Projet 666

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Sans doute attristé par le sort réservé à son mal-aimé Conan, le pauvre Marcus Nispel avait bien besoin de se ressourcer via un projet plus modeste. C’est désormais chose faite avec Projet 666, alias Exeter, une série B permettant au barbu de lorgner du côté de Sam Raimi…

 

 

Il serait sans doute exagéré de prétendre que l’on attendait fébrilement Projet 666, d’ailleurs arrivé sur la pointe des pieds, sans se faire remarquer. Malgré tout, la curiosité était clairement de mise vis-à-vis de ce nouveau film de Marcus Nispel, le premier qui semble lui être un minimum personnel puisqu’il l’a produit et en a écrit l’histoire, quand bien même le scénario fut rédigé par Kirsten McCallion, à qui l’on doit le script du peu populaire Texas Chainsaw 3D. C’est que jusqu’ici, le viking comme il est souvent appelé, ne nous avait proposé que des remakes (Massacre à la Tronçonneuse version 2003, Vendredi 13 version 2009) ou des adaptations (le frustrant téléfilm Frankenstein, le Pathfinder sorti d’une bande-dessinée et donc le fameux Conan), laissant penser qu’au fond on ne connaissait guère le metteur en scène, plutôt perçu comme un yes-man exécutant les commandes qui lui étaient passées. Alors la promesse d’entrer dans un univers lui étant plus personnel se montrait tentante, ou en tout cas intrigante, d’autant que l’on pouvait supposer que le Nispel bénéficiait d’une certaine liberté vu l’évidente modestie du projet, passé inaperçu. Car à part les bisseux suivant avec assiduité les sites de news ricains comme Dreadcentral ou Bloody Disgusting, les Français n’entendirent guère parler de cet Exeter sorti il y a peu en DVD et Blu-Ray chez Seven7. La bande est pourtant l’occasion de voir enfin le brave Marcus se présenter à nous…

 

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Patrick, c’est un peu l’enfant de chœur par excellence, le mec gentil comme tout, pas doué avec les nanas, avec un cœur gros comme ça et qui passe le temps en aidant le curé du coin à retaper le vieil asile Exeter. Pas comme les autres d’ailleurs, le fameux asile, puisqu’il était censé recueillir les enfants déficients mentaux pour les soigner mais fut surtout un lieu de torture pour ces derniers, devenus de plus en plus fous et détenus dans des conditions inhumaines. Un incendie viendra d’ailleurs réchauffer tout ce beau monde, la rumeur voulant même que ce soit le fameux curé Conway qui soit à l’origine du brasier… Reste que le sang des amis de Patrick ne fait qu’un tour lorsqu’ils découvrent que les lieux seront inoccupés durant une nuit, l’occasion étant trop belle pour ne pas y organiser une grosse fiesta. C’est vrai quoi, y’a pas de meilleur endroit qu’un asile sentant le cramé et ayant renfermé quelques enfants réputés comme dangereux pour aller décapsuler quelques bières ! Entre un barbecue sur les ruines du World Trade Center et un beer pong sur l’île d’Utøya où le Norvégien fou a tué des dizaines de personnes, c’est impeccable c’est vrai ! D’ailleurs sortez vos agendas les mecs, la semaine prochaine j’organise une Bar Mitsvah dans les couloirs de l’école Columbine, à minuit pile. Je compte sur vous… Mais revenons-en à la sauterie organisée dans l’asile Exeter, là où les canettes de bière volent au-dessus d’amants déchainés et des sniffeurs de coke. Si tout se passe plutôt bien le jour-même, c’est le lendemain que les choses se corsent, lorsqu’un petit groupe d’amis décide d’invoquer les esprits pour faire léviter Rory, le jeune frère un peu chtarbé de Patrick. Cela marche si bien que le bambin est soudainement possédé par un esprit revêche et tente de tuer les jeunes gens, bloqués à l’intérieur de l’hôpital psychiatrique. Après un exorcisme pratiqué avec les moyens du bord, nos fêtards se rendent compte que l’esprit ne lâchera rien et est bien décidé à passer d’un corps à l’autre pour s’assurer que tout le monde ressortira d’Exeter les pieds devants.

