Deep Water (Amphibious 3D)

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Puisqu’une partie des bisseux français ont eu la chance de lui serrer la pince au Bloody Week-End, autant sauter sur l’occasion et revenir sur le dernier film (ou presque, voir plus bas) en date de Brian Yuzna. A savoir un Amphibious 3D, ou Deep Water chez nous (retitrage inutile s’il en est), qui permet au réalisateur de sortir son gros dard !

 

Dans l’inconscient collectif, Brian Yuzna fait partie de ces réalisateurs goreux à avoir perdu de leur mojo au fil des années, de ceux à avoir du mal à s’acclimater au genre tel qu’on le connait actuellement et donc de ceux qui livrent des bandes nettement moins réussies que leurs premiers méfaits. Pour certains, la débandade débuta avec les pourtant sympatoches Faust et Beyond Re-Animator, mais pour la majorité c’est surtout le peu apprécié Rottweiler et un La Malédiction des Profondeurs passé un peu inaperçu qui auront fait dégringoler ce roi de la Série B de son trône. Des jugements souvent durs car même si ces œuvrettes ne sentent pas le classique intemporels, elles sont loin d’être ce qu’il existe de pire en la matière. En résumé, la Fantastic Factory, expérience espagnole d’un Yuzna désireux de créer un label bis comme pouvait l’être la Hammer jadis, tourna un peu court (lire à ce sujet l’article de Mr Bizarre dans l’Imaginarium), forçant le réalisateur/scénariste/producteur à partir vers de nouveaux périples. D’ailleurs, le père de Society avoue franchement dans le livre Produce your own damn movie de Lloyd Kaufman que l’euro devenait un peu trop cher pour qu’il puisse continuer ses activités en Espagne. Pas bête et à l’affut d’une bonne affaire, celui qui réanima plusieurs fois le Re-Animator décida d’aller poser ses valises en Indonésie, là où la création d’un film ne coûte pas grand-chose. En résulte Amphibious 3D, alias Deep Water par chez nous, film de monstre géant qui, là encore, ne fut pas plus remarqué que cela par les fans du genre tandis que les divers critiques ou sites s’accordaient à dire que cette plongée dans les eaux asiatiques était bien décevante. Effets foireux, histoire à la con, monstre ridicule, moyens trop faibles par rapport aux ambitions affichées, tout y passe et, disons-le tout net, votre serviteur est loin de partager ces avis négatifs puisqu’il a trouvé en Amphibious 3D un Monster Movie très agréable et divertissant ! J’ai d’ailleurs bien failli passer à côté et je remercie mon ami Pascal de Rétroviseur de m’avoir refilé la galette, ce qui me permit de me faire mon propre avis, qui suit…

 

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Skylar Shane (Janna Fassaert) est une jolie scientifique partie faire des recherches sur les mers indonésiennes, espérant revenir vers ses patrons des universités avec de beaux fossiles. Pour ce faire, elle est accompagnée du capitaine Jack Bowman (Michael Paré), qui l’escorte où elle veut à bord de son bateau, tout en en profitant pour faire quelques affaires. Notamment avec un gros Indonésien, pêcheur de son état, à qui il doit un beau paquet de fric. Mais de cette visite auprès du sardinier, Skylar en ressort avec un goût amer dans la bouche, amené par la découverte d’enfants travaillant dur, et dans la violence, sur cette petite plateforme en bois au milieu de l’océan. C’est le cas de Tamal, jeune fille se faisant passer pour un garçonnet histoire de pouvoir bosser et rester auprès de son frère aîné, très vite tué par un violent coup de matraque asséné par l’alcoolo censé les surveiller (Francis Magee). Insoutenable pour la petite Tamal, qui compte dans sa famille un sorcier lui ayant parlé d’une ancienne civilisation désormais enfouie sous les eaux et qui vénérait un scorpion aussi maritime que gigantesque. Un peu sorcière sur les bords elle aussi, Tamal décide de faire un pacte avec la bête, s’entaillant le bide tout en tenant un collier à l’effigie du monstre, qui ne tarde pas à débouler dans le coin et décimer, un à un, les malotrus avec lesquels elle travaille. Mais les choses se compliquent bien vite et il semblerait que le scorpion veuille également emporter la gamine, au grand désespoir de Skylar, bien décidée à protéger la petite. Ce qui arrange bien Jack Bowman, qui voit dans l’arthropode une source de revenus sur laquelle il n’a pas l’intention de cracher… Sur le papier, Amphibious 3D ressemble forcément à un Monster Movie à la Syfy, avec une grosse gloumoute sortie des abysses pour bousiller tout un casting de beaux et belles gosses mais ce n’est heureusement que sur le papier. Car l’équipe de scénaristes, par ailleurs assez intéressante, a décidé de ne pas trop naviguer dans les eaux habituelles, laissant les ados à la con sur les bancs d’école pour se concentrer sur des enfants ou de vrais adultes avec du poil sous les aisselles. Pas très surprenant venant de la part de Yuzna, également derrière la machine à écrire, le réalisateur n’ayant jamais trop versé dans le Teen Movie, ou en tout cas jamais de la même manière que Roger Corman ou les producteurs de chez Asylum. Le gars derrière la saga des The Dentist s’est en tout cas bien entouré, rappelant le très sympathique John Penney (également venu au Bloody Week-end) qui avait déjà écrit pour lui Le Retour des Morts-Vivants 3, S.P. Somtow qui est un compositeur mais également romancier tapant dans le fantastique et la SF ainsi que San Fu Maltha, également un producteur ayant bossé sur le Black Book de Verhoeven. Jolie petite équipe pour un script plus intéressant qu’il n’y parait…

