La Crypte du Vampire

Category: Films Comments: 6 comments

Halloween approche à grands pas et il est dès lors nécessaire de se préparer à voir déambuler dans nos rues petites sorcières, vampires minuscules et jeunes bossus. S’ils en veulent moins à nos vies qu’à nos bonbons Haribo, mieux vaut s’habituer à leur présence… Ca tombe bien, Artus Films dispose dans son catalogue de La Crypte du Vampire, joyeux fourre-tout disposant de toutes ces créatures !

 

 

Le bissophage peut-il se remettre de la mort de Sir Christopher Lee ? Il est permis d’en douter, la disparition de ce monstre sacré du cinéma ayant créé un vide pas prêt d’être comblé… Reste que si nous sommes légitimement émus à l’idée d’imaginer Dracula dans la tombe, cela ne nous empêche nullement d’aller passer un petit séjour dans La Crypte du Vampire, proposition typique du cinoche gothique rital. Vous le savez d’ailleurs déjà : alors au sommet de sa gloire après les triomphes de la Hammer, Lee jouait les globe-trotters du bis et acceptait de jouer un peu partout. France, Espagne, Allemagne, Italie, peu lui importait, bien heureux de pouvoir pratiquer son art, lui qui rama durant de nombreuses années avant de décrocher les rôles de Dracula et de la créature de Frankenstein. C’est donc sans hésitation qu’il accepta le rôle proposé par Camillo Mastrocinque (Un Ange pour Satan) dans son La Cripta e l’Incubo, d’autant que pour une fois il n’écopait pas d’un personnage néfaste. Vu tous les démons et autres salopards que le grand Anglais représenta jusque-là, cette petite pause vis-à-vis du mal lui sembla bien évidemment attrayante… Cela permit en tout cas au film de se faire remarquer, une bisserie avec Christopher Lee ayant toujours plus de chances de fonctionner dans les salles des cinémas de quartier qu’une bisserie sans Christopher Lee ! Outre sa star, le film de Mastrocinque dispose également de belles plumes du genre, Tonino Valerii (scénariste et réalisateur du giallo Folie Meurtrière) et le prolifique Ernesto Gastaldi (La Sorcière Sanglante, Le Grand Alligator, Le Corps et le Fouet, 2019 après la chute de New York…) joignant leurs forces pour cette belle occasion, un peu aidés par María del Carmen Martínez Román (bonjour le nom à rallonge, si elle a un deuxième et troisième prénoms ça te fait un paragraphe, facile !), scénariste du Monstre du Château. Vu le joli petit foutoir qu’est le script de cette production italo-espagnole, on ne sera pas surpris qu’il y ait eu six mains derrière la machine à écrire…

 

crypte1

 

