Wishmaster

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Qui n’a jamais rêvé de trouver une putain de lampe magique pour pouvoir la masturber un bon coup, en faire gicler cet enfoiré de génie et lui demander la collection complète des œuvres de Charles Band, une énorme figurine de Batman en train de démonter le Joker ou des comics du Punisher ? Personne ! Alors imaginez le même bordel en version Série B horrifique, avec un badguy venu de l’association Make a Wish en option !

 

 

Mais où sont les Freddy, les Jason, les Pinhead, les Candyman et autres boogeymen charismatiques qui inondaient jadis nos écrans ? A la retraite depuis un bon moment pour la plupart, de retour de temps à autres et sans trop y croire pour les autres. Et la relève ? Elle se fait cruellement attendre, peu de candidats pointant finalement à l’horizon tandis que les rares bons profils n’ont pas nécessairement le temps de marquer les esprits. C’est que la période des franchises à quatre ou cinq opus est finie et un boogeyman, s’il dispose d’une simple séquelle, peut déjà s’estimer très heureux. Il y a bien le gros Victor Crowley de la saga Hatchet/Butcher qui peut se vanter d’avoir donné naissance à une petite trilogie, cet increvable Jason moderne, le charme en moins, parvenant à se constituer une petite fanbase avec les années. Mais sinon c’est le grand désert, avec de temps à autres un mirage nommé Jeepers Creepers ou Wolf Creek, le seul nomade de l’horreur à être parvenu à tutoyer les sommets de popularité de ses ainés étant Saw, franchise tenace s’il en est. Mais si l’on met de côté Jigsaw et ses sbires, nous sommes obligés de remonter à 1997 et l’arrivée dans le paysage gore d’un certain Djinn, et pas un qui a été taillé chez Lee Cooper mais plutôt par Wes Craven, ici producteur et surtout attribut promotionnel. Car à la fin des années 90, le défunt Wes était clairement le roi du monde de l’épouvante, la sortie de Scream lui ayant permis un retour fracassant au Valhalla du genre. Du coup, la moindre Série B, le moindre téléfilm un brin horrifique voyait le blase du papa de Freddy Krueger venir se coller sur l’affiche, histoire de faire croire au chaland que celui qui filma les exactions de Ghostface était également derrière la caméra pour Dracula 2000, They et autres Terreur. Et donc Wishmaster, en vérité mis en boîte par Robert Kurtzman, l’un des trois fondateur de K.N.B avec Greg Nicotero et Howard Berger et gaillard à qui l’on doit les beaux maquillages d’Evil Dead 2, The Hidden, La Fiancée de Re-Animator ou plusieurs épisodes des Freddy. Autant dire que le zig connait bien son sujet, ce qu’il nous prouve avec Wishmaster, sa deuxième réalisation après The Demolitionist.

 

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Nous sommes en l’an 1127 et un empereur perse à la chance d’avoir sous sa coupe l’un des fameux Djinns. Le principe est simple : en bon génie qu’il est, le Djinn offre à celui qui l’a réveillé trois vœux. L’entourloupe, c’est qu’une fois le troisième vœu réalisé, des hordes de Djinn débarqueront dans notre monde, qu’ils contrôleront désormais. Heureusement, un sorcier arrive à temps pour empêcher son empereur de faire un troisième souhait et enferme le Djinn dans une opale, réglant le compte de ce monstre faussement généreux pour quelques siècles… Jusqu’à ce qu’un certain Beaumont, collectionneur d’art, fasse venir jusqu’aux Etats-Unis une statue renfermant la pierre précieuse, statue qui se fracasse au sol suite à la négligence d’un grutier un peu trop alcoolisé. L’opale voyage alors de mains en mains avant d’atterrir dans celles d’Alexandra, jeune adulte qui réveille d’ailleurs le Djinn en soufflant un peu sur le bijou. On notera d’ailleurs que le monstre ne se réveille pas lorsque la statue se casse la gueule avec fracas alors qu’un petit coup de mistral sur la teub et Môssieur se redresse bien en forme ! Quoiqu’il en soit, le Djinn ne perd pas le nord et fait tout pour retrouver la demoiselle, pressé qu’il est de lui exaucer trois vœux pour que ses petits potes aussi laids que lui viennent danser la lambada sur les croupes humaines. Mais Alexandra n’est pas comme l’empereur perse et compte se taire lorsqu’il le faut… Une lutte, surtout psychologique, s’enclenche donc entre nos deux protagonistes principaux. Ce qui saute aux yeux avec Wishmaster et apporte immédiatement la sympathie sur le projet, c’est la volonté claire qu’a Kurtzman de rendre hommage au cinéma d’horreur tout au long du métrage. Ainsi, le fameux Djinn a été conçu pour faire un gros clin d’œil aux monstres sacrés des années 80, et en particulier à Freddy, Pinhead et Candyman, dont il reprend quelques caractéristiques pour forger sa personnalité sans pour autant les citer trop lourdement et oublier d’exister par lui-même. De même, le récit se permet quelques coups de coudes aux amoureux du fantastique et de la SF, plusieurs personnages se ramassant des noms de romanciers du style tandis que quelques dialogues ou circonstances renvoient clairement à la série culte La Quatrième Dimension. Enfin, on notera que la musique est signée Harry Manfredini (ça se sent, elle est assez passe-partout), monsieur qui mit les meurtres de la famille Voorhees en musique… Et puis il y a le casting, et là c’est la fiesta !

