Le Monstre du Train

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Jamais lassée d’affronter les désaxés masqués, la Jamie Lee Curtis ! Après avoir montré au père Myers qu’elle a du répondant et survécu à un Bal de l’Horreur qui portait bien son titre, la reine des Scream Queens casse à nouveau le train-train quotidien avec un Terror Train plutôt remarquable…

 

 

Après un Halloween bien évidemment mémorable, il était impossible d’arrêter cette locomotive déchaînée qu’était le slasher. Le genre, populaire au possible dans les eighties, ne s’arrêtait plus et tout le continent américain s’y mettait, Canada y compris. C’est que le pays qui nous a envoyé Céline Dion (merci du cadeau !) savait faire couler le sirop d’érable des gorges tranchées, ce qui est prouvé par quelques titres comme Le Bal de l’Horreur, Humongous ou encore Curtains. Dans le lot, s’il n’est pas le plus connu et se fait voler la vedette par un Prom Night pourtant pas meilleur et sorti la même année (1980), Le Monstre du Train n’en reste pas moins l’un des exemples les plus cités du genre. Plusieurs raisons à cela : la présence de Jamie Lee Curtis au casting, le timing impeccable de la sortie (et ce même si le film ne fut pas un gros succès au box-office) et, surtout, de vraies qualités cinématographiques. Il faut dire que la fiche technique du bouzin a plutôt de la gueule et a tendance à rassurer le chaland. Prenez Roger Spottiswoode par exemple, réalisateur de son état. Certes, il n’a pas une filmographie particulièrement aveuglante, n’empêche qu’il a fini par réaliser un James Bond (Demain ne meurt jamais, clairement pas le pire de la période Brosnan) et un Arnold Schwarzenegger (A L’Aube du Sixième Jour, pas bien terrible mais pas honteux non plus), ce qui ne garantit bien évidemment pas que son premier film (Terror Train, donc) soit une grande réussite. Mais cela laisse tout de même supposer que ses débuts étaient assez soignés pour que, petit à petit, lui soient proposés des projets plus ambitieux, voire de véritables blockbusters. Cela à tendance à rassurer un brin sur les qualités formelles de son petit slasher…

 

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Le film ne déçoit d’ailleurs pas à ce niveau, Le Monstre du Train étant plutôt bien formé : Spottiswoode propose quelques plans très efficaces, a des idées visuelles intéressantes et s’octroie une photographie (signée John Alcott, qui a bossé sur les films de Kubrick, tout de même !) entretenue, suffisamment travaillée pour que le tout fasse « cinéma » sans oublier de garder des zones sombres et une certaine saleté qui s’associe plutôt bien au slasher… Mais tout cela est bien beau mais inutile si le scénario ne suit pas derrière et le bisseux sait d’avance que les slasher demandent un équilibre assez difficile à maintenir. Certes, si un film du genre se vautre et ne parvient pas à obtenir les effets escomptés, ce n’est pas bien grave puisque le spectateur a une certaine tendance à ne pas attendre grand-chose de ce style, souvent perçu (et généralement à raison) comme l’horreur pop-corn par excellence. Il n’est donc pas bien difficile, dans le fond, d’avoir un slasher sympa. Mais en obtenir un très bon, un véritablement réussi, ce n’est pas aussi simple et cela demande un minimum de soin à toutes les étapes de création. On ne confectionne pas Halloween comme on fait The Slumber Party Massacre. Et la première étape vers un slasher réussi, c’est un scénario bien équilibré. Coup de bol, on en tient un avec Terror Train, qui débute de manière assez classique avec la sale blague que font quelques populaires étudiants en médecine à un geek lors d’une fête pour la nouvelle année. En effet, la bande des beaux gosses demandent à Jamie Lee Curtis de faire croire à un pauvre gars qu’elle veut le dépuceler, ce qu’elle accepte timidement. Mais alors qu’il pense se mettre au lit avec la célèbre Laurie Strode, notre nerd de service se rend compte qu’il s’apprête à faire l’amour au cadavre en putréfaction d’une demoiselle que les blagueurs ont sorti de la morgue. Bien sûr, la pauvre victime ne rigole pas, contrairement aux spectateurs qui apprécient le spectacle avec de grands éclats de joie… Trois années passent et le nouvel an arrive, avec cette fois une nouvelle fiesta se déroulant dans un train. Et je vous le donne en mille, le geek qui fut piégé est de retour après un séjour dans un hôpital psychiatrique et il est bien décidé à se venger…

 