Le comte Ludwig von Karnstein (Christopher Lee, bien sûr) commence sérieusement à s’inquiéter de l’état mental de sa fille Laura, la pauvre se réveillant toutes les nuits après d’atroces cauchemars, rêvant notamment que sa cousine est tuée par un assoiffé vampire. Persuadée qu’elle est la réincarnation de la sorcière Sheena, justement crucifiée par les Karnstein voilà plusieurs lunes, Paula panique de plus en plus, forçant Ludwig à sortir les grands moyens. Il fait ainsi appel à Friedrich Klauss, jeune homme spécialisé dans la confection et la rénovation de tableaux, Ludwig espérant que le gaillard retrouvera un tableau représentant Sheena dans son vieux château, histoire de prouver à Laura qu’elle ne ressemble pas à la démone et ainsi calmer ses nuits… De cette base finalement assez simple et classique découle en fait… un sacré boxon ! Ne vous fiez pas à la première impression que laisse ce pitch, plutôt du genre à sous-entendre une certaine retenue au niveau des thèmes utilisés, car il n’en est rien ! Nos trois scénaristes ont en effet décidé de tirer un maximum de ce postulat de base, quitte à tirer dans toutes les directions, parfois contraires. On retrouve ainsi pêle-mêle une sorcière crucifiée, des pouvoirs de médium, des cérémonies sataniques, des victimes retrouvées avec deux trous dans la nuque et exsangues, un nomade bossu, une soubrette adepte des manigances, une gouvernante cachant bien des secrets et bien évidemment les obligatoires passages secrets planqués dans une demeure aussi vieille que lugubre. Tout y est, en somme ! Et autant le dire tout de suite, cela a tendance à donner un aspect très fouilli à l’ensemble et l’on sent que nos inventeurs d’histoires ne maîtrisent pas totalement leur récit, quelques mystères restant sans réponses claires. On ne sait par exemple pas vraiment si la menace est liée à la sorcellerie ou au vampirisme, puisque l’on nous présente Sheena comme une sorcière mais que l’on retrouve les victimes avec deux creux dans la nuque, rappelant bien évidemment un procédé vampirique. Il y a à vrai dire fort à parier que Sheena était une sorcière vampire, ce qui règle bien le problème, mais il n’empêche que ce n’est pas franchement souligné dans le scénario, assez brumeux… Tout comme les intentions des uns et des autres nous échappent régulièrement, la fameuse gouvernante étant à ce titre assez ambiguë puisque l’on ne sait trop si elle se sert de Laura pour réveiller la sorcière, la vieille étant une sataniste avérée, ou si elle se fait plutôt du mouron pour la jeune fille. De même, et désolé pour le petit spoiler, on ne sait pas vraiment pourquoi cette dame âgée finit assassinée par la descendante de la sorcière alors qu’elle était sa seule fidèle!

crypte2

 

Les ficelles sont d’ailleurs assez grosses et il ne sera pas bien compliqué pour le spectateur de deviner qui est la fameuse vilaine de La Crypte du Vampire, la bisserie concentrant ses soupçons sur quelques jolies jeunes filles. Trois, à vrai dire : Laura, la fifille à son papa incapable de passer une nuit sans hurler à la mort, Annette la soubrette besognée par le comte ou Ljuba, venue se reposer quelques jours dans la demeure des Karnstein suite à l’accident de son carrosse juste devant le château. Cette dernier et Laura se lient d’ailleurs très vite d’amitié avant de peu à peu suggérer un amour saphique… Le Cripta e l’Incubo étant une adaptation du Carmilla de Sheridan Le Fanu, le fantasticophile aura déjà compris depuis bien longtemps qui se cache derrière le balai de la sorcière, même si, au départ, les chances semblent à peu près équitables entre les trois protagonistes. On notera néanmoins un petit manque de rigueur scénaristique, certains éléments semblant tomber de nulle part, de manière presque drôle, comme le fameux accident de la calèche de Ljuba, la callèche perdant mollement une roue, laissant la charrette se frotter le cul dans la poussière sur quelques mètres. Rien de bien grave mais cela n’empêche pas la pauvre Ljuba de tomber dans les vapes d’émotion, tandis que sa mère, en deux lignes de dialogue, décide de l’abandonner au château des Karnstein, sans plus d’émotion que cela. La séquence n’étant pas franchement réaliste, elle souligne l’entourloupe, désormais bien odorante… Dans le même genre, on sera un peu étonné de découvrir, quelques minutes avant que le mot « Fine » (ben ouais, c’est du rital ici) n’apparaisse à l’écran, un nouveau personnage, caché dans la fameuse crypte du titre. En fait un autre Karnstein, cousin de celui campé par Christopher Lee, venu venger la mort de sa fille, tuée dans les bois en début de métrage. La tactique de revanche du monsieur laisse en tout cas à désirer : il se planque dans un cercueil dans la crypte depuis des jours en espérant que le meurtrier lui passe sous le nez. Guère efficace…

 

crypte4

 

