Les Vierges de la Pleine Lune

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Rien de tel qu’un bon bain de minuit dans du sang de vierges ! Pas convaincus ? Dans ce cas, il ne vous reste plus qu’à vous envoyer Les Vierges de la Pleine Lune et rejoindre la belle Rosalba Neri, qui se fera un plaisir de vous savonner les veines…

 

 

Vous savez comment sont ces coquins d’Italiens, toujours prêts à jouer les Fantomas et se déguiser en Américains pour brouiller les pistes pouvant mener à leur véritable identité. Les Mario Bava, Bruno Mattei, Joe D’Amato, Antonio Margheriti et compagnie ont usé du stratagème à de nombreuses reprises et ils ne sont pas les seuls, Luigi Batzella ayant fait de même lorsqu’il était en activité. Ainsi, ce rital aura sévi sous divers noms comme Paul Hamus ou Ivan Kathanski et dont le plus répandu est Paul Solvay, parfois modifié en Paolo Solvay, ce qui n’aide pas vraiment à faire de lui une figure imposante du bis spaghetti. Il faut d’ailleurs bien reconnaître que la filmographie du Luigi n’est pas franchement celle des autres artisans cités plus haut, peu de films marquants, du moins dans le bon sens du terme, étant sortis de sa caméra. Quelques westerns qui figurent rarement sur les avis de recherche (Pour Django les salauds ont un prix, Les Âmes damnées de Rio Chico), de l’Eurociné à la réputation désastreuse (La Guerre du Pétrole), de la nazisploitation avec Erika : les derniers jours des SS ou The Beast in Heat (qui restera dans les mémoires suite à son atterrissage sur la liste des Video Nasties) et bien sûr un peu d’horreur gothique, un brin coquine, avec Les Nuits Perverses de Nuda, alias Nude for Satan. Si certaines de ces folies bis ont leurs admirateurs, la plupart sont un peu oubliées et ne vivent encore que grâce à la mémoire de quelques historiens des cinémas de quartier comme Alain Petit ou les articles trouvables dans de fiers fanzines. Luigi Batzella, qui fut également un acteur à la vingtaine de rôles, ne sera donc jamais consacré comme un génie du septième art et son décès en novembre 2008 ne semble pas avoir ému grand-monde… Pourtant, l’homme a à son actif une sacrée bobine qui justifie à elle seule que l’on se souvienne de lui : Les Vierges de la Pleine Lune.

 

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Karl Schiller, c’est un peu l’Indiana Jones du cinéma bis made in Italy. Lui, le graal, il s’en fout, ce qui le branche c’est le fameux anneau des Nibelungen, bagouze de légende forgée par un peuple de nains. Et après recherches, notre héros découvre que le bijou serait planqué… dans le château de Dracula ! C’est ce qu’on appelle une sacrée coïncidence, une coïncidence qui nous prouve que le vieux Drac’ aimait les breloques scintillantes ! Comme quoi, les monstres peuvent se montrer collectionneurs, et rien ne nous dit qu’Excalibur ne repose pas dans la cave du Baron Frankenstein, que la lance de Poséidon ne sert pas de fourchette à la créature du lac noir ou que les Tables de la Loi ne sont pas utilisées comme tables à manger par le loup-garou. Reste que le brave Karl sait désormais où chercher et en fait part à Franz, son frère jumeau qui le devance et part pour la Transylvanie pour mettre la main sur l’anneau magique. Bien sûr, avant d’aller frapper à la porte en bois du comte aux dents longues, le bel homme part se reposer dans une auberge tout ce qu’il y a de plus typique. Comprenez par-là que les locaux, en bons clichés qu’ils sont, ne sont guère heureux de voir qu’un visiteur compte mettre son nez dans les affaires du plus connu des vampires tandis que l’aubergiste est le fier papa d’une jeune fille canon. Franz ne perd d’ailleurs pas de temps et emballe la demoiselle, sans doute séduite par son amulette égyptienne. Car notre brave homme est du genre prévoyant et a emporté avec lui une relique venue du pays des pharaons, censée le protéger du mal et donc des vampires. Bref, le gaillard est bien équipé et en profite d’ailleurs pour s’envoyer la fille de l’aubergiste, sans doute hypnotisée par le charme oriental de l’amulette vu qu’elle se laisse galocher par cet homme qu’elle a rencontré il y a tout juste cinq minutes !

