Dracula contre Frankenstein

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que chez Artus on sait organiser une fête d’anniversaire ! Ainsi, pour célébrer son dixième cierge, l’éditeur a convié à sa boum un vampire, le monstre de Frankenstein, ce bon vieux Waldemar Daninski et une momie. Et le plus beau dans tout ça c’est que vous êtes aussi invités !

 

 

Et oui, le temps passe vite, trop vite, et la naissance d’un petit ours, depuis devenu un gros grizzly assoiffé de bis, remonte bel et bien à 2005. Une décennie d’existence, à une époque où le supporte physique sourit à l’envers, cela ne tient peut-être pas du miracle mais au moins de la victoire. Surtout lorsque l’on propose à la vente des sujets aussi peu vendeurs que le gothique rital décoloré, le western méconnu, l’érotisme déterminé à y aller Franco, la nazisploitation scandaleuse, les dinosaures définitivement fossilisés ou encore le fantastique espagnole fauché ! C’est d’ailleurs dans le domaine que plonge à nouveau Artus pour aller y dénicher son cadeau d’anniversaire, via un Dracula contre Frankenstein continuant la douce vague Ciné de Terror, débutée il y a un an, avec La Mariée Sanglante, Le Bossu de la Morgue et Les Vampires du Dr Dracula. Et sans trop de surprises, c’est ce bon vieux Paul Naschy que l’on retrouve à la barre, scénaristique tout du moins puisque la réalisation est conviée à Tulio Demicheli et Hugo Fregonese, duo ne travaillant pas franchement main dans la main, l’un prenant la caméra quand l’autre quitte le navire. Qu’importe au fond, tant ce Los Monstruous del Terror, titre original signifiant « Les Monstres de la Terreur » (au cas où vous seriez vraiment des branquignoles en espagnol), est surtout l’enfant bâtard de Naschy, qui ne savait visiblement plus à quelle mamelle téter. Car on le sait, le bon Jacinto Molina était un amoureux fou des monstres, le genre de gars à être tombé dans la marmite Universal Monsters dès son plus jeune âge, n’en ressortant qu’avec une pilosité exagérée. Son but était d’ailleurs évident : rendre hommage à toute cette horde macabre, si possible en interprétant un maximum de figures horrifiques, se changeant tour à tour en loup-garou (et plus d’une fois !), en momie, en bossu, en Dracula et on en passe des plus cyclopéens ! Mais le fantasme ultime d’une groupie des gloumoutes n’est-il pas de les voir tous réunis sur un ring pour se coller des baignes dans les gencives ? Bien sûr que si, et pour Naschy plus que pour tout autre bisseux puisqu’il se passionna pour le genre via les Monster Mash de la Universal, débutant son affection pour le genre avec le classique Frankenstein rencontre le Loup-Garou. Bien décidé à verser dans le même délire orgiaque, Naschy imagine une histoire lui permettant de regrouper les pires canailles du cinéma horrifique en un seul et même lieu…

 

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Ca ne va pas fort sur la planète Ummo, qui se meurt peu à peu au grand désespoir de ses habitants, qui perdent de leur bonne Ummor (je vous rassure, cette vanne ne vous sera pas facturée). Les voilà donc obligés de déménager et c’est bien évidemment sur Terre que les envahisseurs débarquent, ce que l’on comprend aisément lorsque l’on jette un œil sur les forêts et lacs trouvables sur la Lune ou sur Mars. C’est d’ailleurs bien simple, il n’y en a pas ! Et oui, la Terre est certainement la plus belle des planètes du système solaire, et si l’homme ne s’en est pas encore rendu compte et a à cœur de l’enlaidir petit à petit, les gus d’Ummo ont bien compris que la planète bleue est trop magnifique pour qu’ils éradiquent la race humaine avec des armes atomiques qui laisseraient de profondes cicatrices dans la douce chair de Dame Nature. Car les extra-terrestres ne viennent pas avec la volonté de cohabiter, ce serait trop facile, leur but étant tout simplement de nous éradiquer et prendre notre place. Pas gênés, les mecs ! Reste que nous faire cramer le cul en une seule frappe ne les arrange pas, les mecs ayant besoin d’une tactique plus finaude. Ils décident déjà de mettre toute les chances de leur côté en reprenant les enveloppes corporelles de scientifiques humains décédés, les réanimant pour investir leur corps et débuter une invasion silencieuse. Après un petit tour à la bibliothèque pour y lire une sorte de grand dictionnaire des monstres, les aliens estiment que la meilleure solution pour effacer la race humaine est encore de prendre le contrôle des pires monstres ayant jamais existé, à savoir un vampire, une momie, Waldemar le lycanthrope et la créature de Farancksalan (oui, on ne l’appelle pas Frankenstein dans le coin, c’est ainsi !), qui s’occuperont donc de la basse besogne pour eux. Petite parenthèse pour dire que nos amis d’Ummo ne sont sans doute pas des plus pressés car avant que nos quatre monstres aient terminé d’éradiquer la population entière, leur planète aura eu le temps de périr vingt fois. Sans compter le fait que leurs nouveaux travailleurs ne bosseront pas 24 heures sur 24 puisque le vampire ne peut de toute évidence pas besogner la journée alors que le grand méchant loup a besoin des pleines lunes pour sortir les griffes. Enfin, c’est leur affaire, moi ce que j’en dis…

