Maniac Nurses

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L’automne est enfin là, venu avec ses reposantes chutes des feuilles et sa palette de couleurs allant de pair avec cette mort temporaire de Dame Nature. L’ennui, c’est que cette saison, la plus belle, amène également son lot de rhumes et de rhinopharyngites, obligeant le bisseux à aller consulter son généraliste alors qu’il pourrait passer du bon temps devant une bonne série Z. Et si Maniac Nurses et ses infirmières cinglées étaient le juste milieu permettant de se soigner en s’amusant ?

 

 

Vous le savez déjà : dans la Toxic Crypt, on est plutôt branchés Troma. Et étant Belge, votre serviteur ne peut qu’être intéressé par Maniac Nurses, proposition du plat-pays distribuée par la firme dégoulinante de Lloyd Kaufman. Ce n’est pas la seule bande sentant bon la frite trouvable dans le catalogue des potes à Toxie puisque viennent également de mon beau pays les Rabid Grannies et Parts of the Family. Le dernier cité partage d’ailleurs son réalisateur avec le Maniac Nurses dont il est question aujourd’hui, à savoir le sympathique Léon-Paul De Bruyn, un véritable passionné du cinoche d’exploitation. Et désireux de rendre hommage à tout ce pan du cinéma qu’il affectionne, De Bruyn met au point un récit, alors très vaguement formé, prenant son inspiration dans la nazisploitation, dans les WIP (pour Women in Prison), dans les œuvres de Russ Meyer et bien évidemment dans tout l’imagerie gore de la Série B et Z. Après avoir trouvé des possibilités de tournage en Hongrie, où la main d’œuvre est peu chère et professionnelle, Léon-Paul s’envole pour les USA pour y rencontrer Kaufman et lui vendre son idée, à l’époque surtout basée sur le fouettage de demoiselles. Séduits, Kaufman et son comparse Michael Herz acceptent de distribuer le projet, à condition que le réalisateur y aille mollo sur le cul, la Troma craignant d’être associée à une firme faisant dans le porno. Plutôt frustrant pour Léon-Paul de Bruyn, assez porté sur les plaisirs charnels, mais au moins le contrat avec le papa de Toxic Avenger permettra à son œuvre une large distribution, un beau coup de projecteur… Au fond, qu’importe si Kaufman retitre le film en Maniac Nurses finds Ecstasy (renforçant étrangement le côté érotico-porno par ailleurs, lui qui voulait éviter ça…), ce petit rajout ne changeant pas grand-chose à l’affaire, le principal étant que l’œuvre existe. Elle se fera en tout cas remarquer, devenant même culte aux yeux de certains, s’attirant par la même occasion quelques ennemis, certains spectateurs n’hésitant pas à rapprocher De Bruyn d’Ed Wood (comme si c’était une insulte !) en y allant de leurs « C’est le plus mauvais film jamais fait » et autres sentences balancées sans la moindre réflexion. Car Maniac Nurses, s’il est définitivement un film « autre », n’est certainement pas aussi mauvais que certains le pensent…

 

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Léon-Paul de Bruyn l’avoue lui-même : son propre script, il ne le comprend pas toujours, le metteur-en-scène reconnaissant volontiers qu’il était plus concentré sur les aspects visuels de son film que sur son récit. En somme, le Belge préfère les formes au fond, ce que l’on comprend vite lorsque l’on découvre les jolies Hongroises venues se balader en petite tenue devant son objectif. Un tournage pas désagréable, forcément, d’autant que comme l’auteur le confiait dans l’excellent entretien paru dans le Vidéotopsie 15, cela partouzait sévère sur le plateau, les mœurs étant libres sur Maniac Nurses. Belle ambiance que celle de cette petite communauté vivant quasiment en autarcie durant toute la production. Meilleure en tout cas que celle trouvable dans le film, qui inverse les humeurs tout en conservant finalement un point de départ guère éloigné de la réalité du tournage. Car si l’on y trouve aussi de jolies filles vivant dans une belle et ancienne demeure, l’entente n’y est pas aussi bonne, la jalousie et la rancœur s’immisçant entre ces demoiselles meurtrières dont le grand plaisir est le meurtre et le kidnapping d’innocents, bien vite torturés dans les sous-sols de la demeure. Ainsi, la sadique Greta jalouse la belle mais dérangée Sabrina, protégée d’Ilsa, la chef de la troupe. Mais un lourd secret entoure la relation entre Ilsa et Sabrina, relation que l’on comprend incestueuse puisque l’une est la mère de l’autre. Bien entendu, Sabrina n’en sait rien, et c’est justement cette ignorance que cette manipulatrice de Greta désire combler, histoire de mettre le bordel dans leur drôle de communauté. Voilà à peu près le scénario, comme vous le voyez réduit à sa plus simple expression et surtout perçu comme un prétexte pour aligner les jolies filles. Comment Léon-Paul De Bruyn parvient à tirer 75 minutes de ce petit postulat de base ? Tout d’abord en implantant dans tout cela des passages que l’on pourrait qualifier d’aléatoires, des scènes gratuites sans réels liens les unes avec les autres, tout juste dirigées par l’envie de les voir imprimées sur la pellicule. Ainsi, un brave jardinier ira reluquer la belle Sabrina par la fenêtre tandis que celle-ci, bien sûr à moitié nue, s’amuse à faire semblant de tirer avec un revolver, comme une enfant. Mais lorsqu’elle voit le voyeur, elle lui envoie bien évidemment une bastos dans la tronche, faisant chuter l’indélicat, qui finira sa course en allant s’empaler sur l’un des nains de jardin qu’il venait d’aligner ! Une séquence gratuite résumant assez bien Maniac Nurses, une pelloche décidée à ne rien se refuser et se foutre des conventions.

