Les Survivants de l’Infini

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Puisque le mot « migrant » est sur toutes les bouches en ce moment, autant en profiter pour sortir du tiroir Les Survivants de l’Infini, classique de la science-fiction nous montrant justement quelques zigotos aux fronts démentiels venir voir si l’herbe n’est pas plus verte chez nous !

 

Attention, cette chronique révèle des éléments importants de l’intrigue !

 

Ce n’est pas que je veuille à tout prix jouer les passéistes, d’autant que la science-fiction contemporaine sait proposer de belles choses (Les Gardiens de la Galaxiiiieeee, Edge of Tomorrow ou Snowpiercer pour en citer quelques-uns et éviter de passer pour un vieux con à même pas trente ans), mais force est de reconnaître qu’en la matière, les années 50 avaient une sacrée gueule. Planète Interdite, Le Jour où la Terre s’arrêta ou La Guerre des Mondes, histoire de nommer les plus évidents, le prouvent à chaque nouvelle vision et à la liste doit s’ajouter Les Survivants de l’Infini, alias Terreur sur l’Univers pour quelques Belges ou This Island Earth pour le reste du monde. Un chouia moins connu que les œuvres citées précédemment, ce film de Joseph M. Newman (War of the Planets, Le Cirque Fantastique) (par ailleurs visiblement aidé par Jack Arnold pour certaines séquences sur Metaluna) sorti en 1955 n’en est pas moins une œuvre importante du genre, de celles qui peuvent se vanter d’engendrer de belles répercussions et d’avoir traversé les époques à sa manière. Ainsi, les fameux habitants de la planète Metaluna, et surtout leur féroce mutant à tronche d’insecte, sont devenus des figures emblématiques du cinéma fantastique, s’affichant volontiers sur les couvertures de magazines, quand ils ne prêtent carrément pas le nom de leur planète à des fanzines ou mags pros. Notons par ailleurs qu’Alain Schlockoff et Jean-Pierre Putters, les deux rivaux/ennemis de la presse bis française, ont tous deux utilisé ce nom pour leurs fanzines, Schlockoff à la fin des années 60, Putters au milieu des années 2000. Et comme chacun sait, JPP fera évoluer son prozine en magazine suite à sa rencontre avec Rurik Sallé, pour une aventure malheureusement de courte durée. Mais revenons-en à nos moutons galactiques en faisant atterrir nos vaisseaux sur Metaluna, la vraie, un globe sur lequel il ne fait visiblement pas bon vivre mais qui reste un fabuleux piège à touristes !

 

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Alors qu’il s’éclate à voltiger dans tous les sens à bord de son avion, le réputé scientifique Cal Meacham (Rex Reason, également à l’affiche de La Créature est parmi nous, dernier volet de la trilogie The Creature from the Black Lagoon) voit les commandes de son coucou de fer ne plus répondre. Plus étrange encore, notre nouvel ami ne s’écrase pas la face au sol, un étrange rayon verdâtre semblant maintenir son engin en l’air et l’aidant à se poser sans drame. Mais lorsque notre génie sur pattes commande une pièce de remplacement pour son avion, il reçoit à la place un étrange condensateur, vite suivi de pièces électroniques permettant la construction d’un Interociteur, machine totalement étrangère à ses connaissances et à celles de son fidèle assistant. Curieux, les deux hommes décident de monter le bazar, qui leur permet d’entrer en communication avec un certain Exeter (Jeff Morrow, lui aussi dans La Créature est parmi nous mais aussi The Giant Claw), homme plutôt poli mais doté d’un front large comme un écran de drive-in. Le gaillard leur explique que la construction de l’Interociteur était un test visant à jauger les capacités de Meacham et qu’il l’a brillamment passé, gagnant un passeport pour un laboratoire secret, planqué en Géorgie, où se déroulent d’importantes recherches. Meacham accepte la proposition et se retrouve alors entouré d’autres scientifiques, eux aussi conviés après avoir monté le meuble Ikea, dont une certaine Ruth Adams (Faith Domergue, It Came from Beneath the Sea, Cult of the Cobra), mais également d’autres hommes avec un front de cinquante centimètres, dont certains semblent même avoir un cul placé au sommet. La preuve par l’image :

 

