Phantasm II

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Don Coscarelli a une paire de boules en acier et est bien décidé à les poser sur la table ! Et vu la très bonne tenue de cette première séquelle de son film culte Phantasm, on ne lui demandera pas de cacher ses attributs métalliques !

 

 

 

La Universal a beau avoir apporté au genre horrifique son âge d’or et ses premiers vrais succès populaires, elle perdit de son influence dans le domaine du macabre en même temps que ses plus grands monstres s’offraient un peu de repos, remplacés par les Freddy Krueger, Leatherface et autres Jason Voorhees. Bien sûr, le studio ne laissa pas tomber le genre dans les années 80 et continuait de mettre quelques liasses dans des projets du style, comme L’Emprise des Ténèbres, Prince des Ténèbres, Massacres dans le Train Fantômes, The Thing ou encore Vidéodrome, pour n’en citer que quelques-uns, mais aucune franchise claire et populaire ne se profilait dans leur maison. Certes, ils avaient participé à la naissance des deuxième et troisième Halloween, une aventure qui tourna court, et ils continuaient à étendre les univers de Psychose et Les Dents de la Mer, mais ces deux sagas perdaient peu à peu en puissance et en vitesse… Il était donc temps de se bouger le derche, d’autant qu’un certain brûlé avec un gant griffu prenait de plus en plus de place dans le paysage cinématographique, ne laissant que des miettes à la plupart de ses rivaux… Heureusement, l’un des producteurs exécutifs du studio connaissait bien son sujet puisqu’étant un grand passionné d’horreur en plus d’avoir été l’agent de Coscarelli quelques années auparavant. Inutile pour lui d’aller cherche plus loin : donner suite à Phantasm semblait être la meilleure option possible, le premier volet ayant été un beau succès alors qu’il coûta peanuts. Même Don Coscarelli, géniteur du premier film, se laissa séduire à l’idée de la naissance d’un Phantasm II, lui qui pourtant jurait encore quelques temps auparavant qu’il n’avait aucunement l’envie de revenir dans le cerceuil du fameux Tall Man qu’il créa. C’est que le réalisateur se considèrait avant tout comme un faiseur de fantastique et de science-fiction plus que d’horreur et craignait un peu d’être enfermé dans le genre, refusant d’ailleurs les diverses propositions de suites offertes par les tenanciers des sagas Les Griffes de la Nuit ou Massacre à la Tronçonneuse. Mais après tout, son Ator commencait déjà à dater de six années et il était sans doute temps de reprendre le chemin des plateaux, la décision d’emballer Phantasm II étant encore facilitée par l’idée de reprendre les choses là où le premier opus les avait laissées…

 

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Souvenez-vous (et attention ça va spoiler la fin du premier volet), Phantasm premier du nom se terminait dans la déprime la plus totale, celle du jeune Mike Pearson, qui pleurait la perte de son frère aîné, mort dans un accident de voiture comme nous l’apprenait Reggie, l’ami glacier de la famille. Mais pour Mike, la raison de cette perte est plutôt à chercher du côté du Tall Man, croque-mort lugubre (pléonasme ?) trafiquant de bien étranges choses dans son mausolée, visiblement aidé par une horde de nains maléfiques confectionnés avec les corps des défunts qu’on lui apporte. Et Reggie a beau tenter de persuader Mike que tout cela n’était qu’un atroce cauchemar, rien n’y fait, l’enfant est convaincu que ses songes sont moins trompeurs qu’il n’y parait. Sentiment renforcé par la visite du Tall Man dans sa piaule, ses minions miniatures attrapant Mike dans un dernier sursaut… Ainsi finissait donc Phantasm : de manière noire et pessimiste. Comment donner suite à pareille conclusion ? En y collant au plus près, à vrai dire, le brave Reggie se rendant compte que son pote Mike a des ennuis à l’étage avant d’aller le sauver, non sans faire sauter la baraque des deux frangins dans le même temps. Mais si l’enfant a la vie sauve, il la passera dans la blancheur d’un asile, ne parvenant à en sortir que bien des années plus tard, sept si l’on veut être précis, notre jeune héros faisant le jeu des psychiatres pour qu’ils le laissent s’envoler. Pour vivre une vie paisible ? Certainement pas ! Car Mike est plus convaincu que jamais que ses rêves sont des indications sur les agissements du Tall Man, toujours en activité. Sentiment renforcé par la rencontre onirique faite avec Liz, une demoiselle également hantée par la gigantesque silhouette noire… Persuadé que son amoureuse, qu’il n’a rencontrée qu’au palais de Morphée, court un grand danger, Mike court auprès de Reggie pour le convaincre de prendre les armes et aller démolir la face du croquemitaine qui a ruiné sa vie. Si Reggie n’y croit pas au départ, il est bien obligé de se rendre à l’évidence quant à l’existence du croque-mort lorsque ce dernier élimine toute sa famille en faisant exploser leur bicoque… Reggie et Mike se lancent alors dans une virée punitive, passant de petites villes en petites villes, de cimetières en cimetières, espérant retrouver le Tall Man avant qu’il ne mette la main sur Liz… Si Coscarelli a longtemps balayé l’idée d’une suite à son classique, c’est certes pour ne pas se sentir à l’étroit dans l’effroi (il y finira tout de même, malgré lui) mais également parce qu’il ne se sentait pas capable de continuer son histoire, la visualisation d’une continuation lui semblant impossible. Inutile de rappeler que nous sommes bien heureux de voir qu’il a surpassé cette petite difficulté…

