Monster from Green Hell

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Les années 50 représentaient la foire aux monstres et il n’est pas exagéré de dire que l’on y trouvait de tout: des cerveaux volants avec des antennes d’escargots, des hommes-alligators, des vautours géants, des crabes aussi énormes que télépathes, des arbres maléfiques,… Difficile, dès lors, pour quelques guêpes radioactives de faire leur nid au milieu de tout cela…

 

 

Si ce n’est pour quelques curieux disposés à zieuter du côté des années 50, l’oubli semble s’être emparé du peu connu et « black and white » Monster From Green Hell que réalisa Kenneth G. Crane en 1957, un metteur en scène par ailleurs plutôt oublié lui aussi. La faute à ses œuvres, pas franchement du genre à traverser les âges, même si l’artisan en question fut l’un des quelques faiseurs de séries B à s’extraire des années 50 pour continuer sa route jusqu’aux années 70, livrant notamment le montage du Slaughter’s Big Rip-Off de Gordon Douglas, œuvre de blaxploitation de l’époque. Le reste de sa carrière restait d’ailleurs dans les mêmes eaux, celles du cinoche d’exploitation, et de nos jours on retient principalement deux « Monster Movies » sortis de ses fours, le réputé mauvais The Manster avec son gus à deux têtes et donc ce Monster from Green Hell que vous ne risquez pas de trouver dans les bacs de la Fnac. Et pour cause, le film n’est tout simplement pas sorti dans nos contrées, si ce n’est lors d’une diffusion à la télévision sous le titre Les Monstres de l’Enfer Vert, tout comme beaucoup de ses congénères qui peuvent sans doute attendre encore longtemps qu’un éditeur français les sorte de l’oubli. Encore que de plus en plus d’éditeurs français, comme Artus, Rimini ou Bach Films, commencent (ou continuent pour certains) à s’intéresser au cas de ces bandes pondues à la chaîne et qui généralement tombaient sur les écrans de Drive-In par paire. Dans ce cas-ci, c’est avec le film de cerveau volant The Brain from Planet Arous que Monster from Green Hell déboula devant les yeux éberlués de quelques spectateurs américains, qui peuvent eux revoir le film à leur guise puisqu’un DVD existe dans leurs contrées. Veinards, les Amerloques ? Pas forcément puisque cette histoire de gros insecte ravageant les terres africaines est loin d’être une bombe du cinéma fantastique… Même si elle dispose d’un petit charme…

 

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Les Africains sont toujours plus chanceux que tout le monde. Ainsi lorsqu’une navette créée pour envoyer quelques animaux dans l’espace et tester leur résistance aux radiations et à la vie spatiale doit s’écraser, c’est sur leur tronche! Et bien évidemment, la jolie guêpe qui séjournait dans le suppositoire spatial a survécu et les radiations auxquelles elle fut sensible durant une quarantaine d’heure l’ont poussée à la mutation. Le résultat ne se fait pas attendre: la bestiole, qui mesure désormais plusieurs mètres, commence à bouffer les animaux et les humains des alentours. Bien évidemment, les deux scientifiques à l’origine de l’expérience commencent à avoir le cul chaud et se demandent s’ils ne devraient pas aller faire un petit safari pour régler le problème. Ce qu’ils font, se retrouvant très vite face à une ribambelle de guêpes mutantes et venimeuses. Enfin, très vite, c’est une façon de parler, car je préfère vous dire d’emblée que leur petite expédition dans la savane ne va pas être rythmée aux coups de mandibules ou aux piqûres de frelons. Les monstres en question doivent ainsi apparaître environ cinq minutes, et je suis optimiste, si l’on réuni tous les plans dans lesquels ils trimballent leurs sales trognes. Le reste des 70 minutes se concentrera dès lors sur la randonnée vécue par nos deux laborantins, qui sont accompagnés pour l’occasion par quelques locaux. Histoire d’apporter un minimum de péripéties, et le mot minimum est bien choisi ici, on assistera par ailleurs à une guerre des tribus, en fait des stockshots en provenance d’un autre film du nom de Stanley and Livingstone, datant de 1939. Une manière comme une autre d’allonger l’histoire, qui dans les faits pourrait durer vingt minutes vu le peu qu’il y a à voir ici…

 

