Cannibale Fanzine 2, 3 et 5

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Après avoir reluqué le splendide numéro 4 de Cannibale Fanzine, votre vieux pote Rigs a eu la bien légitime envie d’aller foutre sa truffe dans les autres propositions de l’association Cannibale Peluche. Et comme les Havrais ont récemment publié leur cinquième offrande, le timing était parfait pour se pencher aussi sur les deuxième et troisième numéros…

 

Sans aller jusqu’à dire que je suis d’humeur à jouer les fainéants, je dois bien vous avouer que je n’ai pas franchement envie de radoter. Du coup, plutôt que de vous présenter à nouveau l’association Cannibale Peluche, je vous renvoie tout naturellement vers mon papelard sur le numéro 4 de Cannibale Fanzine, qui introduisait (en tout bien tout honneur hein) ces bisseux du Havre. Puisque les présentations ne sont plus à faire, on peut entrer sans attendre dans le vif du sujet avec les retours sur les numéros 2, 3 et 5, tous chopés sur La Petite Boutique de Medusa (allez-y, c’est de la bonne came) en commençant par le début, parce que c’est plus commode et que j’ai envie. En route donc pour le numéro deux, plutôt accueillant puisque sa couv’ nous montre le Belge (chouette, un compatriote) Jean-Jacques Rousseau, bien sûr cagoulé et en train de faire un drôle de bras d’honneur. Débarqué en septembre 2011, ce numéro ne coûtant que 3 malheureux euros est ce que l’on peut appeler un fanzine « à l’ancienne ». Comprendre que les feuilles sont agrafées et que la maquette était encore assez rudimentaire à l’époque, écrite noire sur blanc mais avec une belle générosité concernant les photographies, en joli nombre et toujours bien choisies. Ce n’est pas la maîtrise formelle des numéros 4 et 5 (rappelons que Cannibale Fanzine est désormais l’un des plus beaux zines sur le marché), c’est certain, mais on ressent un vrai plaisir, diffèrent, en parcourant cette publication puisque l’on a la douce sensation de revenir aux débuts d’une aventure. Le lien se crée peut-être plus facilement entre un lecteur et les rédacteurs lorsqu’il tient entre ses mains un zine encore à l’état d’embryon, avec cette sensation d’être en comité restreint, pour ne pas dire entre amis. Maintenant que l’ambiance est plantée, passons au sommaire, pas moche du tout et revenant donc sur Rousseau, un habitué des pages havraises, le réalisateur que l’on regrette fort s’y invitant très régulièrement, pour ne pas dire systématiquement. Le cagoulé est en tout cas mis à l’honneur dans le numéro 2 puisque sa vie y est résumée et une bonne partie, voire la majorité, de ses films sont chroniqués. L’occasion de regretter encore un peu plus son décès, car que l’on aime ou pas ce que faisait le bonhomme, qu’on le connaisse ou non, force est de reconnaître que cela faisait du bien de savoir qu’existait, dans son petit coin, quelqu’un de diffèrent proposant un cinéma singulier. Ceux qui ne le connaissent pas encore peuvent en tout cas foncer sur ce numéro 2 de la revue puisqu’ils y découvriront de franches bizarreries comme L’Histoire du Cinéma 16, Furor Teutonicus, La Revanche du Sacristain Cannibale, Les Maitresses du Docteur Loiseau et autres L’Amputeur Wallon. Un autre monde… Tiens, tant qu’on est en Belgique (vous me direz, j’y suis toujours, moi), parlons de la très franche et agréable interview de ce sacré bisseux qu’est Christophe Lemaire, qui revient avec plaisir sur sa carrière, profitant de l’occasion pour dire, sans langue de bois, ce qu’il pense du cinoche horrifique français contemporain. Bien sûr, les peluches bouffeuses de viande humaine n’en restent pas aux territoires wallons et s’aventurent dans d’autres contrées bis. On aura ainsi droit à du zomblard français (Le Lac des Morts-Vivants, La Revanche des Mortes-Vivantes), du cadavre asiatique qui gigote encore (Kung-Fu Zombie) ou encore des drôles (enfin, façon de parler) de vampires philippins (Vampire of Quezon City). Ajoutez à cela du rock indien, de chaudes lectures et les rubriques habituelles et vous obtenez un fanzine qui arrache !

