Le Dernier Monde Cannibale

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Alors qu’un japonais vivant au Mexique a récemment décidé de répartir sa femme dans des raviolis pour la servir à ses clients, il est de bon ton de revenir aux origines du cannibalisme. Apportez vos couverts.

 

Les bisseux italiens ne sont pas seulement bon dans la contrefaçon, il leur arrive aussi d’innover un peu. S’ils ont surfé plus que de raison sur la vague de films de requins ou ont grandement participé à l’invasion de film de barbares suite au succès de Conan, les ritals auront tout de même lancé une mode, qu’ils seront quasiment les seuls à entretenir: celle des cannibales. Un engouement que l’on doit bien entendu au succès de Cannibal Holocaust, mais qui débuta avec Le Dernier Monde Cannibale, les deux films ayant le même géniteur: Ruggero Deodato. Il porte donc la paternité des gourmands tropicaux (avec le Au Pays de l’Exorcisme du rival Umberto Lenzi) et c’est un peu sa faute si les gloutons ont envahi les bacs vidéo dans les années 80, se faisant bannir ici et là au gré des mœurs locales. Si Cannibal Holocaust aura défrayé la chronique et choqué son lot de ménagères, il est devenu une œuvre culte avec le temps et est sorti du cercle très sélect des œuvres undeground puisqu’aisément trouvable et disposant même d’un Blu-Ray. Pas comme Le Dernier Monde Cannibale, plus obscur, plus rare, et donc plus intriguant. Lui aussi se taille une réputation de film peu catholique, le genre à se retrouver avec un avertissement gros comme une montagne de dieu cannibale sur la pochette. Allez, préparez vos assiettes, qu’on vous serve votre soupe populaire !

 

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Le film débute comme tant d’autres dans son genre, avec le crash d’un avion dans une forêt sur une île perdue. Les quatre passagers ont survécu mais, comme vous vous en doutez, leur durée de vie en ces lieux est à peu près aussi longue que le passage d’une étoile filante. Du coup, après dix minutes de film, la pauvre femme est déjà kidnappée par des cannibales et bouffée dans la minute tandis que le pilote de l’avion se ramasse une boule blindée de pics sur la gueule. L’expédition commence mal et ne continue pas de meilleure façon puisque le troisième homme (Ivan Rassimov, vu dans de nombreux Gialli) disparaît dans une rivière déchainée. Reste Robert Harper (Massimo Foschi), qui peut sans problème concourir au titre de personnage le plus malchanceux croisé dans un film. Imaginez un peu: le mec est seul, n’a plus rien bouffé depuis un moment et a vu tous ses compagnons mourir. Psychologiquement, il est cramé. Et c’est que le début des emmerdes.

 

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Croisant sur sa route des champignons, il se dit qu’il va pouvoir se remplir la panse et les mange donc avec appétit. Je vous le donne en mille, c’était des champignons non-comestibles, qui le rendent malade et lui font vomir ses tripes. Qui est là pour le cueillir au réveil ? Les cannibales, bien sûr, qui l’embarquent et l’amènent dans leur palace quatre étoiles, une grotte remplie de chauves-souris (mais non pas la Batcave). Là, ils l’attachent à un rocher et s’amusent à déchirer ses habits, histoire de mieux tripoter le sexe. Oui, vous avez bien lu, les cannibales jouent avec sa bite. Et on la voit, en gros plan. Rassurez-vous, les hommes, on voit aussi les nénés des cannibales femelles, vous aurez votre dose de plan nichon, jusqu’à la lie même. Après s’être fait relooker à la mode cro-magnon par les canniboules, le pauvre Robert est attaché à une corde, suspendu dans le vide. Face à lui, un toucan, ou un pélican, bref, un oiseau quoi, que les caverneux jettent en l’air pour le voir voler. Ils font ensuite de même avec Robert, qui fait donc du saut à l’élastique bien malgré lui, comprenant vite que les cannibales sont persuadés qu’il peut voler puisqu’il est venu en avion. Il est donc placé dans une cage avec un toucan et une sorte de faucon. Et c’est que le début.

 

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Par la suite, le malchanceux se voit offrir une golden shower en guise de réveil, quelques jeunes cannibales lui pissant dessus pour s’amuser. Mais le réconfort arrive lorsqu’une jolie cannibale vient le masturber pendant la nuit alors que lui ne désirait qu’un peu d’eau. Une belle histoire d’amour qui commence, vous en conviendrez. Mais le bonheur est de courte durée, Robert comprenant que puisqu’ils pensent qu’il est un oiseau, les cannibales vont se servir de lui comme d’un appât pour attirer les crocodiles, ce qui lui fait un peu peur. C’est décidé, il doit s’échapper! Après avoir assommé deux cannibales, il s’échappe en embarquant la jeune mangeuse d’hommes, sans trop que l’on sache si c’est pour s’offrir un otage ou si c’est pour qu’elle l’aide à survivre. Dans tous les cas, il la viole. Vous vous dites « arf, la pauvre demoiselle, c’est rude, elle doit être triste ». Ben faut croire que chez les cannibales, le viol c’est un peu comme une demande en mariage, car la jeune dame va lui apporter un copieux petit-déjeuner (trois limaces, deux crevettes et cinq cloportes, quoi) en guise de remerciement. Après tout, le pauvre homme mérite de manger, vu toutes les emmerdes qu’il a traversées ! Tiens, il a même eu une sangsue collée à la queue ! Mais non je ne parle pas de la cannibale ! N’empêche qu’il aimerait bien rejoindre son avion et se tirer de cet enfer vert…

