The Ghoul

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Boris Karloff avait beau incarner tous les monstres possibles et imaginables, cela ne l’empêchait pas d’être coquet à l’occasion. Ainsi, dans The Ghoul, le grand et fin Anglais s’accrochait par-delà la mort à un bijou égyptien soi-disant capable de vous refilez la vie éternelle. Rien que ça !

 

 

1928 : Frank King voit sa nouvelle The Ghoul publiée, nouvelle bientôt adaptée en pièce de théâtre par ses soins et ceux de Leonard J. Hines. Une pure intrigue policière, vaguement horrifique, voyant les meurtres commis par un assassin se faisant appeler The Ghoul s’amonceler tandis qu’une jeune femme apprend qu’elle vient d’hériter d’une maison, le tout de la part d’un homme qu’elle n’a jamais rencontré, un certain Edward Morlant. Bien entendu, les assassinats sont reliés à cette maison et tout porte à croire que Morlant est moins décédé que ce qu’il veut faire croire… En vérité, c’est son frère jumeau, bien évidemment resté caché jusque-là, qui enchaîne les délits… Le coup classique.

1933 : sortie de The Ghoul, le film, réalisé par T. Hayes Hunter et produit par la branche britannique de Gaumont, qui décide d’adapter la nouvelle et la pièce de King. Non sans lui apporter de sérieuses retouches, cependant, le studio étant déterminé à rajouter une bonne dose de macabre à l’ensemble, sans doute pour enfoncer le clou après la confirmation en tête d’affiche d’un Boris Karloff ravi de retourner au pays et revoir quelques membres de sa famille, perdus de vue depuis son périple américain. Ainsi, du matériau d’origine n’est conservé que quelques traits scénaristiques, que quelques noms, qu’une vague ambiance, le tout étant modifié pour satisfaire les fans de Karloff, qui ne seront pas dépaysés grâce aux changements apportés. Puisque la nouvelle star de l’horreur a récemment cartonné avec La Momie et The Old Dark House, tous deux sortis quelques mois auparavant, les producteurs décident de greffer plusieurs éléments de ces deux classiques de l’épouvante à The Ghoul. Ainsi jaillit des rubans d’encre un joyau égyptien capable de donner la vie éternelle, histoire de faire un gros clin d’œil à l’œuvre d’un certain Karl Freund, tandis que l’argument de la vieille bicoque où se réunissent des personnages venus mourir est encore souligné, là encore pour rappeler The Old Dark House. Sans surprise, le résultat tient clairement de l’épouvante classique, typique des années 30 !

 

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Cela ne va pas fort pour le Professeur Morland (Karloff, bien sûr), égyptologue a la santé défaillante se sentant partir un peu plus chaque jour. Mais de ses voyages en Egypte, Morland en est revenu avec la conviction qu’Anubis lui permettra de revenir d’entre les morts à condition qu’il soit enterré avec une pierre précieuse en main, la Lumière Eternelle. Le vieil homme demande alors à son homme de confiance, un majordome assez âgé, de lui bander le bijou dans la main, histoire d’être certain de l’avoir dans la pogne lorsqu’il sera enterré dans le tombeau égyptien qu’il a fait restituer dans sa demeure anglaise. Mais son fameux homme de confiance ne mérite pas vraiment son titre puisqu’il subtilise le caillou magique avant d’aller refermer le sarcophage, se disant qu’après tout il pourrait bien en avoir besoin lorsque sa propre dernière heure sonnera… Mais lorsque Morland se réveille après un bon bain dans les eaux du styx et s’extirpe de son sarcophage, c’est avec la rage aux dents, celle de celui qui se sent floué. Bien décidé à récupérer sa joaillerie, notre zombie à la force décuplée part à la recherche de ses biens, depuis passés de mains en mains. Car suite au décès du vieil homme se sont réunis ses héritiers et quelques vils personnages désireux de mettre la main sur sa fameuse pierre précieuse… Et tout cela lors d’une nuit noire et orageuse, cela va sans dire ! C’est qu’il faut respecter le genre « Old Dark House », après tout, et il n’est pas question de situer le massacre à venir à quatorze heures…

 

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The Ghoul débute par ailleurs plutôt bien et sa première bobine est sans doute la meilleure. Guère éloignée du cinéma muet, cette première partie est en effet assez peu bavarde et mise principalement sur une ambiance pesante. Après une petite introduction montrant deux personnages se disputer au sujet de la fameuse pierre précieuse venue du Caire, on entre de plein pied dans une atmosphère lugubre, celle entourant le manoir de Morland, cloué sur son lit de mort et entouré de compagnons qui ne s’émeuvent guère de sa disparition prochaine. Pour en rajouter une couche niveau tension macabre, le malade a décoré sa piaule d’une grande statue d’Anubis, le gigantesque chacal étant posé à côté de son lit, comme attendant le dernier soupir de son fidèle… Inutile de dire que cela nous colle une atmosphère suffocante loin d’être déplaisante, d’autant qu’elle est encore alourdie par des personnages assez éloignés des figures héroïques et romantiques que le genre se plaisait à nous faire rencontrer à la même époque. L’entourage du vieux Morland n’est pas des plus attachants, et c’est volontaire, ce qui renforce la noirceur de l’ensemble et rappelle ainsi les œuvres muettes des années 10 ou 20, sans doute un poil plus lugubres que celles des décennies suivantes. Les premières minutes de The Ghoul ravissent sans mal le fantasticophile, bien heureux de plonger dans la déprime d’une vieille demeure ne survivant que dans un mysticisme échappé du pays des pharaons… Malheureusement, cette succulente pénombre ne reviendra dans le métrage que par intermittence, l’entrée en scène des différents héritiers et autres fourbes à la recherche de la pierre modifient un peu le climat, de plus en plus relaxé. Non pas que ce soit la franche rigolade, mais la multiplication des personnages, le fait qu’ils se retrouvent tous dans un lieu unique et se croisent et se recroisent dans les couloirs de la vieille bâtisse multiplie forcément les dialogues. C’est que tout ce beau monde a bien envie de découvrir ce qu’il se passe entre ces murs et en discute forcément, cassant un brin le léger sentiment de solitude qui émanait du film jusqu’alors. Rien de bien grave, bien sûr, car The Ghoul reste très agréable à suivre, mais l’on aurait préféré rester dans la gravité des débuts…