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Bien entendu, Meacham trouve que tout cela est bien bizarre et commence à se poser des questions, finissant même par tenter de s’enfuir avec Ruth et un autre scientifique (incarné par Russell Johnson, vu dans L’Attaque des Crabes Géants et It came from Outer Space), qui finira par ailleurs calciné dans sa bagnole, des rayons lasers écarlates lui faisant sauter le capot. Meacham et Ruth sont tout de même plus chanceux puisqu’ils sont embarqués dans une soucoupe volante, Exeter leur révélant sa nature d’alien venu de Metaluna, planète vers laquelle il se dirige. Son plan était simple : il voulait réunir les plus brillants scientifiques de la Terre pour qu’ils viennent aider son peuple, en proie à une violente guerre contre les Zagons, extra-terrestres que l’on ne verra jamais mais que l’on devine très méchants puisqu’ils balancent des météorites sur les Metaluniens. Metaluniens qui songent même à venir vivre sur notre belle planète bleue, qu’ils jugent paisible (ils ont pas regardé les infos, les mecs !). Ce qui ne branche pas franchement Meacham, désireux de partir de cette planète perdue d’avance au plus vite… Si vous n’avez jamais vu This Island Earth, ce qui par ailleurs est fort dommage pour vous, autant vous prévenir d’emblée : le résumé ci-dessus représente plus que le début du film et revient sur la quasi-intégralité du métrage, vous étant seulement épargnée la fin du récit. Il me faut ainsi prévenir ceux qui espèrent que toute l’affaire, ou en tout cas sa majorité, se déroule sur Metaluna : ce n’est pas le cas. Les Survivants de l’infini se découpe en vérité en deux partie : une sur Terre et une dans l’espace. Cela décevra peut-être les fantasticophiles ne jurant que par les voyages intergalactiques, mais qu’ils se rassurent, ce n’est pas parce que la première moitié se situe sur le plancher des vaches qu’elle est mauvaise, loin de là. Au contraire, elle plante parfaitement l’histoire, prenant son temps juste ce qu’il faut et développe un joli suspense. Ce qui serait d’ailleurs impensable de nos jours, tout film présentant des Martiens ou Vénusiens étant pour ainsi dire obligé de les montrer très rapidement sous peine de voir les spectateurs quitter la salle en criant au remboursement… Peut-être que ces premières bobines misant plutôt sur le mystère et une atmosphère un brin sournoise (après tout, Exeter semble proposer un paradis vicié, dont le véritable paysage semble à découvrir) ne plairont pas aux plus pressés, qui seront sans doute plus ravis par la suite des évènements, il est vrai fabuleuse…

 

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Car si les débuts sont des plus agréables, c’est bien évidemment le voyage dans les étoiles qui constitue le gros morceau du film, son attraction principale. Et en vrai films à effets spéciaux qu’il est, This Island Earth met le paquet en la matière et émerveille toujours, soixante ans après sa sortie ! Matte-painting de folie, maquettes séduisantes, costumes pas prêts d’être ridés, explosions et fumigènes charmants, incrustations réussies, tout y est pour le bonheur des petits et des grands, qui risquent fort de cracher des arcs-en-ciel par les globes oculaires ! Il y a en effet de l’image culte au kilo dans le coin et l’on pourrait proposer le film de Newman en roman-photo sans que quiconque ne vienne à s’en plaindre ! Voir ou revoir l’avion des héros sous une étrange orbe verdâtre et luisante, la dévastée planète Metaluna, l’apparition du fameux mutant (malheureusement trop peu présent à l’écran, la bête ne débarque qu’à la toute fin du film !), la voiture forcée d’éviter les lasers ennemis ou les vaisseaux des Zagons livrant des météorites (si elle est refroidie, c’est gratuit) permet de revenir à une époque où les petits bisseux en devenir sortaient des salles de cinéma avec quelques frissons collés au corps, certes, mais aussi et surtout des rêves gravés à vie. Les Survivants de l’Infini possède cette bonne odeur d’artisanat, de fantastique confectionné avec le cœur, ce qui est autant visible de par les effets, bien sûr très soignés, que par un scénario intéressant à plus d’un titre. Ainsi, comme je l’annonçais en préambule, on peut faire une petite comparaison entre le film et l’actualité, les Metaluniens étant au final des migrants en devenir plutôt mal accueillis. Car si le duo d’humains présentés comme des héros ne les envoie pas chier, on sent bien que l’idée de vivre en harmonie avec les hommes au grand front ne leur est guère agréable… Ce qui par ailleurs donne une étrange idée de l’héroïsme et de la bonté des protagonistes principaux, ces quelques secondes montrant les visages médusés et surpris dans le mauvais sens de Ruth et Cal dévoilant qu’ils ne sont pas franchement prêts à recevoir un peuple sur le point d’être décimé… Plutôt étonnant.

 

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Vous l’aurez compris, votre serviteur toxique considère This Island Earth comme un classique du genre, une œuvre maîtresse de la SF qui mérite largement d’être redécouverte. Malheureusement, le DVD sorti en 2008 par Swift Productions ne s’est pas franchement fait remarquer et il y a fort à parier que de nombreux fans potentiels sont passés à côté. La galette est par ailleurs encore trouvable pour qui cherche bien mais mieux vaut tout de même ne pas trop tarder avant d’en faire l’acquisition, car il est fort probable qu’elle devienne un introuvable dans quelques temps… Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joseph M. Newman, Jack Arnold
  • Scénarisation: Franklin Coen et Edward G. O’Callaghan
  • Production: William Alland
  • Titre original: This Island Earth
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rex Reason, Jeff Morrow, Faith Domergue
  • Année: 1955

4 comments to Les Survivants de l’Infini

  • Roggy  says:

    Un très grand film de SF à l’ancienne au charme suranné mais certain. Un classique à voir et à revoir !

  • princecranoir  says:

    Vu il a trrrrrrrès longtemps, je n’en garde que le souvenir de ces quelques photogrammes qui illustrent ton très complet décryptage du film. L’histoire que tu nous narres m’est depuis devenue totalement étrangère.

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