Destination Planète Hydra

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Après la Monster Party organisée avec ce bon vieux Paul Naschy via Dracula contre Frankenstein, Artus continue son anniversaire avec une after sur la planète Hydra ! Et vous allez voir qu’on s’y marre bien et que les filles y sont jolies !

 

 

 

Artus n’en a décidément pas fini de ramener les bons artisans du bis dans nos chaumières et c’est cette fois le tour de Pietro Francisci, un vétéran de la réalisation. C’est que le bonhomme débuta sa carrière dans les années 30 et la porta à bout de bras jusque dans les années 70. Quasiment quarante ans de bons et loyaux services envers la cause du cinoche populaire, principalement constitués de péplums. Car des gladiateurs et des musclés en peau de bête, le Pietro en a dirigé plus d’un au travers de ses Travaux d’Hercule, Hercule et la Reine de Lydie et autres Hercule, Samson et Ulysse. Francisci est un intime du fils de Zeus, ce n’est plus à prouver, mais peut-être que les glaives et les sandales ont fini par le lasser puisqu’il se lanca dans une aventure spatiale en 1966 via Destination Planète Hydra, qui ne débarquera en France que huit longues années plus tard. Une tentative supplémentaire d’amener un peu de bolognaise dans d’autres galaxies pour le cinéma transalpin, souvent volontaire quand il s’agit d’aller se gratter le cul sur les étoiles mais malheureusement avec peu de retours du public. Si des œuvres comme La Planète des Hommes Perdus, Caltiki le monstre immortel ou La Planète des Vampires sont devenues cultes, c’est avec le temps, le public rital ne se bousculant pas particulièrement pour profiter de ces voyages dimensionnels. Le constat est similaire pour Destination Planète Hydra, vaillant soldat du genre qui ne se fit guère remarquer, attendant sans doute que l’ours Artus le déterre et lui offre une seconde vie. C’est désormais chose faite avec le DVD, disponible sur le site de l’éditeur !

 

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Très BD dans l’esprit, Destination Planète Hydra suit les aventures d’un petit trio constitué d’un professeur à moustache (ça rend plus intelligent, vous savez), de sa bimbo de fille et de son assistant, accessoirement courtisant de la belle, qui ne rêve que de gloire et de paillettes. Cette petite troupe de choc part sur un site sur lequel un OVNI aurait été aperçu par un paysan et trouve effectivement un vaisseau spatial dans un gouffre. Une belle trouvaille qu’aimeraient partager de félons nippons, adeptes de l’espionnage et désireux d’utiliser les avancées d’autrui pour leur propre compte. Mais comme si tout cela n’était pas encore assez compliqué, trois personnes sortent du vaisseau spatial, se présentant comme des habitants de la planète Hydra, expliquant aux scientifiques qu’ils ont besoin de leur aide pour faire repartir leur carlingue, en rade depuis deux longues années. Et nos héros n’ont pas le choix, tout refus de coopérer étant sanctionné par une vilaine décharge électrique ne laissant derrière elle qu’un squelette fumant. L’ennui c’est que les extra-terrestres ont bien l’intention de repartir avec les humains, qui aimeraient bien revoir la Terre un jour ou l’autre… Qui connait bien sa science-fiction sur le bout des doigts reconnaîtra le pitch des Survivants de l’Infini, alias This Island Earth, dans lequel des zigs avec des fronts de quinze mètres kidnappaient les plus beaux cerveaux humains pour les amener sur leur planète, en guerre contre des kamikazes balanceurs de météorites. Le pitch imaginé par Francisci, également scénariste, n’est donc guère éloigné du postulat du classique de la SF yankee, et l’on reconnaîtra d’ailleurs quelques similitudes avec d’autres œuvres du genre. Citons en exemple le fait que les gus d’Hydra sont à la base venus sur Terre pour vérifier que le danger atomique que manient les Terriens ne risque pas de poser problèmes à d’autres peuples galactiques, ce qui rappelle un peu Le Jour où la Terre s’arrêta et les conseils de Klaatu, venu avertir l’homme qu’il n’est pas loin de titiller les susceptibilités spatiales. Mais sans doute conscient que son histoire n’apporte finalement pas grand-chose de neuf et s’en remet aux succès passés, Francisci décide de jouer sur l’ambiance pour se distinguer de la concurrence. C’est décidé, Destination Planète Hydra sera moins sérieux que ses congénères !

 