 

vierge1Cette amulette égyptienne est magique !

 vierge2Elle refile la chiasse à tous les vampires qui ont le malheur de l’approcher.

 vierges8En plus, elle fait sacrément grossir mon boudin. Tu veux voir ?

 

 

Le problème, c’est que pour que l’objet soit efficace, il faut encore qu’on le porte. Or, Franz oublie le bazar sous son oreiller ! Ca valait bien la peine de se vanter d’avoir en sa possession un tel bouclier si c’est pour l’oublier bêtement ! Mais bon, Dracula n’est plus, c’est bien connu, et il y a peu de chances que Franz trouve des vampires dans le fameux château, n’est-ce pas ? Il y trouve d’ailleurs l’amour, tombant immédiatement sous le charme de la comtesse Dolingen De Vries (beau blase !), maîtresse des lieux à qui il déclare sa flamme après dix minutes de conversation. On ne perd pas vraiment de temps à faire connaissance dans Les Vierges de la Pleine Lune, comme vous l’aurez remarqué et comme vous le remarquerez encore plus tard, la fille de l’aubergiste criant elle aussi son amour au héros, visiblement un tombeur de première ! Mais qu’il ne baisse pas trop sa garde, notre Casanova, car il semblerait qu’il ait trouvé plus fort que lui en la personne de Dolingen De Vries (on ne s’en lasse pas !). La dame n’est autre que la veuve de Dracula et, comme de juste, elle a pour but de vampiriser son invité, dont elle veut faire son nouvel époux… Heureusement, Karl a suivi la trace de son imprudent frangin et déboule à son tour dans les murs rocailleux du château des Tepes, avec l’espoir qu’il ne soit pas trop tard pour sauver l’âme de son frère… Sur le papier, Les Vierges de la Pleine Lune, alias Il Plenilunio delle vergini, a tout du film gothique transalpin classique, ce qui n’est guère étonnant lorsque l’on découvre que le scénariste/producteur du film n’est autre que Ralph Zucker, à qui l’on doit déjà Le Cimetière des Morts-Vivants et Vierges pour le Bourreau. Pas de voyage en terre inconnue, du coup, même si cela n’empêche pas le film de Batzella de se distinguer des autres avatars du genre. Certes, il reprend lui aussi quelques passages obligés du genre, quelques éléments familiers comme le mythe de Dracula, celui de la comtesse Bathory ou le changement de héros en cours de route comme dans le classique de Bram Stoker. Mais Zucker met au point quelques originalités, comme justement tous ces objets mystiques qui viennent épicer la purée, que ce soit via l’anneau des Nibelungen ou l’amulette égyptienne, apportant tous deux une touche spirituelle plutôt bienvenue et rare dans ce domaine.

 

