Heatseeker

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Bloodsport avec des cyborgs, ça vous tente ? Ouais ? Voilà qui tombe bien car ce véritable baron de la série B qu’est Albert Pyun s’est amusé à changer le toujours très en forme Gary Daniels en boite de ferraille pour un Heatseeker qui vaut le détour…

 

 

Ah, les films de tournois d’arts-martiaux ! Voilà bien un sous-genre du cinéma d’action qui fut totalement incontournable dans les années 90, les avatars du Bloodsport avec ce bon vieux Jean-Claude poussant comme la mauvaise herbe ou les poils sur un pubis adolescent. Les Best of the Best, Kickboxer, Bloodfist et autres bandes pleines de sueur et de gros pecs faisaient clairement partie du paysage audiovisuel de l’époque, un vrai petit courant d’air sorti des plus viriles des aisselles. Un courant par ailleurs un peu éteint de nos jours, même si l’on croise encore quelques avatars (les Undisputed avec Michael Jay White et Scott Adkins), parfois des adaptations de jeux-vidéos de baston (Dead or Alive et ses jolies nanas, Tekken qui dispose d’ailleurs de Gary Daniels dans son casting) et qu’une suite/reboot de Kickboxer est prévue, toujours avec JCVD mais aussi le sympathique Batista (Les Gardiens de la Galaxie, what else ?). Mais voilà, on se rend moins régulièrement à des compétitions de distribution de patates qu’il y a vingt ans, c’est un fait… Parmi les organisateurs de ces petits événements brutaux, on retrouve un certain Albert Pyun, ce qui n’est une surprise pour personne. Car l’Hawaïen était, et est toujours d’ailleurs, un vrai touche-à-tout, passé par tous les genres, par toutes les modes, à condition que ça dérouille un minimum. La fantasy avec L’Epée Sauvage, le voyage vers l’Atlantide avec L’Aventure Fantastique, le post-nuke de karatéka via le culte Cyborg avec Van Damme, le film de super-héros avec le Captain America des nineties, la SF de lilliputiens avec le Dollman de la Full Moon, le thriller à la Christophe Lambert via Means Guns et Adrénaline, le Terminator du pauvre via la saga Némésis ou encore une version toute personnelle du boom des jeux-vidéos avec Arcade. Et j’en passe, bien entendu, le Pyun étant un acharné de la caméra, connu pour bosser vite, emballant ses films en une dizaine de jours tout au plus. Ce qui aide bien à faire monter une filmographie, qui dépasse désormais les 50 titres. Et le pire dans tout ça c’est qu’ils sont pour la plupart extrêmement sympas ! Autant le dire tout de suite, Heatseeker ne fait pas figure d’exception…

 

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Nous sommes en 1995 et ce n’est pas franchement l’année du repos pour Albert Pyun, qui signe trois films en ce milieu des années nonante, comme on dit chez moi. Spitfire tout d’abord, un film d’action tourné aux Bahamas avec Lance Henriksen, Nemesis 2 : Nebula ensuite, première séquelle de l’un des plus beaux succès de celui qui fut l’assistant d’Akira Kurosawa (excusez du peu !). Et donc Heatseeker, qui fait figure de condensé dans la carrière de Pyun puisque mélangeant aussi bien le film de tournoi que la SF, deux genres qu’il a abordé via Bloodmatch ou les Kickboxer 2 et 4 d’un côté, et bien sûr les Nemesis ou Cyborg de l’autre. De quoi faire une pure série B qui cocotte le vidéoclub, en somme ! Le tout débute en 2019 (nous y sommes donc bientôt !) et les cyborgs sont désormais légion dans le petit monde du sport, surtout de combat. Les bastonneurs disposent en effet tous d’implants cybernétiques, ce qui, vous l’imaginez bien, n’est pas fait pour que leurs fesses deviennent des grille-pains mais pour les changer en de véritables machines de guerre. Mais si les gugusses avec du métal sous les ongles s’affrontent, ce sont surtout les constructeurs robotiques qui sont en compétition, chacun espérant que son poulain remporte tel ou tel tournoi pour montrer la suprématie de leur technologie maison. En somme, c’est un peu comme si Microsoft offrait une bite en fer à Mike Tyson tandis qu’Apple renforçait le fessier de Teddy Riner avec de l’acier pour ensuite les mettre face à face, histoire de voir quelle est la meilleure entreprise. Pour sûr que ça ferait des étincelles si le premier décidait d’enculer le second… Du combat de coqs améliorés, en gros. Mais parmi tous ces combattants sponsorisés par les géants de l’informatique et de la carrosserie, Chance O’Brien (Keith Cooke) fait figure d’exception, lui qui n’a pas un seul boulon dans la chair, pas l’ombre d’une tuyauterie dans le froc (en dehors de celle que la nature lui a donnée, évidemment). Un vrai indépendant, 100% organique, entraîné à la dure et à l’ancienne par son entraîneuse/amoureuse Jo (Tina Cote). Et le bougre a du talent puisqu’il parvient toujours à se défaire de ses adversaires robotisés, les étalant sans mal, y compris le fameux Xao (Gary Daniels), qui est lui entièrement fait de métal. Une défaite aussi mal acceptée par la tête de fer que par son concepteur, Tsui Tung (Norbert Weisser), qui renforce son protégé en vue d’un nouveau tournoi qu’il compte organiser, persuadé que ce coup-ci le Chance se prendra la branlée du siècle. Mais notre héros n’est pas particulièrement chaud à l’idée de combattre à nouveau, ce qui pousse Tung à enlever Jo, désormais forcée d’entraîner Xao, qui malgré ses attributs de machine commence à se laisser séduire par la dame… Chance est donc obligé de participer à ce grand rassemblement conviant toutes les entreprises tapant (c’est le cas de le dire) dans la robotique…