 

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Ainsi, De Bruyn épice son sujet de plusieurs passages dont le but est d’allonger un peu l’affaire, certes, mais aussi et surtout de proposer un zeste de violence et rendre hommage à tout un pan du cinéma de genre dont il est un véritable mordu. Et puisqu’il a les Ilsa dans le collimateur, il ramène bien évidemment de pauvres innocents dans la cave des infirmières démoniaques pour qu’ils y soient fouettés. Et quand elles découvrent des gens en train de camper ou de se balader sur le bord de la route, nos démones ne peuvent s’empêcher de les éliminer (tête explosée au fusil à pompe au menu !) ou de les capturer pour en faire de nouveaux esclaves, rappelant donc que si elles sont bien jolies (sacré casting de beautés), elles sont aussi très vilaines. De toute évidence, Léon-Paul de Bruyn ne s’est guère posé de questions sur le sens de son histoire, se contentant finalement de créer des images qui lui plaisent, collant au plus près à ses passions, ici réunies en un seul et même film. Ne manque d’ailleurs que les monstres japonais, une autre grande passion du Dark Prince of Cult comme le réalisateur est parfois appelé ! Ainsi, la pas si douce Sabrina (parce que bon, elle a beau avoir un air angélique, la demoiselle est une sacrée psychopathe !) passe ses journées dans son lit, à poil, à lire des comics guerriers lui permettant de rêver un peu, des passages résumant finalement bien les centres d’intérêt de De Bruyn : les jolies femmes et l’exploitation sous toutes ses formes. Surtout les plus rebondies, bien sûr ! Sans surprise, le Flamand s’attarde sur les courbes de ses dames dès qu’il le peut, Maniac Nurses étant bien évidemment assez érotique. Mais avec une certaine tendresse, un certain respect, cependant, De Bruyn cherchant des angles plutôt artistiques, rendant son travail moins putassier que son sujet le laissait imaginer. Bien sûr, tout le monde se dessape et se caresse sans que cela soit particulièrement justifié dans le scénario, mais cela passe plutôt bien, en grande partie grâce à une ambiance bon-enfant et un certain sens de l’humour. Voir à cet effet la scène où Ilsa se remémore la naissance de son enfant, né avec un tatouage d’Elvis sur la poitrine ! Très drôle et assez clair quant aux intentions fofolles de Léon-Paul, qui va jusqu’à nous coller du texte sur l’écran, tels quelques noms, triés sur le volet comme vous allez le voir, comme ceux d’Adolf Hitler, Caligula ou Ed Gein.

 

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De même, une très présente voix-off ramène encore un peu plus de légèreté dans la bobine, d’une part en rappelant les œuvres de Russ Meyer, d’une autre en donnant une allure de documentaire au tout. En effet, ce narrateur détaché, de sa belle voix, s’amuse à commenter les faits et gestes des unes et des autres, revenant sur leurs traumas, sur leurs envies, sur leurs actions, comme il le ferait pour un troupeau de lions dans la savane. Même si cet ajout sonore a surtout été dicté par le besoin de clarifier l’intrigue (les Hongroises parlaient si mal l’anglais que leurs scènes furent coupées au montage, de prime leur manière de bouger les lèvres rendaient la post-synchro difficile…), il contribue à sa manière à rendre l’extrême simplicité du scénario acceptable en donnant la sensation qu’au fond le but de De Bruyn n’était pas de raconter un périple de A à Z mais plutôt de faire partager une parcelle d’existence, celle de quelques donzelles dérangées. Et vu sous cet angle, Maniac Nurses passe ainsi assez facilement, même si Léon-Paul De Bruyn se tire une petite balle dans le pied en étirant chaque scène, parfois jusqu’au ridicule. Ainsi, la chasse de quelques campeurs voit la décidément très méchant Greta poser un piège pour un jeune homme, étirant un fil tranchant pour que le pauvre gaillard s’ampute tout seul. Ca ne loupe bien évidemment pas et le zigoto se retrouve allégé de ses pieds, le tout sous le regard froid d’une Greta peu décidée à s’émouvoir du sort d’autrui. Et cette simple scène durant laquelle madame regarde monsieur en train d’agoniser et pleurer son sort dure et dure, encore et encore, s’étirant au-delà du raisonnable ! Même constat pour plusieurs autres passages, qui peuvent mieux passer cependant, comme ce long, pour ne pas dire interminable, strip-tease dans le salon. L’une des filles se lance en effet dans une danse lascive sous les regards de ses bonnes amies, assises ou allongées au sol, sans doute un peu shootées. Une séquence durant une éternité mais très plaisante, d’une part parce que voir une jolie fille danser nue n’est pas problématique, d’une autre parce que la musique, très hard FM, passe bien. Mais aussi parce que la voix off y met son grain de sel, apportant une légère poésie déviante et amusée, et que De Bruyn a ajouté des spirales hypnotiques sur l’image. Et elles fon bien leur boulot, les spirales, puisque le spectateur se retrouve envoûté par ces interminable minutes, d’une incroyable inutilité, mais finalement les plus belles du film ! On n’en dira peut-être pas autant de ces rushs sortis de Pigalle, l’équipe étant partie à Paris pour capter quelques images vouées à rallonger encore un peu plus le film. Pour le coup, ça étire un peu trop, justement…