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Bien sûr, cela ne va pas sans une certaine impression de gloubi-boulga, Zucker collant dans son script toutes les idées qui lui passent à l’esprit sans se préoccuper de la vraisemblance de l’ensemble. Et il faut bien avouer que voir l’anneau des Nibelungen, une amulette égyptienne et une émule de la comtesse Bathory réunis dans le château de Dracula, cela fait beaucoup ! Beaucoup trop ? Non car cette générosité, naïve au possible, sert clairement le film, qui obtient un capital sympathie certain en plus d’un rythme infaillible. Alors que la plupart des films gothiques des sixties se montraient plutôt bavards, Les Vierges de la Pleine Lune, débarqué en 1973 et donc bien après la guerre, ne s’embarrasse guère de parlotte. Il n’y a en fait que les premières minutes lors desquelles les deux jumeaux bavassent sur l’anneau et Dracula qui font figure de réel tunnel de dialogue, le reste du métrage se concentrant plus volontiers sur des aspects visuels. Une fois l’histoire plantée, Batzella n’y revient pour ainsi dire plus, se laissant porter par le vent glacial de la Transylvanie et enchainant les scènes cultes sans se soucier si elles s’emboitent bien entre elles. Ce qui entraine un léger aspect décousu, pas totalement illogique ou désordonné, mais un peu sautillant et nébuleux. Les Vierges de la Pleine Lune ressemble en vérité à un cauchemar enfumé, à un trip loin d’être bad, son récit et sa réalisation prenant des contours psychédéliques dès le départ avec un générique d’ouverture remarquable, qui n’est pas sans donner l’impression que l’on vient de faire fumer Marie-Jeanne. De toute évidence, on tient ici une bisserie purement gratuite, qui n’a d’autre but que d’en offrir le maximum sans se soucier de quoi que ce soit. Bien sûr, la plupart des films goth sortis en Italie étaient eux aussi des œuvres d’exploitation pures et dures, mais rares sont celles qui atteignent l’insouciance des Vierges de la Pleine Lune, dont le délire ne s’embarrasse jamais de justifications.

 

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Et c’est bien là la grande qualité du film de Batzella, cette propension à en donner le maximum en un temps record, à se concentrer avant tout sur le plaisir formel en laissant de côté la substance. Cela ne donne pas un film très finaud, c’est sûr, mais qui s’en soucie ? Qui a besoin qu’un film gothique avec vampires et bains de sang soit intelligent ? Si l’on se rend dans ces vieilles cryptes et que l’on saute les pieds joints dans les vieux caveaux, c’est avant toute chose pour se ruiner les pupilles sur des clichés déments. Et il y a de quoi faire dans le coin, Il Plenilunio delle Vergini constituant un vrai défilé, pour ne pas dire un best-of du style ! Vampiresse qui se savonne le corps avec du sang de pucelle, brume épaisse flottant sur les courbes de ces démones, vampire bossu (et avec une canine plus longue que l’autre !) qui sort de son cercueil pour se bastonner, chauve-souris géante, secte d’encapuchonnés prêts à sacrifier quelques jouvencelles inexplorées lors d’un mariage morbide, anneau magique qui scintille d’une lueur rouge sang dans une nuit orageuse, l’habituelle visite des nécropoles cachées, jeunes goules en robe blanches qui errent dans l’obscurité (ce qui peut faire penser à du Jean Rollin, par ailleurs),… Tout est là et plus encore puisque le réalisateur ajoute en prime une bonne dose d’érotisme, la comtesse s’offrant aussi bien à son invité qu’à sa servante lors d’étreintes passionnées et passionnantes. Pour le coup, c’est l’ami Jess Franco qui n’est pas très loin… Mais Les Vierges de la Pleine Lune ne serait pas un vrai diner complet sans un casting d’habitués ! Rien à redire à ce niveau, la troupe de comédiens présent ravissant le bisseux, qui sera bien heureux de revoir Mark Damon, héros de La Chute de la Maison Usher version Roger Corman, qui joue donc ici les deux frères jumeaux. Il est d’ailleurs bien bon, aussi à l’aise dans le corps du premier frère séducteur qui s’y croit un peu que dans celui du second, plus sage. On appréciera aussi de croiser Xiro Papas (The Beast in Heat, Les Orgies de Frankenstein), qui incarne bien évidemment un monstre, ici le vampire bossu (deux monstres en un !), ou Gengher Gatti, bien connu des fans de zombies pour son rôle marquant de cadavre bien énervé dans le superbe Le Massacre des Morts-Vivants. Il joue ici le rôle d’un homme mystérieux, que l’on voit tout le long du film et qui s’amuse à lancer des sourires en coins dans tous les sens.

