Gutterballs

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Quoi de mieux qu’une bonne soirée entre amis dans un bowling ? Bien sûr, lorsqu’un tueur aussi pervers que sadique vient mettre le souk c’est tout de suite moins joyeux. Mais en même temps, vous vouliez vraiment voir une partie de bowling ?

 

On dira ce qu’on voudra mais les années 80 nous manquent à tous. Bien sûr, on trouvera toujours quelques débiles qui diront que c’était des années kitsh, avec des musiques ringardes et des films aux effets dépassés. Il n’empêche que les blockbusters de l’époque avaient des personnages plus attachants que ceux de maintenant, étaient plus originaux et étaient dotés plus de cœur. Ryan Nicholson doit penser pareil, lui qui est un grand fan des slashers et shockers de l’époque, les aimant pour leurs qualités comme pour leurs défauts. Alors pour lui c’est presque une mission de nous pondre un film typiquement eighties avec Gutterballs. Il parachute donc des jeunes clichés des années 80 dans un bowling qui sera le théâtre d’un viol collectif lors d’une première nuit et d’un massacre la suivante. Je vous ai écris à peu près tout le scénario mais qui juge un slasher sur son script ? Certainement pas moi !

 

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En fait, s’il tient à se raccrocher à des slashers comme The Prowler ou Intruder, la première partie du film montre surtout l’amour qu’à Nicholson pour les années 70. La Dernière Maison sur la Gauche, Maniac et Halloween semblent l’avoir influencé autant, si ce n’est plus, que ceux sortis lors de la décennie suivante. Cette volonté de choquer le chaland avec le viol à la Craven, ce gore crade qui rappelle le film de William Lustig et ce tueur qui rappelle celui imaginé par Carpenter ne laissent pas planer le doute. Malgré tout, le reste nous plonge littéralement dans les années disco: couleurs pastels, musique typique et fringues flashy, pas de doute, on revient trente ans en arrière avec Gutterballs. Nicholson fait un bon travail de reconstitution d’ambiance, ainsi que de scénarisation. Les persos disparaissent pendant des heures sans que cela ne semble inquiéter leurs amis, le gérant du bowling rappelle les gars patibulaires de l’ancien temps, certains ados sont de vrais connards,… On s’y croirait vraiment et cela fait vraiment plaisir de se replonger dans ce genre d’atmosphère, entre décontraction crétine et horreur premier degré. L’aspect hommage est clairement une réussite, épousant même les carences habituelles de ses modèles sans en rougir un instant. C’est après que ça se corse…

 

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Nicholson n’est pas vraiment un réalisateur très connu mais il peut se vanter d’avoir été maquilleur sur certains gros films. Scary Movie, The Pledge, la série Smallville, le premier Destination Finale, tous l’ont accueilli pour des travaux variés, du maquillage classique à la création de cadavres. Mais en tant que réalisateur, c’est le désert. Qui peut se vanter d’avoir vu Live Feed, Torched ou encore Hanger ? Pas grand-monde, à moins d’avoir été faire une descente dans les profondeurs les plus crades du Z. Le plus connu des travaux du monsieur étant probablement Necrophagia: Nightmare Scenerios, mettant en scène le groupe de death metal Necrophagia et Jenna Jameson, en passant par ce grand nom du fantastique qu’est Paul Naschy. De l’ultra Z donc, des trucs qui n’atterriront jamais dans aucun bac dvd de la Fnac, vous pouvez en être sûrs. Inutile dès lors de vous préciser que Gutterballs n’est pas franchement le film le mieux réalisé du monde. Techniquement, le film est franchement faible. Si certains plans sont agréables, la majorité sont cadrés sans imagination, avec une image DV comme en ont toutes les séries B fauchées de la planète. Soyons honnêtes et avouons qu’on en espérait pas vraiment plus, il est assez évident que le film n’a pas bénéficié d’un budget confortable. Mais au moins, son job dans les effets spéciaux doit nous garantir de super effets sur Gutterballs, non ?

 

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Et bien en fait, pas vraiment. Il n’y a rien de honteux dans les effets de Gutterballs, mais il n’y a rien de particulièrement incroyable non plus. On était en droit d’attendre pas mal d’un type qui travaille dans les maquillages et effets spéciaux, imaginer qu’il apporterait à son film un soin particulier dans ce domaine. Mais visiblement la faiblesse du budget n’a pas permis au réalisateur de se lâcher et même le sang semble n’être que de l’eau colorée ou du sirop… Et comme s’il était conscient que les faiblesses de son film ne lui permettront pas de se faire une place au soleil ou même de le distinguer de la masse des productions à bas budget qui abondent dans tous les sens, Nicholson décide de jouer la carte du sexe. Après tout, la sainte trinité du slasher n’est-elle pas un tueur masqué, des meurtres à l’arme blanche et du cul ? Les deux premiers ingrédients sont présents dans la soupe, restait la chair féminine à exposer. Et dans le domaine, Gutterballs va très loin.

