La Terreur des Morts-Vivants

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Norman J. Warren, le plus british des artisans du bis, ne posait pas son regard que sur ses fiers ancêtres que sont Terence Fisher, Val Guest et autres John Gilling. En effet, avec sa Terreur des Morts-Vivants, l’Anglais tentait de nous prouver qu’il était également capable de rivaliser avec les ritals…

 

Attention spoilers !

 

Que les fans de Romero, Fulci ou du duo Fragasso/Mattei se calment sur le champ : il n’y a pas plus de zombies dans La Terreur des Morts-Vivants que d’humour dans les sketchs d’Omar et Fred. Ce titre français pondu pour surfer sur la vague de vieux cadavres qui déferlait dans tous les bons vidéoclubs cache en fait Terror, blase passe-partout qui ne dit pas grand-chose, il est vrai, mais ne cache dans tous les cas aucun mort-vivant. Si c’est une visite au cimetière dont vous espériez profiter en faisant l’acquisition du DVD jadis édité par Neo Publishing, DVD par ailleurs trouvable à un prix dérisoire, autant revoir vos plans. Terror (mieux vaut oublier le titre français) préfère en effet les jupes des sorcières à la chair putréfiée, ce que l’on ne pourra par ailleurs pas lui reprocher. Sorti en 1978, ce quatrième long-métrage de Norman J. Warren débarque donc dans une Angleterre qui perdait depuis quelques années déjà de son influence dans le petit monde de l’horreur sur bande magnétique. La Hammer peinait à rester dans le coup, tout comme sa rivale la Amicus, toutes deux un peu dépassées par un cinéma de genre qui misait de moins en moins sur le décorum et l’ambiance pour laisser plus de place à une violence graphique et âpre. Quelques réalisateurs sévissant dans le coin parvinrent tout de même à prendre le pli, tels Antony Balch (le génial Horror Hospital) ou Michael Reeves (The Sorcerers, Le Grand Inquisiteur), tentant de moderniser et de rendre plus virulent le bis made in England. Malheureusement, peu de metteurs en scène profitèrent d’une longue carrière, certains abandonnant le job après un ou deux films tandis que d’autres décédèrent en pleine ascension (une pensée pour le pauvre Michael Reeves). Dans cette nouvelle vague de l’épouvante british, peu de noms semblent donc revenir fréquemment, les nouveaux arrivants ne semblant être que des étoiles filantes n’illuminant l’obscurité que le temps d’une nuit. Warren, pourtant, parviendra à durer plus longtemps que la plupart de ses confrères, débutant sa carrière à la fin des sixties pour la conclure dans les eighties avec Réveillon Sanglant. Enfin la conclure au niveau des longs-métrages, du moins, puisque le gaillard continue à réaliser quelques courts de nos jours… En voilà un qui ne lâche rien et qui a bien raison !

 

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Au fil des films et des efforts, Norman J. Warren est donc parvenu à devenir une vraie figure du bis, pas nécessairement un réalisateur admiré par une horde de cinéphiles, mais un petit personnage culte. Ses L’Esclave de Satan, Le Zombie venu d’Ailleurs, Inseminoid et autres Réveillon Sanglant, tout inégaux soient-ils (pas de classique indémodable dans le lot, il faut bien le dire) ont tous leur petit charme et se revoient encore aujourd’hui avec une certaine tendresse, quand bien-même le bisseux n’en oublie pas non plus les quelques défauts parfois gênants que l’on peut y trouver. Des soucis souvent imputables à une certaine modicité, les œuvres de Warren étant loin d’être des blockbusters. Ce sont des petites Séries B sans prétention, dotée du seul but qu’est le divertissement horrifique, avec la noble volonté de se référer aux grands anciens du genre tout en amenant un surplus de gore pour rajeunir l’ensemble. Terror se cale d’ailleurs totalement dans cette optique, sa seule mission étant de faire passer 80 minutes agréables, sans prendre la tête de son public justement venu pour se la vider un bon coup. Cette quatrième réalisation du bonhomme fut dans tous les cas plus facile à monter que les précédentes, le succès de L’Esclave de Satan, la précédente livraison du Norman, favorisant une mise-en-chantier plus agréable. Warren le précise lui-même : il n’a eu aucun problème financier lors de l’élaboration de son film, qu’il ne fait pas sans être sous influence… Et je ne parle ni de celle des fonds de bouteille ni de celle de la coke, mais bel et bien de celle d’un certain Dario Argento, l’étalon italien du cinéma bis des seventies… Remarquez, vu ce que le rital s’envoyait dans le nez à l’époque, être sous son influence revient indirectement à être sous celle de la poudre blanche… Reste que l’ami Norman a vu Suspiria, sorti en 1977, et que ce fut pour lui un trip loin d’être désagréable puisqu’il décida de s’en inspirer pour son Terror, débarqué un an plus tard… Ainsi, puisque le bon Dario s’amusait à balancer une vieille sorcière dans un milieu artistique, celui de la danse classique, le brave Norman fera de même en planquant une mégère sous la moquette d’un studio de cinéma…