 

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Aux débuts, Deep Water décide d’endormir le spectateur en lui proposant la recette habituelle du film de monstre moderne, suivant deux adolescents en pleine séance de tourisme, le tout via le procédé du found-footage. Ca ne rassure pas des masses, c’est certain, mais cela ne dure pas bien longtemps non plus, nos deux zouaves se faisant dessouder rapidement, permettant à Yuzna de revenir sur ses héros. Passons rapidement les cas de la scientifique et de son capitaine, deux archétypes du genre très communs depuis les années 50 et donc relativement inintéressants, quand bien même madame souffre de la perte d’un enfant. L’occasion d’amener un peu de noirceur sur le tableau via quelques flashs qui n’ont certes rien d’inédit mais permettent de varier un peu les éléments horrifiques du film, qui ne se résume dès lors plus à une simple bande de monstre géant. Reste que les plus intéressants des protagonistes sont bel et bien ceux vivant sur cette cabane sur pilotis, ces jeunes enfants et vieux alcoolos moqueurs et roublards qui passent toute leur journée au-dessus d’un trou donnant sur l’eau en attente qu’un esturgeon y passe une nageoire. Et pour tromper le temps, on picole, on se menace, on se moque, on harcèle sexuellement, on violente. Drôle de vie, ou plutôt une vie sans drôlerie, à laquelle doit faire face la petite Tamal, dont on n’apprend la féminité que dans la deuxième partie du film. Jusque-là, cette gosse, la véritable héroïne d’Amphibious 3D, est forcée de jouer les mâles dans une tribu de tigres ne pardonnant pas la moindre incartade, la moindre sensibilité. Et lorsque l’on arrache à Tamal son seul espoir, un frère aîné promettant une échappée par la mer, cette figure enfantine et dramatique n’a plus d’autre choix que celui de se tourner vers le fameux scorpion, vengeur mystique et rageur venu faucher quelques existences. Mais perdue dans un monde sans la moindre lumière, Tamal n’a plus peur que l’on l’assombrisse encore un peu plus. Elle se rendra pourtant bien vite compte que les conséquences de son acte vont bien plus loin que ce qu’elle pouvait imaginer dans ses pires cauchemars, la scène conclusive étant à ce titre particulièrement marquante et glauque, en plus d’être très osée. Sans trop en dévoiler, car il serait dommage de vous la gâcher, sachez que Lovecraft l’aurait probablement appréciée…

 

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Yuzna apporte donc un peu de viande autour de son os scénaristique et refile à sa livraison de 2010 un goût de pessimismr, tout en n’en oubliant pas qu’il est là pour livrer une série B divertissante et, si possible, assez gore. Pas de soucis à se faire à ce niveau, notre pote Brian n’ayant rien perdu de son goût pour les viscères chaudes et la chair déchirée. Notre ami le scorpion barbotant dans l’eau s’éclate donc à planter son dard dans les fronts et les yeux, à décapiter ou trancher en deux des gosses, quand il ne les aspire pas à travers les gogues sur lesquelles ils se soulageaient. Si notre bestiole n’aime pas qu’on la fasse chier, elle apprécie encore moins qu’on lui chie dessus ! Une légère note d’humour venue relaxer un ensemble qui ne prête pas à rire et met la gomme niveau effets à l’ancienne, les maquillages et prothèses gore s’enchainant à un rythme plutôt satisfaisant. Il ne se passe d’ailleurs guère plus de dix minutes sans que l’on ne découvre un membre tranché dans la flotte ou que le scorpion ne s’attaque à quelqu’un. La meilleure scène dans le genre ? Sans doute l’inspection d’un cadavre au ventre ouvert et laissant s’échapper toute sa tripaille, passage dégueu s’il en est, et donc particulièrement satisfaisant ! Notons que le monstre jouit par ailleurs de bons effets spéciaux, ce qui surprend un brin puisque l’on s’attendait à croiser de la bouillie numérique digne des pires productions The Asylum. Rien de tout cela, le scorpion a plutôt de la gueule et ses textures ne font pas trop penser aux jeux-vidéos d’il y a dix ans. Alors bien évidemment, on n’est pas face aux meilleurs effets jamais croisés et ce n’est pas les dernières prods Marvel, on est d’accord. Mais vu la tronche ignoble que se payent les trois-quarts des monstruosités sorties de leurs trous ces dernières années, on ne va pas faire les difficiles… Tout comme on ne se plaindra pas en découvrant que la réalisation de Yuzna est plutôt bien foutue. Certes, on ne trouve pas ici de plans particulièrement mémorables et ce n’est pas du Fincher, mais Brian Yuzna n’a jamais été connu pour être un formaliste de premier ordre. Il a toujours emballé ses œuvres avec efficacité et c’est encore une fois le cas ici, surtout au niveau de la photographie, très soignée. L’image a en effet de la gueule, ce qui étonne un peu, là encore, puisque l’on s’attendait à nettement moins léché.

