verser dans le gore.

 

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Car c’est clairement ce qui intéresse notre jeune réalisateur, du moins à l’époque, le mecton étant d’ailleurs plus volontaire pour présenter ses bourreaux, mieux lottis que les victimes. Peu importe les garnements bourrés, les vrais héros d’Autopsy sont clairement ces infirmiers infernaux, bien mieux caractérisés et dotés d’acteurs plus convaincants, voire connus. Ainsi, dans le rôle du chirurgien fou, on retrouve cette bonne gueule de Robert Patrick, le T-1000 en personne, dans son rôle habituel de mec dénué du moindre sentiment. Et cette froideur incarnée retrouve par ailleurs une vieille amie, l’infirmière le secondant durant tout le film n’étant personne d’autre que Jenette Goldstein, la mère adoptive du petit Connors dans Terminator 2, la dure à cuir dans Aliens et la Diamondback de Near Dark ! Ah tout de suite la qualité du casting remonte, hein ! Et ça continue avec le tatoué Robert LaSardo, un habitué de la Série B, friquée ou non, vu dans le In Hell de Ringo Lam, dans le remake avec Statham de Death Race ou, plus récemment, dans The Human Centipede 3. Une vraie gueule de genre, en somme ! Et pour l’accompagner, le bon vieux Michael Bowen, demi-frère des Carradine, habitué de Tarantino (le pauvre…) et également croisé dans le Mutant produit par Roger Corman, dans La Nuit de la Comète et dans le remake de La Dernière Maison sur la Gauche. Il se veut plutôt humoristique ici, crachant tous les deux pas et montrant un visage plutôt sadique… Et évidemment, plus on voit ces déglingués, plus le sanglant fait son apparition, et sans se retenir qui plus est ! Pièces ensanglantées remplies de membres coupés, défonçage de tronche à la bonbonne de gaz, malade dont les sutures s’ouvrent et laissent s’échapper toutes ses entrailles sur une demoiselle, trou béant dans un crâne, hachoir planté dans la gueule, crâne transpercé peu à peu,… Pas de doute, ça y va franco dans cette petite clinique de Louisiane et si nous ne sommes pas véritablement dans un Torture-Porn, nous n’en sommes jamais très loin non plus… Et bien évidemment, le fun remonte en flèche et de totalement emmerdant, Autopsy devient soudainement amusant. Nous ne sommes pas plus concernés par le sort des zouaves venus passer quelques radios mais au moins on n’a plus le regard rivé sur la minuterie du lecteur DVD. D’autant que Gierasch nous balance même une excellente idée visuelle, sans doute celle pour laquelle il a monté tout le film : un pauvre homme autopsié vivant, allongé sur une table d’opération, avec l’ensemble de ses organes pendus autour de lui ! Nous ne sommes pas très loin d’un délire à la Clive Barker… Rien que pour cette image, on serait tenté de dire que cela vaut le coup de s’envoyer la galette.

 

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Véritable amoureux de l’horreur à l’ancienne, y compris européenne, Gierasch larde son petit shocker d’éclairages revenus de chez Bava et Argento, les couleurs pétantes éclatant ici et là dans les couloirs ou salles d’opération du mouroir. L’ennui, c’est qu’à l’exception d’un plan ou l’autre éparpillés au long des 90 minutes que dure Autopsy, on ne peut pas réellement parler de réalisation marquante, le sympathique Adam nous balançant une mise-en-scène relativement anonyme, pour ne pas dire typique de son époque. Pas honteux, mais un peu anodin. Finalement à l’image du film dans son ensemble, amusant et peu sérieux (il y a un sens de l’humour déviant dans le coin, c’est évident) mais certainement pas voué à marquer les esprits. Reste que les bisseux carnassiers devraient en avoir pour leur argent, qu’ils aiment leur viande rouge, à point ou faisandée. Si cela suffira peut-être aux plus mordus des goreux, il est certain que les amateurs d’un cinéma de genre végétarien et porté sur la finesse en ressortiront avec une chiasse carabinée.

Rigs Mordo

Grand Merci à Pascal de Retroviseur (lien sur le côté, parmi les vhs) qui m’a permis de visionner la bête!

 

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  • Réalisation: Adam Gierasch
  • Scénarisation: Adam Gierasch, Jace Andreson, E.L. Katz
  • Production: Warren Zide, Michael Arata
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jessica Lowndes, Robert Patrick, Robert LaSardo, Michael Bowen
  • Année: 2008

2 comments to Autopsy

  • dr frankNfurter  says:

    « Autopsy c’est le nom d’un excellent groupe de brutes épaisses, le genre qui vous dégueulent de la boue dans la bouche »
    Ou vous font caca dans la bouche cf. Shitfun leur dernier album au mitan des 90’s avant la reprise des activités dans les années 2000…
    Pouf pouf.

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