 

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On sent bien que le poto Robert a croisé du beau monde au cours de sa carrière dans les maquillages et effets spéciaux, beau monde qui revient jouer la comédie pour lui dans Wishmaster ! On croise ainsi quelques boogeymen venus souhaiter la bienvenue au petit nouveau qu’est Andrew Divoff, qui incarne le Djinn (on y reviendra), comme Robert Englund, Kane Hodder ou Tony Todd, que l’on ne présente plus depuis bien longtemps… On ne peut de toute façon pas les louper, chacun étant mis en valeur et tué d’une manière ou d’une autre par la relève, visiblement bien décidée à montrer qui a la plus grosse ! Tandis que l’un se retrouve en train de vomir une créature dégueulasse, les autres sont traversés comme du verre ou enfermés dans une boîte remplie de flotte, Houdini style ! Bref, le bisseux aura reconnu ces braves gars faisant clairement partie des VIP du genre, mais il sera peut-être passé à côté d’autres caméos, bien entendu plus brefs. Comme Angus Schrimm, le terrible croquemort des Phantasm, qui fait ici la narration au début du film (mieux vaut avoir une VO sous la main pour le reconnaître, donc) ou George Buck Flower, le barbu du bis croisé dans Puppet Master 2, Invasion Los Angeles, Maniac Cop ou Fog. Comme Reggie Banister, là encore un membre de la troupe Phantasm, placé dans la peau d’un malheureux pharmacien, ou Joseph Pilato, le mémorable militaire salopard du Jour des Morts-Vivants. Ou encore comme Ted Raimi, frère de Sam, bien évidemment un habitué des séries B et Z ! Inutile de préciser que se retrouver au milieu de ce rassemblement de bandits du bis refile une gaule herculéenne à un cinéphile biberonné aux eighties… Et comme on pouvait s’y attendre de la part de Kurtzman, l’ambiance générale colle au plus près à l’époque des vidéoclubs, tous comme les dialogues et un certain second degré s’alliant à une horreur très graphique.

 

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Ce qui colle d’ailleurs d’enfer avec le caractère du Djinn, un enfoiré de première qui prend plaisir à vois les autres souffrir, tout en s’autorisant quelques petites vannes sorties de l’humour le plus noir. Ainsi, lorsque l’empereur perse demande à son bon ami de lui montrer des merveilles, le Djinn s’amuse à éliminer les personnes du palais via des méthodes improbables. Pauvre homme transformé en serpent, squelette déchirant un corps pour en sortir et visages défigurés sont quelques exemples des merveilles selon l’esprit dérangé du Djinn, qui remettra le couvert plus tard dans le film, lorsqu’un personnage souhaitera que sa fête soit mémorable. Ni une ni deux, notre enfoiré vivant dans la joaillerie transperce le bon peuple avec des épées, leur lacère la gueule avec des cordes de piano (et un petit caméo de Kurtzman, un !) ou fait sortir de leurs tronches des bestioles à vous faire dégueuler H.P. Lovecraft en personne ! Party Hard ! Des fiestas pareilles, c’est pas lors des spring break que vous en trouverez… De fait, le Djinn a une personnalité intéressante, et représente finalement le mal incarné, bien mieux que la plupart de ses collègues de pellicule. Grâce à un maquillage très réussi, notre salopiaud se choppe un regard qui ne laisse que peu de doutes sur ses ambitions et ses plaisirs, guère éloignés de ceux d’un Pinhead. On notera d’ailleurs une scène où quelques personnages sont suppliciés dans l’antre du Djinn, des chaînes leur écartant la peau pour mettre leurs organes à l’air. De quoi foutre la bave aux lèvres à un certain Clive Barker, non ? Louons d’ailleurs la prestation d’Andrew Divoff, parfait dans le rôle d’un diable prêt à faire tourner la tête à tous les Faust de la planète. Avec le maquillage, il fout les jetons. Sans, il les fout aussi, son petit sourire carnassier et son regard perçant faisant des merveilles, d’autant que son aspect aristocratique souligne un peu plus la finesse de son humour macabre. Divoff est un bon gars, c’est un fait, et il aurait mérité une carrière faite de films plus importants… Il vole en tout cas la vedette à l’héroïne, jouée par une Tammy Lauren un peu fadasse qui a bien de la peine à nous convaincre quand elle mime la douleur, laissant imaginer la tronche que doit avoir Isabelle Nanty lorsqu’elle accouche… Mais ce premier rôle féminin en demi-teinte est bien le seul défaut de Wishmaster, avec peut-être quelques séquences faiblardes, Kurtzman ne parvenant pas à passionner les foules hors des passages avec son monstre. On se fout un peu des victimes, osons le dire, et les dialogues sur leurs vies semblent très forcés… Mais pour le reste, c’est du tout bon !

