Phantasm IV: Oblivion

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Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Après trois beaux premiers opus, voire même magnifiques pour certains, la série des Phantasm se devait de continuer sa route et tenter de répondre aux nombreuses questions perforant, telles les fameuses sphères contrôlées par le Tall Man, les cervelets des fans de la saga ! Mais est-ce que ce quatrième film est l’opus de trop ou l’obus attendu ?

 

Avant de s’attaquer à Phantasm IV, revenons quelques instants sur le sort du précédent volet, le selon moi très réussi Phantasm III. Aussi bon soit-il, il n’a en tout cas pas branché tout le monde, fans comme critiques, certains jugeant que la saga était allée un peu trop loin dans l’humour… En bref, cette deuxième suite attira sur elle autant de regards bienveillants que de malveillants, laissant finalement la série dans cet état de statu quo, coincée entre un succès d’estime de la part des horror addicts et un profond désintérêt de la part du grand public. Plus que jamais, Phantasm était cette saga de série B connue de nom mais que, finalement, seul un petit clan de fiers élus connaissaient sur le bout des doigts. Pas franchement le genre de situation favorisant la mise en chantier de nouvelles suites, ce que Roger Avary, scénariste de quelques Tarantino chiants (pléonasme ?) et réalisateur de Killing Zoe, pourra vous confirmer. C’est que le Roger est un énorme fan des films de Don Coscarelli, au point qu’il écrivit une suite à Phantasm III, nommée Phantasm 1999 A.D.. Un opus se voulant aussi futuriste que pessimiste dans lequel le Tall Man est devenu une sorte de maître d’un monde infesté par des infectés et des nains démoniaques, forçant Reggie à partir à sa chasse avec un commando armé jusqu’aux dents. Et s’il peut retrouver Mike dans le même temps, pourquoi se gêner ? Un gros projet, si joufflu qu’il est budgété à dix millions de dollars. Irréaliste pour un Phantasm puisque, hormis pour la première suite, la saga a toujours été forcée de composer avec des budgets riquiquis, souvent en-dessous de la barre du million. Le script d’Avary passé aux oubliettes, Coscarelli décide de s’occuper lui-même du quatrième métrage, avouant d’ailleurs dans une interview donnée en 1998 que c’est avant toute chose pour se faire un peu d’argent facile sur le dos de la franchise qu’il a lancée. Bien évidemment, c’est retour au système D, encore plus que pour Phantasm III, déjà guère friqué, ce qui convient bien au réalisateur, désireux de revenir à une ambiance proche du premier volet. Pas la peine de tenter d’obtenir de coûteux effets et des maquillages monstrueux, Phantasm premier du nom étant plus réputé pour son ambiance onirique que pour ses attributs gore…

 

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Ainsi, Coscarelli se débrouille comme il peut grâce à l’aide de son équipe habituelle d’acteurs (tout le monde est présent !) et même quelques fans, venus prêter un effet visuel montrant une armée de sphères voler vers l’écran. Un retour au bon vieux temps, en somme, vérifié par la volonté de Coscarelli de reprendre la formule des précédents films, en tout cas au niveau des liaisons entre eux puisque le vieux Don décide de reprendre les choses là où le troisième les avait laissées. Ainsi, on retrouve notre Reggie en mauvaise posture, le Tall Man s’apprêtant à lui ôter la vie… Ce qu’il ne fait d’ailleurs pas, sans trop que l’on sache pourquoi, laissant notre malchanceux héros partir à la recherche d’un Mike troublé. Et il y a de quoi l’être puisque le pauvre gars a découvert qu’il était plus mort que vivant, ou en tout cas en train de se transformer en Tall Man, une sphère dorée étant même planquée dans son crâne. Même son sang, désormais jaunâtre et épais comme de la compote à la banane, laisse penser qu’il devient désormais identique à son pire ennemi… Une vérité inacceptable que Mike fuit désespérément à bord d’un vieux corbillard subtilisé au Tall Man, le plus si jeune homme (désormais aux alentours de la quarantaine) allant se perdre dans le désert en espérant y trouver quelques réponses… Et s’il peut éliminer le « grand homme » comme il est nommé dans la version française, c’est encore mieux… Si Phantasm III avait quelques détracteurs n’appréciant guère le second degré que l’on y trouvait, Oblibion dispose lui d’un plus grand nombre d’ennemis encore, la bobine collectionnant les avis négatifs. Il faut bien dire que l’on comprend que cette dernière fournée (en attendant le cinquième, Ravager) ne soit pas du goût de tous, l’élément horrifique semblant mis en sourdine au profit d’un aspect plus introspectif. Alors qu’il était plutôt en détresse, la princesse à sauver même, dans le troisième, Mike est cette fois au centre de toute l’intrigue. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le mecton nous pique une sacrée déprime et est en pleine réflexion sur lui-même, sur son passé et sur ses rapports avec sa Némésis de toujours. L’occasion pour Coscarelli de ressortir du placard quelques scènes restées sur le banc de montage à l’époque du premier volet. De ces rushes revenus à la vie on peut donc tirer quelques nouveaux éléments, parfois peu intéressants, parfois faits pour rendre tout encore plus confus (le prétendu kidnapping de Jody, le frère ainé de Mike) ou parfois captivants…

 

