The Conjuring: Les Dossiers Warren

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Il était temps! Des années que la possession persiste, qu’elle envahit nos écrans, grands comme petits, en toute impunité. Mais c’est terminé car sont enfin arrivés les chasseurs de fantômes et exorcistes, parés pour un nettoyage orchestré par James Wan.

 

 

Il est amusant de constater que le cinéma horrifique pourrait presqu’être découpé en décennies, chacune contenant son petit succès personnel, sa tendance rien qu’à elle, souvent créée en réaction à la précédente. Ainsi, si les années 50 misaient beaucoup sur les petits hommes verts et les soucoupes volantes, les 60 replongeaient le spectateur dans un fantastique ancien, fait de château lugubres, de vampires et de terribles malédictions. Mais la fête de l’irréel ne dura pas, les années 70 privilégiant un cinéma plus dur, à l’horreur tangible, à forme plus humaine. Un sérieux de courte durée, l’épouvante se déridant dans les eighties via des films plus second degré, misant sur des effets spéciaux désormais plus impressionnants et un coté popcorn assumé, l’avancée technologique permettant en prime un retour en fanfare de tout un bestiaire. Vent contraire dans les années 90, le public préférant désormais une horreur plus proche des faits divers, le fantastique ne faisant plus recette alors que les films de serial killers explosent le box-office. Et c’est en opposition à cette mode que les fantômes et esprits revinrent sur le devant de la scène, qu’ils soient japonais, anglais, espagnols ou américains. Et depuis quelques années, c’est le tourbillon paranormal: La Dame en Noir, Sinister, les The Grudge, L’Orphelinat et autres Paranormal Activity pour les fantômes, Le Rite, Devil Inside, Le Dernier Exorcisme (pas si dernier que ça puisqu’il eu une suite…), American Haunting et on en passe pour les exorcismes. Il y a du choix et guère de place sur l’étalage, ce qui n’empêche pas James Wan de venir en rajouter avec Dead Silence et Insidious. Et puisqu’il y est, il nous sort une suite de ce dernier et même un The Conjuring, les deux sortant à un mois d’intervalle. Indigestion en vue ?

 

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On peut se poser la question: si The Conjuring était l’œuvre d’un illustre inconnu ou d’un type genre Mikaël Halfstrom (Chambre 1408, Le Rite), obtiendrait-il autant d’attention ? Non, il serait probablement rangé au coté des Le Dernier Rite ou autres Possédée, de futurs oubliés du genre dont la seule intention fut de prendre le train en marche et de descendre dans le porte-monnaie des spectateurs. Mais The Conjuring a quelque-chose que ces films n’ont pas: James Wan. Des réalisateurs prometteurs, le genre en a vu apparaître quelques uns courant des années 2000, que ce soit le versatile Christopher Smith, le redneck métalleux Rob Zombie, le goreux Eli Roth ou le divertissant Alexandre Aja. Mais dans le lot, c’est bel et bien Wan qui aura su nous fournir le plus de frissons via sa déjà fort impressionnante filmographie, le tout à seulement 36 ans. Oui, à même pas quarante balais, le malaisien a lancé une franchise ultra-lucrative (les Saw, dont il signe le premier volet), rendu un bel hommage au cinéma d’antan (Dead Silence), balancé le meilleur vigilante-flick depuis belle lurette (Death Sentence) et explosé le box-office avec un film de fantôme au dernier acte original (Insidious). Et visiblement inspiré par ce voyage au pays des morts, il rempile dans le paranormal avec The Conjuring, un film sur lequel il est arrivé sur le tard, le projet datant des années 90 et ne ressortant que pour surfer sur la vague de fantômes qui traverse le cinéma. Une œuvre de commande, en quelque sorte… Mais une belle.

 

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The Conjuring: Les Dossiers Warren est, comme le titre l’indique, l’aventure d’Ed et Lorraine Warren, démonologue pour l’un, clairvoyante pour l’autre. Un couple d’enquêteurs dans le paranormal, des Ghostbusters réels dirons-nous, la paire ayant été appelée sur de nombreux cas de phénomènes étranges, comme celui de la célèbre maison Amityville ou celui d’un type qui mordait les gens car se pensant possédé par un loup. Un duo forcément controversé, souvent vu comme des arnaqueurs, au mieux comme des fous. Il n’empêche que leur histoire se prête plutôt bien à un film (et pourquoi pas une série de films ?), même ce cas Perron, à priori très classique. Cette grande famille (deux parents, cinq enfants) se voit effectivement emmerdée par quelques fantômes qui séjournent dans la maison dans laquelle ils viennent d’emménager. Fatigués d’avoir à vivre dans une demeure où les portes ne cessent de claquer, ils finissent par appeler les Warren, qui débarquent avec tout leur attirail de chasseurs de fantômes: crucifix, eau bénite, caméras, appareils photos et lampes à UV. Très vite, les Warren se rendent compte que la famille est sacrément dans la mouise puisque ce n’est pas un fantôme lambda qu’elle a au cul mais celui d’une sorcière qui n’aime guère que l’on s’installe sur ses terres…

 

