The Lazarus Effect

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La résurrection des morts et le cinéma d’horreur, ça a toujours fait bon ménage, et l’on se souvient tous de ces chatons, marmots ou proches des héros sortis un jour du cercueil… pour mettre un bordel pas possible ! Mais lorsque c’est Olivia Wilde qui va prendre un bain de minuit dans le puits de Lazare, nous la laissons volontiers mettre le boxon qu’elle veut…

 

 

 

Plus le temps passe, moins on sait ce que l’on doit envoyer à Jason Blum, patron de Blumhouse Productions. Devons-nous lui envoyer des fleurs, des caramels et de jolies cartes ou de la merde soigneusement empaquetée dans des emballages de Ferrero Rocher ? C’est que le bonhomme finit un peu par nous fatiguer, à dire vrai, sa manie de nous ressortir encore et encore la même recette pour voir les biftons lui tomber dans la bouche ne profitant finalement qu’à lui, le spectateur exigeant n’en pouvant plus de ses Paranormal Activity, Insidious, The Purge ou Sinister depuis qu’il a décidé de les dupliquer à l’infini. Cependant, si nous sommes forcés de constater que ce nouveau banquier du cinoche d’épouvante ne nous fait pas sniffer que de la grande came (dans les franchises citées, seuls les premiers Insidious et Sinister sont réellement satisfaisants), il a le mérite de donner au genre quelques beaux succès lui assurant quelques belles années économiques. Pour sûr que la rengaine n’est pas la même au niveau artistique, et l’on comptera plutôt sur d’autres faiseurs pour nous torpiller quelques francs missiles aptes à nous exploser les rétines. Mais toute industrie a besoin de ses succès et l’horreur n’échappe pas à la règle. Dès lors, que l’on aime ou non les productions Blumhouse, il est nécessaire de garder à l’esprit qu’elles sont bénéfiques et font du genre que nous choyons une valeur sûre du box-office, ces succès populaires permettant plus aisément la création d’œuvres plus originales, peut-être plus dans nos cordes que les found-footage dégobillant ou les sempiternelles possessions d’adolescents catholiques. D’ailleurs, tout n’est pas à jeter dans le catalogue de Mister Blum, qui contient quelques belles propositions. Pas de bol, ce sont aussi souvent celles qui ne se sont pas fait remarquer, celles qui sont passées sous le radar sans même faire sonner l’alarme. Et qui, généralement, reçurent de mauvais critiques de la part des scribouillards, voire même des horror addicts, lorsqu’ils les ont vues bien entendu. On pense immédiatement à The Lords of Salem de Rob Zombie, bien entendu, énorme bide en salle et vraie bande originale, déchirée par une horde de fans du métalleux, qui attendaient certainement qu’il nous ponde pour la cinquième fois son petit cirque de freaks adeptes de l’ultra-violence. Mais c’était aussi, et surtout, le meilleur film du réalisateur, et de loin, une vraie pelloche ne ressemblant à aucune autre (et certainement pas à une production Blumhouse, par ailleurs !) et dotée d’une âme, qualité faisant défaut à bien des tentatives horrifiques modernes. On pense aussi à Dark Skies et son invasion extra-terrestre prenant la forme d’un harcèlement envers une petite famille déjà malheureuse à la base, certes pas un modèle de nouveauté (au final, tout cela ressemblait pas mal à Poltergeist) mais une bonne bobine, rondement menée et très efficace. Et ben pouf, passée inaperçue la bobine, comme si elle n’était jamais sortie ! Est-ce que The Lazarus Effect, là encore peu remarqué et démoli par la critique fait partie de cette petite catégorie des films Blumhouse (et Lionsgate pour ce coup-ci) planqués sous le tapis mais bien valeureux ou plutôt des photocopies d’Insidious et consorts ? La réponse dans la chronique (vous pensiez que j’allais niquer mon suspense ? Vous êtes tarés…).