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Cela se voit d’ailleurs dès les premières minutes, d’une légèreté absolue, qui nous montrent le tournage d’un spot publicitaire sexy dans lequel joue la fille du professeur Solmi, nommée Louise. Une jolie demoiselle, coincée quelque-part entre la profonde bêtise et les éclairs de génie, entre le superficiel et la grande bonté, et dont le rêve absolu est d’être riche et célèbre. Incarnée par Leontine May, par ailleurs plutôt appétissante, cette jeune gourde nous change bien évidemment des très sérieuses savantes ou petites amies des héros que l’on croise habituellement dans la SF. Et mine de rien, cette seule présence féminine et cette introduction pour le moins originale pour le genre permet de percevoir la volonté du réalisateur, résolu à bousculer un peu les habitudes des fans. Le professeur Solmi et son assistant, qui ressemble légèrement aux frères Bogdanov du temps où ils avaient encore un visage humain, représentent cependant des figures plus classiques, du savoir pour l’un et du courage pour l’autre. Mais ce trio héroïque ressemble tout de même fortement à certains autres, de bandes-dessinées, avec le vieux père qui en sait large, le jeune gaillard prêt à risque sa vie et l’élément féminin présent pour détendre l’atmosphère et apporter la petite touche de fesse que l’on ne refuse jamais. Et autant le dire d’emblée, ces trois personnages sont franchement attachants, tant et si bien que l’on serait bien partants pour les voir dans une série d’autres aventures, les voir affronter d’autres menaces, pas forcément venues des étoiles. D’ailleurs, l’aspect bande-dessinée se retrouve également dans la structure scénaristique, très chapitrée. Ainsi, toutes les dix minutes, une nouvelle péripétie fait son apparition : attaque d’hommes singes sur une planète en apparence déserte, découverte d’une navette avec deux squelettes, rébellion dans le vaisseau spatial, bagarre dans la grotte avec les Asiatiques et j’en passe. Un peu à la manière des BD prépubliées dans des magazines ou revues, le script est constitué de petites histoires qui, bout à bout, finissent par en former une grande. Bien entendu, tout cela est un poil décousu et parfois difficile à suivre, mais cela a le mérite de relancer la machine constamment et de donner un certain rythme à l’ensemble.

 

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Et puis, cela colle d’enfer à la bonne humeur que tente absolument de placarder Francisci, qui mise énormément sur sa Louise pour apporter un climat de décontraction. Mademoiselle se ballade dans des tenues affriolantes durant toute la bobine, pique un somme pendant que ces Messieurs se crève le cul à jouer de la pioche dans la grotte, s’amuse à séduire l’un des rustres de la planète Hydra,… En gros, la belle ne se rend pas vraiment compte de ce qu’il se passe autour d’elle et dégonfle un peu la gravité de la situation, servant également d’opposition au caractère de la chef de la bande venue des cieux, elle d’un sérieux absolu et peu décidée à décocher le moindre sourire. L’humour, plus sujet à controverse, vient également des Chinois, ici vus comme d’incroyables fourbes et dotés d’accent à vous trancher un menhir en deux. Inutile de dire qu’une pointe de racisme découle un peu de ce tableau des Asiatiques, par ailleurs appelés « les jaunes » par un personnage. Cela dit, les membres de l’équipage venu d’Hydra n’est pas beaucoup plus sérieux, les hommes de mains étant présentés comme des débiles mentaux habillés de sachets en plastique tandis que les meilleurs éléments alignent les bourdes, au grand désarroi de la jolie chef, qui doit certainement avoir du sang dans les urines vu le stress que lui collent ses compagnons. Bref, si ce n’est pas la franche rigolade, on sourit largement lors de la vision de Destination Planète Hydra, qui a donc la bonne idée de ne pas se prendre au sérieux, élément bienvenu vu que le film est bien évidemment assez kitsch dans ses décors comme dans ses costumes ! Pourtant, de manière assez inexplicable, Francisci fait peu à peu basculer son film dans un réel pessimisme, voire même dans le drame interstellaire ! Car la fin, si elle se veut malgré tout porteuse d’un certain espoir, ne fait pas marrer des masses et a tendance à rendre le métrage assez schizophrénique. Elle est dans tous les cas plutôt surprenante puisqu’on imaginait une conclusion plus portée sur la bonne humeur que celle que l’on obtient. De toute évidence, l’aspect pop s’est évaporé en cours de route pour laisser la place à un petit blues !

 

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Ce changement de cap n’est cependant pas dérangeant et rend Destination Planète Hydra encore plus intéressant qu’il ne l’était déjà. Les bisseux aimant regarder le ciel illuminé lors de belles nuitées peuvent en tout cas prendre place dans la navette, d’autant qu’ils croiseront l’incroyable gueule de Gordon Mitchell, ici dans le rôle d’un haut fonctionnaire d’Hydra, seulement visible durant quinze secondes ! Mais vu la popularité de cet acteur vu et revu à gauche et à droite (Le Gladiateur du Futur, Evil Spawn, Les Orgies de Frankenstein,…), je pense que cela fera tout de même plaisir de le croiser une fois de plus ! Vous l’aurez compris : Destination Planète Hydra est une petite bulle d’air qui éclate dans ses dernières minutes pour se faire plus tristounette mais cela n’enraye jamais la machine, bien huilée et toujours amusante. Artus apporte donc à sa collection SF Vintage un nouveau venu méritant, certes anecdotique, mais loin, très loin, d’être déplaisant ! A découvrir sans tarder !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Pietro Francisci
  • Scénarisation: Pietro Francisci
  • Production: Aldo Calamara, Ermanno Curti
  • Titre Original: 2 + 5: Missione Hydra
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Leonora Ruffo, Leontine May, Roland Lesaffre, Alfio Caltabiano
  • Année: 1966

2 comments to Destination Planète Hydra

  • Dirty Max  says:

    Ce SF vintage a l’air assez étonnant dans son mélange de couleur et de noirceur. En plus, la jolie Leonora Ruffo me fait de l’œil… Une autre évidence : les Artusophiles te disent merci pour cette super chro intergalactique !

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