D’Origine Inconnue, Terreur à Domicile

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George P. Cosmatos, les bourrins le connaissent bien. Et pour cause, le réalisateur a fourni quelques cartouches à son pote Stallone pour l’aider à trouer quelques ordures dans Rambo 2 ou Cobra. Malheureusement pour Peter Weller, à l’époque d’Origine Inconnue, le Cosmatos n’avait pas encore dans son carnet d’adresse le musclé Sly, qui ne pourra donc pas l’aider à se débarrasser d’un gros rat bien décidé à pourrir la vie du Robocop…

 

Attention, ça spoile dur, y compris la fin du film !

 

Les animaux et la littérature horrifique ont toujours fait bon ménage. Nombreux sont en effet les écrivains versant dans l’épouvante qui ont, un jour ou l’autre, eu recours à l’aide des bêtes pour éradiquer un casting fait d’encre. Stephen King et son gros berger allemand de Cujo, Shaun Hutson et ses visqueuses limaces de Slugs et sa suite, Guy N. Smith et ses nombreux bouquins sur des crabes qui en pincent pour la chair humaine (Killer Crabs, Night of the Crabs, Crabs on the Rampage,…). Et Chauncey G. Parker III (en voilà un nom qui invite au copier/coller !) avec son The Visitor et son méchant rat s’amusant à ruiner la baraque d’un pauvre gars. Le genre de récit qui se prête plutôt bien à une adaptation ciné, ce qui ne loupe pas en 1983 avec George P. Cosmatos en guise de capitaine du navire et l’excellent Peter Weller en premier rôle. D’une certaine manière, tout est réuni pour faire une petite série B apte à répandre la joie comme la peste bubonique répandait la mort : un réalisateur plutôt bon technicien (on pense ce que l’on veut de ses bandes, elles ne ressemblent pas à des films de vacances à Saint-Tropez), un acteur que tous les fantasticophiles portent dans leur petit cœur de pierre et, en prime, un scénariste qui connait son boulot. A savoir Brian Taggert, qui a déjà tapé dans l’horreur ou le fantastique avant D’Origine Inconnue : Terreur à Domicile (bonjour le titre à rallonge, décidément le copier/coller va chauffer aujourd’hui) comme en témoignent plusieurs épisodes de la série V ou le film Terreur à l’Hôpital Central, et qui tapera encore dans le genre par la suite via Poltergeist III, La Malédiction IV ou Trucks (le téléfilm inspiré de la nouvelle de Stephen King, qui est donc une nouvelle version de Maximum Overdrive). Un bon petit soldat, le Taggert, pas forcément un maître de guerre qui n’aura envoyé que des rafales meurtrières puisqu’il aura parfois tiré à blanc mais qui, malgré tout, mérite une petite médaille. Avec Of Unknow Origin, il nous le prouve encore.

 

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Bart Hugues (Weller) est un bon gars à qui tout réussi : il est sympa, plutôt bel homme, a une petite famille qu’il aime (malgré le fait que son gosse soit visiblement le roi des chieurs), un bon boulot qui lui glisse des liasses dans les poches et a une belle baraque, rénovée à la sueur de son front. Mais alors que les vacances arrivent et que femme et enfant vont partir se relaxer dans des piscines, le pauvre Bart doit rester à domicile pour travailler sur un gros dossier qui pourrait bien donner un tournant à sa carrière. Une forte dose de stress pour notre nouvel ami, désormais forcé de bosser sur un domaine qu’il ne connait pas spécialement mais qui est néanmoins capital pour son boss, porteur de grands espoirs en Bart. Malheureusement pour notre héros du quotidien, il ne pourra pas se concentrer sur son job autant qu’il le désire, une ratte ayant décidé de venir s’installer dans les murs de sa vieille baraque. Et n’allez pas imaginer que la bête est toute mignonne et dort dans une boîte d’allumettes, vous ne pourriez pas avoir plus tort ! Notre Mickey Mouse de l’horreur a la taille d’un chat, est bien évidemment assez crade, croque dans tout ce qui lui passe sous les dents et est en prime vicieux au possible. Pas le genre d’intrus affectionnés par Bart, qui va très vite se retrouver obsédé par ce gros rat. Une lutte de pouvoir s’engage alors entre les deux êtres, qui vont se disputer cette maison dans laquelle ils sont si bien… D’Origine Inconnue est de ces petits films bien typés eighties qui semblent un peu oubliés de nos jours. Ce n’est pourtant pas faute d’une édition DVD dans nos contrées, éditée chez Warner Bros et donc facilement trouvable, qui plus est à bas prix. Mais malgré cela, le film de Cosmocats… pardon Cosmatos, fricote avec une certaine indifférence qu’il ne mérite clairement pas.

