Toutes les Couleurs du Vice

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Qui sont vos amis ? Qui sont vos ennemis ? Vos ennemis peuvent-ils devenir vos amis ? Et vos amis se changer en ennemis ? Une question que peut légitimement se poser Edwige Fenech, entourée de personnes aux comportements étranges…

 

Sergio Martino n’est pas du genre à faire la feignasse. En 71, il pond deux gialli, L’Etrange Vice de Mme Wardh et La Queue du Scorpion, coup sur coup. Et là où tout le monde se serait octroyé quelques vacances bien méritées, lui enchaine sur un nouveau giallo: Toutes les Couleurs du Vice. Et comme pour L’Etrange Vice, il fait appel à la sublime Edwige Fenech. L’ancienne française devenue reine du cinéma d’exploitation à l’italienne a joué dans plus de gialli que n’importe qui (on peut rajouter à la liste Nue pour l’Assassin ou L’Ile de l’Epouvante de Mario Bava) et est devenue au fil du temps, sinon un gage de qualité, une raison suffisante pour se mater une péloche dans laquelle elle est. Bon, je ne dis pas que vous devez vous farcir ses comédies érotiques nanardes pour autant, n’exagérons rien. Mais un bon giallo, on saute !

 

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Jane (Edwige Fenech, donc) vit des moments difficiles. Perturbée par une fausse couche, elle ne cesse de faire des cauchemars dans lesquels un homme inquiétant la poignarde. Et lorsqu’elle le croise plusieurs fois par jour dans Londres, elle ne sait plus discerner le fruit de son imagination de la réalité. Entourée de sa sœur Barbara (Nieves Navarro), de son petit-ami (Georges Hilton), de son amie Mary (Marina Malfatti) et de son psy (Georges Rigaud), elle va tenter de délier le vrai du faux. Si l’on s’en tient à ce résumé, on se dit que l’on aura affaire à un giallo des plus classiques, les amis de la pauvre Jane tombant après les autres pour au final révéler qui est l’horrible assassin. Mais l’on se rend très vite compte que Martino a d’autres plans et a l’envie de sortir des clous qu’il avait aidé à planter sur le chemin tout tracé du giallo. Car même si Jane est bien sûre coursée par un inquiétant maniaque, on ne sait jamais s’il est réel ou non. De plus, il ne s’en prend pas à son entourage, elle est la seule à être visée par ses attaques. Si vous venez  avec l’espoir d’un bodycount conséquent à vous coller sous la molaire, vous pouvez faire demi-tour, ce n’est pas le propos du film.

 

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Il est évident que Martino, après avoir fait deux gialli certes réussis mais aussi fort classiques, ait eu envie d’expérimenter un peu. Cela se sent dès la séquence d’introduction, qui ne consiste qu’en un plan d’un paysage, avec son lac et ses arbres. Et il ne se passe rien, durant une ou deux minutes. Ce qui va très vite créer un contraste avec la scène qui suit, plongée dans les rêves tordus de Jane. Attachées à un lit dans ce qui semble être des ténèbres sans fin, elle est poignardée par son tortionnaire tandis qu’un homme déguisé en vieille femme rit, avant qu’on ne le retrouve mort, tout comme Jane, éventrée. Et juste après, nous sommes dans une voiture qui fonce sur un arbre. Jane se réveille juste après, l’air perdue. En peu de temps, on comprend que la pauvre londonienne n’est pas dans un état normal et que nous allons être aussi paumés qu’elle. Et ça ne loupe pas: tout le monde semble inquiétant et pourrait faire un sale coup à notre pauvre Edwige. Son mec semble bien étrange et ses discussions avec la sœur de notre victime favorite sont on ne peut plus ambigües. Et que penser de Mary, qui vient d’arriver dans l’immeuble et se lie d’amitié avec Jane ? Et ce fameux tueur, existe-t-il réellement ? Appelez Maigret, Columbo et Navarro (pour faire le café), car il y a du mystère en pagaille !

