Phantasm III: Le Seigneur de la Mort

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A en croire la forme du Tall Man, bosser avec les morts revigore son homme ! Et comme on le dit, c’est jamais deux sans trois, à plus forte raison dans le domaine de l’horreur, où les croquemitaines ne prononcent jamais vraiment leur dernier mot. Et dans le cas de Phantasm III, c’est tant mieux !

 

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’ami Don Coscarelli est bien installé dans les mausolées et cimetières vides puisque le gars ne cesse de revenir aux Phantasm. Ainsi, six années après le deuxième opus, le réalisateur reprend du service dans les vieilles morgues avec son bon ami le Tall Man, non sans avoir fait un petit détour via Survival Quest. Peu connu, ce dernier film avec Lance Henriksen contait le périple de quelques amoureux de la nature dont le chemin croisait celui d’une bande d’agressifs militaires. Pas franchement un succès, voire même un bide, tant et si bien que Coscarelli est bien obligé de revenir aux Phantasm pour travailler, quand bien même les scripts des suites de certaines franchises lucratives continuent d’atterrir sur son bureau, comme un nouveau volet de Massacre à la Tronçonneuse. Comme déjà précisé dans la chronique de Phantasm II, Don ne se considère pas particulièrement comme un faiseur d’épouvante et a toujours eu comme frayeur de se voir enfermé dans le genre (manque de bol pour lui, mais peut-être tant mieux pour nous, cela lui est arrivé…), refusant la plupart des propositions qui lui sont faites dans le domaine. Du coup, quitte à taper dans le frisson, autant que ce soit via ses propres histoires. Ainsi débarque donc en 1994 Phantasm III : Lord of the Dead, un direct-to-video bientôt promu au succès puisqu’étant l’une des meilleures ventes VHS de son époque. En prime, il remporta un prix, décerné par le magazine Fangoria, celui du meilleur film à distribution réduite. Le succès est donc au rendez-vous et fit donc mentir les mecs de la Universal, pas franchement convaincus du potentiel de ce troisième volet. Il faut dire que le deuxième ne fut pas le grand hit espéré… Pour ainsi dire lâché par ses producteurs, Coscarelli revient donc à une économie plus serrée, plus proche de celle qu’il connut lors du tournage du Phantasm originel. Et cette restriction budgétaire vient accompagnée d’une bonne nouvelle, à savoir une plus grande liberté pour le Don, désormais le grand chef du projet et donc possesseur d’une maîtrise totale de son oeuvre. Il ne va d’ailleurs pas se priver de l’utiliser, ramenant devant sa caméra tous les acteurs du premier film, ceux-là même qui lui étaient refusés du temps de Phantasm II. De quoi rassurer les fans les plus mordus de la franchise, bien décidée à continuer à slalomer entre les tombes…

 

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Puisque reprendre les choses là où elles étaient avait plutôt profité à Phantasm II, Coscarelli utilise à nouveau la même technique pour ce troisième volet, la fin de Phantasm II étant le début de Phantasm III. On retrouve donc Reggie, Mike et la petite blonde qu’ils venaient de sauver sur la route, dans un corbillard piloté par le Tall Man et ses sbires. Sans surprise, ils attaquent nos héros, tuant même la demoiselle (c’est ballot après toutes les emmerdes rencontrées pour la sauver dans le deuxième opus !) et envoyant le pauvre Mike dans le coma. Seul Reggie s’en tire à peu près bien, prenant soin de son ami qui, après quelques années passées dans le noir, finit par se réveiller et découvre que son frère Jody, mort dans le premier film, bénéficie d’une nouvelle existence à travers les fameuses sphères assassines. Mais cette réunion ne dure guère et Mike finit par être kidnappé par le Tall Man, forçant le pauvre Reggie à reprendre les armes pour aller sauver les miches de son jeune ami. Heureusement, sa route croisera celle d’un gamin adepte des armes à feu, sorte de Malcauley Culkin bis et dangereux, et une belle black maniant le nunchaku avec la même facilité que ce bon vieux Michaelangelo des Tortues Ninja. Une fine équipe aux talents variés et nécessaires pour mettre sa branlée au Tall Man, qui continue à passer de villes en villes pour faire du monde un véritable no man’s land… Coscarelli l’avoue lui-même : avec ce troisième volet, il avait l’intention de mélanger les deux précédents films. On retrouve ainsi l’aspect onirique du premier, absent du deuxième opus pour cause de producteurs frileux, et la structure scénaristique du second, Phantasm III étant une fois encore un road-movie macabre, ses voyageurs ne visitant pas musées et buvettes mais des cimetières laissés à l’abandon… Le meilleur des deux mondes ? On peut le dire puisque de tout évidence cette belle pelloche devrait satisfaire tous les fans de la saga, qu’ils préfèrent les fantasmes illogiques des débuts ou l’aspect plus fun et visuel de la suite. Bien entendu, les goreux ne jurant que par les effets du deuxième film seront peut-être un poil déçus de voir que les effets spéciaux sont un tantinet moins impressionnants qu’auparavant, la faute à quelques liasses de billets verts manquantes. Pour autant, Coscarelli ne se ménage pas et continue de proposer des péripéties sanglantes et graphiques, même si l’on sent que l’art de la débrouille a fait son grand retour. Ca envoie peut-être un peu moins qu’avant mais l’imagination de cet auteur qu’est Don reste la même et c’est bien le principal.

