Génération Perdue

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L’adolescence, c’est pas facile. On commence à puer de la gueule, on se choppe des boutons à la mayonnaise sur la tronche, on en a plein le cul de l’école et les sautes d’humeur sont de plus en plus fréquentes. Imaginez maintenant qu’en plus de tous ces désagréments vous vous retrouvez embrigadés dans une troupe de vampires et je vous dis pas le bordel…

 

 

C’est malheureux pour lui mais aux yeux de beaucoup, Joel Schumacher restera l’homme derrière le navrant Batman et Robin, stade final de ridiculisation pour notre « Dark Knight », qui ne s’en est d’ailleurs pas totalement remis et s’est senti obligé de passer par la case Christopher Nolan, pas forcément plus bandante si l’on garde en souvenir sa très mauvaise dernière aventure. Mais si Schumacher peut donner dans le mauvais, il peut tout aussi bien apporter du bon, comme le prouve Chute Libre, belle chronique d’un pétage de plomb, ou le polémique 8mm, plongée dans l’enfer du snuff movie qui n’évitait pas le ridicule lors de certains moments mais se trouvait être au final un thriller particulièrement agréable et cradingue. Bref, avec Schumi, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre, le pire se mélangeant au meilleur, parfois au sein d’un seul et même film. Est-ce également le cas pour Génération Perdue, l’un de ses films les plus cultes, un succès tel que vingt-et-une années plus tard une suite débarquera en catimini, esquivant les salles de cinéma pour mieux se vautrer dans le DTV ? Génération Perdue 2 est donc venu au monde en 2008 en rameutant Corey Feldman, l’un des personnages principaux du premier film, de retour dans la peau de l’un des deux frères Frog, l’autre frangin étant malheureusement coupé au montage de cette première suite. Première suite car, comme vous l’imaginez bien, un troisième opus, Génération Perdue 3: L’origine du mal suivit en 2010, tout aussi discrètement que le précédent. C’est que s’il fut un Goonies et peut-être le pire ennemi de Jason Voorhees dans les eighties, le pauvre Corey en est aujourd’hui réduit à aligner les séries B, voire Z, comme à l’usine pour espérer exister encore un peu dans le paysage audiovisuel. Et l’on parle d’ailleurs d’un quatrième opus des Lost Boys, titre original de Génération Perdue, toujours avec l’intéressé! On capitalise sur ce qu’on peut… Mais revenons, si vous le voulez bien, sur les débuts de cette saga déclinante…

 

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Nous sommes en 1987 et les vampires ont la cote dans le cinéma fantastique à l’américaine. Mais pas questions pour les maîtres de la nuit de rester coincés dans leurs caveaux gothiques d’antan, nos suceurs de sang ayant visiblement l’envie de quitter les châteaux poussiéreux dans lesquels ils reposaient jusque-là. C’est dans une volonté de modernisation que ces monstres aux dents longues se mélangèrent donc au road-movie désertique dans l’excellent Aux Frontières de l’Aube en cette même année 1987 ou décidèrent de se frotter à l’humour en affrontant un bisseux pur jus dans le génial Vampire… vous avez dit vampire ? sorti de son côté en 1985. Aux poubelles les vieilles capes, les bagues aux doigts et les véhicules hippomobiles, nos vampires se mettaient à la mode en arborant des vestes en cuir, en se perçant les oreilles et en chevauchant de grosses motos! La tendance n’allait certainement pas s’inverser, le retour en arrière n’étant plus possible pour quelques années encore (il faudra attendre le Dracula de Coppola et l’Entretien avec un Vampire de Neil Jordan pour que le gothique redevienne cool). Et ce n’est pas sur ce Lost Boys qu’il fallait compter pour nous ramener dans les cryptes sales et les vieux cimetières puisque le film est tout aussi ancré dans son époque que les précédents exemples, amenant avec lui les thématiques dans l’air du temps. Ici, le divorce, puisque nous retrouvons les pauvres ados Michael (Jason Patric) et Sam (Corey Haim, vu dans le lycanthropique Peur Bleue, à ne pas confondre avec le film de requins de Renny Harlin) Emerson, obligés de déménager dans la ville côtière de Santa Carla suite à la séparation de leurs parents. Désormais forcés de se créer de nouveaux repères dans la maison de leur grand-père en compagnie de leur mère, les deux ados partent à la conquête de nouveaux amis. Mais le plus âgé Michael tombe bien vite amoureux d’une mystérieuse jeune fille qui l’attire malgré elle dans sa bande, composée de voyous menés par l’énigmatique David (Kieffer Sutherland, fils de son père, mais aussi de son frère Angus, qui jouera dans le deuxième pour y tenir un rôle similaire). Mais nous n’avons pas là de simples fouteurs de merde comme il en existe tant, les nouveaux amis de Michael sont des vampires et ils viennent de transformer leur nouvelle recrue, qui n’apprécie guère le changement dentaire qui s’opère chez lui… Pour les frères Emerson, une seule solution: éradiquer le chef des vampires pour que l’ainé retrouve son humanité!