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Ainsi est inhumée une séquence mise de côté à l’époque de Phantasm 1 montrant le jeune Mike en train de piéger le Tall Man en le pendant à un arbre. Mais décidément increvable, notre croquemort préféré n’en a cure et en profite pour jouer avec les nerfs du garçon, qui finit par libérer son bourreau. Une scène capitale, montrant les liens d’attirance et de rejet unissant ces deux faces d’une même pièce, mais également une bonne occasion pour Coscarelli d’aller trouver des résonnances avec son quatrième volet, emballé près de vingt ans plus tard. Ainsi, ce n’est plus le Tall Man que tente de pendre Mike mais lui-même, comme s’il savait que son destin est de succéder à la personne à qui il doit la perte de toute sa famille. Plutôt difficile à vivre… Du coup, Oblivion se drape d’une profonde mélancolie, venue englober la quasi-totalité du film. Certes, Reggie, toujours sur les routes avec son flingues crachant quatre cartouches à la fois, apporte un léger second degré (toujours un peu libidineux, mais moins qu’auparavant, le pauvre gars découvre une femme dont les seins sont remplacés par des sphères !) et un peu d’action, mais on ne peut pas vraiment dire que ces parties représentent l’essence du métrage. Non, ce que tout le monde retiendra du film, ce n’est pas que Reggie parvient à faire sauter un flic zombie qui venait de lui dégueuler dans la bouche, mais bel et bien que Mike passe un bon bout de temps à errer dans un monde désertique, à se remémorer sa jeunesse. Soporifique ? Oui, mais ce n’est pas dit péjorativement dans ce cas-précis. Car Phantasm IV est clairement un film d’ambiance, lancinant, lent et durant lequel il ne se passe rien ou pas grand-chose, Coscarelli ne semblant fournir de la baston (Reggie défouraille du nain, évidemment) qu’à contrecœur, pour maintenir une tradition. Ce qui branche le metteur en scène, c’est de souligner la lassitude touchant tout ce beau monde.

 

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Car Mike semble terriblement las de sa condition de mort-vivant nomade en train de courir après un destin désormais loin derrière lui, tout comme Reggie est terriblement fatigué de gâcher sa vie à tenter de tuer un être de toute évidence immortel. La preuve, lorsqu’il croise une jolie demoiselle (Heidi Marnhout, qui retrouvera Coscarelli dans Bubba Ho-Tep), le vendeur de glace hésite à l’approcher, comme il le faisait dans les deuxième et troisième films, avant de se rétracter, lassé de tout. Et lorsqu’il aura la dame dans son lit, il ne fera pas autant d’efforts pour lui faire écarter les cuisses que jadis, les épisodes précédents le voyant insister très lourdement pour obtenir un peu de jouissance. Pour tout dire, même le Tall Man semble harassé, ne se montrant plus aussi mauvais qu’auparavant. Certes, il continue de narguer Reggie et Mike à une occasion ou l’autre mais on le sent exténué, un sentiment encore renforcé lorsque l’on voit les scènes supprimées du premier volet, lorsqu’il semblait presque aimer ce qu’il faisait. Est-ce parce qu’Angus Scrimm vieillissait que Coscarelli a décidé de faire de son croquemitaine mythique un vieillard épuisé ? Peut-être, il n’empêche que cela fonctionne plutôt bien et finit de donner à l’œuvre une odeur particulièrement triste, et donc finalement assez proche de l’ambiance trouvable dans le premier opus. Don en profite également pour tenter de régler quelques mystères, notamment concernant le Tall Man, dont nous découvrons le passé, seulement suggéré lors du premier Phantasm. Une bonne idée ? Plutôt, car on découvre un homme finalement assez pathétique, rendu mauvais par un voyage dimensionnel (à moins qu’il ne soit remplacé par autre-chose ayant emprunté son enveloppe corporelle ? Faut bien dire que ce n’est pas clair…), une vision du bonhomme collant finalement bien avec le climat général, Don étant décidément fort pour rendre tragiques chacun des protagonistes. Y compris le grand frère Jody, dont le visage ressemble un peu à celui du Steven Seagal actuel (mais bon, tout le cast vieillissait, c’est bien normal), devenu un traître à la solde du Tall Man. Une idée ne collant pas vraiment avec le rôle qu’avait le gus dans Phantasm III puisqu’il y aidait les héros, mais bon… On considérera que du liquide d’embaumement a coulé sous les ponts et que le brave Jody a subit un petit lavage de cerveau.

 

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Phantasm IV : Oblivion n’est donc pas fait pour plaire à tout le monde, et encore moins à ceux à la recherche d’explications sur les différents détails de la saga. Les choses sont en effet presque plus complexes qu’auparavant et on ressort du film avec la sensation d’en savoir peut-être encore moins qu’avant d’avoir lancé la VHS (car bien sûr, tout cela est inédit en DVD sur le territoire français…). Quant au rythme, il ne branchera pas tous les bisseux non plus, Coscarelli visant plus leur cœur et leur cortex que leurs bas instincts… Pourtant Phantasm IV passe tout seul, grâce à son originalité, la rupture de ton qu’il provoque et le plaisir, toujours intact, de retrouver nos vieux amis (notons qu’Angus Scrimm ressemble pas mal à Guy Bedos dans ce volet !). Alors on regrettera un peu de ne pas retrouver la black adepte du kung-fu et le gamin (une scène du scénario le présentait en train de mourir, passage supprimé pour des questions de budget à tenir), mais qu’importe, on tient là un vrai voyage dans la plus noire des amertumes. Une expérience unique, même au sein d’une saga elle-même singulière et inimitable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Don Coscarelli
  • Scénarisation: Don Coscarelli
  • Production: A. Michael Baldwin
  • Pays: USA
  • Acteurs: Reggie Bannister, Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornbury
  • Année: 1998

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