 

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Ainsi, les mains tranchées du Tall Man se changent en des espèces d’araignées mutantes, les boules d’acier sont plus présentes que jamais et font des ravages, traversant notamment une tête qui se retrouve avec un trou béant en guise de visage, les nains ont toujours des tronches démoniaques, des zombies sortent de leurs tombes et j’en passe ! Il y a du spectacle dans le coin, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on ne se fait pas chier un seul instant devant Phantasm III, doté d’un rythme d’enfer. En employant un récit routier, Coscarelli déplace sans cesse son intrigue, qui rebondit de nouveaux personnages en nouveaux personnages, généralement assez originaux par ailleurs, voire caricaturaux. Car de toute évidence, le réalisateur/scénariste avait envie de s’amuser et est allé piocher son inspiration dans les bandes d’exploitation des années 70, ramenant avec lui une guerrière échappée des meilleurs bandes de la Blaxploitation et des brigands tout droit sortis d’un vieux numéro de Batman, costumes pas possibles sur le dos. Cette troisième aventure pousse également un peu plus loin l’aura de délire déjà trouvable par moment dans le précédent film, preuve en est faite via le perso de Reggie, peu à peu transformé en un équivalent de Ash des Evil Dead. Le pauvre homme, comme Bruce Campbell, en prend plein la gueule, d’abord lorsqu’une araignée atroce rentrant dans son pantalon, ensuite quand une donzelle zombifiée tente de l’éliminer après lui avoir offert une gâterie d’outre-tombe. D’ailleurs, même quand il ne lui arrive aucune déconvenue, le brave Reggie (toujours joué par Reggie Bannister, bien sûr) tranche avec les autres personnages, tous lugubres et déprimés. Alors qu’ils cauchemardent tous d’horreur impossibles, le libidineux Reggie ne songe qu’à la baise, encore et toujours ! De quoi aider un personnage jusqu’ici plutôt secondaire à prendre ses marques de headlinner et le rendre diablement sympathique !

 

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Bien entendu, Coscarelli n’oublie pas non plus l’élément faisant le succès de sa franchise : le spleen mortuaire ! Et il faut bien le dire, le retour de A. Michael Baldwin dans le rôle du plus si jeune Mike joue énormément. Loin de moi l’idée d’aller me plaindre de James LeGros, qui reprit le rôle dans Phantasm II, puisqu’il était sympathique. Mais il ne correspondait peut-être pas tant que cela à la saga, son interprétation étant peut-être trop badass et « classique ». Baldwin, lui, amène une certaine chétivité, une faiblesse, un mal-être correspondant bien évidemment mieux aux Phantasm, d’autant que cela fait un pont plus crédible avec le premier film. Dans le deuxième opus, Mike semblait malgré tout plus relaxé et on ne le sentait pas forcément trop perturbé par les évènements passés. C’est cette fois le cas, Baldwin étant un être inconsolable, presque livide… Dans le même ordre d’idée, le retour de Bill Thornbury dans le rôle du frérot Jody continue de faire de Phantasm III la digne suite de l’original et apporte un soupçon d’espoir triste faisant merveille avec l’atmosphère générale. D’ailleurs, même le Tall Man (l’habituel Angus Scrimm, toujours impressionnant) semble un peu tristounet, une étrange scène permettant de le retrouver pensif dans une pièce entourée de cierges funèbres… Plus que jamais, la saga s’engouffre dans les aspects sombres de la solitude, forçant les esseulés à se mettre ensemble pour former des familles étranges, recomposées. Le thème principal de Phantasm III est cependant moins la perte des proches (comme c’était le cas dans le premier volet) que l’acceptation de sa propre mort. Sentiment renforcé par un final laissant un drôle de goût dans la bouche, cette conclusion étant au moins aussi sombre que celle du premier film, pourtant déjà capable de vous déprimer une hyène. C’est vous dire si ça rigole…

 

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Phantasm III trouve donc l’équilibre parfait entre ses deux ancêtres, sachant alterner humour qui sauter l’élastique du slibard et ambiance d’enterrement à vous faire sourire à l’envers. En prime, il faut bien dire que voir réunis tous les héros du premier film, qui s’étaient perdus de vue durant quinze longues années, fait particulièrement plaisir et renforce encore l’énorme sympathie dont bénéficie le projet. Est-ce que ce troisième opus est meilleur que le premier ? Non. Est-ce qu’il répond aux questions des fans sur les mystères entourant le Tall Man ? C’est limite s’il en ajoute pas de nouvelles ! Est-ce que ça pose problème ? Certainement pas ! Au contraire, le Tall Man se doit de rester mystérieux, bon nombre de croquemitaine ayant perdu de leur aura sinistre une fois leur vie exposée aux yeux de tous ! Coscarelli a créé un monde fantastique, une mythologie fascinante parce qu’elle nous est étrangère, tout comme elle l’est pour les différents protagonistes, parmi les meilleurs que le genre nous ait offert. Car combien de sagas peuvent se vanter d’avoir créé des personnages tangibles, humains, et de les avoir gardés durant trois décennies ? Alors que bien des assassins de pellicules changent d’ennemis comme de chemise, la saga Coscarelli mise sur un petit comité de fortes personnalités, créant peu à peu une petite famille que l’on se plait à retrouver à chaque épisode. Et ça c’est fort, très fort…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Don Coscarelli
  • Scénarisation: Don Coscarelli
  • Production: Don Coscarelli
  • Titre original: Phantasm III: Lord of the Dead
  • Pays: USA
  • Acteurs: Reggie Bannister, Angus Scrimm, A. Michael Baldwin, Bill Thornbury
  • Année: 1994

2 comments to Phantasm III: Le Seigneur de la Mort

  • Roggy  says:

    Très bonne chronique qui m’a donné (encore une fois) envie de me replonger dans cette série mythique ! Merci Rigs 🙂

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