 

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Si l’on peut sourire à toutes les péripéties qui tombent sur la gueule de notre héros, il faut tout de même se dire que les spectateurs ne devaient pas rire dans les années 70. Et ils riaient encore moins aux scènes chocs du film, surtout scène de la naissance du petit cannibale, qui nait dans une rivière et qui est balancé par sa mère dans la gueule d’un crocodile. Rassurez-vous, aucun chiard n’a servi de crackers à un croco durant le tournage, la scène n’étant pas particulièrement graphique, mais suffisante pour attirer la colère des anti-avortement. On se souvient aussi du film pour ses nettement moins amusantes scènes de cruauté animalières… Quand ce ne sont pas des animaux filmés en train de s’entretuer (une chauve-souris est victime d’un serpent), ce sont les humains qui font le travail, comme lors de la tristement célèbre séquence de l’exécution du crocodile. Pas de trucages dans ces parties, les animaux sont aussi réels que leur mort, faisant tomber le film dans un voyeurisme aussi gore que morbide et, à vrai dire, totalement inutile. Pas vraiment le genre de trucs qui attirent la sympathie, Ruggero Deodato ayant même été menacé de poursuite. Le réalisateur se défend d’avoir tourné ces scènes, expliquant que c’est son producteur qui s’est permis de filmer ces rituels cannibales et les ajouter au montage dans son dos, estimant que le film manquait de violence. On veut bien croire Deodato, mais s’il n’a pas filmé ces animaux sacrifiés pour Le Dernier Monde Cannibale, il aura bien du mal à nous faire croire qu’il n’a pas tourné celles de Cannibal Holocaust, où des singes et des tortues ont été tuées pour les « besoins » du film. Si les regrets de Deodato sur ces sacrifices peuvent être sincères, ses excuses ne sont guère crédibles…

 

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Du coup, face à ces scènes d’une absurde cruauté, les scènes gores sur les humains semblent bien gentilles. Il y a pourtant un corps démembré qui sert ensuite de festin pour les cannibales, qui s’en mettent plein la gueule. Des scènes qui ne sont pas aussi dures que peuvent l’être celles des films du genre suivant, comme le sexe coupé de Cannibal Ferox, mais qui reste assez gores pour maintenir l’intérêt des amateurs de viande froide, ici réchauffée. Des scènes horrifiques pas spécialement mise en valeur, le concept faisant la force de la chose. Car il ne faut pas trop compter sur Deodato pour élever le niveau, réalisateur moyen, rarement inspiré. Il nous offre tout de même quelques plans sympathiques, comme l’arrivée de Robert dans le village des cannibales, observés par ces êtres d’un autre temps, fantomatiques et droit comme des piquets. Mais pour le reste, nous sommes en face d’une pure œuvre d’exploitation, de ces films qui essaient de placer en un seul film tout ce que le spectateur ne verra jamais ailleurs, peu importe que la mise en scène ne soit pas parfaite. Deodato devait d’ailleurs avoir d’autres chats à fouetter que sa réalisation, lui qui devait composer avec des acteurs qui n’en étaient pas… En effet, les cannibales sont joués par de vrais indigènes, Deodato racontant même que certains étaient de vrais mangeurs de chair humaine se nourrissant d’un clan ennemi. Mais le réalisateur raconte beaucoup de choses, jamais avare en anecdotes. Les animaux sacrifiés ça ne le rend pas bavare mais lorsqu’il peut signaler que l’actrice Me Me Lai qui joue la belle indigène a désiré coucher pour de vrai lors de sa scène du viol alors que son mari assistait au tournage, il ne se gêne pas. Il précise même que c’était un karatéka qui aurait volontiers cassé la gueule de Massimo Foschi. Difficile de connaître le vrai du faux avec Ruggero…

 

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Le plus triste, c’est que Le Dernier Monde Cannibale aurait été largement meilleur sans ces scènes de cruauté animalière. Si le film n’est pas particulièrement bien réalisé, il est assez bien construit et jouit d’un assez bon suspens. On se demande à quelle sauce va être mangé Robert, surtout que ces indigènes ne sont même pas tendre entre eux, attachant l’un des leurs pour le laisser se faire bouffer le bras par des fourmis. Et voir cet homme civilisé être obligé de redescendre au niveau de ses poursuivants pour survivre n’est pas dérangeant non plus… Cet Ultimo Mondo Cannibale est donc l’un des rares bons films que l’on n’a pas envie de défendre, sa confection étant bien trop nauséabonde pour attirer sur Deodato quelque sympathie que ce soit, d’autant qu’il n’a pas appris de ses erreurs, les recréant dans son Cannibal Holocaust. Et ne parlons pas de la prétendue histoire vraie annoncée au début du film, c’est une vaste blague, Deodato s’étant inspiré d’un fait divers éloigné du récit de son film. Dommage, son premier effort placé sous le signe des anthropophages était pourtant un agréable film d’aventures…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ruggero Deodato
  • Scénarisation: Renzo Genta, Tito Carpi, Gianfrance Clerici
  • Production: Erre Cinematographica
  • Titres: Ultimo Mondo Cannibale (ITA), Jungle Holocaust (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Massimo Foschi, Ivan Rassimov, Me Me Lai
  • Année: 1977

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