 

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Si l’on ne tient clairement pas un classique impérissable avec Of Unknow Origin, on peut tout de même reconnaître que ce duel entre l’homme et l’animal est particulièrement bien tenu. Une véritable lutte, durant pour ainsi dire durant tout le film, Bart se rendant compte très rapidement qu’il a un adversaire à affronter. Ce qu’il ignore, c’est qu’il est de taille et va lui pourrir la vie pour de bon ! L’affrontement débute en effet dans les premières minutes du film et durera donc près de 90 minutes, ce qui peut sembler long dit comme ça. Il n’en est heureusement rien, la pelloche ne manquant pas de fluidité et gardant intact son intérêt, quand bien même un aspect répétitif finit par pointer le bout du museau. Ben oui, un combat entre un grand gars et une ratte, ce n’est pas comme du kung-fu qui permettrait de varier les péripéties. D’autant que le film mise sur une certaine crédibilité et tente de rester réaliste en esquivant le cinéma fantastique pur et dur. La menace est en effet bien réelle, très imposante certes, mais toujours vraisemblable et n’est en aucun cas un gros mutant ou une souris qui aurait bouffé du fromage radioactif qui fait gonfler les roustons. Du coup, Cosmatos ne va pas flanquer Peter Weller d’un lance-flamme ou d’armes trop improbables non plus, il faut que les agissements des deux camps restent crédibles. Tout juste le scénario se permet-il un final lors duquel Bart décide de se créer une armure et plante des clous dans une batte de baseball, ce qui le fait presque ressembler à un punk de Mad Max 2 et du coup éloigne un brin l’œuvre du réalisme, même si on ne tombe pas dans l’improbable non plus. L’élément le plus fantaisiste, et encore, est peut-être la manière très sournoise dont se comporte le rat, qui semble plus malin que la moyenne et choisit plutôt bien les papiers qu’il va mâchouiller. Il est en effet capable d’aller grignoter le dur labeur de Bart, ce qui la fout mal pour le travail du bonhomme, ou encore d’aller dénicher un chèque pourtant bien planqué et protégé pour s’en faire un gueuleton. Cela ne semble en tout cas pas exagéré et l’on ne se cogne pas le front sur la commode en criant « un animal n’est pas intelligent à ce point ! », car le tout est amené de manière à ce que personne ne trouve à y redire.

 

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Le dur combat entre nos deux ennemis jurés se déroule donc comme une partie d’échec, Bart avançant ses pions (poison, chat, pièges à rats) tandis que la ratte tente de les déjouer à sa manière. Chacun marque des points à son tour, l’animal étant malgré tout plus doué que l’homme, qui lui portera malgré tout un coup dur en balançant sa progéniture dans les égouts… De quoi énerver la maman poilue ! Si la lutte est physique (l’un attaque l’autre, chacun à son tour), elle est également psychologique, le pauvre Bart sombrant petit à petit dans une obsession dont il ne peut sortir grandi. Cet homme au calme intégral, plutôt raffiné, intellectuel et qui est au-dessus du lot à son travail (ce qui entraine la jalousie de collègues désireux de prendre sa place), en un mot celui à qui tout réussi, se retrouve soudainement confronté à un adversaire plus futé que lui et qui lui fait pourtant l’outrage d’être moins évolué. Bart prend cela comme un jeu au départ, lui qui gère des millions chaque jour et a donc bien plus compliqué à affronter au quotidien. Après tout, s’il sait se battre avec les requins de la finance, pourquoi ne pourrait-il pas écraser un vulgaire rongeur ? Mais cette joute, que notre héros prend avec décontraction, n’hésitant pas à blaguer lors de la chasse, preuve qu’il sous-estime son adversaire, va rapidement tourner à l’idée fixe. Bart va progressivement changer, devenant presque un animal à son tour, tournant le dos à son travail, à ses aspirations, participant à la destruction de son nid douillet qu’il a pourtant rénové avec amour. Un lieu pour lequel se bat également son sale ennemi, qui va prendre de plus en plus d’importance dans sa vie et finira même par partager son obsession, la ratte ayant visiblement à cœur de se débarrasser de Bart, elle aussi. Bien tenu, le film ne laisse pas imaginer un vainqueur particulier ou de happy end, la victoire de Bart ne semblant pas évidente…

