Nikos The Impaler

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Vous avez été déçus de la huitième aventure de Jason Voorhees, censée se situer dans les rues New-Yorkaises mais qui se déroulait principalement sur un paquebot ? Et bien Andreas Schnaas a pensé à vous en démoulant un vrai petit slasher urbain qui, pour le coup, ne ment jamais sur la marchandise !

 

 

Le gore et le cinéma bis allemand, ça a toujours fait bon ménage. Rappelez-vous donc les joyeux méfaits de Jorg Buttgereit et ses Nekromantik ! Et si l’on remonte plus loin, on peut également songer au culte La Marque du Diable, certes réalisé par un Anglais mais bel et bien produit par des schleus, nouvelle preuve que le gore teutonique ne date finalement pas d’hier. Et oui, au pays d’Angela Merkel, on ne fait pas dans la demi-mesure, c’est ainsi, et ce n’est pas sur le brave Andreas Schnaas qu’il faut compter pour voir la tendance s’inverser. Car à l’instar de ses amis Olaf Ittenbach ou Timo Rose, notre mangeur de choucroute fait dans la tripaille et vous pouvez être certains de voir sortir de la saucisse de Francfort d’un bide ou deux à un moment ou un autre de ses œuvres. Il faut dire que le gaillard, par ailleurs hautement sympathique, avait déjà donné le ton dès sa première réalisation, Violent Shit, sortie en 1989. Pas de doute, on était dans le gros Z, voire même le cinoche amateur, qui laisse des taches sur la moquette, et l’aspect rudimentaire de la chose ne l’empêcha pas d’obtenir une petite aura de culte. La preuve : les ritals ont récemment emballé un remake de ce slasher sans le sou ! Juste retour des choses puisque Schnaas a réalisé de son côté une fausse suite au classique de Joe D’Amato avec son Anthropophagous 2000. Reste que cela prouve que le fait de taper dans la boucherie pure et dure a réussi à l’ami Andy, qui continua sa carrière dans la viscère au fil des Violent Shit 2, des Infantry of Doom ou d’un Demonium un peu plus gothique qu’à l’accoutumée. Un joli petit chemin pavé de cervelle écrasée qui mena le réalisateur jusqu’à Nikos The Impaler, emballé en 2003 et sorti, comme la plupart des autres films du gaillard, chez Uncut Movies. Quoi de plus normal vu l’intérêt de l’éditeur français pour la viande bien saignante ? Reste que sa boucherie, Schnaas la délocalisera aux USA, histoire de changer un peu d’air et salir les rues de New York…

 

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Il y a un millénaire de cela, un certain Nikos, barbare roumain de son état, commettait les pires crimes, alignant les carnages dans la joie et la bonne humeur, tant et si bien qu’il finit par taper sur le système de ses voisins. Chacun d’entre eux ayant perdu un proche à cause de cette brute épaisse, ils décident fort légitimement de lui faire sa fête en l’éviscérant et en faisant cramer ce qu’il reste de son corps. Mais comme à peu près tous les méchants fricotant plus ou moins avec la magie noire, le Nikos promet de revenir un jour pour continuer le carnage, ce qui ne loupera bien évidemment pas lors d’une exposition sur l’art roumain où était entreposé le casque du tueur. Car après une fusillade entre un voleur d’art et un gardien, le masque du monstre est aspergé de sang. Il n’en faut pas plus au costaud pour revenir et remettre le bordel dans les environs, forçant un professeur d’histoire roumaine et sa compagne à partir à la chasse au sauvage… Ne cherchez pas plus de scénarisation dans Nikos The Impaler, il n’y en a tout simplement pas, le récit se contentant du strict minimum en assumant son statut de prétexte au charcutage d’innocents. Schnaas, tout comme la plupart de ses confrères contemporains, se voit d’ailleurs régulièrement reprocher son manque d’assiduité lors de l’écriture de ses scripts, notamment par Alexandre Bustillo qui, dans le hors-série de Mad Movies sur le cinoche gore, déplorait que la « nouvelle vague » de réalisateurs goreux made in Germany ne tentait jamais de faire passer de messages. En somme, et le journaliste/réalisateur n’a pas tort, on ne retrouve jamais dans l’œuvre de Schnaas la profondeur et le propos dont dispose celle d’un Buttgereit. Mais en même temps, l’Andreas n’a jamais caché son envie de réaliser du gore « pop-corn », comme il le nomme lui-même, dont le but est de vider la cervelle de ses spectateurs en défonçant celle de ses protagonistes à coups de marteaux. Schnaas fait dans le divertissement extrême et ne cherche à aucun moment à draper son spectacle de quelque considération intellectuelle, assumant son statut de petit artisan sans chercher à se positionner comme un grand penseur du genre. Et soyons honnêtes : même s’il en avait l’intention, il n’en aurait peut-être pas les capacités, ni financières ni artistiques. Le bonhomme baigne dans des budgets le confinant au Z le plus pur tandis que sa réalisation fait toujours très amateur, même lorsqu’il dispose d’une équipe complète de techniciens professionnels. Alors finalement, qu’il en reste aux slasher basiques n’est certainement pas un mal au vu de ses moyens.