 

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Un an plus tard, en octobre 2012, déboule la suite avec le numéro 3. Pas de grands bouleversements mais une amélioration constante et ce à tous les niveaux, dont graphique ! Ainsi, si le zine garde ses agrafes, tout le reste évolue, la mise-en-page gagne en organisation et élaboration avec l’arrivée de Thomas Carpentier dans les rangs des peluches, apportant désormais des belles formes au beau fond du zine. La recette reste en tout cas la même, à savoir plein de petits articles entourant un plus grand, l’incontournable dossier/interview d’un réalisateur atypique. C’est cette fois Daniel Daert qui passe sur le grill, histoire de faire connaissance avec cet artiste méconnu (je ne le connaissais d’ailleurs pas, je vous le dis franco !). Evidemment, l’entretien est long et intéressant, allié aux chroniques des films du monsieur, qui permettent de faire un beau tour d’horizon de l’univers Daert, bien bis comme il faut comme le prouvent certains titres de films. Les Filles de Malemort, Fureur Sexuelle ou Les Félines, ça fleure bon le cinéma de quartier, non ? Le reste ne manque pas de gueule non plus et je citerai en premier lieu un excellent papier sur le cinéma de genre Nigérien, visiblement bien taré dans son style et ultra-généreux au niveau de la quantité de films produits. L’occasion de causer de tout ce pan du cinoche maboule vient d’ailleurs du docu Nollywood Babylon, que votre serviteur est bien décidé à visionner… Egalement au menu : les retours sur les séances organisées par le collectif, une chro de Les Larmes d’un Héros, une rencontre avec le réal Marc-Henri Boulier, un beau détour par des représentations théâtrales dans l’esprit du Grand-Guignol ou encore des lectures (dont un Médusa) ! Bref c’est la classe, ce qui ne surprend pas d’un zine qui se tape l’affiche du superbe Amer Beton en quatrième de couverture !

 

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Enfin, on arrive au petit dernier, tout beau, tout chaud, débarqué cet été pour embellir les journées à la plage. Et je peux vous dire qu’on ne regarde plus les gonzesses (ou les mectons pour mes quelques lectrices) lorsque l’on tient le numéro 5 de Cannib’Zine ! Visuellement, c’est du même tonneau que le quatrième : papier glacé, maquette au top et des illustrations en pagaille, autant dire que c’est du lourd de chez lourd ! Le contenu est bien sûr à la hauteur du contenant et c’est l’amusant Jean-Louis Van Belle que l’on trouve sur le trône de l’interviewé, le réalisateur du Sadique aux Dents Rouges, bisserie culte s’il en est, racontant sa drôle de vie. Car tout son parcours est retranscrit ici, de sa chahutée vie d’enfant à ses aventures cinématographiques, le tout avec une belle sincérité et une noble simplicité. Bien évidemment, toute l’équipe du zine chronique tous les films du gaillards, du moins tous ceux qu’ils ont pu voir, donnant encore une fois une bonne idée de ce que ce réalisateur méconnu emballait. Ce n’est bien sûr pas tout et on croise au long de ce numéro à la splendide couverture un retour sur le montage alternatif de Raising Cain, un autre sur les films de cette belle camionneuse qu’est Rosa Gloria Chagoyan, les activités parallèles de Jorg Buttgereit (visiblement très porté sur les pièces radiophoniques) ou encore le cinoche coquin de Doris Wishman. Pour finir en beauté on a droit à une rétrospective de ces romans fous qu’étaient les Maïk, une triple chronique de films pas catholiques et quelques reviews de fanzines, dont le Vidéotopsie 14. Bon, les peluches ont un peu de retard sur ce coup là, c’est vrai, mais qu’importe, il n’y a pas de date limite pour causer zine ! Vous l’aurez compris, retrouver Hyacinthe Cannibale, Cunégonde Peluche et tous leurs amis est toujours un vrai ravissement, Cannibale Fanzine étant définitivement l’une des meilleures revues trouvables en ce moment. Ne boudez donc pas votre plaisir et foncez dans ce coton sanglant, vous en apprendrez de belles, Jean-Louis ou non !

Rigs Mordo

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