Halloween, La Nuit des Masques

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Eh oui, nous revoilà déjà au plus beau jour de l’année! Et pour fêter dignement le 31 octobre, Toxic Crypt se devait de proposer la chronique d’un film adapté. Pas question de publier en ce jour des citrouilles la critique de Vendredi 13, de Meurtres à la Saint Valentin ou de Douce Nui Sanglante Nuit… Non, ce qu’il faut en ce beau jour, c’est du Michael Myers, même si ça n’a plus rien d’original depuis bien longtemps !

 

 

Halloween… Que pouvons-nous encore en dire qui n’a pas déjà été rabâché des millions de fois ? La genèse du film, la manière dont il a été perçu à l’époque, la vision qu’à John Carpenter de son œuvre, ce que celle-ci a apporté au genre, les changements qu’elle a opéré,… Tout ça, nous le savons, et fort bien, depuis fort longtemps qui plus est. L’influence de La Nuit des Masques sur le cinéma horrifique n’est plus à prouver et tout un chacun sait fort bien que sans les agissements de Myers, nous n’aurions sans doute pas eu une cohorte d’agités du couteau, tout en gardant à l’esprit que l’œuvre de Carpenter n’était pas la première sur le créneau et que des Bob Clark, Mario Bava et quelques gialli avaient déjà bien balisé le terrain. Mais voilà, le bigbang du slasher, c’est avec la fête du 31 octobre qu’il eut lieu, une date qui ne devait d’ailleurs pas nécessairement être associée à Michael Myers, à l’origine présenté comme un psychopathe comme un autre, plutôt porte sur les baby-sitters. Le titre du projet devait d’ailleurs être The Baby-sitter Murders avant que le producteur Irwin Yablans ne se rende compte que personne n’avait encore eue la géniale idée d’appeler un film Halloween. Changement de programme du coup, ce qui convenait bien à Carpenter qui trouvait l’idée séduisante et voyait là l’occasion de donner de l’épaisseur à son tueur, à l’origine plutôt simple. L’ajout de la date est cependant plus visuel que réellement ancré dans le scénario puisqu’en l’état, que cela se déroule fin octobre ou début juin, cela ne change rien sur le strict plan scénaristique, si ce n’est que ça rend la menace Myers plus compliquée à arrêter puisque c’est la nuitée où tout le monde est déguisé que le gaillard décide de prendre son pied. Allez retrouver un tueur dans une foule carnavalesque… Une idée à peine effleurée dans ce premier opus, si ce n’est pas du tout, et qui sera largement plus utilisée dans les suites… En bref, que Myers s’amuse le 31 octobre plutôt que le 23 mai, cela ne change rien dans les faits, mais ça apporte forcément un gros atout visuel. Car quel bisseux n’aime pas Halloween, ce jour béni où ses goûts deviennent tendance, où son quartier devient horrifique, où les gamins se mettent à se grimer en monstres et sorcières, où la télévision devient plus cool puisque se parant d’images d’épouvante, principalement les chaînes des dessins-animés cela dit,… Notre quotidien devient, l’espace d’une journée, à l’image de l’imaginaire que nous aimons. Et un film d’horreur qui y prend place, en plus de la mise en abyme que cela représente, ne peut que nous mettre dans nos petits souliers…

 