 

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Sans tarder, je m’en vais vous préciser un détail qui risque pourtant d’avoir son importance dans votre imagination : les robots sont, visuellement, des hommes comme vous et moi. Enfin, en un peu plus musclés quand même… Nous ne sommes pas ici face à un équivalent robotique de l’Arena produit par Charles Band en 1989, dans lequel nous pouvions voir des extra-terrestres se tartiner la gueule. Et pour le coup, on avait droit à de véritables monstres, comme une grosse sauterelle dégueulasse ou un minotaure spatial. Rien de tout ça dans Heatseeker, il vous faut immédiatement faire le deuil des quelques idées qui vous sont venues à l’évocation du synopsis. Non, Gary Daniels ne va pas avoir une tronçonneuse qui lui sort de la main, pas plus qu’il ne va tirer de rayons lasers par la bouche ou envoyer des missiles par le fion. Ici, l’aspect SF se résume à quelques éclairages qui font futuristes et aux restes des combattants, généralement en morceaux après les affrontements. L’occasion pour Pyun de faire quelques gros plans sur des faces arrachées dévoilant quelques câbles et morceaux d’acier, que l’on retrouve également dans quelques bras ou jambes cassés… Mais c’est bien tout et sans ces quelques clichés nous pourrions considérer Heatseeker comme un cousin supplémentaire de Bloodsport. Pas grave, cela n’empêche d’ailleurs jamais la pelloche d’être très agréable au niveau de l’action, Pyun n’étant pas le dernier des réalisateurs en la matière. Les rencontres sur le ring sont ainsi plutôt sympathiques, les styles de combat étant plutôt variés (mention spéciale pour le mec qui se fritte comme une araignée) tandis que le brave Albert fait de son mieux pour mettre tout cela en valeur. Il y parvient d’ailleurs même si l’on peut lui reprocher un montage trop elliptique, quelques matchs étant un peu trop écourtés ou difficiles à suivre car compilant différentes étapes de l’échauffourée. Mais ils ont le mérite d’être en grand nombre et de ne pas trop tarder à débouler, Pyun mettant un point d’honneur (un poing d’honneur ?) à donner du rythme à son affaire. Ainsi avant même que le tournoi ne débute, le pauvre Chance, qui porte d’ailleurs mal son nom vu le poissard qu’il est, pourra cogner du malotru à plusieurs occasions, permettant de nous faire patienter jusqu’au plat principal.

 