 

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Nos migrants d’Ummo parviennent en tout cas à faire sonner le réveil de tous les monstres, retrouvant le vampire (qui n’est pas Dracula non plus, en passant) dans une fête foraine, le cadavre de la bête aux dents longues étant entre les main d’un diseur de bonne aventure qui trimballe la dépouille de villes en villes en laissant le pieu bien enfoncé dans la cage thoracique du vamp’ pour être sûr qu’il ne se réveille pas. De toute évidence, Naschy a été pêcher cette idée dans La Maison de Frankenstein, autre Monster Mash déjà chroniqué dans la crypte et qui voyait John Carradine incarner un Dracula dans la même situation délicate. Nos envahisseurs continuent sur leur lancée en allant visiter le caveau de Waldemar Daninski pour lui ôter la balle en argent ayant scellé son destin, avant d’aller traîner leurs pattes dans le tombeau d’une momie qu’il ne faut pas prier trop longtemps pour qu’elle sorte de son sarcophage. Quant à la créature de Frankenstein, pardon de Farancksalan, on ne sait pas trop comment ils parviennent à lui revisser les boulons, mais elle est bien de la partie elle aussi. Pour sûr, Paul Naschy est parvenu à caser les plus grandes figures du bestiaire classique de la Universal dans son scénario, par ailleurs grâce à la présence de deux autres monstres classiques du genre, ici fusionnés en une seule entité : l’extra-terrestre déguisé en savant fou ! Ne manque qu’un bossu, un homme-poisson, un gus invisible ou Jekyll et Hyde, au final. D’ailleurs, Naschy aurait bien aimé ajouter un Golem à la bande, une idée qui sera finalement abandonnée devant le manque de moyens alloués à Dracula contre Frankenstein. Evidemment, le peuple d’Ummo, ici réduit à trois zigs qui kidnappent de jolies filles pour leur faire un lavage de cerveau et grossir leur rang, a bien du mal à garder le contrôle des monstres, dont le grand plaisir est d’aller faire des victimes, quand ils ne se mettent pas sur la gueule. Un joyeux bordel difficile à gérer…

 

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Bordelique, le scénario l’est aussi et on ne pourra pas dire que l’ami Jacinto a fait preuve d’une grande rigueur lors de l’écriture. Son script part dans tous les sens et il faut d’ailleurs faire gaffe si l’on ne veut pas se le ramasser dans les pupilles, Naschy ne sachant visiblement pas trop comment ordonner sa réunion au sommet entre les plus connues des bébêtes. La faute à un trop-plein de personnages, son propre Waldemar Daninski passant quasiment aux oubliettes, se contentant clairement d’un second rôle. Et Naschy a encore le malheur de rajouter des héros sans grand intérêt, à savoir un inspecteur et son love interest, une donzelle dont la seule présence s’explique par le besoin d’avoir une jeune fille en détresse à aller récupérer dans l’antre des démons. Des protagonistes qui n’apportent rien, le métrage ayant été plus simple et mieux tenu s’il s’était contenté de se concentrer sur les habitants d’Ummo, bien plus intéressants à suivre que l’enquête dont le spectateur, bien sûr omniscient, connait déjà tous les coins. Bien dommage car les extra-terrestres sont plus travaillés que les autres personnages et disposent d’une vraie évolution dramatique au fil du métrage. Au départ des êtres sans sentiments, ils sont peu à peu contaminés par l’amour et la pitié, ce qui crée de nombreux conflits au sein de leur groupe, leur chef décidant de les punir… alors qu’il commence lui-même à changer et éprouver quelques sentiments ! Des personnages intéressants donc, qui offrent même un final à la fois doux et amer, romantique et tragique à la fois, tranchant avec l’aspect plus pop et chaotique du reste du film. Car, et c’est sans doute malheureux, les zigotos d’Ummo doivent partager les 83 minutes de Dracula contre Frankenstein avec d’autres pions dont les silhouettes sont à peine dessinées. Il y a ainsi fort à parier qu’aucun spectateur ait un jour éprouvé de la sympathique pour l’inspecteur, hautement oubliable, pas plus que pour sa petite-amie inutile ou le chef de la police, seulement présents pour meubler. Naschy s’éparpille clairement et il aurait été bénéfique pour son récit qu’il se soit concentré sur un point de vue unique, à la rigueur sur deux, mais sa gourmandise et sa volonté de balancer un maximum de monstres en même temps limite le temps de présence de chacun, et diminue d’autant leur aura…