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Classique ! Si classique que le thème de la vengeance sera utilisé encore et encore dans le genre, de manière très similaire et ce à toutes les époques, années 80 (citons le très bon Slaughter High et son premier de classe qui en voit de toutes les couleurs et finit défiguré) comme années 2000 (Mortelle Saint Valentin et son pauvre gars accusé d’avoir violé une gamine, ce qui est un mensonge de celle-ci, et se voit humilié et roué de coups par quelques gars sous les rires des demoiselles…). Bien entendu, à l’époque de Terror Train, le principe n’était pas encore trop utilisé, du coup on ne va certainement pas reprocher au scénariste T.Y Drake (qui a également écrit le Folie Contrôlée de 1976, alias The Keeper) d’avoir tapé là-dedans, d’autant que c’est ici fait avec une certaine efficacité et que, de toute façon, cela colle toujours bien au genre. Mais en quoi cela permet-il à Terror Train de s’élever au-dessus de la masse des scénarios du style ? En rien, à vrai dire, la bande ne disposant pas d’un script particulièrement plus original que ceux de ses congénères, mais il se trouve qu’il est plus capable en matière de suspense. L’idée du film est en effet que la fête dans le train est costumée, ce qui permet d’emblée à notre tueur d’agir à sa guise sans être emmerdé. Là où les Jason Voorhees, Michael Myers et autres montagnes tueuses se distinguent de leurs victimes par leur look, l’assassin sévissant sur les chemins de fer se fond dans la masse autant que possible et agit dans une relative discrètion. Et là où le tueur est plus malin que la moyenne, c’est lorsqu’il utilise de manière systématique les accoutrements de ceux qu’il vient d’éliminer, se fondant dans le décor et brouillant encore un peu plus les pistes. D’ailleurs, si nous savons que le tueur est un certain Kenny Hampson, puisqu’il a été introduit (à défaut d’avoir pu s’introduire…) dans la scène d’intro, nous ignorons à quoi le revanchard peut bien ressembler, trois années après les faits. La révélation de son identité est par ailleurs très satisfaisante puisque, pour une fois, on ne peut pas dire qu’on avait deviné dès le premier coup d’œil qui était le coupable. Le Monstre du Train s’amuse à nous diriger vers certaines pistes, à la manière d’un bon roman policier, pour mieux concentrer notre regard dans une direction alors que les éléments louches se déroulent dans notre dos… A la manière d’un tour de magie ?

 

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Il est en effet largement question de magie dans la pelloche, qui a fait appel à David Copperfield, le célèbre illusionniste, venu amuser la meute d’étudiants. Le réalisateur prend donc plaisir à filmer sa star, qui aligne devant nous les tours de magie (par ailleurs plutôt efficaces, même derrière un écran), au point même qu’il perd un peu trop de temps dessus. En effet, Spottiswoode et son scénariste oublient de faire avancer l’histoire lorsqu’ils filment le prestidigitateur en train de trouer des pièces de monnaie ou faire apparaître des roses de nulle part. Mais si tout cela ralentit un peu l’affaire, cela nous laisse également imaginer que les choses ne sont peut-être pas ce dont elles ont l’air, ces spectacles de magie laissant en effet imaginer que notre tuer pourrait être un véritable maître des illusions… Toutes ces scènes de magies ne sont donc pas vaines et favorisent une certaine ambiance et l’incertitude, ce qui est plutôt plaisant pour un slasher puisque, de manière générale, les agités du hachoir agissent de manière très franche. Ils débarquent, se planquent un moment, puis décapitent tout le monde, et on les aime d’ailleurs comme ça. Mais on aime aussi Kenny Hampson, qui n’est pas de ce genre et préfère la sournoiserie à la frénésie meurtrière, avançant de wagons en wagons sans se faire repérer, tel un serpent qui changerait de peau pour obtenir un nouveau camouflage dès que la situation l’exige. Hampson est un tueur mémorable, aucun doute là-dessus et cela se vérifie par ailleurs lors du climax, lorsque l’on peut découvrir le véritable visage de cet ancien timide devenu un véritable détraqué. Il faut ainsi louer le talent de Derek McKinnon, particulièrement bon (il vole la vedette à Jamie Lee Curtis lors de leur face à face final) et effrayant, au point qu’on se demande s’il n’aurait pas été plus flippant sans ses masques… Qui ne sont d’ailleurs pas si mal, à l’exception du deuxième (un gros lézard), le premier étant une réplique du visage de Groucho Marx, qui arbore un avenant sourire qui tranche avec la froideur du regard du monstre caché derrière… Notons également, en fin de parcours, un masque de vieille sorcière, plus classique mais efficace lui aussi…

 