 

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Evidemment, il y a quelques taches au tableau : les jeunes acteurs Indonésiens sont doublés de manière peu naturelle et les acteurs ne sont d’ailleurs pas à tomber par terre. La pauvre Janna Fassaert doit incarner une scientifique sexy sans trop l’être et ne sait plus vraiment quoi faire, finissant par donner une prestation assez pâlotte, tandis que Michael Paré est surtout bon quand il ne dit rien. Mais ces défauts d’interprétation sont tout de même moins présents que dans bon nombre de productions du même acabit et le plaisir l’emporte largement sur ces quelques réserves. Yuzna parvient donc à nous livrer une pure Série B avec tous ses éléments, suivant la règle des trois B (Blood, Beast and Breasts, vu qu’on a une paire de seins en début de film), tout en insufflant à Amphibious 3D un soupçon d’âme, noire, qui fait bien plaisir et permet à la bande de se distinguer de la concurrence. On regrette en tout cas que le réalisateur n’ait rien fait depuis ce Deep Water datant tout de même de 2010, sa seule réalisation depuis étant un drame estonien ( !!!) nommé 60 Seconds in Year Zero, moyen-métrage dont on ne sait pas grand-chose… On espère qu’il reviendra vite avec The Plastic Surgeon, projet dont il a parlé à quelques heureux élus à Audincourt (dont votre serviteur, qui a eu la chance de voir l’affiche sur le téléphone du Brian) et qui semble revenir aux bonnes vibes du Dentiste puisque ramenant Corbin Bernsen dans les blouses médicales. Autant dire qu’on a hâte, très hâte…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Brian Yuzna
  • Scénarisation: Brian Yuzna, John Penney, San Fu Maltha, Somtow Suchariktul
  • Producteurs: Brian Yuzna, San Fu Maltha
  • Titre Original: Amphibious 3D
  • Pays: Indonésie, Pays-Bas
  • Acteurs: Michael Paré, Janna Fassaert, Francis Magee, Monica Sayangbati
  • Année: 2010

11 comments to Deep Water (Amphibious 3D)

  • ingloriuscritik  says:

    Comme toi mon ami je fais partie des chanceux qui ont pu lui serrer la pince au Bloody…et surtout, de repartir avec (ma pince…!
    Je ne connais que de nom ce Deep Water (Amphibious 3D)et comme très souvent ton enthousiasme m’a éclaboussé(modère toi, je parle de « l’enthousiasme »!). Quand je serait en mode « posage du cerveau au vestiaire » je note ce titre (parce qu’une fois la chose faite, avec mon cerveau, ca se compliquera ).
    En tout cas toujours aussi inspiré et inspirant avec ton clavier l’ami , avec de plus cette (assez récente) mise en page, avec photos inter textes, qui est vraiment superbe (comme la 1er photo de ce papier,j’aime la mer…) .
    Et toujours je prend toujours le même plaisir a errer dans tes murs…
    Au plaisir de te lire
    Gilbert Montagné

  • VAL le cafard  says:

    Marrant, je l’ai maté y a genre deux semaines. Effectivement pas au niveau de ses perles d’antan, mais au final, il est quand même cool, pour peu qu’on soit dans un bon mood. En fait, à part Faust et Caniche, c’est du tout bon je trouve. Beyond Re Animator, j’ai jamais compris qu’on lui chie dessus… Il est meilleur que Bride of…

  • Alice in Oliver  says:

    Le retour de Brian Yuzna, un nom qui semble sortir d’outre tombe… Très envie de découvrir cette bisserie en tout cas

  • Roggy  says:

    Tu sais ce que je pense du film et mon enthousiasme plus mesuré. Néanmoins, ta belle chronique de cet « Amphibious 3D » me donnerait presque envie de le revoir 🙂

  • Roggy  says:

    Non, pas la peine car elle n’est pas très réussie 🙂

  • Nola Carveth  says:

    Autant j’aime aussi des prods comme Faust et Progeny, autant j’ai eu du mal avec celui-ci. Le jeu des acteurs m’a plombée, je crois (mais il me semble que je l’ai vu en VF car les sous-titres ne passaient pas, et les voix caricaturales, c’était l’horreur), et le scénario m’a moyennement convaincue, mais à lire ta super chro, je me dit que je suis peut-être passée à côté. En tout cas, c’est vrai que les effets spéciaux sont on ne peut plus corrects, quand le scorpion est sur le pont, c’est même carrément impressionnant. Et puis bon, ça reste Brian, donc forcément une petite affection, même dans un projet de moindre importance. Hâte également de le retrouver aux commandes de ce projet avec Corbin Bernsen le fou furieux.

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