 

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Le film débute d’ailleurs sur la chasse d’une sorcière, poursuivie dans les bois par un seigneur et ses sbires, qui l’attachent sur un poteau et se lancent dans le barbecue de leur vie. Mais avant de finir en bacon, la vilaine promet que le noble souffrira d’une horrible malédiction touchant également toute sa descendance… Le malheur n’attend d’ailleurs pas bien longtemps puisque le pauvre homme se fait immédiatement attaquer par une paire de bras sortis du mur pour l’assassiner… The End. Comment ça, « The End » ? Terror ne durerait que quelques minutes ? Séchez vos larmes, tout cela n’était qu’un film dans le film, preuve en est faite lorsque nous découvrons que nous suivions les dernières minutes de ce faux métrage en compagnie de quelques gens du milieu cinématographique. Dont le producteur de la bande, James, qui explique très vite que sa production se base sur des faits réels, ceux vécus par ses ancêtres, bel et bien damnés par la sorcière… Le nabab est dès lors persuadé qu’il connaîtra une mort atroce, tout comme les autres membres de sa famille, tous décédés dans la douleur… Il finit d’ailleurs par faire peur à sa cousine, Ann, la dernière branche de l’arbre généalogique à encore tenir debout avec lui, qui semble perdre la boule lors d’une séance d’hypnose et attaque même James avec une épée… Hasard de la vie ou irréfutable preuve du retour de la sorcière dans les parages ? Allez savoir ! N’empêche que l’entourage de nos deux héros commence à être raboté, leurs amis finissant assassinés, les uns après les autres, sans trop que l’on puisse dire si c’est la faute d’Ann ou de James, tous deux semblant assez fragiles psychologiquement pour s’être changés en de cruels meurtriers… Pas de doute, il y a du giallo là-dedans, cela saute même si vite aux yeux que l’on en a la cornée griffée, Norman tentant de marier la structure scénaristique établie par Bava, Argento et les autres à un univers typiquement british. N’espérez pas retrouver une chaleur transalpine ici, la grisaille, la pluie et le froid britanniques étant de la partie, enveloppant une intrigue qui aurait pu être réalisée par Sergio Martino.

 

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Warren a d’ailleurs si bien étudié les travaux de ses confrères latins qu’il repique quelques idées ou séquences, principalement à Suspiria d’ailleurs. Jessica Harper quittait la modernité d’un aéroport pour une forêt fendue par une pluie torrentielle, assistant à la fuite d’une demoiselle qui allait bientôt périr ? Et bien l’une des demoiselles de Terror quittera Londres pour aller se perdre dans des bois eux aussi humidifiés par une sévère averse, rentrant dans une maison abandonnée pour s’y mettre à l’abri avant de se demander si un maniaque ne l’a pas suivie… La palette de couleur d’Argento passera aussi sous la photocopieuse, d’ailleurs, quelques scènes se retrouvant avec des éclairages verts et rouges plutôt agressifs, laissant peu de doutes sur l’attirance dont fait preuve Warren envers le cinéma du maestro. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, avouant franchement que Suspiria fut pour lui une nouveauté, une originalité qui le séduisit sans détour, au point qu’il ne trouve pas bien grave que son Terror souffre d’un manque de logique. Plusieurs personnages sont en effet inutiles ou disparaissent du film sans crier gare (notons que l’un des acteurs subit une crise d’épilepsie qui le tint éloigné des plateaux pour quelques temps, un coup dur pour Warren qui n’y pouvait bien entendu rien), des évènements manquent de clarté,… Mais après tout, puisque Suspiria ne s’embarrassait d’aucune logique, pourquoi l’Anglais se gênerait-il ? Pas besoin d’un scénario trop rigoureux, donc, Warren préférant se concentrer sur ses effets horrifiques, qui ne seront donc pas trop dérangés par des scènes d’exposition ou de dialogues, peu nombreuses. Notre bisseux qui boit du thé n’a d’autre ambition que celle de fournir un film d’horreur finalement assez basique, ce que son titre laissait présager. On sent bien que l’intrigue de la sorcière sert de prétexte pour aligner les séquences présentées comme effrayantes, ce qu’elles ne sont d’ailleurs pas toujours…

 