 

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D’ailleurs, de quel côté sommes-nous ? Difficile à dire, car si durant tout le film nous vivons le calvaire de Bart, que l’on ne souhaiterait clairement à personne (et qui a déjà été infesté par une bestiole quelconque sait quelle horreur cela peut être), le rat parvient quelquefois à nous émouvoir. Sa rage, sa colère incontrôlée lorsque Bart élimine sa descendance ne laisse en effet pas indiffèrent, tout comme (attention, giga Spoil) lorsque l’on découvre le corps inanimé et ensanglanté de l’animal à fin du film (fin du spoil !). La bête a beau être une emmerdeuse de premier ordre et un véritable monstre, elle n’en reste pas moins un être vivant qui tentait, elle aussi, de vivre une vie de famille. Cosmatos n’oublie pas malgré tout que le gros mulot doit rester une menace censée faire frissonner les spectateurs. Il parvient d’ailleurs à en faire un bel antagoniste, s’amusant à jouer avec, ne le montrant jamais clairement. On découvre tout d’abord une longue et énorme queue dans un coin du cadre, laissant imaginer quel énorme rat se trouve au bout, avant de progressivement en montrer une patte visqueuse, des poils et des dents qui ne demandent qu’à trancher des doigts… De vrais rats sont souvent utilisés pour les gros plans tandis que des marionnettes ou reproductions sont préférées pour les scènes d’attaques, qui sont particulièrement réalistes par ailleurs. Cosmatos décide en tout cas de plonger le film dans le noir et ce de manière progressive. Lorsque tout va bien pour Bart, nous le découvrons dans la blancheur de bureaux modernes ou dans la clarté de sa maison. Et lorsque tout empire, les lumières s’éteignent, ne laissant que des zones d’ombres dans lesquelles la ratte peut se cacher des heures… Une photographie et une réalisation efficaces, donc, qui s’alignent sur un script qui ne l’est pas moins et propose quelques beaux moments de stress, comme lorsque l’animal s’infiltre dans les draps de lit du héros, qui dort profondément…

 

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Inutile de préciser que le casting est très bon, Weller ne décevant pour ainsi dire jamais. Viennent lui prêter main forte quelques habitués du fantastique comme Lawrence Dane (Scanners, La Fiancée de Chucky) ou Kenneth Welsh (Timecop, L’Exorcisme d’Emily Rose, le remake de Fog) ainsi qu’une Shannon Tweed que les amateurs de films de charme connaissent bien et qui tient ici son premier gros rôle, celui de la femme de Bart. Un casting bien sympa même si tout le film tient sur les épaules de Weller (qui est de toutes les scènes) et du rat ! Reste que les bisseux appréciant le genre animalier se doivent de tenter l’expérience, le suspense proposé ici valant clairement le détour ! D’Origine Inconnue, c’est du solide !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: George P. Cosmatos
  • Scénarisation: Brian Taggert
  • Producteurs:Pierre David, Claude Heroux
  • Titre Original: Of Unknown Origin
  • Pays: USA, Canada
  • Acteurs: Peter Weller, Jennifer Dale, Shannon Tweed, Kenneth Welsh
  • Année: 1983

Vous pouvez également lire la chro disponible sur L’Imaginarium!

7 comments to D’Origine Inconnue, Terreur à Domicile

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas osé lire ta chronique (apparemment il y a des spoilers) car je possède le film qui me fait de l’œil depuis un moment et j’ai vraiment envie de le voir ! Mais, si tu dis que « D’Origine inconnue, c’est du solide », je te fais confiance et je reviendrai quand je l’aurai maté 🙂

  • Le Fanzinophile  says:

    J’adore les personnages du plombier voisin et du gars de la quincaillerie (j’ai des balles de tennis si vous voulez!).

    Le chat a bien morflé 🙂

  • Nola Carveth  says:

    Ha bah idem que Roggy, je venais dire que comme il me tentait beaucoup, je reviendrais une fois le visionnage effectué (merci de prévenir pour les spoilers 😉 )

  • Nola Carveth  says:

    Oui c’est sûr 🙂

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