 

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Et basique, Nikos l’est puisque tout le principe du film se résume à ce simple principe : Nikos se ballade dans New York, passant de lieux en lieux, pour y décimer tout ce qui lui tombe dans la paluche. Simple, oui, mais efficace ? Pas au départ en tout cas, Schnaas prenant bien trop de temps pour en venir aux faits, se perdant tout d’abord dans une trop longue scène d’exposition dans une salle de classe, servant à résumer l’histoire de Nikos, dont la simplicité n’en demandait pas tant. D’autant que nous avions déjà eu droit à un flashback plus efficace pour planter le décor, passage suffisamment clair pour que l’on fasse l’impasse sur cet ennuyeux cours sur les maniaques venus de Roumanie… C’est lent, très lent, et ça ne passe pas la seconde tout de suite puisqu’il faut encore attendre que passe toute la partie dans l’exposition, Schnaas filmant quelques vieillards ou étudiants en train de se moquer des différents tableaux qu’ils sont venus reluquer. Ce ne serait sans doute pas aussi chiant si les acteurs étaient bons et la réalisation un peu plus travaillée, malheureusement le brave Andy s’est contenté de placer sa caméra où il pouvait pour capturer en vidéo les mimiques de comédiens jamais convaincants. Pour dire, durant tout ce temps, on a surtout l’impression de voir un mauvais porno mettant trop de temps à tomber la culotte, ce qui n’est jamais un bon signe… Heureusement, tout s’accélère lorsque le gros Nikos sort de son sommeil, débutant le massacre sans même prendre le temps de se doucher ou de prendre le petit-déjeuner. Pour le coup, si le spectateur pouvait se plaindre de ne pas avoir assez de meurtres à se coller sous la dent, il va être bien servi puisque le reste du métrage n’est pour ainsi dire qu’une suite ininterrompue d’étripage. Et tout le monde y passe ! Mémé coupée en deux dans le sens de la longueur, son vieil époux tabassé avec son appareil photo, homosexuel égorgé dans les chiottes, étudiant débile décapité, première de classe empalée, coach sportif écrasé par un poids de musculation, cliente de vidéoclub a la bouche transpercée par une lame, demoiselle au sein arraché,… Nikos ne fait pas de quartier et ne trie certainement pas ses victimes, éradiquant toute personne passant dans son périmètre… Mais est-ce que tout cela ne devient pas un peu lassant au bout d’un moment ?

 