 

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Frank et Zoe sont deux scientifiques spécialisés dans la recherche médicale et nos deux zouaves, par ailleurs fiancés, sont sur le point de finir un sérum permettant d’assister les patients dans le coma. Mais alors que leur petite potion magique n’était censée qu’aider les personnes en difficulté, il se trouve qu’elle a un pouvoir tout autre : elle peut réveiller les morts. La preuve en est faite avec le clebs sur lequel ils font leurs tests, la bête, bien morte et congelée, se réanime soudainement. Un beau succès imprévu, donc, quand bien même le toutou devient très étrange. Mais alors qu’ils pensent avoir fait la découverte du siècle, nos tourtereaux et leur petite équipe sont soudainement renvoyés, des costards-cravates d’une grande firme pharmaceutique débarquant dans leur labo pour reprendre tous les fruits de leur travail. Hors de question de se laisser faire ainsi, Frank, Zoe et leurs trois assistants revenant dans le laboratoire durant la nuit pour tenter de ressusciter un autre chien, en prenant bien soin de filmer la scène cette fois, histoire d’avoir une preuve que le sérum est bien de leur invention et non de la fameuse firme, qui ne manquera certainement pas de s’accaparer cette réussite. Mais rien ne se passe comme prévu et la pauvre Zoe se ramasse un méchant coup de jus en actionnant un levier. Totalement perdu face au décès de sa compagne, Frank décide d’utiliser le sérum sur elle, la ramenant à la vie avec succès. Mais comme pour la bête, la belle n’est plus tout à fait la même et semble être revenue de son séjour dans l’au-delà avec une nouvelle personnalité et des pouvoirs démoniaques… Le premier élément marquant, et qui fait à vrai dire bien plaisir, de Lazarus Effect est son récit, tout droit sorti d’une bande des années 80 ou 90. On laisse en effet de côté les maisons hantées pour revenir dans une horreur laborantine, comme on en voyait assez régulièrement jadis et il est permis de songer à Re-Animator et From Beyond en lisant le résumé que je viens de vous faire. Après tout, on y trouve un liquide permettant de ramener les crevés et toute une intrigue liée à l’au-delà, une idée finalement guère éloignée de celles ayant donné à Stuart Gordon parmi ses plus beaux succès. Bien sûr, la comparaison entre The Lazarus Effect, réalisé par un David Gelb donnant ici naissance à son premier long-métrage, et ses gorieux ainés s’arrête là. De tueries gores et malsaines, on passe à de l’horreur tout public, le but avoué étant ici de plaire à un maximum de monde et de ne surtout pas faire dégueuler les petites têtes blondes venues se faire une petite frayeur (mais pas trop forte quand même non plus, hein !). Mais quand même, retrouver de l’épouvante scientifique, expérimentale, nous manquait un peu, le dernier avatar du genre me venant actuellement à l’esprit étant le Splice datant tout de même de 2009.

 

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Bien entendu, ce n’est pas parce que la pelloche de Gelb est un peu plus originale que le reste des productions Blumhouse qu’elle est forcément supérieure. D’ailleurs, on dira plutôt qu’elle est moins banale, le terme « original » étant un peu fort, surtout que les scénaristes Luke Dawson et Jeremy Slater, respectivement derrière les scripts de Shutter et du dernier Les 4 Fantastiques (pas forcément des fines plumes, donc), se contentent au départ de reprendre les mécanismes typiques du studio qui les a engagés. La première moitié du métrage aligne ainsi les gimmicks bien connus, utilisant le chien pour faire monter la pression via les procédés classiques de l’horreur : porte qui s’ouvre, clebs surpris en train de fixer Zoe dans son sommeil, personnage se baissant pour regarder sous une table et remarquant, lorsqu’il se relève, que le chien est au-dessus en train de lui grogner dessus,… Du déjà-vu, et pas qu’une fois, toutes ces techniques ne fonctionnant plus sur le bisseux averti, en train de se demander si The Lazarus Effect parviendra à fonctionner à un moment ou un autre, ne serait-ce que pour quelques secondes. Disons-le franchement, la partie canine de l’histoire ne fournit rien de bien terrible en matière d’effroi et sert plutôt à planter le décor (quasiment unique, par ailleurs) du laboratoire et présenter ses occupants. Les choses s’accélèrent un peu avec la partie féline (car Zoe est incarnée par la belle Olivia Wilde, aux yeux de chats), Gelb laissant un peu de côté son épouvante à la Poltergeist pour verser plus librement dans une horreur de boogeyman, Zoe se changeant en un croisement entre Patrick , Carrie et Freddy, en plus démoniaque. Car la demoiselle, une fois revenue du monde des morts, est capable de lire dans les pensées d’autrui, maitrise la télékinésie et parvient même transporter ses victimes dans son pire cauchemar, à savoir le couloir d’un immeuble enflammé. Rien de bien neuf sous le soleil, on s’entend bien là-dessus, mais n’empêche que cela fait plaisir de voir une nouvelle boogeywoman (si l’on peut dire) dans la place, jusque-là surtout habitée par des spectres identiques les uns aux autres.