 

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Evil Dead. Ouais, Evil Dead, c’est les deux mots qui vous sortent du cervelet et rebondissent dans la pièce comme les balles en caoutchouc de notre enfance lorsque l’on se penche un minimum sur le cas Exeter. Et ouais, on espérait que le Nispel se lancerait dans quelque-chose de totalement original, d’éloigné de ses reboots et nouvelles versions habituelles, et ben c’est loupé puisqu’il nous balance ici une nouvelle bande prenant les débuts de Sam Raimi pour bible sacrée, et plus précisément Evil Dead 2 puisque de gaudriole il est question ici aussi. N’allez cependant pas imaginer que Nispel nous sert un nouveau Shaun Of The Dead, son humour étant plus pince-sans-rire, plus difficile à cerner et discret. Mais pas plus subtil pour autant puisque faisant la part belle aux blagues scatos (amateurs de prouts, soyez rassurés, il y en a !), aux dialogues branchés cul (les vingt premières minutes montrent une certaine obsession pour la sodomie) et au second degré perpétuel. Mais contrairement aux films d’Edgar Wright ou à un Tucker et Dale Fightent le Mal, Exeter ne prend pas le parti de rire de manière trop bruyante, Nispel ne tentant jamais d’accentuer les gags déclamés par ses personnages via sa réalisation. Ici, pas de gimmicks soulignant les instants où le public doit rire, comme des silences pesants ou des bruitages, la réa restant tout du long dans une optique horrifique, le Marcus considérant sans doute que les jeunes qu’il met en scène sont suffisamment drôles par eux-mêmes pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter. Notons cependant que les aspects comiques du film tombent un peu à plat puisque pas un sourire n’est venu égayer le si beau visage de votre serviteur, qui ne fut pas non plus enlaidit par des grimaces de honte. Car si les vannes ne sont pas faites pour que l’on se tape le cul par terre, elles ne dérangent pas non plus puisque Nispel ne les met pas trop en avant et n’oublie pas qu’on attend surtout de lui une pelloche horrifique. D’ailleurs, il n’est jamais précisé que Projet 666 joue la carte de la dérision, les divers visuels du film étant on ne peut plus sérieux, au même titre que le résumé au dos de la galette, qui nous vend un film d’exorcisme comme un autre. Seul le trailer de la bande se permet de montrer que l’on n’est pas là pour jouer sur le terrain de Friedkin… Soyons tout de même francs et avouons que, si on ne se marre pas vraiment devant ce dernier Nispel, on préfère tout de même avoir droit à une bande relaxée du fion qu’à un énième found-footage avec un cureton venu sauver l’âme d’une petite conne attachée à son plumard.

 

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Si Exeter n’est pas aussi drôle qu’il le souhaite, si ce n’est lors d’un clin d’œil assez rigolo à L’Exorciste lorsque nos amis tombent sur un site internet leur apprenant la marche à suivre pour faire sortir le démon du corps du petit Rory, il obtient néanmoins un rythme de croisière plutôt satisfaisant grâce à ses personnages, gentiment clichés. C’est bien simple, toute la bande des stéréotypes est là, du gentil héros tendre et sans doute puceau à la jolie jeune fille mystérieuse dont il s’éprend en passant par le queutard un peu pourri sur les bords, la blondasse qui écarte les cuisses à la moindre occasion, le camé aux cheveux longs et le gros geek à lunettes. Une photo de famille qui ferait sans doute soupirer de lassitude dans une série B sérieuse mais qui passe plutôt bien ici puisque, de toute évidence, Projet 666 n’a pas pour vocation d’être crédible et ne cherche finalement qu’à divertir. D’ailleurs, sans aller jusqu’à dire qu’ils sont attachants, car certains ont quand même de sacrées gueules de concombres, les jeunes ici présentés sont moins antipathiques que la moyenne, même s’ils sonnent assez faux puisque finalement peu inquiétés par les évènements surnaturels qui les entourent. En tout cas, pas au point d’arrêter de plaisanter… Voir à cet effet le mec le plus attachant de la troupe, le fameux drogué ressemblant à Julien Doré, un zig si peu concerné par ce qu’il se passe autour de lui qu’il se balade en slip durant tout le film. En voilà un qui ne se laisse pas impressionner ! Il devrait, car si Nispel n’est pas forcément un maître de la comédie, il sait plutôt y faire au niveau horrifique. Pas forcément sur le plan formel, le réalisateur au poil dru ne livrant pas un travail aussi soigné que pour son Massacre à la Tronçonneuse ou son Vendredi 13, la faute sans doute à un budget bien moindre. Même s’il bénéficie d’une photographie très belle, voire même à tomber lors de quelques plans en extérieur, Marcus Nispel opte pour des mouvements parfois un peu nauséeux et un montage ne favorisant pas la compréhension de l’action, laissant à certaines occasions l’impression que l’on assiste à un found-footage. Et vous savez que dans ma bouche, ce n’est pas un compliment…