 

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Notons d’ailleurs que le grand nombre de personnages venus faire la course à l’héritage, dont une agaçante demoiselle apportant un humour dont on se serait bien passé, limitent également la présence de Karloff. Car la star de l’épouvante n’est pas aussi présente à l’écran qu’on le souhaiterait, notre monstre éternel passant bien évidemment une certaine partie du récit à ronfler dans son sarcophage. Elle finit bien évidemment par mettre le pied dehors, s’amusant dès lors à étrangler tous les malotrus qu’elle croise… Notons d’ailleurs que le monstre est plutôt sobre, se contentant du teint blafard de celui qui vient de périr, le maquillage étant ici surtout nécessaire pour vieillir l’ami Boris, plus âgé dans le film que dans la réalité. Reste qu’il fait son petit effet, bien aidé il est vrai par son background, imaginer qu’Anubis l’a ramené parmi les vivants lui apportant une identité mystique, voire illuminée, loin d’être déplaisante. Notons cependant que le film n’assume pas pleinement cet argument fantastique, un peu à la manière de La Marque du Vampire avec Lugosi (attention, ça va spoiler) puisque l’on apprend à la fin du film que Karloff a souffert d’une crise cataleptique qui arrêta temporairement son cœur. Le brave homme a donc été enterré vivant et pensa, lorsque son cœur repartit, que les dieux égyptiens lui avaient donné une seconde chance… Notons d’ailleurs que cette explication pose problème puisque n’expliquant pas comment Karloff obtient sa force herculéenne, le gars pouvant désormais plier des barreaux de fer comme si de rien n’était… Rien de bien grave cela dit, ce retournement de situation apportant un aspect pathétique à tous ces personnages, qui s’entretuent finalement pour rien… The Ghoul se mue donc en une comédie noire, gagnant en rythme ce qu’il perd en ambiance. (fin des spoilers)

 

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Même s’il a ses défauts, The Ghoul reste une œuvre à voir, à plus forte raison si l’épouvante des années trente a tendance à vous séduire et que vous aimez les belles images, telle celle voyant Karloff se graver le signe de la résurrection sur le torse. Et si d’aventure il vous prend la bonne idée de visionner la bête, n’oubliez pas de remercier le ciel de vous en donner l’occasion. Car le film fut longtemps considéré comme perdu, pendant plus de trois décennies pour être précis. Jusqu’à ce qu’arrive 1969, date à laquelle un collectionneur en retrouve une copie en très mauvais état en Tchécoslovaquie, avec sous-titres dans la langue locale incrustés sur une image de qualité déplorable. Cette fameuse copie réprésentera le seul moyen de visionner le film durant de nombreuses années, le collectionneur en question organisant quelques fois des soirées horrifiques, proposant The Ghoul avec The Monster avec Lon Chaney et The Gorilla avec Bela Lugosi, histoire de réunir les trois grands du cinoche frissonnant. Mais comme Morland dans le film, l’œuvre n’avait pas fini de ressusciter et est encore une fois revenue à la vie au début des années 80, alors que fut enfin ouverte une porte bloquée d’un vieux studio. Et qu’est-ce qui fut retrouvé dans le bordel caché dans la pièce ? Une copie en bien meilleur état que la première, pardi ! Copie désormais utilisée pour les DVD, même si certains continuent d’utiliser la version tchécoslovaque… Notons par ailleurs que Karloff a bien failli en tourner un remake, le producteur Alex Gordon (Day The World Ended, Voodoo Woman et quelques Ed Wood en tant que scénariste, comme Bride of the Monster) jugeant qu’une nouvelle version serait une bonne idée, d’autant que l’ami Boris avait à l’époque l’âge requis pour incarner Morland sans avoir à subir de maquillages. Cela ne se fera malheureusement pas, ou en tout cas sans la vedette de l’horreur, une nouvelle adaptation, plus portée sur la gaudriole que sur l’effroi, sortant en 1961 et nommée What a Carve Up ! Les bisseux en resteront sans doute à celle de 1933, sympathique petit film, légèrement oublié et donc à découvrir !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: T. Hayes Hunter
  • Scénarisation: Rupert Downing, Leonard Hines, Roland Pertwee, John Hastings Turner
  • Producteurs: Michael Balcon
  • Titre: Le Fantôme Vivant (France)
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Boris Karloff, Ernest Thesiger, Cedric Hardwicke, Dorothy Hyson
  • Année: 1933

2 comments to The Ghoul

  • princecranoir  says:

    Comme tu parles bien de cette vieille péloche poussiéreuse ! Un petit film oublié et peut-être à bon droit puisqu’il s’avère être aussi palpitant que la découverte d’une momie de cancrelat dans les sables de la Vallée des Rois. Le pauvre Karloff se débat en vain, suffoquant sous le pouvoir soporifique d’un film qui n’a d’égal que l’agacement que procure le personnage féminin. Certes, tu as raison d’insister tout de même sur l’atmosphère qui, confiée aux bons soins du chef op’ de « Nosferatu », ne pouvait être autrement que sépulcrale.

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