 

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Mais bien sûr, ces braves gens ne pèsent pas bien lourd face à Rosalba Neri, évidente attraction du métrage. La dame, peut-être bien la plus belle des actrices à avoir officié dans le bis, réchauffe sacrément l’atmosphère, que ce soit lorsqu’elle tente de charmer les hommes avec ses regards volcaniques ou lorsqu’elle se trémousse dans le brouillard, le corps nu badigeonné de sang. La belle est attirante et toutes les amulettes égyptiennes du monde ne permettront pas d’échapper à son envoutement… Notons également un autre personnage de taille, que les habitués du gothique connaissent bien : le château de Balsorano, qui a également abrité le fameux Bourreau Sanguinaiiiire de Vierges pour le Bourreau ainsi que quelques autres monstres et déments de films tels que La Crypte du Vampire. Un lieu incroyable, l’un des plus beaux décors trouvables, que l’on reconnait bien à sa cheminée ornée d’un visage hurlant, de sa porte en bois ou encore de ses escaliers. On a beau avoir vu ce site quelques fois, on ne se lasse jamais de s’y perdre… Peu de défauts à pointer du doigt, au final, si ce n’est sans doute une chauve-souris géante qui ne trompera personne et pue le chiqué à plein nez. Mais qu’importe, une fois encore le plaisir d’avoir un monstre finalement peu utilisé (on ne voit pas des chauves-souris géantes toutes les semaines) efface cette petite bavure… Même la musique est sympathique et remarquable, s’autorisant quelques cavalcades sorties de films d’aventure, ce qui ne colle pas toujours avec l’ambiance du film mais là encore, qu’importe ! Vous l’aurez bien capté, j’ai adoré Les Vierges de la Pleine Lune, qui contient absolument tout ce que l’on est en droit d’attendre de pareille œuvre, réussie jusqu’à son final, très sympathique. Le résultat est d’ailleurs si bon que bien des bisseux se demandent comment le Batzella, pas très inspiré dans le reste de sa filmo, a pu nous pondre un petit classique pareil. La réponse tient peut-être dans la présence d’un certain Aristide Massaccesi, plus connu sous le nom Joe d’Amato, qui se chargea de la photographie du film. Mais ne l’aurait-il pas également largement réalisé ? On peut se poser la question tant les plans sont parfaits, chacun constituant une petite œuvre d’art. Rosalba Neri, sympathique et souriante, semble suggérer dans les bonus de cette belle édition Artus que le Joe semblait diriger le tournage, ce qui ne surprendra pas grand-monde… Notons tout de même que Rosalba ne se souvient pas de grand-chose, ce film n’étant pas franchement ce qu’elle considère de mieux dans sa carrière, ce qui ne l’empêche pas de revenir dessus avec humour. Raison de plus pour acquérir ce petit joyau du bis, dont l’éclat vaut bien celui de l’anneau des Nibelungen…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Luigi Batzella (Joe d’Amato ?)
  • Scénarisation: Ralph Zucker
  • Producteurs: Ralph Zucker
  • Titres: Il Plenilunio delle Vergini (Italie), Devil’s Wedding Night (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Rosalba Neri, Mark Damon, Esmeralda Barros
  • Année: 1973

N’hésitez pas à en lire encore sur le sujet sur The Dirty Cinema !

8 comments to Les Vierges de la Pleine Lune

  • Nola Carveth  says:

    Chouette chro comme d’habitude, Rigs ! J’avais beaucoup aimé Rosalba dans La Clinique sanglante. Et les deux jumeaux, l’un séducteur, l’autre sage, joués par le même acteur, ce sont les ancêtres des frères Mantle, ma parole 🙂 Bon après, je n’ai pas vu le film, mais ça me donne bien envie.

  • Dirty Max  says:

    « cette générosité, naïve au possible, sert clairement le film, qui obtient un capital sympathie certain en plus d’un rythme infaillible. » Absolument, Rigs ! Ce petit côté fourre-tout est un atout pour le film et lui apporte cette folie propre aux glorieuses 70’s. Et je vois que je ne suis pas le seul à avoir été envoûté par la divine Rosalba…

  • Roggy  says:

    Excellente chronique l’ami à l’humour toujours pince-sans-rire (ou pas d’ailleurs, avec le boudin… 🙂 ). Le film semble posséder beaucoup d’atouts et il s’ajoute à ma liste d’incontournables déjà très longue.

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