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Comme bien souvent avec les séries B de l’époque, le seul intérêt réside dans les monstres. Les héros sont particulièrement inintéressant, ici deux savants, un beau gosse héroïque qui va prendre des risques et son vieil ami chauve et cliché. Pour les accompagner, quelques gars du pays, dont un pro de la survie aussi développé par le scénario que le premier arbre croisé et un africain qui aidait un professeur et sa fille vivant dans la forêt. Le prof fut par ailleurs tué par la bestiole, et malheureusement pour nous c’est en hors-champ que le drame s’est déroulé. On pensait naïvement que l’on verrait assez bien les gloumoutes vu que celles-ci passent le bonjour assez rapidement, peu de suspense étant créé sur leur look, mais il n’en est rien. Si elles déboulent assez vite puisque passant à l’écran dès les premières minutes, c’est pour mieux jouer les absentes durant tout le milieu du film! Il faudra attendre la séquence finale, par ailleurs très pénible puisque se résumant à des déambulations dans une grotte, pour les voir enfin faire quelque-chose. Et c’est beaucoup dire, d’ailleurs, car à part voler en faisant de gros « Zzzzzzz » que nous imiterons bien vite, le sommeil aidant, les guêpes mutantes ne font pas grand-chose. Bon, c’est vrai, elles tuent un serpent, coursent quelques troupeaux d’animaux et tuent un duo d’indigènes. Mais tout cela ne représente qu’une petite minute de métrage seulement et ne comptez pas sur elles pour passer la seconde dans les derniers instants du métrage. Si elles volent bien après nos héros, c’est à du deux à l’heure et ce n’est pas réellement spoiler que de dévoiler que sur la fine équipe de cinq personnes que constituent les principaux protagonistes, elles ne tueront personne. C’est pas en se trainant qu’elles y parviendront, vous me direz, et vous avez bien raison…

 

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Techniquement, elles bénéficient cependant d’un petit charme. Bon, ce n’est pas elles qui risquent de faire de l’ombre aux fourmis du classique Des Monstres attaquent la Ville, c’est sûr, quand bien même elles ressemblent plus volontiers aux fourmis en question qu’aux guêpes qu’elles sont censées êtres. Plusieurs techniques sont utilisées pour les animer et la bonne surprise est définitivement la scène en stop-motion. Bon, ne vous attendez pas à du Ray Harryhausen, c’est ici Gene Warren (qui bossa également sur La Machine à Explorer le Temps de 1960) qui s’en charge et le bonhomme avait de toute évidence moins de temps et d’argent pour s’en occuper et la courte scène montrant l’un des gros monstres se battre avec un serpent n’est pas plus mémorable que cela. Le reste du temps, ce sont des grosses répliques qui sont utilisées, lorsque les guêpes sont vues avec des hommes, comme lors du double-meurtre des locaux. Dans ces cas-là et lors des stock-shots, où elles sont incrustées avec peine par ailleurs, on a l’impression d’avoir en face de nous un jouet des années 80. Je raconte ma vie et ce n’est pas bien, mais enfant j’avais des jouets Les Maîtres de l’Univers et je disposais d’un véhicule servant à faire voyager les méchants qui était en fait un gros insecte noir et rouge. Et bien les guêpes de Monster from Green Hell ont autant d’expressivité et de vie que mon vieux jouet, ça vous donne une idée à peu près fidèle de la réussite qu’elles représentent. Mais voilà, en bon monsters maniacs que nous sommes, ça nous fait forcément chaud au cœur de voir de gros frelons se ballader dans la nature… Le final où elles trouvent la mort n’est par contre qu’une vaste blague puisque, comme précisé plus haut, nous devons suivre l’avancée dans des grottes, arpentées par les héros, qui s’y sont engouffrés pour échapper à la menace vrombissante représentée par les guêpes. Que se passe-t-il ensuite ? Ils leur jettent des grenades à la gueule ? Oui et non, car s’ils optent effectivement pour cette tactique digne de Rambo dans un premier temps, ils préfèrent ensuite prendre la fuite lorsqu’ils découvrent que cela ne fait aucun effet sur nos solides abeilles. Que faire alors ? Eh ben rien. Ouais, rien. Nos héros n’en branlent pas une et laissent un volcan entrer en éruption, ce qui a pour effet de donner un bain de lave aux guêpes qui n’y survivent bien évidemment pas.

 

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Si cette conclusion se veut épique, elle nous laisse également un goût étrange dans la bouche. Pourquoi s’être tapé tout ce périple, alors ? Car de toute évidence, que les laborantins restent les doigts de pied en éventail devant un bon porno avec Caroline Eden chez eux ou se tapent le voyage pour aller arracher les ailes des guêpes, aucune différence puisque c’est mère nature qui fera le travail! Et c’est bien là tout le problème de Monster from the Green Hell: le film n’a que fort peu d’intérêt. Tout simplement parce que l’on trouve infiniment mieux dans d’autres films de l’époque, parce que les scènes à sauver sont très rares, parce qu’il n’y a pas vraiment d’ambiance, si ce n’est au début lorsque l’on y croit encore un peu et enfin parce qu’on en a rien à cirer des personnages et que ces chieurs ne nous font même pas le plaisir de se faire tuer. Reste donc, comme souvent dans l’épouvante des fifties, des gloumoutes attachantes et sympathiques, malheureusement trop peu présentes… Cela fait peu mais, étrangement, cela suffira aussi pour que l’on revienne vers le film dans une dizaine d’années, le temps d’avoir un peu oublié qu’au fond, il n’est pas bien terrible…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Kenneth C. Crane
  • Scénarisation: Louis Vittes, Endre Bohem
  • Production: Al Zimbalist
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jim Davis, Barbara Turner, Joel Fluellen
  • Année: 1957

2 comments to Monster from Green Hell

  • Roggy  says:

    Très bonne chro pour ce film de guêpes tueuses que je ne connaissais pas. Plus récemment, je te conseille le très bon « Stung » avec ses créatures à l’ancienne même si le scénario n’est pas la première qualité du film.

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