 

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Universal oblige, l’enveloppe allouée à Coscarelli pour mettre en boîte Phantasm II est nettement plus épaisse que celle dont il disposait à l’époque du premier film, près de dix ans plus tôt. On parle tout de même d’environ trois millions de dollars, soit un budget dix fois plus large que celui du premier opus, et c’est d’ailleurs le plus gros de toute la saga Phantasm, tout en étant l’un des plus petits de la Universal dans les eighties ! Mais ces liasses ne viennent pas sans quelques désavantages, l’ami Don n’étant plus nécessairement le capitaine à bord, ses nouveaux producteurs lui faisant comprendre que le premier film était bien bon mais aussi un peu trop complexe pour le grand public. Aux oubliettes l’aspect onirique et indécis du récit et hors de question de trop miser sur les rêves de Mike, réduits à leur plus simple expression. Contrairement à l’original, Phantasm II devra être clair, très clair, et les spectateurs devront tout comprendre immédiatement sous peine de fâcher la puissante Universal. De même, il n’est pas question à la base que Reggie Bannister, interprète de Reggie (facile à retenir, non ?), et Michael Baldwin, interprète de Mike dans le premier, reprennent leurs rôles, le studio désirant des acteurs plus typés beaux gosses, comme Brad Pitt qui se présenta d’ailleurs à l’audition pour le rôle de Mike avant de repartir bredouille. Mais hors de question pour Coscarelli de lâcher ses deux amis, les producteurs décidant alors de couper la poire en deux en lui laissant la chance de garder l’un des deux comédiens. Don décida de garder Bannister avec lui, engageant par la suite James LeGros (Point Break) dans le rôle d’un Mike qui ne fera pas l’unanimité auprès des fans de la saga. Phantasm II est d’ailleurs l’unique volet de la franchise à ne pas réunir l’entièreté du casting du premier film, le personnage du grand frère, Cody, étant également absent de l’intrigue tandis que Michael Baldwin reviendra pour les épisodes suivants…

 