 

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Si Génération Perdue peut nous permettre d’allumer notre pipe et mettre notre plus beau costume pour discuter devant une petite coupe de champ’ de la profondeur du script, qui mélange la transformation adolescente et celle, plus monstrueuse (quoique…), des vampires, il faut bien admettre que c’est surtout la forme du film qui hypnotise. Non pas parce que la réalisation de Schumacher est particulièrement réussie, elle est recevable mais ne nous défrisera pas les poils de cul pour autant, mais parce que le film est une véritable photographie des années 80! Chemises aux couleurs criardes, vidéoclubs, gamins qui font du vélo et lisent des BD, punks à tous les coins de rues, chevelures frisées dignes des mecs de Mötley Crüe, pop-rock bien de l’époque,… Si un film ne peut pas cacher son appartenance aux eighties, c’est bien Génération Perdue! Ce qui est une arme à double-tranchant, les nostalgiques se replongeant dedans avec autant de joie que les allergiques à cette décennie rejetteront ces looks des plus datés. Il faut bien dire que l’œuvre de Schumacher aurait bien du mal à se faire passer pour un truc sorti ces derniers mois tant il est tatoué aux couleurs des années 80. On y retrouve d’ailleurs ce ton si particulier de l’époque, ce mélange de décontraction totale avec une pincée d’horreur elle très sérieuse, ces scènes humoristiques qui côtoient celles d’épouvante. Lost Boys fait clairement partie de ces films définissant parfaitement ces dix années que l’on regrette souvent avec la larme aux yeux et si vous avez des rejetons, peu de films pourront leur montrer en aussi peu de temps les us et coutumes geeks de l’époque. Et s’ils trouveront forcément le tout un peu trop vieillot à leur goût, ils devraient tout de même passer un moment peu désagréable puisque l’entreprise se regarde comme un bon spectacle pas prise de tête, tous publics. Et c’est sans doute là qu’est le problème.

 

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Car il ne faut pas se voiler la face: Génération Perdue est un film fantastique aux ambitions commerciales plus élevées que la moyenne des séries B de l’époque. Nous avons là un pur film de la « A-List » dont le but évident est de plaire au plus grand monde, et en particulier aux adolescents en leur offrant un divertissement simple et efficace qui les fera rire régulièrement (car il y a quelques gags assez rigolos, surtout ceux concernant le grand-père) tout en évitant soigneusement de leur souiller le calbute. Et oui, rien n’est effrayant ici, et l’on peut sérieusement douter que l’équipe ait tenté de nous coller la pétoche de notre vie puisqu’à part une scène plutôt réussie niveau tension (lorsque les héros se préparent à accueillir les vampires dans le climax), c’est le calme plat niveau horreur. La seule scène un peu violente, montrant les saigneurs de la nuit éparpiller quelques punks qui faisaient un feu de nuit, souffrant d’un montage très cut qui ne laisse aux plans gore que de furtives apparitions. Très frustrant, d’autant que les vampires ne font pas grand-chose, si ce n’est quelques pirouettes pas très impressionnantes, leurs agissements étant montrés hors-champ dans la majorité des cas. Plus qu’à un film d’horreur, nous avons la sensation d’assister à un clip vidéo, le film est d’ailleurs parfois monté dans ce sens, ce qui nous laisse la sensation d’assister à un produit jetable dont l’ambition s’arrêtait aux quelques semaines d’exploitation qu’il s’offrit en 1987. Génération Perdue n’était pas un film voué à traverser les siècles et devenir un classique et s’il l’est plus ou moins devenu, c’est principalement par nostalgie. Tout comme les pauvres Corey Feldman et Corey Haim n’ont pas franchement perduré, si ce n’est dans des produits que même le plus indulgent des bisseux trouvera bas de gamme.

 

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Les acteurs font pourtant de leur mieux et Jason Patric est plutôt charismatique, que ce soit en héros perdu ou en future menace. Corey Haim fait lui aussi un petit frère geek de très bonne facture et est en tout cas plus convaincant que Feldman, inexpressif au possible. Quant au fils Sutherland, je dois avouer que je l’apprécie aussi peu que j’adore son père, ce qui n’aide pas à savourer sa prestation de grand méchant. Je dois tout de même reconnaître qu’il se débrouille plutôt pas mal pour jouer l’insolence et peut, à l’occasion, sentir le danger. Mais ce n’est pas cette troupe de vampires un peu trop tendances (enfin, tendances il y a trente ans, on se comprend) qui nous fera bondir de notre siège au point de s’en tuer le front au plafond et, dans le genre comédie horrifique, on ne conseillera jamais assez le nettement meilleur Vampire… vous avez dit Vampire ? qui était aussi amusant que flippant et n’hésitait jamais à nous montrer de biens jolis monstres et démons là où Génération Perdue n’a même pas la générosité de nous montrer les vampires en pleine phase de vol! Pas déplaisant mais certainement pas aussi culte qu’on le dit, ce Lost Boys

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joel Schumacher
  • Scénarisation: Janice Fischer, Jeffrey Boam et James Jeremias
  • Producteurs: Harvey Bernhard et Richard Donner
  • Titre original: Lost Boys
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jason Patric, Corey Haim, Corey Feldman, Kiefer Sutherland
  • Année: 1987

4 comments to Génération Perdue

  • Roggy  says:

    Excellente chronique l’ami qui me ramène instantanément dans mon passé de location de VHS (soit-dit en passant, je n’avais pas voir les 10 dernières minutes car la bande était rayée. Juste le son à disposition… 🙂 ).
    C’est marrant car j’écoutais très récemment sur le net la musique du film et sa chanson « Cry little sister » qui est toujours restée dans un coin de la tête. Le film a peut-être un peu vieilli mais à l’époque il remplissait bien son office.

  • VAL le cafard  says:

    De Joel Schumacher, je retiendrais surtout L’expérience interdite,
    qui m’a littéralement effrayé étant gamin… Je suis assez d’accord avec toi,
    Génération perdue n’arrive pas à la cheville d’un Fright Night. J’ai d’ailleurs pas vu le remake, j’ai peur d’avoir peur, mais pas pour les bonnes raisons…

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