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Pas la peine donc de se relancer dans une critique point par point d’un film que tout le monde connaît et que vous avez vu des dizaines et des dizaines de fois (d’autant que je ne suis guère motivé à l’idée de revenir sur un classique aussi populaire). Et parfois, souvent même, depuis la plus tendre enfance, comme votre serviteur qui a vu le film aux alentours de 8 ans, via la VHS de son fucking pôpa, qui en avait une belle collection dans laquelle je pouvais piocher allégrement. Et comment résister à une pochette comme celle de La Nuit des Masques ? Sa citrouille au regard diabolique, sa main tenant une lame acérée et menaçante, le noir qui l’entoure telle la promesse d’actes ténébreux… Et ce titre, qui colle parfaitement au visuel, puisque la noirceur de l’ensemble promet la nuit agitée qui nous attend… Amusant d’ailleurs de constater que malgré les nombreuses affiches qui s’étalaient devant moi dans le petit vidéoclub privé de mon père, celle-ci m’a toujours intrigué plus que les autres. Pourtant, il y avait de la concurrence. Zombie et son gugus (qui n’a pas tellement l’air d’un mort sur la cover) qui se prend une machette dans la gueule, Vendredi 13 et sa hache qui se plante dans un oreiller en faisant jaillir du sang, Dolls et sa terrifiante poupée sans yeux, Re-Animator et son savant déjanté penché au-dessus d’une tête coupée tandis qu’un corps décapité s’avance vers lui en sortant de la pénombre (peut-être celle qui me laissait penser au spectacle le plus horrible, et j’avais pas vraiment tort), Frayeurs et son œil duquel coule une larme de sang, Massacre à la tronçonneuse et son cinglé bricoleur… Des exemples parmi d’autres de tableaux horrifiques qui pouvaient m’entourer dans la bibliothèque exiguë où s’alignaient, voire s’entassaient, les cassettes interdites. Et malgré ces promesses de spectacles horrifiants aptes à me faire passer les pires des nuits, c’est celle d’Halloween qui m’attirait le plus. Peut-être sa couleur orangée, qui attirait dès lors plus le regard que les autres… De nos jours, lorsque je la vois, je ne peux que repenser à cette belle époque où je passais plus de temps à rester assis au sol, une cassette en main, hésitant à la mettre dans le magnétoscope, à imaginer le film et les sévices qu’il pouvait enfermer, qu’à en regarder vraiment. C’est qu’oser enfourner la bande dans le mange-films était plus difficile à l’époque, fallait en avoir une paire bien accrochée. Poussiéreuses, planquées derrière des œuvres plus grand-public comme les Indiana Jones, Dark Crystal ou le génial Brisby et le secret de Nimh (je me permets de le citer vu que c’est pas demain la veille que je pourrai parler de ce petit chef d’œuvre du dessin-animé sur Toxic Crypt). Car de toute évidence, mon père ne semait pas les films d’horreur un peu partout et les planquait derrière les trucs pour marmots et les films d’aventure. Mais voilà, le petit Mordo était curieux, et était surtout attiré par ces affiches qui vous hypnotisaient comme un Lugosi en forme. Et puis vint le jour où je pris mon courage à deux mains et me lança dans la nuit des masques…

 