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McKinnon n’est d’ailleurs pas le seul acteur qui mérite d’être noté, même s’il est définitivement celui qui restera gravé dans les mémoires après la vision. Jamie Lee Curtis, bien sûr, fait du bon job en final girl, rôle qu’elle connaît désormais sur le bout des doigts. Elle incarne cette fois une demoiselle moins sage qu’à l’accoutumée : si elle est plutôt sympathique, elle n’est pas la sainte nitouche d’Halloween et ne crache visiblement pas sur une petite partie de cuisses écartées. Elle est bien évidemment la protagoniste principale et celle sur qui tous les regards semblent se tourner, mais le véritable héros n’en est pas moins le vétéran Ben Johnson, qui aura tapé dans le western plus d’une fois et qui fut aussi de The Town that Dreaded Sundown, qui incarne ici un conducteur de train remarquant bien vite que les meurtres s’empilent, le poussant à mener sa petite enquête. L’ajout d’un personnage plus âgé est intéressant et permet, comme La Nuit des Masques peu de temps avant, de ne pas limiter l’œuvre aux adolescents, d’autant que Johnson est un acteur d’une grande justesse. Les gosses (enfin, de grands gosses quand même) ne sont d’ailleurs pas mauvais non plus, et signalons d’ailleurs un nouveau personnage qui se trouve être plus mémorable que la pauvre Curtis, qui manque de place pour se faire remarquer. Ce mecton se nomme Doc et c’est l’enfoiré de la bande ! Celui qui ne joue que des mauvais tours, celui par qui tout débute (le cadavre du début, c’est bien sûr son idée) et qui est, dans une certaine mesure, l’archétype même du pourri nécessaire dans bien des slasher. Il est incarné par un très capable Hart Bochner, qui retrouvera les chemins des fous masqués dans Urban Legend 2 et que vous avez tous vu dans le premier Die Hard. Et oui, le pote de la femme de Bruce Willis qui tente de négocier avec Alan Rickman et finit avec du plomb dans la caboche, c’est lui ! Il est en tout cas parfait dans le rôle du salopard de service, très sûr de lui, mais qui perd les pédales lorsque le carnage éclate, pleurant ses amis disparus avant de tomber dans la paranoïa la plus totale… La bande des futurs condamnés est donc plutôt bonne, sent le naturel et les comédiens sont tous assez crédibles pour que l’on ne ressente pas le besoin d’écrire une lettre de plainte…

 

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Terror Train (on va éviter de trop dire Le Monstre du Train, qui laisse supposer qu’une grosse gloumoute joue les contrôleuses), le slasher parfait ? Pas loin en tout cas, car on tient là un fier représentant du genre, au suspense particulièrement bien tenu et aux personnages plus mémorables que bon nombre de leurs congénères, dont un boogeyman qui ne doit pas rougir face à Jason ou Myers. Il y a un sentiment de vérité qui ressort du film et, pour une fois, on ne se plaindra pas de ne pas avoir un bodycount qui dépasse les dix macchabées, tout simplement parce que le film de Spottiswoode ne joue pas dans la surenchère et tente de rester aussi crédible que possible. Il y parvient parfaitement, jonglant entre grand sérieux et petits coups de second degré, ce qui fait passer la pilule quant aux maigres effets sanglants. Il y a bien une gorge tranchée, des bustes transpercés par des épées ou une décapitation, mais rien de trop graphique, tout comme le tout ne versera pas particulièrement dans la nudité, seule une paire de seins venant timidement passer le bonjour. D’une certaine manière, on peut dire que Terror Train est un slasher plus noble que la moyenne, plus travaillé et méritant que ceux qui suivront les années suivantes. Il y a des défauts, quelques moments un peu plus vides et un rythme en dent de scien, mais il y de l’amour derrière cette belle Série B, qui a des idées (les feux de signalisations dans la chambre au début !) et fait le taff très sérieusement. Un indispensable du genre, en tout cas, que je classe volontiers parmi les plus belles propositions slasheresques !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Roger Spottiswoode
  • Scénarisation: T.Y. Drake
  • Producteurs: Harold Greenberg
  • Titre original: Terror Train
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Jamie Lee Curtis, Ben Johnson, Hart Bochner, Derek McKinnon, David Copperfield
  • Année: 1980

4 comments to Le Monstre du Train

  • VAL le cafard  says:

    Ha ! Je le chronique dans le 4e numéro du Cafard… J’ai été moins charmé que toi !

  • Roggy  says:

    Perso, j’aime bien ce petit slasher du début des 80’s. Et, puis Jamie Lee Curtis ! Et pourquoi pas Gérard Majax dans un petit slasher à la mode « Fromage hexagonal » ? 🙂

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