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Le casting est par ailleurs très intéressant, réunissant quelques tronches du bis. Inutile bien évidemment de vous présenter Gary Daniels, que vous connaissez déjà et qui est ici égal à lui-même. C’est-à-dire plutôt impliqué dans son rôle (on sent qu’il essaie d’être bon acteur) et toujours au top dans les combats. On sent bien qu’un coup de pied de ce mec dans la gueule et c’est le tour du monde en cinq minutes… Le gars est hautement sympathique, on le sent bien, et le revoir est toujours un grand plaisir. Face à lui, Keith Cook, qui… fait ce qu’il peut, on va dire. En tant que combattant, rien à dire, le mec a de quoi faire face au grand Gary puisqu’il est aussi impressionnant que lui, délivrant quelques coups de pieds tranchants comme des sabres. En tant qu’acteur, ce n’est pas tout à fait la même chose, ce mélange entre Mark Dacascos et David Schwimmer (Ross dans Friends) manquant un peu de charisme pour imprimer la pellicule durablement. Sa carrière n’est d’ailleurs pas énorme, principalement constituée de séries B méconnues, et il est surtout célèbre (si l’on peut dire) pour ses rôles de ninjas dans les deux films Mortal Kombat (il joue Reptile dans le premier, Sub-Zero dans le second). Niveau grand méchant, on croise donc Norbert Weisser, qui jouait un Norvégien dans le The Thing de Carpenter mais dont on se souviendra surtout comme d’un grand habitué du cinéma de Pyun. C’est bien simple, il a joué dans la majorité de ses films ! Niveau nana, on tente de nous faire passer la brave Tina Cote (qui là encore fut dans de nombreux Pyun, comme Mean Guns et Omega Doom) pour un véritable canon, ce qui ne serait pas un problème (elle est très jolie) si on ne l’avait pas coiffée d’une coupe au bol digne de celles portées par les petits garçons des années 90 ! Les goreux seront par contre très surpris de retrouver Thom Matthew, bien connu pour ses rôles de blondinet dans Le Retour des Morts-Vivants et Vendredi 13 part.6 : Jason le mort-vivant, et qui montre ici qu’il est un fin combattant. Ce que Pyun avait par ailleurs déjà prouvé via Bloodmatch ou Kickboxer 4, faisant du Thom un nouvel habitué de ses plateaux. Les tournages de Pyun, c’est une vraie réunion de famille ! Enfin, les amoureux d’Empire et Full Moon seront heureux de retrouver Tim Thomerson, héros des Trancers et de Dollman, ici dans le costar d’un patron d’entreprise, le genre à tirer les ficelles dans l’ombre. Et il faut voir le look qu’il se paye, le Timmy ! Cheveux rouges/mauves, ongle gigantesque, le gaillard semble sorti d’une bande-dessinée et, il faut bien le dire, fait un peu rigoler !

 

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heatseeker1Keith Cooke va s’inscrire au tournoi…

 

Bien entendu, en bon film bis qu’il est, Heatseeker dispose de quelques originalités, de quelques éléments un peu branques. Comme cette longue séquence voyant le pauvre Keith Cooke se balader à poil dans la ville d’une petite île, raillé par les locaux. Car le mec a beau être un héros, ça ne l’empêche pas de se faire piquer ses fringues et donc d’aller s’enregistrer au tournoi avec la bite à l’air ! Vous imaginez Federer ou Nadal débouler à Wimbledon avec le lombric dans le vent, vous ? Détail amusant également, les personnages ont tous des prénoms qui ne collent pas du tout avec leur nationalité ! Xao, blase plutôt asiatique, se retrouve joué par Gary Daniels, tandis que Norbert Weisser, qui a une vraie tronche d’occidental se prénomme Tsui Tung ! Alors que Keith Cooke (un Américain ayant des origines asiatiques) a droit pour sa part à un vrai nom de ricain ! Des petites particularités amusantes, qui finissent de rendre le tout attachant, à dire vrai. Bien sûr, ce n’est pas la tuerie du siècle et cela reste un film d’exploitation simpliste touché par quelques défauts, dont une fin franchement abrupte, qui pue le précipité des chaussettes à la casquette. Mais il y a de quoi être impressionné par le travail fourni par Pyun, qui a tout emballé en une dizaine de jours, avec efficacité. Mieux, il se paie le luxe de nous refourguer là une bisserie qui dispose de jolis plans, d’une photographie impeccable et même d’une bande-son bien foutue. Même le scénario, de Pyun encore, est agréable car même s’il ne propose rien d’inédit, il permet à l’intrigue de se dérouler sans heurt, esquivant quelques passages que l’on pensait obligés dans le genre comme l’ami du héros envoyé à l’hosto par le brutal rival. Pas de ça ici, l’amitié virile étant remplacée par un triangle amoureux qui amène un peu de peps à l’ensemble, en même temps qu’une certaine ambiguïté. On tient là un petit budget fort noble, en somme, comme son auteur en a fait des dizaines. Espérons qu’il en fera encore d’autres, sa santé ayant quelque-peu déclinée ces dernières années… Sans pour autant l’empêcher de garder sa caméra en main, ce véritable passionné, né pour tourner, étant décidément irrécupérable ! Et c’est tant mieux !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Albert Pyun
  • Scénarisation: Albert Pyun, Christopher Borkgren
  • Producteurs:
  • Pays: USA
  • Acteurs: Keith Cooke, Gary Daniels, Tina Cote, Norbert Weisser
  • Année: 1995

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