 

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Par contre, sur le fond, Nispel n’hésite pas à convoquer un aspect splatter bienvenu. Bien sûr, il ne peut pas s’empêcher d’avoir recours à d’inefficaces jump scares ou fake scares, un peu comme tous les faiseurs d’horreur moderne, histoire de dire qu’il essaie tout de même de faire sursauter une ou deux personnes, quand bien même on ressent que ces mécaniques de l’effroi ne l’intéressent guère. Non, ce qui branche notre poilu, c’est de taper dans un gore cradingue hérité à la fois de Raimi et de Peter Jackson, retrouvant les aspects délirants des plus belles bandes des deux ténors du fantastique. On retrouve ainsi l’utilisation d’une tondeuse à gazon, venue ici raccourcir une paire de bras, mais aussi des brosses à dents utilisées pour crever des globes oculaires, un arrachage de langue ou un fracassage de tronche à l’aide d’un extincteur. Le plus beau du lot ? Sans doute ce tranchage de tête, seulement rabotée en diagonale d’une partie du visage, par ailleurs partie s’écraser sur une pauvre demoiselle, ce qui n’empêche guère la malheureuse victime de continuer à se mouvoir ! Plutôt fun tout cela, en tout cas divertissant, Nispel ayant visiblement eu à cœur de se référer aux années 80 puisque l’on pense aussi un peu aux Night of the Demons. Cela ne fait pas d’Exeter une tuerie, et il est évident que le tout aurait été bien mieux accueilli s’il était sorti il y a trente ans de cela. Car en 2015, le spectacle ici proposé n’apporte bien évidemment rien de neuf, le public étant déjà revenu de tout… Mais le brave Marcus s’est fait plaisir, et cela se sent, en tapant dans l’horreur aussi régressive que possible, sans se prendre la tête, ni celle de son public d’ailleurs, et aussi en invitant quelques amis (Stephen Lang d’Avatar, déjà présent dans son Conan, revient dans le rôle du prêtre). Alors oui, tout cela est déjà vu et le final ne surprendra personne, le twist étant attendu dès les premières minutes du métrage, mais le tout est plaisant, rarement chiant à quelques petites minutes près, décomplexé et doté de décors macabres du plus bel effet. C’est mineur au possible et bien moins original que l’on pouvait l’espérer, Nispel ayant visiblement du mal à trouver un univers qui lui est propre, mais cela devrait au moins satisfaire les bisseux fatigués des films de fantômes visuellement trop soft, le gore étant devenu assez rare dans la production actuelle. Le film débute d’ailleurs sur les chapeaux de roue, nous montrant une demoiselle nue au corps entièrement tatouée partir s’allonger près d’un lit. Alors que nous pensons qu’elle s’apprête à tailler une pipe à un inconnu, la caméra passe derrière elle pour se placer à hauteur de son crâne… qui explose suite à un impact de balle ! Plutôt cool, à l’image de ce Projet 666 décidément sympathique !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Marcus Nispel
  • Scénarisation: Kirsten McCallion, Marcus Nispel
  • Production: Marcus Nispel, Trent Othick, Michael Corso,…
  • Titre Original: Exeter
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kelly Blatz, Brittany Curran, Nick Nordella, Stephen Lang
  • Année: 2015

5 comments to Projet 666

  • Roggy  says:

    Marcus Nispel avait peut-être besoin de se refaire une virginité avec ce petit film d’horreur. Apparemment, il s’est fait plaisir dans l’outrance et les effets visuels. Si tu dis que le film est divertissant, je le mets de côté pour un visionnage prochain 🙂

  • ingloriuscritik  says:

    Je fais partie de cette catégorie de spectateur qui accorde a Marcus un capital sympathie, sans que je n’arrive a en décoder psychanalytiquement la raison…m

  • ingloriuscritik  says:

    +++suite du com que j’ai posté maladroitement…décidément , j’ai besoin de m’allonger sur un divan en ce moment moi +++
    mais c’est vrai que j’aime son remake de Massacre , un peu moins son vendredi 13 , mais cool quand même ; et son très sympathoche Pathfinder . Donc même si son projet 666 parait un peu « anachronique  » dans l’approche (on n’est plus a une « exception » prés!)a te lire, je suis plutôt bon public pour ce genre, et en plus vikingophile. Ce que tu en dit me convainc d’autant . Allez , une petit tour a l’asile , ca ne me fera pas de mal …

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