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Si quelques séquences font mouche, comme ce meurtre assez violent dans une cage d’escalier, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler une scène d’Alice Sweet Alice, ou cette longue errance dans la nuit (qui ne proposera aucun meurtre, cela dit), d’autres prêtent un peu à sourire. Comme ces parties avec une voiture en roue libre, qui s’amuse à écraser la police ou à s’envoler dans les branchages, le tout avec une mollesse qui annihile tout effet. Largement moins ratées mais tout aussi rigolotes ces quelques minutes durant lesquelles un employé du studio de cinéma se fait attaquer par le décor puis par de la pellicule, une grosse masse de bandes magnétiques tentant d’avaler le pauvre homme. Original mais pas franchement bien utilisé, même si le tout est rattrapé par les fameux éclairages hérités du cinéma d’Argento et une conclusion plutôt sympathique… D’ailleurs, cet esprit très italien s’invite également dans la conclusion de Terror, qui ressort les lueurs verdâtres lors de l’arrivée de la fameuse sorcière, dont on finissait par douter de l’existence puisque Warren s’amusait à faire peser les soupçons sur James et Ann durant tout le film. Mais elle existe bel et bien, ce dont on ne doutait plus depuis quelques minutes déjà, amoindrissant l’impact de sa belle arrivée… Une séquence qui la voit affronter le ou la dernière survivante (je ne vais tout de même pas tout dire !) lors de quelques minutes fleurant bon le cauchemar. Le film se termine par ailleurs de manière très abrupte, sur la plus belle scène du film, permettant à cette Terreur des Morts-Vivants de finir son parcours sur une très bonne note. Une bonne chose pour Warren qui, avant cela, ne se montrait pas plus inspiré que cela. Oh, le travail ici abattu n’est pas honteux, mais on ne peut pas non plus dire que l’on tient là une beauté intégrale. Car hormis les passages à la Argento, il n’y a pas de scène franchement marquante, la faute à une réalisation assez simple, sans réel enthousiasme. Warren filme correctement mais sans génie, drapant d’un bel ennui toutes les parties où ça jacte… Pour ne rien arranger, les acteurs ne sont pas franchement des monstres de charisme…

 

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Car si les filles sont bien jolies, elles ne crèvent pas l’écran, pas plus que ces messieurs que l’on n’oublie dès que le DVD est éjecté du lecteur. Notons que le fameux James est incarné par John Nolan, qui n’est autre que l’oncle de Christopher Nolan, le réalisateur de films surestimés. Le tonton Nolan nous offre ici une prestation toute en retenue, guère éloignée de celles de Steven Seagal ou de Keanu Reeves, puisqu’il ne soulève pas un sourcil de tout le film. Ce manque d’expression a d’ailleurs amené quelques interrogations, certaines personnes se demandant si l’on ne tenait pas là un acteur particulièrement foireux, ce que l’on peut comprendre. Warren balaie ces suspicions en assurant que cela vient avant tout du personnage, si convaincu de sa mort prochaine que tout ce qui se déroule autour de lui n’a rien de surprenant à ses yeux. Reste que ces petits défauts n’aident pas vraiment à se passionner pour l’ensemble, qui manque un peu d’intérêt. La faute à un début en fanfare se trouvant être à double-tranchant. Car si ces premières minutes du film dans le film permettent de présenter la légende de la sorcière tout en plantant très facilement le décor du monde du cinéma, elles peinent à présenter les protagonistes principaux de manière convaincante. Tant et si bien qu’après que la moitié du film soit passée, on ne sait toujours pas qui nous devons considérer comme le premier rôle, tout en se rendant bien compte que l’on ne suit pas ici un film choral. Terror semble en fait très décousu, un fait assumé par un Norman J. Warren qui ne semble pas se rendre compte que si tout cela se justifie une fois le générique de fin débuté (puisque la conclusion à un aspect un peu onirique), cela empêche également le spectateur de se passionner pour l’affaire… On suit en effet tout cela sans s’impliquer, les bons moments capables de réveiller l’assistance arrivant trop tardivement tandis que les différents protagonistes ne sont pas assez attachants pour que leur sort nous inquiète.

 

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Loin de moi l’idée de présenter Terror comme un mauvais cheval, cependant, d’autant qu’il accélère le galop lorsque la ligne d’arrivée est en vue. Mais la course manque malheureusement de piquant, ce vrai petit giallo fantastique se suivant avec les yeux mi-clos. On tient ici ce genre de bisseries qui nous semblent meilleures une fois terminées, lorsque l’on a tous les éléments en main, que lorsque l’on est planté devant. Ni un grand film ni une honte intégrale, cette quatrième proposition de Warren correspond finalement assez bien à son cinéma, plutôt généreux mais souvent inégal, dont on se souvient surtout pour quelques fulgurances disséminées ici et là. Il y a ainsi toujours un petit quelque-chose à voir, une petite originalité qui justifie la vision. Ca ne loupe pas avec Terror, médiocre mais loin d’être antipathique.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Norman J. Warren
  • Scénarisation: David McGillivray
  • Producteurs: Les Young, Moira Young, Richard Crafter
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: John Nolan, Carolyn Courage, James Aubrey, Sarah Keller
  • Année: 1978

2 comments to La Terreur des Morts-Vivants

  • Roggy  says:

    Très bonne chronique de ce petit film de Norman J. Warren dont je préfère le « Inseminoïd ». Et quel courage de ta part de visionner un film avec l’oncle de Christopher Nolan ! 🙂

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