 

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Si le loup-garou est un peu plus présent que les autres, Paul Naschy oblige, le vampire ne semble que flotter ici et là sans but précis tandis que la momie et la créature de Franckenstein ne sont finalement que des portiers de luxe veillant à ce qu’aucun intrus ne vienne se ballader dans le laboratoire des savants fous d’une autre galaxie. Ce qui est décevant sans l’être réellement, ces monstres ayant finalement tous déjà eu des pelletées de films tout à l’honneur, les présentations n’étant plus nécessaires. Naschy essaie donc de jongler entre leurs méfaits personnels, difficilement puisqu’il doit également veiller au bon déroulement de la mutation des gens d’Ummo, tout en surveillant l’enquête. Pas évident, tout ça, et ce n’est finalement que lors de l’acte final que tout se met en place avec plus de facilité, lorsque tous les personnages sont réunis pour le feu d’artifice final, celui où les croque-mitaines peuvent enfin se bastonner dans la joie et la bonne humeur. Notons d’ailleurs que le titre est doublement mensonger, puisqu’en plus de ne pas avoir Dracula et la créature de Frankenstein (puisque sont présents à leur place un vampire banal et la fameuse création de Farancksalan), le maître des ténèbres et le colosse à piles ne se foutent pas sur la gueule dans le film. Ils ne se croisent même pas ! A la place on aura tout de même droit à une rixe entre le loup-garou et la momie et à une bagarre entre le même louveteau et le costaud au teint verdâtre. Pas plus mal au fond puisque Dracula et Franckenstein se sont déjà affrontés dans de nombreuses autres pelloches alors que la momie et le lycanthrope se sont rarement croisés… Il n’y a d’ailleurs pas grand-chose à reprocher à ce Los Monstruous del Terror au niveau horrifique, du moins si l’on isole chaque scène et que l’on ne tente pas trop de songer au fil rouge les reliant. Les décors sont souvent beaux (et souvent vus dans d’autres productions hispaniques), parfois délicieusement kitsch (ah ce laboratoire tenant plus du sapin de Noël que du repaire de scientifiques déments !) et quelques belles séquences font leur apparition. La plus réussie est certainement le réveil de la momie, notre amie aux bandelettes jouissant d’un tombeau clairement satisfaisant, pour ne pas dire bandant !

 

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Par contre, mieux vaut ne pas être trop difficile au niveau des maquillages, pas franchement réussis. Passe encore pour le loup-garou, pas terrible mais pas honteux, et la momie, certainement le monstre le plus réussi du lot et le plus crédible. Par contre, on n’en dira pas autant de la chauve-souris humaine et du grand con au teint blafard. Le vampire, en plus de manquer de conviction, semble venir du royaume des schtroumpfs tandis que le gros Franck est indigne d’une kermesse de gamins de primaires. Il faut d’ailleurs voir ses imposants sourcils, avec lesquels on pourrait faire deux ou trois manteaux de fourrure, facile ! On est parfois proche du cinéma d’Ed Wood au fond, d’autant que le récit se rapproche fortement de celui de Plan 9 from Outer Space, comme le rappelle judicieusement Alain Petit dans les bonus de la galette. Il est donc nécessaire d’être dans une certaine condition pour apprécier le spectacle, réservé aux bisseux avertis, qu’il est nécessaire de voir comme un délire gentillet, un peu enfantin, et finalement très pop, comme le rappelle sa drôle de bande-son. Dans la crypte on ne crache jamais sur un Paul Naschy, ni sur la présence de Karine Dor (Le vampire et le sang des vierges pour les bisseux, le Bondien On ne vit que deux fois pour les autres) et celle de Michael Rennie (Le Jour où la Terre s’arrêta, Le Monde Perdu version 1960), vétéran du genre dont Dracula contre Frankenstein est le dernier film. Peut-être pas son meilleur, c’est certain, ni celui de Paul Naschy (Le Bossu de la Morgue et certaines aventures de Waldemar, comme Les Vampires du Dr Dracula, sont bien supérieurs à ces « Monstres de la Terreur »), mais on tient tout de même ici une récréation bienvenue et finalement touchante dans ses aspects enfantins.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Hugo Fregonese, Tulio Demicheli
  • Scénarisation: Paul Naschy
  • Producteurs: Jaime Prades
  • Titre Original: Los Monstruos del Terror
  • Pays: Espagne, Allemagne
  • Acteurs: Paul Naschy, Michael Rennie, Karin Dor, Craig Hill
  • Année: 1970

2 comments to Dracula contre Frankenstein

  • Roggy  says:

    Même si le film semble bien bordélique à tous les niveaux, tu m’as donné envie de le voir avec tous ces monstres ! On a dû voir pire tous les deux 🙂

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