 

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Comme il l’avait montré dans La Queue du Scorpion, Martino est plus à l’aise avec les scènes à suspense que celles qui font avancer l’intrigue. Qu’à cela ne tienne ! Il va dès lors caviarder son film de scènes d’angoisse, toutes plus réussies les unes que les autres. La paranoïa de Jane va peu à peu infecter le spectateur, qui deviendra aussi méfiant qu’elle. Il faut dire que la mise en scène est bien sentie… Il suffit de voir la scène du métro, impeccable, ou ce monument de tension qu’est la montée des escaliers de celui que l’héroïne pense être son futur bourreau. Les trente ou quarante premières minutes du film s’ont d’une efficacité à toute épreuve et l’on sent venir le chef-d’œuvre du genre, à ranger à coté des films de Dario Argento. Mais voilà, c’est sans compter sur l’arrivée d’une secte dans la balance.

 

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Car oui, Mary va trainer Jane dans une secte (satanique ? Possible), soi-disant pour régler ses problèmes. La belle se retrouve donc à devoir boire le sang d’un pauvre chiot et se faire baiser par toute la secte, qui contient peu de gravures de mode dans le lot. C’est bien connu, si vous avez des problèmes, tuer un clébard et buvez son sang avant de faire une grosse partouze, tout ira mieux. Avouons que c’est un peu ridicule… Et le gourou de la secte (Julian Ugarte, vu dans Les Vampires du Dr. Acula) n’aide pas, avec sa dégaine clichée et ses grands ongles qui le rendent plus efféminé qu’autre chose. Il faut bien dire que l’intrusion de cette secte dans l’histoire ne rend pas service au film, qui se portait très bien jusque-là… Ce n’est pas la grosse honte ou une gêne incroyable non plus, mais cela porte le récit vers une dimension moins inquiétante, plus « pulp » et la transition n’est pas vraiment heureuse… Et le problème c’est que la secte va rester présente pour le restant du film et qu’au final, on ne comprend pas toujours tout ce qui la concerne…

 

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Même si cette satanée société secrète parasite pas mal le film, Martino ne se relâche pas niveau mise en scène. Certes, l’histoire ne prend pas un tour réjouissant, mais il n’empêche que l’italien garde quelques scènes franchement réussies dans son chapeau. Très inquiétantes scènes de frousse que sont celles de l’ascenseur ou celle où notre Jane pense que son poursuivant s’est infiltré dans son appart. Pas particulièrement reconnu, traité comme un bon artisan tout au plus, s’il s’était montré aussi doué tout au long de sa carrière que dans ce L’Alliance Secrète (titre français lors de sa sortie en salle), nul doute qu’il serait considéré au même titre qu’un Fulci aujourd’hui. Et même s’il est évident que ce giallo est une tentative de surfer sur le Rosemary’s Baby de Polanski (c’est assez flagrant dans les thèmes et l’ambiance), il n’en est pas moins terriblement sympathique. De par son casting déjà, car outre la fabuleuse Edwige, on retrouve aussi l’habitué des gialli Georges Hilton (aussi habitué de Martino), Marina Malfatti (Le Tueur à l’Orchidée, un autre très bon giallo), Nieves Navarro (Emanuelle et les Derniers Cannibales). Des habitués du genre auxquels il faut rajouter le charismatique Ivan Rassimov. Véritable gueule du genre, il prête son regard inquiétant au tueur qui poursuit Jane, une habitude pour celui qui jouera rarement les bons et que l’on verra entre autres dans Le Dernier Monde Cannibale, Spasmo ou encore Shock du maître Bava. Mais Toutes les Couleurs du Vice est aussi terriblement sympathique par son envie de proposer un giallo original, presque bohème. Et puis un film dans lequel Edwige se déshabille ne peut-être que sympathique !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Sergio Martino
  • Scénario: Ernesto Gastaldi et Sauro Scavolini
  • Titres: Tutti I Colori Del Buio (ITA), All the colors of the dark (USA)
  • Pays: Italie, Espagne
  • Acteurs: Edwige Fenech, Georges Hilton, Ivan Rassimov
  • Année: 1972

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