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Je ne fus pas déçu par ma première vision du classique de John Carpenter. Pas du tout même puisque j’avais trouvé le tout excellent et que j’avais sursauté à plusieurs reprises, notamment lorsque le son indescriptible accompagnant les apparitions de Myers résonnait. Mais je n’étais pas non plus retourné, pour la simple et bonne raison que j’en avais déjà vu d’autres lorsque je me pris Halloween dans la citrouille, et des plus portés sur le gore. J’avais déjà vu la plupart des Freddy mais aussi le premier Vendredi 13, Evil Dead ou encore Hellraiser, des films qui, vous en conviendrez, étaient largement plus graphiques que le très prude slasher de John Carpenter! En prime, le tout mettait un peu de temps à démarrer, ce qui peut être compliqué quand on est un gosse, pas forcément hyperactif mais vous savez ce que c’est, on a tant à faire entre les jeux-vidéos, les batailles de figurines (qui de Batman ou des Tortues Ninjas va gagner mercredi après-midi ? Stay tuned !) et les repas préparés par maman que la tendance est au turbo. Si le premier méfait de Michael Myers, alors appelé Michel dans la VF, ne m’avait certainement pas déplu, il ne m’avait pas collé la bite à l’envers non plus et n’est pas forcément devenu une œuvre culte dans mon apprentissage personnel du genre et je considère que son affiche a eu plus d’importance sur mon chemin de bisseux que la pelloche en elle-même. D’autres Carpenter comme New York 1997, The Thing ou Jack Burton dans les Griffes du Mandarin prendront plus d’importance dans mon petit parcours, La Chose étant de mémoire le seul film à m’avoir fait chialer un bon gros coup tant j’étais terrifié (rah, le ventre qui s’ouvre pour arracher les mains du malheureux!). Je n’ai donc pas la larme à l’œil d’émotion lorsque je revois ce premier Halloween et, comme vous le savez déjà, je considère le troisième opus comme supérieur. Et par supérieur, je veux dire LARGEMENT supérieur. Vous pouvez me jeter des citrouilles pourries, je suis agile et je saurai les éviter. Cela ne veut pas dire que je ne porte pas les aventures de Laurie Strode dans mon cœur, bien au contraire. Je peux même dire que le film grandit en moi et que c’est avec l’âge que je découvre ses plus belles qualités. Comme l’évident aspect jouasse qu’à Carpenter, qui s’amuse avec nous comme un marionnettiste. Car en utilisant le jour de la fête des morts et des masques, le Big John s’amuse à faire de nous des victimes. Le réalisateur, sans en faire trop, a le chic pour nous forcer à nous identifier aux personnages. Je ne parle pas des trois demoiselles, qui peuvent peut-être trouver écho chez les demoiselles (pas de bol, je suis un poilu), mais des enfants, qui passent la soirée à mater de vieux films d’horreur. Là encore, on assiste à un effet miroir puisque ces personnages sont en train de faire… ce que le spectateur fait aussi! Le petit Tommy est effectivement notre pendant filmique, tout comme sa petite voisine, et il est difficile de ne pas s’identifier à lui quand on est un bisseux qui a commencé dès son plus jeune âge, comme lui. Et puisque le gamin est attaqué par un croquemitaine, sa grande lubie, alors qu’il matte tranquillement La Chose d’un autre-monde, qu’est-ce qui peut nous attendre derrière notre propre porte d’entrée ?

 

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Le procédé sera d’ailleurs repris par la suite et à plusieurs reprises, les Massacres dans le Train Fantôme, The Deadly Spawn, Vendredi 13 part.4, Vampire vous avez dit Vampire ? et autres Neon Maniacs s’amusant eux aussi à utiliser des petits bisseux nourris aux Famous Monsters of Filmland, les plaçant face à des menaces fantastiques et meurtrières. A quand un film bis français avec un petit gosse qui lit Mad Movies et les fanzines français et qui se retrouve attaqué par un vilain gloumoute alors qu’il matte Les Yeux sans Visage ? Ne me répondez pas, je vais déprimer… Ce n’est donc pas très étonnant que l’on soit au final peu inspiré par les trois héroïnes, assez peu agréables. Je ne parle pas de la pauvre Jamie Lee Curtis, malchanceuse attachante, mais de ses deux copines, qui ne sont pas franchement aimables puisqu’elles donne l’impression d’utiliser Laurie pour que cette dernière s’occupe de leurs devoirs de baby-sitter pendant qu’elles vont s’envoyer en l’air. On reprochera d’ailleurs souvent à Carpenter d’être un frustré (on parlait à l’époque de « revanche des frustrés » quand on causait du film) alors qu’il avoue sans mal qu’il préfère largement les deux chaudasses à Laurie, selon lui trop triste alors qu’il aime la vie qui ressort des deux autres demoiselles. Il a un peu loupé son coup de ce coté-là car il peine à rendre Lynda et Annie sympathiques, elles qui ne sont au final que deux idiotes qui prennent des risques inconsidérés (voire la manière dont Annie insulte le conducteur, sans savoir que c’est Myers au volant et qu’il viendra se venger) et semblent assez désagréables. On pensera ce qu’on veut du remake de Rob Zombie, mais ses versions des deux jeunes filles étaient un peu plus agréables (surtout à l’œil…). A coté, la pauvre Laurie est une pauvre gosse apeurée par tout, qui ne sourit quasiment jamais, qui semble avoir trois fois son âge (sérieux, on dirait une prof), ce qui par ailleurs lui servira bien puisque sa méfiance lui permettra de survivre à une menace diablement réelle. Car tout est fait par Carpenter pour que Myers, tout mythologique soit-il (indestructible, invisible, sans âme), se laisse aller à ses penchants meurtriers de la manière la plus réaliste qui soit, grâce à un lieu qui pourrait être celui de monsieur tout-le-monde.