Mais soyons honnêtes cinq minutes : espérions-nous un scénario impeccable ? Non, on s’en fout même pas mal, à vrai dire, l’important étant ailleurs, dans les visuels gothiques. Et là, rien à redire, on est royal au bar, Mastrocinque proposant autant de peintures lugubres que faire se peut. Tribu inquisitrice et son bourreau observant les derniers instants d’une sorcière crucifiée, rite luciférien pratiqué dans les sous-sols du château, découverte de la fameuse crypte, seulement habitée par un vieux squelette,… Notre réalisateur sait y faire, et est bien aidé il est vrai par le toujours bien reconnaissable château de Balsorano, utilisé plus d’une fois par les bisseux italiens, notamment vu dans Des Vierges pour le Bourreau et Les Vierges de la Pleine Lune. La demeure fait et fera toujours son petit effet et est aisément reconnaissable à son portail en bois et à son mur totalement envahi par le lierre, que l’on se plait toujours à retrouver. Mastrocinque, décidément à l’aise lorsqu’il s’agit de peindre sans couleurs, nous propose même quelques minutes de rêve pour tout bisseux appréciant l’horreur poussiéreuse. Tout débute lorsque Laura se réveille en pleine nuitée, bien évidemment effrayée comme à son accoutumée (c’est pas la nana à épouser pour dormir tranquille, je peux vous le dire), lorsqu’elle remarque qu’un son de cloche venant d’un village prétendument abandonné résonne dans la pénombre. Heureusement pour elle, Ljuba vient la rejoindre, expliquant à Laura que le coupable de ce son fendant la nuit doit tout simplement être le vent. Or, il ne souffle pas des masses, justement… Intriguées, les deux demoiselles décident de s’offrir une petite balade nocturne, en nuisette, et rejoignent le village fantôme et son fameux clocher. Une fois à l’intérieur, elles découvrent des chiens errants en train de se disputer la dépouille d’un homme pendu, accrochée à la corde de la cloche, les morsures des animaux permettant la sonnerie… Et comme si la séquence n’était pas assez macabre ainsi, nos demoiselles découvrent que le pauvre homme a été amputé d’une main… Main recyclée en bougie par la fameuse gouvernante vénérant le diable, chaque doigt de la mimine tranchée étant couronné d’une flamme… Irrésistible !

 

crypte3

 

La Crypte du Vampire a beau se prendre les pieds dans le tapis au niveau scénaristique, enchainant les bévues dans le domaine (une personne est assassinée alors que le meurtrier est à un tout autre endroit au même instant !), elle garde malgré tout le cap grâce à sa bonne réalisation. Alors certes, on tient là du gothique mineur, et Christopher Lee lui-même ne fournit pas une prestation particulièrement mémorable, incarnant le noble rigide comme il l’a fait des dizaines de fois dans d’autres productions. Mais rien n’y fait, la bande de Mastrocinque séduit, sans doute en grande partie grâce à sa folie et son manque rigueur, qui lui permettent de tout se permettre et, dès lors, d’obtenir un certains rythme. Même si l’on tique un peu une fois le DVD éjecté et que l’on se demande s’il ne manque pas quelques éléments à l’ensemble, force est de constater que l’on ne s’emmerde pas un instant lorsque l’on est dans le bain, bien mousseux !

Rigs Mordo

 

crypteposter

 

  • Réalisation: Camillo Mastrocinque
  • Scénarisation: Ernesto Gastaldi, Tonino Valerii, María del Carmen Martínez Román
  • Production: Mario Mariani
  • Titre original: La Cripta E L’Incubo
  • Pays: Italie, Espagne
  • Acteurs: Christopher Lee, Audry Amber, Ursula Davis, Vera Valmont
  • Année: 1964

N’hésitez pas à aller lire la chronique de Roggy, excellente!

6 comments to La Crypte du Vampire

  • Roggy  says:

    Merci pour le lien Rigs ! même si ta chronique est bien plus complète que la mienne… J’ai vu le film lors d’une soirée bis consacrée au gothique à la Cinémathèque en double programme. Un petit film sympathique qui vaut effectivement surtout pour son ambiance surannée et son château.

  • Dirty Max  says:

    Je suis d’accord avec toi. Un goth mineur qui ne rend pas toujours justice au classique de Le Fanu mais qui reste malgré tout sympa pour son ambiance, ses décors et la présence du regretté Christopher Lee. De Mastrocinque, je garde une préférence pour Un ange pour Satan.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>