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Sans trop de surprises, les moyens plus cossus permettent à cette séquelle de se montrer plus démonstrative que son prédécesseur. Plutôt soft si l’on met à l’écart le passage de la sphère réduisant en bouillie le cerveau d’un employé des pompes funèbres, Phantasm premier du nom misait plus volontiers sur l’ambiance, sur une douce mélancolie. Sa suite, sans doute pour rester dans la course avec les délires du père Krueger, se veut donc plus visuelle et laisse la part belle aux trucages et effets spéciaux. Les fameuses sphères volantes sont donc bien plus présentes ici, s’offrant une sacrée séquence lors de laquelle elles pourchassent Mike et Liz à travers tout le mausolée du Tall Man, traversant les portes et les corps pour se frayer un chemin jusqu’à leurs cibles. Un moment de bravoure, à n’en pas douter, surtout lorsque l’engin de mort finit sa course dans la bouche, bien évidemment déformée, d’un malheureux… Et pendant ce temps-là, le sympathique Reggie se lance dans un combat de tronçonneuses avec un sale gaillard masqué lors d’un affrontement dantesque. Et la liste des folies ne s’arrête pas là, ce qui est bien normal puisque Greg Nicotero et Robert Kurtzman furent engagés, permettant par exemple une fin marquante (mais temporaire) pour le Tall Man mais aussi et surtout une découverte proprement dégueulasse. A savoir une jeune fille avec un énorme trou dans le dos dont sort le croque-mort sous forme de ver monstrueux. Effet garanti ! Coscarelli est en prime devenu un meilleur réalisateur et les moyens mis à sa disposition lui permettent d’offrir quelques plans mémorables, comme celui de la sphère poursuivant Mike et Liz à travers plusieurs portes, qu’elle éclate sans mal. Sans conteste, le spectacle est au rendez-vous et bien difficile sera celui qui se fait chier devant Phantasm II, susceptible de plaire aux quelques spectateurs trouvant le premier trop lent. Ce second volume des aventures du Tall Man est un road movie ne se refusant aucune scène d’action, en témoigne l’arsenal utilisé par les héros, qui va du lance-flamme au double fusil à canon scié. Pas de doute, nous sommes dans du Bigger and Louder qui s’assume !

 

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Mais ce que ce volet gagne en divertissement, il le perd également en émotion, en ambiance, voire en intérêt. Car à trop vouloir séduire les fans de Freddy, Phantasm II oublie également que l’identité de son premier volet tenait à sa sensibilité, à sa manière très crédible de traiter le deuil. Phantasm traitait de la perte d’êtres chers, de la solitude de ceux qui restent et du déni. Phantasm II le fait aussi à sa manière puisque les personnages sont les mêmes et subissent de nouvelles déconvenues mais sacrifie tout cela à l’autel du fun, le Tall Man perdant également un brin de son côté effroyable pour balancer une ou deux blagounettes dont on se passerait bien. N’allez pas croire que je me plains de m’être amusé, d’avoir passé un bon moment, vous ne pourriez pas être plus éloignés de la vérité. Mais il se trouve que malgré ses personnages identiques, ses décors du même ordre que ceux du premier, c’est-à-dire un peu gothiques sur les bords et ses thèmes plus sombres qu’à l’accoutumée, la saga prend ici un tournant un peu plus conformiste, un peu plus conventionnel. De plus, en dévoilant son horreur de matière plus graphique, Coscarelli enlève un peu de mystère, voire à ce sujet les nains monstrueux, finalement plus efficaces lorsque l’on ne voyait pas leurs visages. Et cela déçoit peut-être un peu et empêche cette suite d’atteindre le niveau, il est vrai très élevé, du premier, qui était aussi un petit miracle très particulier et difficile à recréer. Pas de quoi se tenir éloigné de Phantasm II, même si l’inexistence d’un DVD dans nos contrée n’aide pas vraiment à se rapprocher du film, car au final on tient une séquelle quasiment irréprochable si l’on sait oublier le spleen inédit que le premier nous offrait. Ne faisons donc pas les fines bouches et laissons le Tall Man s’occuper de nous, mais pas pour le dernier voyage…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Don Coscarelli
  • Scénarisation: Don Coscarelli
  • Production: Roberto A. Quezada
  • Pays: USA
  • Acteurs: Reggie Bannister, Angus Scrimm, James LeGros, Paula Irvine
  • Année: 1988

4 comments to Phantasm II

  • Dirty Max  says:

    Ça fait un bail que je me suis pas refait les deux premiers Phantasm. Je me souviens d’une suite plus cossue et spectaculaire. À l’époque, le virage fun opéré par Phantasm 2 ne m’avait pas gêné, mais ça c’était quand j’étais ado…

  • Roggy  says:

    Comme Max, je n’ai pas revu la série des Phantasm depuis belle lurette. Je me le referai un jour à la suite avec la sortie du dernier volet, le 5 il me semble.

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