 

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Ce qui m’a amusé lors de ma dernière vision d’Halloween, c’est que je préfère la première partie à la seconde, ce qui n’était pas le cas dans mon enfance. C’est aujourd’hui la montée de tension progressive, les décors d’automne, la longue descente vers la nuit de la mort, qui me séduisent, plus que le carnage, bien évidemment bien foutu mais selon moi moins marquant que l’exposition. Ma scène préférée est d’ailleurs la discussion entre Loomis, excellent Donald Pleasance, et son infirmière, qui s’avancent vers le danger avec appréhension, dans une nuit noire qui n’en finira plus jamais. C’est là que l’on sent la pression monter, que l’on prend connaissance, via quelques mots bien pesés, de la menace que représente Myers. Menace qui va s’émanciper dans une petite bourgade bien tranquille qui n’a jamais connu de problèmes, si ce n’est une vingtaine d’années plus tôt via un meurtre commis… par un Myers gamin! Il est la grande faucheuse qui pèse sur Haddonfield et qui ne cessera de hanter ses rues… Halloween est sans doute moins un bon slasher qu’un grand film à suspense, plus proche du cinéma d’Hitchcock que de la vague de psychokillers qui suivra, chacun prenant une nouvelle fête à massacrer… Et finalement, sans le savoir puisqu’il était l’un des premiers, Halloween se sera gardé une place de choix en ne jouant pas la carte du sensationnalisme, en misant plus sur une peur lancinante que sur des effets gore, un petit jeu qui ne mène jamais très loin puisqu’on trouve toujours plus extrême que soi. Avant tout le monde, sauf Bob Clark, Carpenter jouait la carte de l’originalité dans un genre qui n’était même pas créé. Voilà qui est plutôt fort…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Carpenter
  • Scénarisation: John Carpenter, Debra Hill
  • Production: Moustapha Akkad, Irwin Yablans, John Carpenter, Debra Hill
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jamie Lee Curtis, Donald Pleasance, Nancy Loomis, P.J. Soles
  • Année: 1978

8 comments to Halloween, La Nuit des Masques

  • Roggy  says:

    Quoi de mieux qu’un film de John Carpenter pour fêter Halloween ! Bonne idée Rigs de ne pas nous représenter le film mais de donner tes impressions dans tes yeux d’enfant. C’était hier pour toi et avant-hier pour moi 🙂

  • princecranoir  says:

    Choix plus que judicieux et de saison pour un aveu de taille : une préférence pour les promenades dans les contre-allées tapissées de feuilles mortes (qui se ramassent à la pioche, comme chacun sait) plutôt que pour les empalements d’adolescents ! Le Mordo tomberait-il enfin le masque mortuaire ?

  • Dirty Max  says:

    On en sait un peu plus sur l’enfance cinéphile du p’tit Rigs qui a baigné très tôt dans le cinoche que l’on aime. Un joli parcours qui mène tout naturellement à Toxic Crypt. En ce qui concerne Halloween, c’est le film de frousse parfait, le savoir-faire peur de Big John est techniquement inégalable (la présence du tueur hante chaque plan du film). Sinon, j’espère que ta fête d’Halloween s’est mieux passée que celle de Laurie Strode… Pour ma part, je me suis refait Le retour des morts-vivants (le zomblard dégoulinant qui déclame « brains, brains », c’est ton avatar de la crypte, non ?)

  • Mr Vladdy  says:

    J’aime beaucoup ce film. Il a certes pris un coup de vieux mais il fait toujours son petit effet de plaisir sur moi lorsque je le revois 😉

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