Sulfures

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Certains peaufinent le repas jusqu’à l’absurde, d’autres sont obsédés par le plan de table, mais beaucoup oublient le plus important: la qualité des invités. Les persos de Sulfures ont clairement négligé ce point on ne peut plus capital…

 

A priori, nous sommes tous humains. A moins que des aliens nous envahissent en 2159 (retenez la date) et qu’ils lisent ceci mais nous allons faire comme si ce n’était pas le cas et mettre cette possibilité de coté. Nous sommes donc tous humains. Nous allons donc aux toilettes, parfois pour un long moment. Il nous faut donc de la lecture. Et comme vous êtes sur ce site, il y a de fortes chances pour que la lecture que vous emmènerez sur le trône sera une revue sur le ciné de genre, comme Mad Movies ou Metaluna. Mais si vous avez pas mal d’oseille et de la place dans vos chiottes, peut-être pourriez-vous installer un téléviseur, histoire de mater les DVD vendus avec le Mad ! Car oui, la revue propose une collection à leur nom depuis une bonne dizaine d’années. Enfin, « à leur nom »… Dans le temps, oui, mais depuis quelques années, cela se résume surtout à des accords passés avec certains éditeurs pour sortir leur film chez les buralistes. Et là c’est le Lotto. Parfois on a droit à du bon de chez TF1 Video (Don’t Be Afraid of the Dark, The House of the Devil), de l’intéressant de chez Wild Side (Tucker et Dale fightent le mal, Dream Home), du Free Dolphin qui vaut le coup (Heartless, Au Service de Satan), du Free Dolphin qui ne vaut pas le coup (The Hamiltons, Burger Kill) et, parfois, du Emylia. Là, les chances d’avoir en face de nous une galette qui vaut le coup semblent diminuer encore un peu, le défunt éditeur (depuis rebaptisé Factoris Films) n’ayant il faut bien l’avouer pas grand-chose de bandant dans ses cartons… Est-ce que Sulfures fait partie des quelques bonnes choses qu’ils nous ont proposé ?

 

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A vrai dire, cela commence déjà mal avec la cover du DVD… Bon, les retitrages, on ne connaît que trop bien, ça arrive souvent et ça ne choque plus grand-monde. Mais il faut bien avouer que pour le coup cela semble avoir été fait vite fait, sans réflexion particulière… Car je ne sais pas comment chez Emylia ils se sont débrouillés pour passer de Don’t Let Him In (« ne le laissez pas entrer » pour les nuls en anglais) à Sulfures, titre qui n’a absolument rien à voir avec le film. Trop marqués par les cours de chimie, chez l’éditeur ? Choix particulier en tout cas… En se renseignant un peu sur le film, on apprend également qu’il est anglais et donc pondu par un anglais (ça tombe bien hein ?) du nom de Kelly Smith, qui était auparavant un « Negative Cutter ». C’est quoi un Negative Cutter, vous devez vous demander. Et bien c’est un type qui coupe la pellicule dans la salle de montage, sous les ordres des studios. Il a bossé sur Bons Baisers de Bruges et The Queen, notamment. Mais il est aussi un grand fan de films d’horreur (faut dire que s’il ne l’était pas, il y avait assez peu de chances de le retrouver en ces lieux), a fait plusieurs longs-métrages dans le style et son film préféré est Le Grand Inquisiteur, un classique avec Vincent Price. Il aurait pu sortir pire référence, cela part donc plutôt bien… Mais ça ne va pas durer.

 

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Sulfures nous propose de passer un week-end avec deux couples qui décident d’aller se détendre dans un chalet paumé au milieu des bois. Ben oui, si c’était un week-end en ville, ils craindraient moins la mort, c’est logique. On a donc un petit couple parfait et un autre légèrement plus agaçant. Constitué d’une crétine et d’un trader qui se la joue, on sent qu’ils vont nous faire passer un moment désagréable, et on ne se trompe pas. Reste qu’une fois arrivé près de leur chalet, un flic les met en garde: un tueur rôde et attache les restes de ses victimes aux arbres. Noël avant l’heure, en somme. Mais ce n’est pas tout ! Car notre trader est, lui aussi, un tueur à ses heures… Un peu à la Patrick Bateman d’American Psycho, quoi. Voilà nos pauvres anglais coincés entre deux psychokillers en puissance…

 

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On s’en doute un peu puisqu’on se tape un film édité par Emylia, mais le budget n’est pas énorme. Du coup, l’image est assez moche, fade et typique des produits fauchés tournés en DV. En même temps, on finit par s’y habituer quand on en est au centième film avec ce genre de photographie… Mais généralement les films qui ont un budget à peu près équivalent à ce que j’ai dans mes poches (et je ne porte pas de pantalon au moment d’écrire ces lignes) se rattrapent sur le concept. Et Smith se dit que le coup du « 2 tueurs en 1  » sera bien suffisant pour faire passer la pilule et se démarquer de la concurrence. Et bon, c’est vrai que le film à une ambiance différente, un peu lente pour un slasher, un coté plus « arty » dans un certain sens. Donc plus chiant. Car on s’emmerde pas mal durant tout ce film, qui pourtant ne dure pas bien longtemps. Quand on se surprend à regarder l’heure dans un film qui fait moins de 80 minutes, c’est que ça commence à sentir mauvais, très mauvais. Bon, vous allez me dire que les slashers, c’est rarement rapide à démarrer. Et c’est vrai que les Intruder et autres Vendredi 13 part 4 prennent dix plombes à lancer la machine. Mais une fois que c’est fait, on est dans nos petits souliers, on s’amuse, car il y a des meurtres toutes les deux minutes. Mais pas dans Don’t Let Him In. Vu qu’il n’y a pas plus de six persos dans tout le film, ça limite déjà le potentiel massacre, mais en plus on ne peut pas dire que ces meurtres soient particulièrement bien fais… N’espérez pas vous mettre des effets à la Tom Savini sous la dent, vous n’aurez rien.

 

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Soyons honnête, il y a une scène qui est assez sympa et originale: celle des vers. Notre détestable trader tue un mec et lui fourre ces adorables asticots prévus pour la pêche dans la gueule. D’ailleurs notre Kerviel anglais se retrouve avec un ver dans l’œil suite à ce meurtre, comme quoi on paye toujours un peu ! Mais c’est bien peu sur tout un film… Surtout lorsque l’on voit venir les rebondissements à vingt mille kilomètres ! Et n’espérez pas vous attacher aux persos, ils sont ou fades ou agaçants, c’est au choix mais c’est l’un ou l’autre, obligé. Leurs morts sont des délivrances qui ne sont malheureusement pas assez gores pour nous soulager. Inutile de dire que les acteurs sont assez moyens, si ce n’est mauvais… Finalement, on se rend compte que le réalisateur a beau faire tout ce qu’il peut pour sortir du carcan habituel du Z, les défauts de son film l’y renvoient toujours. Pire, là où certaines productions aussi peu achalandées arrivent à sortir la tête de l’eau en jouant la carte du second degré, en essayant de se donner un coté arty et sérieux de bout en bout, Smith envoie définitivement son film dans les profondeurs de l’ennui… Et pour un slasher, c’est impardonnable…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario: Kelly Smith
  • Titre original: Don’t Let Him In
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Gordon Alexander, Sam Hazeldine, Sophie Linfield
  • Année: 2011

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