 

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Inutile de le cacher, d’ailleurs : Maniac Nurses est un film assez lent malgré les nombreuses péripéties s’y succédant. C’est que tout le monde semble sous valium dans le coin, ce qui n’est pas sans rappeler le cinéma de Jean Rollin, plus porté sur les belles images que sur le rythme. D’ailleurs, De Bruyn ne livre pas une réalisation particulièrement énergétique, lui aussi se concentrant sur la beauté de ses plans, comme s’il était plus désireux d’immortaliser certains instants, certaines poses, que de raconter une histoire. Cela fonctionne d’ailleurs assez bien, donnant à l’œuvre un certain charme, une certaine identité, d’autant que le tout est techniquement réussi vis-à-vis des standards de la série Z. Le travail de De Bruyn n’a pas à rougir face à ceux de certains de ses collègues les plus cités comme Jim Wynorski, Fred Olen Ray ou David DeCoteau, son Maniac Nurses étant plus travaillé (beaux éclairages, cadrages parfaits et souvent mémorables) et bénéficiant en prime d’un sens artistique plus développé que chez ses confrères. Et, osons le dire, d’une certaine sensibilité loin d’être déplaisante. Finalement, force est de constater que notre belge ami livre très exactement ce que l’on pouvait espérer d’un film portant le nom Maniac Nurses finds Ecstasy et ceux qui se plaignent du caractère fauché et nébuleux de la bande devraient revoir leurs exigences car il était clair qu’avec pareil titre ce n’était pas Il était une fois l’Amérique qu’ils allaient voir ! Car on tient là un pur Z sympathique, original, livrant tout ce que l’on peut attendre de lui : du gore peu crédible mais amusant, des jolies filles et de la nudité, une certaine légèreté et de la folie. Et surtout, et c’est bien le principal pour le bisseux, des scènes que l’on ne trouvera jamais ailleurs ! Comme un égorgement accidentel, Sabrina glissant sur un crapaud (!) tandis que sa lame lacère une gorge. Comme cette incroyable séquence lors de laquelle un gars prend (mollement) la fuite et finit par croiser Ilsa et couche avec elle alors qu’il a des folles armées de mitraillettes au cul. Comme cette longue opération voyant Sabrina charcutée par ses amies, qui lui tranchent même les guibolles avec une tronçonneuse. Ce qui n’empêche pas la belle d’être en pleine forme le lendemain, sans la moindre cicatrice ! Alors c’est sûr, tout cela n’est pas très académique et si Maniac Nurses provient d’une école, c’est la buissonnière. Mais n’est-ce pas ce qu’on attend du bis ? Qu’il soit libre et surprenant ? Quels que soient ses défauts, Maniac Nurses l’est assurément, libre et surprenant.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Léon-Paul De Bruyn
  • Scénarisation: Léon-Paul De Bruyn
  • Production: Léon-Paul De Bruyn, Roy C. Castle
  • Pays: Belgique
  • Acteurs: Susanna Makay, Hajni Brown, Celia Farago
  • Année: 1990

4 comments to Maniac Nurses

  • Léon-Paul de Bruyn  says:

    Superbe article! Non seulement parce que l’analyse du film et de mes motivations est des plus justes, non seulement parce que j’y décèle un véritable amour du cinéma que j’aime mais aussi et surtout parce que c’est diablement bien écrit, qu’il y a un véritable amour du texte et que c’est un plaisir à lire! Merci Rigs!!!

  • Le Fanzinophile  says:

    Quand je lis cette critique je regrette d’autant plus de n’avoir pas assisté à la projection du film lors du Bloody Weekend 2014; pour pouvoir aussi écouter Léon-Paul de Bruyn parler de son film. Mais il était tellement tard!

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