 

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Alors bien entendu, ce thème de l’horreur scientifique et la présence d’une menace humaine et non spectrale apporte une certaine sympathie mais ne change pas non plus le plomb en or, The Lazarus Effect souffrant de quelques défauts, parfois embarrassants. Ainsi, on ne peut passer sous silence le fait que nos scénaristes lancent des pistes… ne menant nulle part ! Nos gaillards en font par exemple des tonnes sur un potentiel complot venant de la firme employant nos héros, avec surveillance informatique, espionnage, hommes en noir (dont ce bon vieux Jay Wise, passé dire bonjour et prendre son chèque) et tout le toutim. Sauf que tout ce bordel, qui fait par ailleurs naître une certaine paranoïa chez nos héros, persuadés qu’une taupe se cache parmi eux et les arnaque en douce, ne débouche sur rien, absolument RIEN. Cette intrigue est tout simplement abandonnée en chemin, tant et si bien que l’on finit par se demander pourquoi les scénaristes en ont fait des caisses avec elle. Besoin de meubler ? D’étirer la durée du film, il est vrai pas bien long (80 minutes) ? Allez savoir… Il faut dire que nos scribouillards ne sont pas franchement à l’aise non plus lorsqu’il s’agit d’expliquer le mal en train de ronger Zoe puisque l’on ne sait pas trop ce qui lui arrive, plusieurs pistes étant lancées sans qu’une seule soit réellement pointée du doigt comme responsable. Est-ce que cette déesse (oui je l’aime bien, je ne le cache pas, l’une des rares actrices qui me fasse de l’effet) dispose de pouvoirs à cause du sérum, dont l’un des effets secondaires est une grande stimulation des neurones, permettant une évolution plus rapide du cerveau et donc la maîtrise de la télékinésie ? C’est ce que semble nous dire l’un des laborantins, rappelant que l’humain n’utilise que 10% de son cervelet et que la brave Zoe est passée à 100%. Ou alors est-ce que son séjour en enfer (car Zoe, en apparence bien gentille, n’est pas partie saluer Saint Pierre après sa mort mais plutôt faire la bise au grand bouc) l’a fait revenir avec le démon dans la peau ? Possible aussi puisque lorsque la Vénus (oui, j’insiste et je deviens lourd, mais je m’en fous, on cause pas de la surestimée Amber Heard ici, non mais !), lorsqu’elle se regarde dans un miroir, voit son reflet lui sourire diaboliquement… Alors finalement, est-ce que c’est l’un ou l’autre, les deux, l’opération du Saint Esprit, un rhume qui ne passe pas ? Ben on ne sait pas trop, madame, vous voyez… Le diagnostic n’est pas clair, on refera des analyses hein, mais on doute du résultat. A priori, on penche quand même vers le rhume. Ou la rhinopharyngite.

