Class of Nuke’em High (Atomic College)

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Les vacances sont finies et pour les plus jeunes est venu le difficile devoir d’aller reposer leurs petits culs sur les bancs d’école. Pour donner un peu d’espoir aux étudiants et écoliers forcément déprimés, la légendaire firme Troma décida dans les années 80 de leur montrer avec Class of Nuke’Em High que l’école, ça peut être sacrément fendard quand on y met du sien !

 

Nous sommes au milieu des années 80 et Troma vit son quart d’heure de célébrité, son heure de gloire. Après des années à enchaîner les ratages comme la catastrophe Big Gus, What’s the Fuss ? dans les seventies, les compères Lloyd Kaufman et Michael Herz parviennent enfin à créer quelques petits succès comme Squeeze Play !, qui permettra même au duo de s’offrir des locaux. Après deux autres comédies du même tonneau, Troma passe finalement aux choses sérieuses avec The Toxic Avenger, classique du cinoche indépendant gore qu’il n’est plus nécessaire de présenter. De quoi donner des ailes radioactives à Kaufman et Herz, qui décident de ne pas trop s’éloigner du baril toxique dans lequel ils ont plongé avec leur précédente production (et réalisation). Si le public a aimé cette fière série B mélangeant humour corrosif, gore et esprit très BD, aucune raison de ne pas lui redonner le même bol de céréales atomiques pour déjeuner ! Des usines Troma sort donc en 1986 (soit deux ans après la naissance de Toxie) Atomic College, alias Class of Nuke’Em High, titre original qui à l’origine se nommait juste Nuke’Em High. En bons tacticiens, les têtes pensantes de la firme troma-tisante décident de rajouter le terme « Class of » pour que le public confonde leur production avec Class of 1984, film populaire s’il en est. Histoire de récompenser un fidèle collaborateur, Richard W. Haines, Lloyd et Michael décident de laisser les rênes de la réalisation à ce jeune homme qui fut également leur monteur sur leurs dernières sorties. Cela tombe bien, le Richard n’attendait justement que cela et désirait porter à nouveau la casquette de metteur en scène. Une nouvelle expérience de courte durée, cependant, l’apprenti réal quittant bien vite le poste pour être relégué au rang de capteur d’images de la deuxième équipe, s’occupant des plans d’inserts et autres tâches secondaires du même acabit, le rôle de grand chef revenant au plus expérimenté Kaufman. Les raisons de ce remplacement ne sont d’ailleurs pas claires, Kaufman expliquant dans son premier livre All I Need to Know about Filmmaking I learned from The Toxic Avenger que les acteurs du film sont venus se plaindre de Haines dès le premier jour de tournage, poussant l’Oncle Lloyd à prendre les choses en main. Une version qui n’est pas vraiment partagée par les comédiens, qui racontent qu’ils n’ont jamais vraiment su pourquoi le pauvre Richard fut ramené sur le banc des remplaçants… Enfin, lors d’une déclaration plus récente, Kaufman semblait changer de récit, sous-entendant que Haines était trop stressé pour le boulot et préférait que le boss reprenne l’affaire, histoire d’être soulagé…

 

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A vrai dire, ces explications ne sont pas très crédibles, quelles qu’elles soient, tout simplement parce que Haines avait déjà réalisé un film avant Class of Nuke’Em High pour Troma : Splatter University, un slasher. D’ailleurs, précisons qu’il réalisera encore quelques bandes plus ou moins régulièrement par la suite, et ce jusqu’en 2009. Pas franchement le comportement d’un gars prit de panique à l’idée d’emballer une pelloche, ce qui laisse finalement imaginer que le Kaufman n’était tout simplement pas très satisfait de la méthode de travail de Haines et qu’il l’a donc viré et remplacé… Est-ce qu’il n’ose pas l’avouer pour ne pas dire du mal de son protégé d’alors ou souhaite-t-il éviter de passer pour un tyran ? Mystère ! Il est également fort possible, bien entendu, que je me trompe sur toute la ligne, mais je ne fais que vous dire ce que j’en pense… Quoiqu’il en soit, il semblerait que Kaufman avait fait la bonne opération puisque son Atomic College sera un franc succès en vidéo, restant même leur cassette la plus vendue durant un bon moment. Le résultat aurait-il été le même si Haines était resté aux manettes ? Nous ne le saurons jamais vraiment mais pouvons tout de même imaginer que le succès du film tient malgré tout à la personnalité d’Uncle Lloyd, qui déborde de chaque séquence. Après tout, toute personne ayant vu The Toxic Avenger attendait de Troma une bisserie du même ordre et qui d’autre que le vieux Kauf’ pour les satisfaire ? D’ailleurs, les adhérents à Troma en auront eu pour leur fric puisque de toute évidence Class of Nuke’Em High propose tous les éléments qui ont fait le succès de l’enseigne : une imagerie toxique et nucléaire, un humour gras comme un burger à dix étages, du gore bricolé avec de maigres moyens, des personnages hauts en couleurs, des jolies filles prêtent à dévoiler leurs charmes (qui vont généralement par deux), des acteurs qui en font des tonnes et une bande-son rock’n roll plutôt clichée. Tout ce dont on a besoin, en d’autres mots !