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Pas vraiment. Tout du moins à condition d’apprécier la série Z et les slasher, condition sine qua non pour passer un agréable moment devant Nikos The Impaler, bisserie bien évidemment assez bas du front. C’est de toute façon assumé par Schnaas, bien conscient qu’il n’était pas en train de torcher un nouveau 2001, l’odyssée de l’espace. Preuve en est faite avec le manque de sérieux de l’ensemble, rappel que l’équipe n’était pas dupe du niveau de la chose, quelques touches humoristiques débarquant régulièrement, histoire de souligner encore un peu l’aspect incongru de cette rencontre entre un barbare bien old-school et la modernité de New York. Il faut voir le maousse Nikos traverser la route en grognant sur les voitures pour le croire, notre grand enfoiré faisant d’ailleurs bien plus de ravages en ville que son cousin Jason dans le huitième Vendredi 13, petite arnaque ayant énervé plus d’un fan de la saga. Schnaas n’entube personne, lui, et la promesse de voir un maboule écharper tout le monde dans les rues de la grosse pomme est tenue. L’Allemand essaie par ailleurs de varier les lieux, Nikos visitant tout le quartier, passant d’un cinéma à une salle de sport, d’un bar pour lesbiennes à un vidéoclub, ne quittant un lieu que lorsqu’il l’a totalement vidé de toute vie humaine. Un vrai tank, le bonhomme ! Notons que si le Roumain utilise principalement son épée ancestrale, il est également un fin magicien, l’occasion rêvée pour Andreas Schnaas de verser dans le délire le plus total. Si cela débute relativement gentiment avec l’éclair qu’envoie Nikos sur une bagnole pour la faire exploser, cela devient nettement plus fou lorsque notre boogeyman zédeux utilise ses pouvoirs pour extraire des personnages de fictions d’une poignée de VHS. Des VHS tapant dans le bis, bien entendu ! Ainsi, Nikos se voit désormais entouré d’une vampire, d’un duo de ninjas, d’un zombie et même d’Hitler, qui a par ailleurs mangé trop de gateaux! Des apparitions n’apportant pas grand-chose au film, si ce n’est une douce odeur de folie. Un peu comme les différents caméos trouvables dans le coin, seulement présents pour faire un petit clin d’œil aux fans du cinéma de genre indépendant. On remarquera ainsi dans le vidéoclub ce bon vieux Lloyd Kaufman, venu cabotiner comme un dingue tout en faisant la promotion des films de la Troma, et la toujours sexy Debbie Rochon. Toujours dans la catégorie Scream Queen de la série B, on reconnaîtra Tina Krause dans le rôle d’Eva Braun (qui finira par faire une pipe à ce profiteur de Nikos !) ainsi que Felissa Rose, premier rôle féminin du film, dont vous vous souvenez forcément pour son rôle d’Angela, la petite fille à bite de Sleepaway Camp ! Elle incarne ici la petite amie de l’héroïque prof, incarné par Joe Zaso, un baroudeur du Z (souvent allemand puisqu’il est aussi dans Demonium et Barricade) au visage un peu particulier, légèrement tête-à-claques en fait, la faute à son drôle de sourire. Vous voyez les programmes sur vos PC vous permettant de déformer votre visage via la caméra ? Ben lui c’est pareil mais au naturel ! Quant à Schnaas, il se réserve le beau rôle, si l’on peut dire, puisqu’il joue le furieux Nikos. Tant qu’à faire !

 

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Évidemment, Nikos The Impaler n’est pas un chef d’œuvre et multiplie les défauts inhérents à ce type de production. L’image est moche, la réalisation sans génie et assez mal foutue, les interprètes sont mauvais comme Mimie Mathy et, le plus emmerdant de tous les soucis ici présents, c’est bien trop long. Car sur les 100 minutes que dure la bande, Schnaas aurait facilement pu en faire sauter une vingtaine, principalement au début, histoire de rentrer dans le vif du sujet un peu plus rapidement… Mais malgré tout cela, Nikos entraine une certaine sympathie, tout simplement parce que c’est généreux en gore (évidemment !), que l’on sent une volonté de bien faire et même une certaine simplicité. Celle d’un amoureux du cinoche d’horreur qui a tout simplement envie d’en faire à son tour, et qu’importe si ses essais ne sont pas toujours très bons. Schnaas a bien conscience de faire des films ne vivant finalement que le temps de leur vision, et non pas des classiques grandissant en leurs spectateurs. Son but est tout simplement d’amuser durant 90 minutes, en toute modestie, et il y a une certaine forme de noblesse là-dedans qui rend l’entreprise aimable. D’autant que vu le large bodycount (on approche la cinquantaine de morts, quand même !) et le rythme de croisière du meurtrier, les slasherophiles ne crachant pas sur un bon gros Z bien cheesy devraient en avoir pour leur argent. En prime, la belle galette de chez Uncut Movies propose quelques agréables bonus, comme un making-of et des entretiens, ce qui ne gâche rien !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Andreas Schnaas
  • Scénarisation: Ted Geoghegan
  • Production: C.C. Becker
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Andreas Schnaas, Joe Zaso, Felissa Rose
  • Année: 2003

5 comments to Nikos The Impaler

  • Roggy  says:

    Tu sais que je ne suis pas un fan de gore qui tâche et, malgré ce très bon papier, je pense que je passerai mon tour 🙂

  • Roggy  says:

    Ok, ça me rassure alors si tu le compares à « Braindead »…

  • ingloriuscritik  says:

    Ben si je tombe dessus il y a plus de chance que je me le fasse que le Grec de TF1 !!!
    Une fois n’est pas coutume un très bon papier et comme souvent qualitativement supérieur a « l’œuvre » défendue .Mais encore un fois donc tu m’a empalé…le cristallin ( ne me méprend pas, jeune scout !).

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