 

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Bon, je taquine un peu The Lazarus Effect, pas le dernier à tendre certains bâtons pour qu’on le sodomise avec, ce qui n’a bien sûr pas aidé à amener de bonnes critiques, mais en vérité qui aime bien châtie bien. Car j’aime bien le film de David Gelb, même s’il n’apporte strictement rien au genre que nous apprécions. Je vous vois venir avec vos « ouais il aime bien le truc à cause de son actrice principale ! ». Ben vous avez pas tort, mais ce n’est pas dans le sens que vous imaginez car il se trouve tout simplement qu’elle est bien à sa place dans ce rôle varié. Au début scientifique sympathique, elle devient ensuite une petite chose toute fragile avant de se transformer en une véritable démone. Et dans les trois cas, Olivia Wilde excelle, tout particulièrement lorsqu’elle joue les méchantes, ses petits clins d’œil à la fois sexy, complices et menaçants faisant un effet bœuf. Elle n’est cependant pas la seule à être convaincante, le reste du casting étant composé d’acteurs assez bons, en premier lieu Evan Peters (la série American Horror Story), que l’on retrouve toujours avec grand plaisir tant le jeune homme sonne juste. D’ailleurs, on sera également ravis de voir des personnages ni adolescents, ni obligés de coller aux classiques familles ricaines avec gentils enfants et parents aimants, ce qui change tout de même un peu du paysage actuel. Notons d’ailleurs que tout ce beau monde meurt parfois de manières fort originales, l’amie Zoe en étouffant un avec sa cigarette électronique tandis qu’elle en enferme un autre dans une armoire avant de l’écraser avec sa télékinésie. Ce n’est pas gore, c’est sûr, alors que cela l’aurait été dans les eighties, mais au moins cela change un peu et il y a un minimum de recherche…

 

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The Lazarus Effect a beau s’enfoncer dans un scénario pas assez étudié, il n’en demeure pas moins un oeuvrette sympathique, plutôt modeste dans l’esprit, le but n’étant ici que de divertir durant 80 minutes. En prime, on notera une jolie ironie quant au personnage de Zoe, chrétienne avouée (personne n’est parfait), faisant tout ce qu’elle peut pour aller au paradis, remettant même en question ses recherches, persuadée que ce n’est pas très bien de jouer avec la vie et de ramener sur Terre des défunts n’ayant rien demandé. Et pourtant, malgré cette bonté d’âme, la pauvre est envoyée en enfer et en revient avec un caractère démoniaque ! Plutôt amusant, donc, comme le film en fin de compte, jamais bouleversant, encore moins flippant, mais suffisamment soigné pour que l’on lui pardonne ses petites bévues. En prime, la conclusion est vraiment sympa (et rappelle encore une fois un classique, je vous laisserai découvrir lequel, c’est de toute façon évident), ce qui ne gâche rien. Pas une tuerie, mais un bon petit film. C’est déjà bien, surtout pour du Bluhmouse.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: David Gelb
  • Scénarisation: Jeremy Slater, Luke Dawson
  • Production: Jason Blum, Jimmy Miller, Cody Zweig
  • Pays: USA
  • Acteurs: Olivia Wilde, Mark Duplass, Evan Peters, Donald Glover, Sarah Bolger
  • Année: 2015

Vous en voulez plus ? Il y en a chez Roggy!

4 comments to The Lazarus Effect

  • Dirty Max  says:

    Du Blumhouse shooté comme un film de cinéma, et non comme un film de vacances, ça change ! Sinon, je trouve qu’il y a un petit côté « L’expérience interdite » dans « The lazarus effect ». J’essaierai de me le mater, ne serait-ce que pour Olivia Wilde. Et puis, ton point de vue sur « The lords of Salem », m’a fait vraiment plaisir…

  • Roggy  says:

    D’accord avec ton analyse pour ce film qui n’est pas la purge annoncée partout. Je pense aussi qu’il y a quelques éléments à sauver. Pour ce qu’il en reste car tu t’es déjà occupé d’Olivia Wilde apparemment 🙂 Merci pour le lien !

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