 

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Bien mal placée est l’école de Tromaville, située juste à côté d’une centrale nucléaire qui, lorsqu’elle a un problème, contamine les adolescents en premier lieu. Mieux vaut en effet ne pas boire d’eau du robinet en sortant du cours de musique, vous risqueriez bien d’avaler une gorgée de Destop prête à vous faire fondre comme de la neige au soleil, en témoigne l’intro du film qui le prouve avec la mort d’un pauvre garçon qui se change en vomi de lynx malade. Mais visiblement, ces dangers sont le moindre souci des gosses, plus préoccupés par la baise d’un côté (ça se comprend) et par un gang de voyous, les Cretins, s’amusant à faire régner la terreur dans les couloirs de l’autre. Ces fameux punks qui semblent pour certains sortis d’une Mad Maxerie ritale passent en effet tout leur temps à foutre un bordel pas permis, rackettant et tabassant leurs camarades quand ils ne leur vendent pas des joints. Et leur plantation de marijuana n’est pas plantée nulle-part : elle se trouve dans la fameuse centrale nucléaire de Tromaville, ce qui donne des pousses particulièrement énormes et permet donc de s’offrir un gros stock d’herbe qui fait marrer à revendre. Mais comme vous vous en doutez, les effets de la fumette ne se font pas attendre et ne se résument pas à quelques yeux rouges ou sourires stupides. Et oui, les pourtant bien sages Chrissy et Warren, étudiants modèles et romantiques que l’on a forcés à fumer, commencent à subir des transformations. Car si de prime abord ça les aide à se dérider et leur permet de passer la seconde au niveau de leur relation en allant souiller quelques draps, ils se rendent très vite compte que tout ne va pas si bien, Warren se transformant en un monstre épris de justice et Chrissy se retrouvant avec un abominable polichinelle dans le tiroir. Une créature qui finira par aller faire sa vie dans les canalisations du collège et grandira a vue d’œil pour devenir de plus en plus dangereux… Un monstre qui se balade dans les chiottes et les éviers, un brave type transformé en un super-héros dégueulasse, des racailles violentes bien comme il faut, pas de doute le diner est complet et bien copieux !

 

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De toute évidence, avec Class of Nuke’Em High, Troma tente de réitérer le succès de Toxic Avenger, reprenant la plupart des éléments qui en font un film de légende. Plusieurs séquences semblent ainsi avoir été empruntées au précédent métrage de Kaufman, à peine maquillées pour que le chef ne soit pas accusé de ne pas trop se fouler : une mémé est attaquée par les Cretins (c’était un gosse dans Toxic Avenger), le héros se transforme en un surhomme baveux et va régler leur compte à des indélicats dans une ruelle (ce qui rappelle les premiers pas de Toxie), le vilain et obèse chef de l’usine nucléaire est incarné par R.L. Ryan qui avait déjà un rôle similaire en tant que maire de Tromaville dans le hit de Troma (l’acteur décédera malheureusement à 44 ans d’une crise cardiaque assez peu surprenante…), les comédiens Robert et Jennifer Prichard (qui se sont connus sur le set de Toxic Avenger et se sont ensuite mariés) incarnent à nouveau la jeunesse dépravée et brutale,… Et puis, de manière générale, les deux bandes se ressemblent de toute façon par la méthode Troma : même cinématographie, même exagération constante, même refus du réalisme. Et même critique de la pollution et des puissants, qui empoisonnent le bon peuple sans se soucier des répercussions, une accusation loin d’être rare chez Kaufman qui, deux décennies plus tard, s’attaquera aux fast-foods avec la même véhémence teintée d’humour via Poultrygeist. Tout est là et bien à sa place en somme pour que les Tromites (comprendre les fans de Troma) ne soient pas perdus en terre inconnue. Il est d’ailleurs probable que Kaufman et le discret Michael Herz, qui pour la première et dernière fois s’offre un caméo à l’écran, n’aient jamais eu l’intention de réinventer la roue avec Class of Nuke’Em High. Le but était plutôt de confirmer leur statut de faiseurs de séries B fauchées mais généreuses en sang, en slime et en tétons, en un mot asseoir un peu plus la recette miracle. Pour autant, Atomic College se distingue de son glorieux prédécesseur en jouant la carte du teen movie, genre avec lequel le studio connut ses premiers succès. Bien sûr, Kaufman verse sur tous ces gosses un coulis bien épais de jus radioactif, mais on n’est jamais très loin d’un Sauvé par le Gong malgré tout, ce qui n’est par ailleurs jamais problématique, au contraire. On retire du plaisir à voir Troma salir à ce point les clichés de la teensploitation, Lloyd (et un peu Richard Haynes, donc) retournant clairement les archétypes. Ainsi, les deux ados parfaits et prudes finissent par s’envoyer en l’air dans une scène très chaude dès la première bobine tandis que les gentils professeurs deviennent des membres des Cretins, la si amicale prof d’allemand devenant une véritable furie lorsqu’elle tombe amoureuse de Spike, le chef de la sinistre bande.