 

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Comme dans à peu près tous les slashers, on voit des nichons. Mais pas que. En plus des jolis tétons, vous pourrez voir un vagin. Comme ça, après deux minutes de film, pouf, une chatte. Et gratos en plus ! Le ton est vite donné et on sent direct que ce film ne se refuse rien et qu’il va falloir s’attendre à tout ! Et ce « tout », on va l’avoir. Entre quelques meurtres que l’on pourrait qualifier de normaux (décapitations, yeux crevés, visage encastré dans une machine à cirer les boules de bowling), nous avons droit à des scènes légèrement plus tendancieuses. Comme un 69 qui tourne mal, un viol à la quille ou un morceau de bois planté dans le derche. C’est que le tueur, répondant au nom de BBK, masqué d’un sac de bowling, est un sadique de première, énervé comme pas deux en plus d’être un adepte de la quille. Mais tous ces sévices corporels ne nous sont nullement cachés… Car oui, dans Gutterballs, vous allez voir des bites. Des bites coupées, des bites sucées, ce que vous voulez, mais des bites. Une queue changée en vagin en live ? Pas de problème, Gutterballs vous la sert. Le film se trimballe donc une aura porno puisque les ébats entre acteurs sont plus longs et explicites que dans la majorité des bandes du genre. Alors certes, les sexes en question sont des faux, mais il n’empêche que ça va loin. Un peu trop, parfois.

 

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C’est sans doute un peu triste à dire mais en tant que bisseux, on voit énormément de viols passer. Scène choc par excellence, ces rapports forcés sont censés nous mettre mal à l’aise immédiatement, nous dégoûter. Mais à force d’en voir (et on en voit vu que la plupart des films fauchés actuels jouent sur ça pour faire causer d’eux), ça ne nous fait plus grand-chose… C’est même des instants plutôt lourdingues, car souvent d’une longueur au-delà du raisonnable. Dans Gutterballs, le viol de début parait interminable sans que cela ne soit justifié. Pensez un peu que quatre types vont utiliser cette pauvre fille, à tour de rôle, je vous laisse donc imaginer la durée de la scène. Et ce n’est pas le seul excès que se permet le réalisateur, également scénariste. Il y va à fond dans les insultes, qui fusent de tous les cotés comme les balles à la guerre. Les « fuck » et autres « pd » ne cessent jamais, c’est le festival du gros-mot, la foire à la grossièreté, c’est à celui qui sera le plus impoli. Je n’ai rien contre les grossièretés, cela peut même être un bel effet comique lorsque c’est bien utilisé, mais quand on s’en tape quinze par dialogue, ça lasse. Et au final, tout cela ne sert pas le film, au contraire. On a l’impression que sachant que son film n’allait être qu’un slasher de plus, Nicholson a tenté d’y mettre le plus de cul possible, d’être aussi choquant que faire se peut, histoire de flatter le bouche-à-oreille. Mais il n’est pas sûr que tout le monde puisse voir ces cochoncetés. Il existe effectivement deux versions, une dite « extrême » et une classique, la première étant interdite aux moins de 18 piges, la deuxième à ceux de moins de 16 ans. Votre serviteur à obtenu celle qui contient tout le cul (sans le savoir à l’avance, Amazon ne précisait pas quelle version était en vente) et ne peut pas vous dire ce qui manque dans l’autre mais à mon avis les bites et les foufouillons sont restées dans le pantalon.

 

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Toutes ces exagérations rendent certainement le film plus original mais ne sont pas ce qui le rend sympathique. C’est son respect sincère et appuyé qui fait le travail. Nicholson est un vrai fan, cela se voit, des pochettes parodiant des classiques de l’horreur en remplaçant les armes par des quilles (Maniac, Happy Birthday) et ses scènes rappelant les œuvres cultes du passé (le tueur rejoue la « scène du fantôme » dans Halloween). Ces petits clins d’œil, certes asséné comme de violents coups de coude, prouvent que Nicholson est un vrai adulateur des 80’s et ses met au même niveau que ses spectateurs. Il les comprend et veut leur en donner pour leur argent, quitte à en faire un peu trop. Un homme qui y va à fond, n’hésitant pas à demander les prestations les plus outrancières à ses acteurs (à noter la prestation de Nathan Dashwood qui illumine le film de son rire de demeuré et qui y va à fond). Mais ces abus prouvent la volonté de Nicholson de rendre hommage au genre qu’il chérit via Gutterballs, un film auquel il voulait donner une suite se passant dans un parc aquatique. Visiblement abandonnée, l’idée était alléchante, d’autant que le monsieur nous a prouvé qu’il était très à l’aise avec les slashers. Malheureusement sa carrière ne semble pas avoir décollé depuis, elle semble même être retombée dans les Z les plus infréquentables, lui qui avec Gutterballs nous avait servi le film parfait à voir lors d’un samedi soir un peu arrosé, entre potes. Nicholson nous dirait certainement que Gutterballs est un film à voir « une bière en main, la bite dans l’autre ».

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario : Ryan Nicholson
  • Production: Plotdigger Films
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Alaistar Gamble, Nathan Dashwood, Mihola Terzic, Nathan Witte
  • Année: 2008

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