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Pas la peine de le cacher, The Conjuring est on ne peut plus classique. Picorant ses influences à droite à gauche (un peu de L’Exorciste ici, un peu de William Castle par là), voire même dans sa propre filmographie, comme lorsqu’il s’agit de la bande sonore, confiée à Joseph Bishara, déjà responsable de celle d’Insidious, et a Mark Isham le temps d’une plage qui rappelle un peu Death Sentence. Niveau mise en scène, Wan ne change rien non plus, mais pourquoi le ferait-il ? Sa réalisation classique, dans le meilleur sens du terme, sied parfaitement à un film de frousse, et le gaillard sait emballer des plans de toute beauté, comme celui de la fille des Warren qui traverse un couloir qui semble prêt à la dévorer. Le père de Jigsaw s’offre également une belle reconstitution, sa dernière offrande au dieu de l’épouvante semblant sortir tout droit des années 70, que ce soit dans les lumières utilisées, d’une froideur automnale, ou dans les décors aux papiers peints typiques des seventies. Même les acteurs semblent s’échapper de cette glorieuse époque, à commencer par la victime en chef, la talentueuse Lili Taylor, déjà emmerdée par un ectoplasme dans le pourrave Hantise (on se souviendra donc plutôt de sa prestation dans Six Feet Under), qui semble sortir de L’Exorciste. De même pour les Warren, Patrick Wilson se fondant parfaitement dans le décor et étant bien meilleur que dans Insidious, dans lequel il jouait déjà sous la direction de Wan. Vera Farmiga (Esther) obtient le rôle de sa femme Lorraine, traumatisée par une affaire précédente qui la poussa à se cloitrer dans sa chambre durant une semaine. Elle donne l’impression de marcher sur des œufs en permanence et elle est la seule à vraiment se rendre compte de la dangerosité de la situation… C’est elle qui fait d’ailleurs le lien entre le film et le spectateur puisque c’est sous ses yeux que le mal prend forme, peu à peu…

 

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Dead Silence et Insidious étaient tous les deux de bons films de flippe, contenant chacun leurs moments de tension (la visite de la cave d’un vieil homme pour le premier, les photographies montrant une inquiétante vieille dame pour le second) mais souffrant également de quelques défauts (des acteurs assez mauvais d’un coté, quelques scènes ratées de l’autre). Ayant visiblement appris de ses erreurs passées, Wan crée avec The Conjuring le film de fantôme parfait, et sans conteste l’uns des meilleurs représentants du genre, pourtant pas avare en bonnes surprises (genre La Dame en Noir). Son atout ? Son rythme. On ne s’ennuie jamais dans The Conjuring, qui multiplie les moments aptes à foutre le trouillomètre à zéro, ceux-ci tombant toutes les deux minutes. Et le pire, c’est qu’ils sont tous de qualité… Alors que les portes qui s’ouvrent et se referment ne font pas le moindre effet dans les Paranormal Activity, elles font mouche à chaque fois sous la caméra de Wan, qui a le don de créer des fantômes malveillants. Il est probable que le jeune homme se méfie des vieilles dames vu comme il les croque comme des êtres terriblement malfaisants, que ce soit dans Dead Silence avec la vengeresse Mary Shaw ou Insidious avec la vieille femme à la bougie qui convoite le corps des jeunes garçons endormis… Rebelote ici, le fantôme en chef n’étant autre qu’une cruelle sorcière, pendue à l’imposant arbre qui surplombe le jardin, dont les rares apparitions (moins d’une minute de présence à l’écran) font toujours mouche. Il faut à ce titre souligner l’efficacité de la scène de la commode, qui arrive à foutre une pétoche de tous les diables alors qu’on l’a vue cent fois auparavant puisque présente dans la bande-annonce.

 

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Si Wan n’apprécie pas les mamies, il ne doit pas être rassuré non plus en présence des poupées, qu’il a déjà eu le loisir d’utiliser dans Saw et Dead Silence. Une possible psychose qui fait à nouveau surface dans The Conjuring via la poupée Annabelle, qui renvoie Chucky au rang de vulgaire joujou. Présente dans un prologue servant à présenter les Warren, le pantin s’offre aussi une séquence particulièrement flippante. Mieux, elle est appréhendée, Wan ayant installé une relation d’attirance entre la sinistre poupée et la jeune fille des Warren lors de la présentation de ces derniers. Alors c’est vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil et que le tout sonne comme du déjà-vu, surtout après un premier Insidious assez proche dans sa construction scénaristique, et alors que le deuxième va suivre très vite… Mais ce manque de singularité ne fait pas de The Conjuring un film sans caractère, le métrage prouvant au contraire son efficacité à chaque instant grâce à un James Wan qui maîtrise parfaitement son sujet. Que reprocher à The Conjuring ? Rien. Peut-être un final un peu tendre et un coté un brin cul béni, mais visiblement en adéquation avec la source du film, basé sur les dossiers des Warren, qui y ont probablement raconté ce qu’ils ont bien voulu… Difficile de délier le vrai du faux et de savoir sur le fameux couple est aussi sympathique en vrai que dans le film…Il y a tout de même une chose de certaine: Wan est très fort. Car peu de cuisiniers de l’horreur parviennent à nous servir un plat réchauffé cent fois tout en lui donnant le goût d’un repas de chef. On reprendrait bien un peu de dessert, d’ailleurs… Ce qui ne loupera pas, le film étant déjà considéré comme l’un des plus gros succès horrifiques ayant jamais existé, rejoignant Le Projet Blair Witch et Le Cercle dans la catégorie des exploseurs de box-office. Nul doute que d’autres dossiers Warren seront adaptés prochainement, ce qui pourrait être réjouissant si Wan s’en occupait, ce qui semble mal parti. Le jeune réalisateur désire effectivement délaisser l’épouvante pour s’occuper de la saga Fast and Furious. Ne nous abandonne pas, James, nous avons besoin de toi!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: James Wan
  • Scénarisation: Chad Hayes, Carey Hayes
  • Production: The Safran Company, New Line Cinema
  • Pays: USA
  • Acteurs: Patrick Wilson, Vera Farmiga, Lili Taylor, Ron Livingston
  • Année: 2013

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