 

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Evidemment, Troma oblige, les personnages sont hauts en couleurs, à commencer par la bande des Cretins, les héros étant finalement des personnages assez lisses comme on en croise très fréquemment dans le genre. De quoi laisser la place à nos violents punks, qui ont tous des looks incroyables : demoiselle coiffée comme une punkette mais portant une moustache Hitlérienne, un motard black représentant une véritable caricature du sauvage avec anneaux dans le nez et gros os en guise d’arme, gaillard avec une queue de cheval gigantesque et j’en passe ! Le plus charismatique est d’ailleurs Spike, qui fait un leader mémorable, que l’on verrait bien sortir d’un post-apo ou d’une bisserie tapant dans la fantasy ! Il est indéniablement le personnage culte du film, effaçant sans trop de mal le couple de héros, bien trop gentillets pour être mémorables. On sera d’ailleurs un peu étonnés de ne pas avoir de nerd ou de marginal en guise de protagoniste principal, Troma nous ayant habitué à des premiers rôles plus originaux. Pas de surprise par contre niveau effets spéciaux, bien sûr assez éloignés des travaux de Rick Baker ou Rob Bottin mais néanmoins assez réjouissants. Si l’on a quelques têtes coupées qui ne font pas illusion, on croise aussi un monstre qui fait bien son office, sorte de gros hérisson gluant à la peau de concombre. La bête est plutôt bien foutue même si elle ne fut jamais terminée, forçant Kaufman à la filmer petit bout par petit bout ! Cela n’en fonctionne pas moins bien pour autant, tout comme nous sommes toujours satisfaits de retrouver quelques jeunes gens crachant une mousse dont la couleur verte trahit ses origines chimiques ! En un mot, on est en plein dans l’univers déjanté et rock’n roll de Troma et il n’y a définitivement pas de quoi se plaindre. Ou presque !

 

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Car il faut bien un problème quelque-part et c’est ici le script qui loupe le coche. Je vous vois venir : chez Troma, les scénarios on s’en fout. Ce n’est pas faux mais cela n’empêche pas une certaine frustration lorsque l’on découvre une bonne idée mal exploitée. Comme précisé plus haut, le récit se lance un peu dans la drugsploitation, révélant que les gosses vont être contaminés par la marijuana récoltée à côté du site nucléaire. L’ennui, c’est que cette menace n’est pas poussée bien loin. On voit pourtant plusieurs élèves s’envoyer une taffe… pour rien puisqu’il ne leur arrivera rien, les seuls à subir des effets étant les deux héros. Cela nous offre une scène amusante (le héros et son zgeg qui grossit encore et encore) et une autre assez dégueu (le ventre de la demoiselle qui gonfle pour finir par avoir une queue de tétard qui sort du nombril) mais cela fait malgré tout fort peu puisque nous imaginions que toute l’école se transformerait en mutants ou allait fondre sous les effets de cette fumette qui ne pardonne pas. Décevant, clairement, mais pas de quoi faire sombrer un film qui tient toutes ses autres promesses et s’avère être l’une des meilleures offrandes du studio. Le rythme y est impeccable et les effets font bien moins fauchés que ce que l’on peut lire habituellement sur le studio, Atomic College valant même mieux, pour une soi-disant série Z, que bien des séries B… Définitivement, si vous cherchez du fun, il suffit de retourner sur les bancs de cette école de dingues !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lloyd Kaufman, Richard W. Haines
  • Scénarisation: Lloyd Kaufman, Richard W. Haines, Mark Rudnitsky, Stuart Strutin
  • Producteurs: Lloyd Kaufman et Michael Herz
  • Titre original: Class of Nuke’em High
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gil Brenton, Janelle Brady, Robert Prichard, R.L. Ryan, Brad Dunker
  • Année: 1986

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