 

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On appréciera en premier lieu les effets gores, bien entendu, très généreux et inventifs, le principe des vœux permettant tout et n’importe quoi. Le Djinn est un vilain très permissif et le scénariste Peter Atkins (derrière tous les films de la saga Wishmaster mais aussi la plupart des Hellraiser, ce qui explique les quelques similitudes) profite de cette liberté pour aligner les mises à morts originales et marquantes. Mais réduire Wishmaster au gore est une erreur à ne pas commettre, le petit plus de ce bon gros B étant sa dimension psychologique et le combat mental opposant le Djinn à celle qui l’a libéré. Car contrairement à un Jason ou un Michael Myers, voire même un Freddy, le Djinn est soumis à des règles strictes : il ne peut attaquer ou tuer si personne n’en a fait le vœu et a clairement besoin que la personne qui l’a réveillé en fasse trois. Sans cela, les Djinn en train de patienter dans leur monde peuvent faire une croix sur le buffet… Ce qui entraine une lutte particulière, loin d’être physique, mais plutôt tactique, chacun des deux camps tentant de piéger l’autre par voie verbale, le Djinn tentant de prendre son adversaire en traitre en espérant qu’il utilisera des phrases comme « j’aimerais tant… », « je voudrais… » ou « je souhaite que… ». Notons d’ailleurs que la conclusion est plus que satisfaisante, la demoiselle se débarrassant du démon de manière plutôt intelligente. De toute évidence, Kurtzman a ici signé un petit classique du genre, pas un chef d’œuvre inesquivable, mais un divertissement qui s’assume tout en étant moins bête qu’il n’y parait. On regrettera bien qu’aucun projet de même envergure ne fut placé dans les mimines du réalisateurs, ses œuvres suivantes comme The Rage ou Buried Alive n’ayant disposé ni du même soin de la part des producteurs, ni du même engouement de la part du public. Dommage, Kurtzman faisait sans doute partie de ces talents naissants que l’on n’aura pas laissé se développer, Wishmaster disposant d’une réalisation très efficace. Il faut croire que le bon Robert n’a pas fait les bons vœux…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Robert Kurtzman
  • Scénarisation: Peter Atkins
  • Production: Wes Craven, Pierre David, Clark Peterson, Noël Zanitsch
  • Pays: USA
  • Acteurs: Andrew Divoff, Tammy Lauren, Robert Englund, Chris Lemmon
  • Année: 1997

6 comments to Wishmaster

  • Dirty Max  says:

    Ah il est bon ce Wishmaster ! Tu développes très bien toutes les subtilités et les plaisirs (les effets, le casting) de ce B horrifique hautement recommandable. En plus, le Djinn est un chouette boogeyman, très inventif dans son genre. Dommage que Kurtzman n’ait pas fait aussi bien avec ses autres films en tant que réalisateur…

  • ingloriuscritik  says:

    Je ne vais pas faire dans la redondance après le com de Dirty Max…comme d’habitude un papier très agréable a lire, et qui apporte un bel éclairage sur un bon Bis, très sous-estimé. Mais tu as tout dit, et très bien! Envie de le revoir, car il est coincé dans ma vidéothèque . Je vais frotter sur la jaquette, du coup ….

  • Roggy  says:

    Je rejoins mes deux camarades sur la qualité de ta chronique pour ce film d’horreur bien branlé (façon de parler hein 🙂 ) au casting quatre étoiles. Plus beaucoup de souvenirs des suites mais je ne pense pas qu’elles aient atteints le même niveau.

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